I. Michelot, Portulan
I I s NI! \h IENS ET L'ODYSSI I
continents. Ce sonl deux roches proéminentes, à peu près égales, Vbila ci Kalpè, l'une en territoire « -— | »-i l: 1 1« » I . l'autre en Mauritanie. »
hic llerculanx stant Columnse, quas modum utriusque habere continentis legimus.
Sunt paria porro taxa prominentia, [bila atque Calpe, Calpc in hiapano snl<>. Maurusiorum esl Abila.
Les deux Colonnes sonl donc les deux promontoires qui m- fonl lace à l'entrée orientale du détroit. L'un, Kalpè, esl Gibraltar : son nom esl grec, ajoute Aviénus, ri signifie la cruche nu la tasse ronde. L'autre, Abila, porte un nom sémitique qui signifie le //'/"/ mont,
iium/iiic Ibilam vocani (jens Punicorum nions quodaltus b<irl><u<> est
ni esl lui uni {ilieli ni iniclnr PlaittUS esl);
Calpeque rursum in Grsecia species cari teretisque visu nuncupatur urcei1.
kj/-/t ou /v./.-'.ç. en grec, désigne bien mie sorte de vase, une cruche que les filles vonl remplir à la fontaine :
-y -J >:y./.?t iv/.j'.y. VET.VIOI /.y./-'./ r/OUVa,
dit {'Odyssée*. Aviénus a donc raison de dire que le vieux nom de Gibraltar, Kalpè, signifie /" cruche.
L'étymologie d'Aviénus pour Abila me semble toul aussi bonne. Pomponius Mêla, qui esl né dans ces parages, sur la côte espagnole du détroit, nous «lit : Ueinde est mons praeallus ei quem ex adverso Hispania ailloli il objectus : hune Abilam, illum Calpen vocant. « Haute montagne », disait Aviénus pour expliquer le nom d 'Abila. ■ Très haute montagne », répète Pomponius Mêla, pour désigner la môme colonne : mons altus, mons praealtus, les termes sont identiques et nous pouvons croire que Mêla ne faisait aussi que traduire le nom propre Abila. Car, lui aussi, il devait connaître l'exacte signification de ce m«>l sémitique. Sa ville natale étail uni' colonie phénicienne, transportée de la rive africaine a la rive espagnole par la volonté romaine, '/nain transvecti ex Africa Phoenices habitant ah/ne mule uns sumus Tingentera3.
i ii autre exemple nous prouve que la version grecque du périple d'Himilcon, traduite par Aviénus, donnai! \c sens des noms étrangers et le donnai! fort exactement. Iviénus nous explique4 le vieux nom de Cadix, Gadir <>u Gadeira :
Gadir dans la langue des Carthaginois signifie enelos ».
I IV -.'.■> Y,ll
i Odyêt Vil 20 mpon. M'I . I '. |\ Mm,!', lli
i n i 1)1 i \ i m m i 1 1 Gadir hic e$t oppidum ,
m nu l'unit '01 uni lim/ini COHHCplUIH loi'UlU
Gadii vocabal
Poeniti quippe locum Gailit vocal undigue itpptitm
aggeve prwducto.
Cette étymologie de Gadir usl parfaitement exacte : en hébreu na, gader, ou riTTJ, gadera, signifie bion encloa de pierren, talui dnbvi uu de fortification, agace, el l'onomastique palestinienne nous donne « I « • — Gadour, Gadcra, Gaderoth, < 1 1 1 i portent le même nom que la Gadiv ou Gadeira espagnole. Pareillemcnl Ici Vrobes oui cette racine qadava el tirs noms gadiroun ou gadroun.
L'onosmatique palestinienne nous donne aussi des d6i'/a ou t/«7. Mai San» Abel, loin de signifier ///<>//.* alias, désigne au contraire «1rs prairies, «Ifs surfaces planes ou lègèremenl ondulées, des terrasses plantées d'arbres el de vignes, el l'Écriture a, coin me noms propres, VAbel des Acacias, VAbel des Vignes, VAbel de la Danse, etc. Mais une montagne nV l'Écriture s'appelle i2yy, 'aibal i les Septante onl rendu Yaïn initial par un y, Tat6aX;la Vulgate dil Hebal avec plus de raison. car le v initial esl doux, comme on peul le voir par la comparaison avec l'arabe). Le mon! Ebal esl l'un des deux cônes montagneux qui dominent s l'Est la plaine de Sichem et qui forment la Porte de la Terre promise. C'esl entre ces deux colonnes que l'Arche s'arrête el que les cérémonies de prise de possession sonl accomplies selon les ordres du Seigneur. L'une de ces colonnes esl le mont de la Bénédiction, l'autre le mont Maudit '.
I.a racine sémitique abal. ,-ï, esl inusitée dans le vocabulaire hébraïque, qui peut-être l'a remplacée par apal, îsy : elle ne se retrouve que dans ce nom propre. Ebal, huy. En arabe, au contraire, celle racine abal esl 1res usitée : elle a fourni les mots abalou et 'ablaoun qui signifient rocher blanc* (l'un des promontoires au pied du Mont aux Singes est la Pointe Blanca, le Promontorium Album de Pline), et le mol 'aboula qui signifie fardeau, charge; elle-même signifie proprement enlever, emporter, charger un fardeau sur le dos de quelqu'un. Abulè, 'AêÛA/,, comme disent les Grecs, serait la transcription précise de aboula. Si l'on veut s'en tenir à l'orthographe plus exacte d'Aviénus el de Pomponius Mêla. Abila, n^iv.esl régulièrement tirée de la racine abal, izy, comme Gadira, rwtt, de la racine gadar, TU. Mais, cela étant, Abila, quiporte les fardeau./-, est l'équivalent de notre grec Atlas : Abila connue Allas n'est que le portant, le pilier. Il nous avait semblé que cette conception du pilier céleste était empruntée par le poète odysséen aux cosmographies levantines : nous voyons maintenant que le nom lui-même est passé des Sémites aux Hellènes. Abila-Atlas forment un doublet gréco-sémitique et rien ne prouve mieux la valeur de notre étymologie
I. Cl'. Deut., XI, v2t>-'2!»: cf. Smith. Dict. <>/' the Bible, s. v. Ebal avec carte. Cf. aussi Vigouroux, Dict. Ilibl.. s. v. Garizim et Hebal -. le nom de Garizitn, comme celui de Hebal, ne semble avoir d'étymologie hébraïque que par comparaison avec l'arabe.
'1. Kazimirski. Dict. Arabe, s. v.
I I s l'Ill Mi IKNS l I I ODYSSl l
que lu description même d'Abila par Vviénus : » Kalpè esl une échine de roche. \lnl.i f-i un pie qui de sa tète soutienl le eiel »,
ftrhiin vertice /»/<•//
Muni a \hiln ' .
I \il.i- grec ne fail pas autre chose. \lnla esl donc au>si la Colonne «lu Ciel, le
Pilier des Nuages. Vhila, comme Atlas, esl notre Muni aux Singes Ici, mie
difficulté se présente.
De l'avis de imh les géographes anciens el récents, Attila esl >i l u»'" sur la côte africaine. Mais en quel point exactement? anciens el modernes discutent, el la majorité n'esl pas en faveur «lu Monl aux Singes. L'opinion courante esl celle de Tissol qui, ilaiiN sa minutieuse étude de la Mauritanie Tingitane', se rallie à l'opinion de Ptolémée, dit-il, en identifiant A ht la au monl Akho de la presqu'île de Ceu ta. Cette théorie de Tissol peul sembler plausible el même certaine, si Hun-, regardons une carte du détroit de Gibraltar. Sur la carte, en effet, Ceuta H Gibraltar, de chaque côté de la passe, se fonl psndanl avec une complète symétrie. Détachées toutes deux de la côte, emmanchées d un isthme <le sable, ces deux presqu'îles semblent les deux obélisques [liantes au-devanl de la grande porte «lu Couchant. Voilà bien les deux Colonnes : si Kalpé esl Gibraltar, Abila
esi Ceuta Mais il n'en esl ainsi que mu nus cartes, (."esl là une vue de
i auhe el l'exemple de la butte Saint-Nicolas, ilans la topographie de Mégarc, nous a mis en défiance contre ces vues de terrien. L'œil du navigateur ne voit pas les côtes de la même façon, Im ponl de son bateau, le marin n'aperçoit pas les péninsules également proéminentes, mais les hauteurs égalemenl émergentes. Or Ceuta esl basse : son muni Akho n'a guère que <><) mètres de haut, el Ceuta, vue de la mer, disparaît sur l'écran beaucoup plus élevé des montagnes côtières. Pour un navigateur non familier, la colline de Ceuta se confond entièrement avec les contreforts du Mmil aux Singes. Gibraltar esl deux fois plus haute : -mi dernier pic dépasse i"2<* mètres. Mais c esl le Muni aux Singes sur la côte «lu Maroc, qui, de toul temps, a d'abord frappé les regards des navigateurs: il a N.iii mi Mai mètres de haut : il s élève deux fois |ilus haul que Gibraltar, quatre fois plu- haul que Ceuta : a ses pieds el devanl lui. la pauvre Imlir «lu muni Vkho disparaît entièrement. 0uvre2 les Instructions nautiques'. « Le Mont aux Singes esl remarquable. Il a une crête dentelée présentant des pitons inaccessibles, de hauteur a peu près égale el d'un aspect très particulier. Une riche végétation couvre le pied des montagnes; mais au fur el a mesure que l'on s'élève, la verdure disparaît el la pente devient très rapide. Dans relie chaîne le Monl aux Singes proprement dit (859 mètres) esl le sommet le plus élevé. Il domine toute la chaîne qui s'étend -mi le rivage. Cette montagne, l'ancien Abila des Romains, formai! avec le rocher de Gibraltar, connu par eux sous le nom de
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j '/. m li ad /" ■■ i ipi ■ 1878, p 17»
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FIG. 36. - GIBRALTAR ET A.LGES1RAS Photogravure d'après la carte inarme uQ 1090.
III I M I \ i \i III I I I
Culue, ce qu'ils nppclaicnl le Colonne* tfHervuU On voit que l< muriii
n In » ih'iil p,i ni le» slttJ eXlU'l (le» ColoUllC , Lfl I lit! .il i m ! ne km |m .ut.
i|ii inir riiliiniii' s (l'illl nS|)(»('l tl'CS parliriiliei »; il lie | •■ • 1 1 \ i • 1 1 1 \ ri m | n < in 1 1 ■
Vbila, e'esl le Moni iiux Singes,
M;iis Tissol iillègue l'autorité (le Skylax qui. dit il. ideutilic Uiilu el In Colonne libyenne el uni localise uellc Colonne sur lu bouse presqo Ile de Ceula \)v Colonnes d'Hercule, dil en ell'el SkyluXi celle de Libye esl basse, relie d I iicoih* esl
élever. >• HattxXciOl ~:i,/./:i, U / V I ', V'.6Ûr, :/r •:// . r, S i i, I > li»1 - /w/f '.
le texte esl formel. Pour Skylax, In Colonne libyenne esl basse : e esl doue Ceula, el Tissol jusqu'ici .1 raison. Mais Skylax ne <lil pas i|n Vbiln el la Colonne libyenne ne soie ni <|ii une seule el iiièine chose. Il me semble même avoir dil i « » ■ 1 1 le contraire. Que l'on examine eu offcl la structure du texte el du contexte. Skylax énumero les accidents de la cote africaine. Il nomme succcssiveinenl le Grand Cap, ville et port. Akros, la ville et le golfe, lie Driuopa déserte, Colonne d Hercule lihvenne, promontoire \hila cl \\\\<\ Axpa MsvàXr, -ÔMc xal mutiv, Ixpo*
i, rcôXi; xal 6 xàXitoc, saruo» vrvo; Apîvauiwt ôvoua, HpâxXeioc St/.Ayi /. sv Ai&ir.,
i i ' i ' i ii iii ,i
slxpa 'AôîXyj xal -o/.'.ç. ele. Ou \oil qu'il énumère successivemcnl le^ noms propres des différents siles sans les joindre par la particule conjonctive et, xal. Celle particule ne lui sert h réunir que les différentes dépendances d'un môme nom propre : Hurlas ville el por/, Abila c<i/> el i>i7/e, Bap?à; vy.toç xal Xtw.v;v, stxpa 'AêiXr, xal -oX'.ç. Or il dil : /o Colonne il Hercule en Libye, le promontoire Abilè el sa ville. Pour Skylax, doue, il semble que la Colonne d'Hercule libyenne n'esl pas Abila. En venant de l'Est, on rencontre d'abord la Colonne libyenne qui esl liasse: c'est Ceula. Puis on longe les contreforts d'Abila qui forment promontoire— et e'esl ici que Tissol a l'ail erreur en croyant que le promontoire Abila et Ceula étaient, pour Skylax, une seule cl même chose. Ce sont deux noms propres distincts, puisqu'ils ne sont pas réunis dans son texte par la conjonction et; ce sont deux choses différentes. Hérodote nous parlait plus haut d'Atlas el des Colonnes d'Hercule : Atlas était la montagne ronde auprès des deux Colonnes. Skylax a la même conception : Abila se dresse auprès de la Colonne libyenne, eu face de la Colonne européenne. La Colonne libyenne est Ceula. Mais Abila est bien notre Mont aux Singes.
Avec Hérodote et Skylax. nous sommes loin de la conception odysséenne ou hésiodique du détroit, heur conception nouvelle implique une marine nouvelle. ou, pour parler le langage des Instructions nautiques, une façon nouvelle de choisir le point d'atterrage sur la cote africaine. Cette façon, nos Instructions actuelles la donnent encore. Quand on vient du Nord-Est, le long des côtes espagnoles, — nous (lisent-elles. — on peut choisir sur la côte d'Afrique comme point d'atterrage (c'est-à-dire comme point de mire et de direction), soit le Mont aux Singes no/7 la Pointe de Ceuta. Aux marins de la côte espagnole, eu effet,