‹ Les Phéniciens et lOdysséeChapitre 128 sur 277 · L'ILE SYRIA · texte numérisé non relu

L'ILE SYRIA

suivit.. VIII. p. 559.

Poèmes odyssécns el navigations phéniciennes semblenl unis par des liens étroits. La topologie et la toponymie de VOdysseia ou de la Têlêmakheia mènenl à l'hypothèse qu'une thalassocratie phénicienne a précédé les marines homériques. Les noms de lieux, les sites el les légendes de la Grèce primitive nous conduisent à la môme hypothèse. Pour expliquer la tradition de Pylos el de Mégare, comme pour expliquer la légende de Kirkè cl de Kalypso, il faut qu'avant l'époque odysséenne les marines «le Tyr <>u de Sidon aient fréquenté, dans le golfe Saronique, l'Ile de la Paix, Salamis, le Mouillage de la Halte, Minoa, La Ville de la Caverne, Karia Mégara, les Sources de l'Amitié, de la Dispute et dcMelkart, Ino-Mélikertou, Alopè, Sithnides; il faut que les Phéniciens aient remonté le Fleuve des Bœufs, Alpheios, el la Rivière de la Purification, Néda, débarqué sur les sables de la Haute-Ville, Samos, et achalandé les bazars d'Aliphéra et de Phigalie. Kt de même il faut qu'à l'extrémité du monde, ils aient connu le Pilier du Ciel, Allas, et la Cachette, Kalypso, sa fille.

Il y a vingt ou treule ans, avant le déchaînement de l'histoire archéologique, ces conséquences (Missent été acceptées sans peine : elles sont conformes à ce (pie nous enseignent Hérodote. Thucydide et Strabon. Mais aujourd'hui la mode est aux historiens d'une autre sorte. Aux auteurs les plus critiques, aux textes les plus formels de l'antiquité, on préfère le témoignage et les documents douteux de l'archéologie, et, l'archéologie n'ayant pas encore fourni ou reconnu les traces de l'occupation phénicienne en Grèce, on nie résolument cette occupation :

« Thucydide et Hérodote, dit M. J. Beloch, ne méritent aucune créance en ce qui concerne les origines de la civilisation grecque. L'influence primordiale et décisive <pi ils attribuent au commerce phénicien n'a jamais existé. La fréquentation de l'Archipel primitif par les Phéniciens est une légende : on en chercherait vainemenl une preuve palpable et authentique. » M. J. Beloch a résumé celte opinion dans les premiers chapitres de sou Histoire grecque. Il la imposée à une

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ui.iihIi" partie «lit public par la légitime popularité tir celle histoire. Mais il I a

détendue [iIiin \i\einriil enfuie dailS iiiiailicledu Rheinisi'hes )liisctini: Die

l'ImruiLri mu [egaeischen Meer*. » Hérodote, dit-il, se trompe, au débul de ses Histoires, quand il recule jusqu'aux siècles lointains de la légende argienne la description d'un marché phénicien sur !<•>- plages de l'Àrgolide. La présence «les Phéniciens dans I Kgée primitive ne nous esl prouvée par rien, ni par les poèmes homériques, ni par I histoire tin commerce, ni même par celle de l'alphabet, pas davantage par I archéologie, la toponymie, la linguistique un la philologie. « Sous n'avons à retenir ici que la première de ces assertions. Pour la contrôler, prenons les passages des poèmes homériques où apparaît le nom des Phéniciens. Si I on dresse le tableau de ces passages, on a :

Hidoniens I. 290; »r 745; l 84, 618; o 1 18. Phénicien» >r 744; v 272; ; 288; o il."», il 7. H9, 175. Sidon el Sidonie I. 291 : v 285; o 'ri.'». Phénkie S 85; ; 281.

.m total dix-sept citations, donl quatre dans Y Iliade el treize dans V Odyssée. En réalité, ces dix-sepl citations se réduisent à deux passages de Y Iliade el h quatre passages de I Odyssée. Les voici :

An chant \l de ["Iliade (v. 290-292), (Iécube descend vers la chambre où, • 1 . 1 1 1 — les aromates, sont conservés les péplums brodés, œuvres de femmes sidoniennes qu'Alexandros lui-même, le héros divin, avait ramenées de Sidonie à travers la vaste mer,

EVG

iv oi T.i-i.'j'. -■vi.-'j'./.ù.'j'., Epva Yovaucwv

SioovUov, -j; y.'j-'j; 'AXiÇavSpoç BeoeiSr^ r-T-i SiSoviTjGev, i-'.-).('.)ç eupéa reévrov.

\n chanl WIN de Y Iliade (v. 740-745), lors des funérailles de Patrocle, Achille, comme |>ii\ de la course, offre un cratère d argenl bien travaillé, contenant m\ mesures el dépassant tout en beauté, puisque c'étaient d'habiles Sidoniens »|ui l'avaient soigneusement façonné; des hommes phéniciens l'avaient apporté sur la mer nébuleuse; ils l'avaient exposé dans les ports, puis donné en cadeau au n>i Thoas,

... hal Stâovcç icoXuoatoaXoi eu y.Tx/.T-y.v. •l'v. /■./ ; S xyov avope* en1 r,cpocLûéa ftôvrov,

TTr-rv./ o tv Xiuivcavi, 8ôavrt o£ ocôpov eocjxav.

\ uil.i pour Y Iliade.

\u chant l\ de Y Odyssée (v, 85-84, \. 618). Ménélas parle de ses voyages

i HA 1894, p III ii iuiï.

I II l SYRIA,

.1 Chypre, ou Phénieio, v\wi le I yplieu lu l lliiopien ■ le Sidonien cl lu

I I nulles.

KO OOV '!"' IVIXY) /././•. \ - i '/

VI6I01 ' G txéu rçv m kI SiSovto > / /■ i i6où;,

i>| il doilIlC à Telemaipie un cratère 1 1 . • \ . 1 1 1 1 • . toill d'argent fondu, hi\ lèvre*

cloisonnées il 'or : ce cratère lui \ ici il <ln rui des Sidnuicns, Phaidimu . on liôte,

ûwffw toi y.{i, n uiévov aj

YOV 8' Il -/'.770'// 'I' /'.'-■.

Il . I 'I

£i8ovUi>v ^77'./ iiç.

\u chant Mil de V Odyssée (v. 272-285), Ulysse invente le mensonge d'une navigation, <|ii il aurait faite en compagnie des Phéniciens illustres. De Crète, ils devaient le passer a Pylos ou en Elide; mais la tempête les jeta sur la côte d'Ithaque où ils le débarquèrent; puis ils retournèrent vers leur Sidonie aux

belles maison--.

y.jTV/, i-('.)v etci vy',7. xiwv 'l'o'.v.xac yy.joj: i ' i

sXXivàu.TV xat jœiv uisvoeixéa "y.ï/.oa 8ù>xa... i • ii •

ol 81 èç ï'.oovv/-,v èù vatouivr,v àvaêàvcs?

Au chant \IV de VOdyssée (v. 288-510), I lysse invente une autre histoire de naufrage en compagnie des mômes Phéniciens. D'Egypte, ils l'avaient emmené chez eux, puis le ramenaient à travers la mer de Crète; mais /eus leur envoya une terrible tempête qui les jeta à la côte des Thesprotes :

o/, T0T£ ll)olv.; rjXBsv ivrio, y.-y.-r^/.'.y. sl8o)£, Tpcoy.Tr,;, o* 8t) TtoXXà xàx àv6pû)7t0l<Tlv sûpvsi' oç u.' îvs 7cap7ï£7ti0o)v /,t'. eopéo'iv, ocoo' LxôusffGa

• I I I l' I I II I

(I>0'.v'!x7v. ôôl "OU ys Sôuoi xal y.-f 'xy- r/.r.TO. 1 ii 'i

Enfin, au chaut \V de VOdyssée (v. 105 et suiv.i. Eumée raconte son enfance dans l'île Syria, son éducation par une nurse phénicienne et sou enlèvement par des Phéniciens, qui ont séduit sa bonne et sont \euus le vendre à la côte d'Ithaque. Ce dernier passage est de beaucoup le [dus long, le plus circonstancié et, je crois, le plus important. Tous les autres d'ailleurs s'y rattachent facilement. Nous le prendrons pour centre de notre étude. Les philologues ont cru y remarquer un certain air de modernité. Kirchhofï le rapporterait volontiers au travail de reeensiou et de réfection du vme ou même du vu'' siècle. KirchholV ne donne aucun bon argument à l'appui de cette opinion. Je crois qu'à l'étude ce passage nous apparaîtra, ou du moins les faits qu'il relate nous apparaîtront comme exactement contemporains de la civilisation.

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• I»' li vie sociale, des habitudes nautiques cl commerciales, bref île toutes les mœurs décrites par les chants de VL'tysséide proprement dite. Mais il faut étudier ce passage .1 la rayon des Plus Homériques, vers par vers, mot par mol.

I uinec commence son histoire :

1 11 connais probablement 11 in- lie nommée Syria, située au delà el au-dessus d'Ortvgie, du côté "H tourne le soleil. Elle n'est pas très peuplée, mais c'est une bonne Ile : des bœufs, des moutons, beaucoup de vin, beaucoup de grains.

vf,ffÔ{ 7'.,- E'jpîr, ■/.:y./.ft~y.:-y.:. :: ïtOU xxoûei*, il;.:/-./,; xaOûrapOev, 081 tpoical rjcXîoio,

ou ~t -;v.-/.//j/; XÎ7JV totov. jjj. ivaôr) uiv,

ji(j.',i. 'jV/'j-'/.rJli,:. r.'j/.j-jyj;.

Dans cette ile Syria les Vnciens reconnaissaicnl l'une des Cycladcs, Syros, I Ile actuelle de Syra; Ortygie, 17/e "".'■ Cailles, était alors un autre nom de Délos ou de Rhència. relie esl ilu moins I opinion de Strabon el ili"- scholiastes1, ri <• est ; 1 1 1 — — 1 I opinion de la plupart de- critiques contemporains1. Quelques-uns pourtant <\<^ un- el des autres mil pensé à l'Orlygie sicilienne, à la petite ile cùtière qui contenait la fontaine d'Aréthuse ri qui, en bas de la ville haute de Syracuse, formai! le quartier de I Ile. V<i*o*3. Mai- celle opinion semble peu défendable. UOdyxsée, en eflet, mm- parle de deux lies voisines, lune Syrie,

I autre Orlygie. Sur la côte sicilienne, mm- ne trouvons <|u une seule ile, qui s'appelle indifléremmenl \asos >>n Ortygie. C'esl vainemenl que l'on a voulu découvrir une différence entre ce- deux vocables, el distinguer d'une part le quartier d'Ortygie et d'autre part le quartier «le Nasos : ce dernier porterait aussi le nom de Syrie. Cette hypothèse, < 1 11 aucun texte ne légitime, esl contradictoire hi\ textes le- plu- formels4. Ouvrons une carte de la nier Egée : les positions respectives de Syra cl de Délos conviennent exactement à la description homérique. Ces deux de- se trouvenl par la môme latitude (environ 37° 25 1; m m- l'une, Syra, esl pai 22°35' de longitude Esl : l'autre, Délos, esl par '1^2".)T. Quant a la différence entre le- deux noms Syrie ci Syros, Eupfoj et Sûpoç, 1 11-iailic l'expliquait déjà en rappelant que telle autre ile. voisine de Chios. - appelle, suivant le- auteurs, Psyria ou Psyros, xv j-.vj. ou Vûpoi : le- modernes en "ut fait Psyra ou Psara, comme de Syros il- mit fail Syra8. \u reste Korin-

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cl Hhodie, Péoo; el Poota, cl. il. m- Homère, SiV/n i '•! S'iV/o/ii'i

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\i/.mi\, \/.'/,. un iiiun île \illc. Vaxie, Sa La, nu, invei ruienl <l un nom tic villOi Kovinthe, Kosiv8o>, un iioni do pays, Korinthie, KopivOia, un Sidon, Sidonie : Syrio osl le nom • 1 1 1 pays ou de I Ile, ",-'<, Eupta, dont Syro r i la ville.

Pourtant, l'attribution il Ûrlygie à la Sieile pourrait se défendre pai unaiulei prètution particulière des mots o du côté où tourne le soleil », ovitooital /, t.io'.o. Cette expression ne semble pas claire b certains commentateurs. Les anciens en avaienl imaginé déjà plusieurs explications. Pour les uns, l'endroit où tourne le soleil désignail la direction Kst-Ouesl que le soleil prend chaque jour dans son tour quotidien. D'autres savaient qu'à Délos, sur la pente du Cynthe, une caverne étail consacrée au Soleil : celle caverne, disaient-ils, avait été jadis une sorte de cadran solaire naturel, sur les parois duquel tournaient I ombre el la lumière de l'astre1. Parmi les modernes1, quelques-uns «ml pensé à la marche annuelle ilu soleil vers leNord el à son retour vers le Sud : le poète aurai! voulu dire qu'Oriygia étail sous le tropique. Fausse pour l'Ortygic de l'Archipel, celle position ne le sérail pas beaucoup moins, un peu moins cependant, pour l'Ortygie sicilienne : la Sicile est encore à quelque quinze cents kilomètres du tropique; l'écart est un peu grand. L'explication la plus vraisemblable el la plus généralement adoptée est celle que donnaient déjà les commentateurs de l'antiquité. La situation >< vers les tournants du soleil « . -zh- tco-aç v.'lo-j, dit Eustathe, signifie iroo$ -y. àuTixà uipr,, vers le couchant. Dans V Iliade ç\ V Odyssée t comme dans les cosmographies levantines, le soleil s'élève de terre. UTïîpsysiv vawjç, pénètre el monte dans le ciel, oupavov sicaviivai, iç oùpavov Uvat, ivoaoûsiv, atteint le plafond de fer, sur lequel il marche ou navigue, u.sax>v oùsavôv iu.oiêaîvsi, el retourne du ciel vers la terre. oui èicl yaïav à-' oùpavo8sv npoTaérceTOi, pour se coucher dans l'Océan5. (Test ce mouvement de retour, -zo-zï-i-y., que désigne le tournant du soleil. Tpoicai tisXîoio : les mots, on le voit, sont les mêmes de part et d'autre. Le contexte, d'ailleurs, est en laveur de cette interprétation. Syros, dit le poète, est au delà d'Ortygie, 'Oz-j-y.r^ xaOu-spôev. Cel Ionien parle en habitant de l'Asie Mineure. Il emploie les termes des navigateurs ses compatriotes, qui, dans leurs traversées vers la Grèce, rencontrent d'abord Ortygie, puis, au delà, vers l'Ouest, Syros : « Nous n'oubliâmes pas avant notre départ de Syra. dit Tournel'ort. d'y faire des observations de géographie : la grande Délos est entre l'Est et le Sud-Est » : c'est l'exacte traduction, de Oz-j--:.y.: xaôtiiîspOsv, 08 1 Tporox! tjs^îoio, qui nous est ainsi donnée par le voyageur français1. Syra est au delà de Délos pour les marins ioniens, de même que l'Eubée

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