‹ Les Phéniciens et lOdysséeChapitre 231 sur 277 · I. Cf. Strab., II. 124; VII, 315; VI · texte numérisé non relu

I. Cf. Strab., II. 124; VII, 315; VI

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d'abord reconnaître Corfou, puis de suivre les côtes albanaises en profitant du courant Sud-Nord qui les longe '.

I es moines marines sémitiques, qui dénommèrent la première Korkyre, furent conduites tout droit à la seconde par le couranl cl par la nécessité d'un abri. \<»n> avons dans l'onomastique voisine mi autre indice de leur passage : l'Ile voisine, Meleda, esl une ancienne Malte, une Mélitè, MeXfor). Ce nom de Mèlitè csl fréquent dans l'onomastique insulaire de la Méditerrannée. La plus célèbre de ces Mclitcs, notre Ile de Malle, lui l'une des grandes stations phéniciennes entre les métropoles de Syrie H les colonies africaines : « Malle, «lit Diodore, est une colonie des Phéniciens qui, dans (die lie isolée cl pourvue de lions ports, avaient mi reposoir pour leur commerce répandu jusqu'à I Océan occidental . » On s'accorde à donner au nom de Mélitè mie étymologie sémitique, <|ni parait vraisemblable, mais que rien ni' certifie : B7D, m-l-i, signifie protéger, sauver', TO'io, melifa, serait comme dit Diodore, le reposoir ou le refuge, xaTaœuvri'. Si cette étymologie n'esl pas certaine, nous savons du moins qu'auprès de Malle mie autre Ile, Gozzo, portail le nom authentiquement phénicien de Gaulos, • iji'.i. Gaulos, ilil Hésychius, esl un nom île vaisseau phénicien. » .Nous connaissons déjà, par le poème odyssécn, le mol sémitique Su, goul, qui chez les terriens de Ghanaan signifiai! vase ou vaisselle el qui, chez les marins de la côte sMieinie. arriva a désigner un vaisseau, -->■ 4>oivucixot -).olx vauXoi xaXoûvwu*. Mais, gaulos étanl de même origine el de môme sens que korkyra, il s'ensuil que nos deux groupes d des. Mélitè-Gaulos el Mélitè-Korkyra, sonl onomastiquemenl d'une parfaite symétrie : les deux termes mélitè sonl les mêmes de part el d'autre, el gaulos esl un synonyme de korkyra. Cette ressemblance dans l'onomastique de ces deux groupes insulaires nous prouve, je crois, la venue de- mêmes Sémites dans les deux parages : la Mélitè el la Korkyra dalmates furent des stations phéniciennes an même litre que la Mélitè et la Gaulos des mers de Sicile.

Or cette Korkyra dalmatc a l'épithète de Noire, uiXaiva : elle esl le Vaisseau Noir, le Croiseur Soir, ou, comme dit V Odyssée en parlant de ses navires, naus thoè melaina, rjj; W, uiXaiva, car cette épithète de la Korkyre dalmatc esl celle-là môme que le plus souvent le poète odysséen donne aux croiseurs de se- héros,

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Le croiseur phéacien, que Poséidon pétrifie, esl un croiseur noir,

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l..i roche corfiote, qui représente ce vaisseau, pourrait donc, elle aussi, être une

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en sorail tirée (comme flan., lebena, la blanche, de 137, laban; ra kedt a, lii sainte, de BHp, kadas : ces racines onl fourni aussi «les épillicte b forme participiale nVJVtp, kados'a, T\ydh, lebona; l'Ecriture n'emploie nue la fornu) participiale rrww, sk hor'a ; mais la forme mnw, skher'a, esti comme on voit, aussi régulière). Skhra, ou skher'a, mrw, a donné au poète homérique -/ Skheria, suivant les équivalences que nous connaissons bien » w.y=r, p = 1. .-. ii ou '. — n.

mrw msiD, Kerkura Skhera, tel était primitivemenl le nom complel de ces Roches ou Mes </" Croiseur Noir. Pour la station liburne, 1rs Hellènes traduisirent le second terme et transcrivirent le premier : ils curent Kerkura Melaina. Pour la station corfiotc, ils avaient transcrit les deux termes; mais l'usage commun ne garda que le premier Kerkura ou Korkyra, alors que la poésie odysséenne n'avait conservé et popularisé » 1 1 1 « * le second, Skheria. Ces différentes opérations onomastiques sont fréquentes dans toutes les toponymies qui onl passé par plusieurs bouches. Que deux stations de l'Adriatique primitive aient eu le môme nom de Kerkura-Skher'a, ceux-là seuls en pourraient être surpris qui ne connaîtraient pas les deux caps lapygiens sur la côte italienne toute \<»isine, les deux Kara'lasch Bournou des Turcs sur la côte cilicienne, les deux Soloi des Phéniciens sur le détroit de Chypre, les innombrables Castel Novo ou Castel Vecchio des Francs et des Italiens dans huile la Méditerranée. Que les marines tantôt traduisent et tantôt transcrivent les noms étrangers qu'elles empruntent, nous le savons déjà par vingt exemples. Mais que, parfois aussi, elles combinent la traduction et la transcription, uns Instructions nautiques ou les Portulans francs nous le pourraient encore montrer.

Voici quelques exemples.

A l'entrée du golfe de Smyrne, le nom du promontoire que les Hellènes nommaient le Cap Noir, "Axpa MéXaiva, a élé exactement traduit par les Turcs en Kara Bournow, mais nos Instructions et uns voyageurs disent tantôt le Cap Kara Bournou, ce qui t'ait pléonasme, tantôt le Cap Kara. ce qui t'ait une traduction régulière (Bournou = Cap) et une transcription, et tantôt le Cap Bournou, ce qui t'ait un non-sens. D'une pointe que les Italiens appelaient Bianco Cavallo, le Cheval Blanc, les Francs t'ont tantôt le Cap du Cheval ou le Cap Cavallo et tantôt le Gap Bianco ou Blanc. Les mêmes Italiens avaient semé dans la Méditerranée leurs Châteaux des Pèlerins. Castellum Peregrinorum, Castel Pelegrino : d'Arvieux, Thévenot et les Francs, qui nous parlent de la station syrienne, disent tantôt Château ou Castel Pelegrin et tantôt Pelegrin tout court. Dans le golfe d'Athènes, les Francs distinguaient l'île Saint-Georges

LUS PHÉNICIENS ET L'ODYSSÉl

île I Viluv. de l'Ile Saint-Georges de Milo : les voyageurs parlent tantôl dt* Vile Saint-Georges et tantùl de Vile <!<• VArbre. De même au Sml d'Astypalée, les portulans tin siècle dernier distinguenl du petil archipel Sainl Jean di Serni

Sainl Jean de Patmos : m»^ Instructions décrivent les Ilots Serina <>n Aghios loannis, Saint-Jean. Nous connaissons dans l'onomastique palestinienne cette Prairie des I ignés que les Hébreux appellent Abel Keramim, D*BTS"7lN : les Septante transcrivent \;,/ ou E6e)> vap^eiu; d'autres, traduisant vignes et transcrivant prairie, disent \Ki/. 'AuitéXcov; d'autres enfin traduisent les deux termes >'\ disent xtôunr iuiceXoçôpoç1 — Pour prendre un exemple dans noire Ile même <lr Corfou, la plus haute montagne dans le Sud de l'Ile s'appelle en grec - Dix suints un plnlùi les Saints Dix, Hagioi Deka. Les marines occidentales uni traduit le premier terme Uagioi, Saints, el transcrit le second Deka, Mlles auraient dû régulièrement dire Saints Deka ou Santi Deka; mais comme elles avaient oublié le sens exact du second terme, deka, et comme ce mot avait la terminaison a «In féminin, elles imaginèrent bientôt de faire accorder l'épithète sainl avec le nom féminin de deka, et la dernière édition de nos Instructions nautiques nous dit : • Sur le côté Ouest el pins dans le Sml, le mont San Giorgio s'élève à 500 mètres au bord de la mer et, dans le Sud-Esl de ce dernier, on voit le mont Santa Decca, haut de 560 mètres*. »

\ nous en tenir doue à l'onomastique, il semble que noire lie de Corfou puisse bien tout à la fois être la Kerkyra des Hellènes el la Schérie du poêle homérique, parce qu'en réalité elle est Kerkyra Schérie, l'Ile du Corsaire ou Croiseur Noir. La topologie de l'île et toutes les descriptions du texte odysséen mmiI nous conduire a la même identification.

I.a première vue de côtes, qu'aperçoit Ulysse avant la tempête, est faite de hautes montagnes ombreuses qui se dressent dans le lointain,

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Puis la tempête jette I lysse contre la côte même de l'Ile; alors, ce sont t\ffalaises *\<' roches sur lesquelles le lloi lance des nuées d'écume avec un terrible i ugissement,

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