‹ Les Phéniciens et lOdysséeChapitre 241 sur 277 · I. Noirs de voyage · texte numérisé non relu

I. Noirs de voyage

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vieilles olivettes. Nous avons atteint la muraille «lu Pantokrator. La route, en interminables lacets, s'accroche au flanc du mont el mel nue grande heure à titT le col. Soudain la vue s'ouvre de tmiii'^ parts, nous sommes au col de Panteleimon, une admirable vue. L'Ile entière esl sous nos pieds. Derrière Hou-., vers la ville, le pays apparall plat, à peine vallonné, entre les lignes de rauves collines. Parmi les chesnaies, les olivettes el les vignes, brillenl les yeux clairs de quelques petits lacs el les miroirs ternis des marécages. Les verdures profondes des plainettes s'enchâssent dans le feuillage ^ris des peupliers, .lusqu'au pied des montagnes qui PcncerclenI au Nord el à l'Ouest, el jusqu'à la hum du détroit, qui la borde à l'Est et au Sud. cette divine plaine du centre de

l'Ile esl toute fleuronnée de lauriers-roses et de cyprès Devant nous, vers le

Sord, au loin, l'Adriatique scintille el danse à travers les Ilots. Voilà Fano, Samotraki, toul le groupe dos lies, et, parmi les écumes, le Karavi, le Bateau [M'iiiiio. avec son mal dressé, sa voile déployée el son canot a la remorque! Jusqu'à la rive adriatique, les pentes dos monts, le tumulte dos collines et le réseau dos vallées disparaissent sous une houle de verdures remuantes, que i trousse le grand vent du Nord. De ce côté, la chaîne du Pantokrator est moins abrupte, el la descente vers le village de Castellanais n'est à pic que dans le couloir voisin du col. Une courte série de lacets conduit bientôt la route à des terrasses de vignes el d'olivettes, à des coteaux enchevêtrés surplombanl des vallons el des hts de rivières. Sur celle face .Nord, la chaîne calcaire du Pantokrator est flanquée d'une liante masse de schistes, que les roches ont trouée par endroits, que les eaux mil ravinée et bousculée partout. Dans ce chaos, la roule s'accroche aux rochers émergeants, contourne les blocs éboulés, traverse les

Pierres Tondues. Siltisninui l.illnirid, suit en courhes repliées le sommet des

lignes de faite el domine de profondes vallées qui, à droite et à gauche, mènent vers la mer louis eaux rapides. A droite, le Typhlopotamos el ses affluents poussent jusqu'à la côte septentrionale el débouchent sur la côte adriatique,

dans la haie de Sidari: ;i gauche, le Mcgapotami \a hrus<|iieineiil tourner à l'Ouest pour atteindre la CÔte occidentale el se jeter dans la haie de Sainl-

Georges. C'est la vallée de ce dernier fleuve que nous suivons de haut. Castellanais, \rkadadais. Mmiatadais, Aspiotadais, de beaux villages dispersent sur les

[tentes ombreuses leurs maisons de pierre et leurs églises à I italienne. Sous louis vieux arbres géants, les olivettes sonl parsemées de fougères. Les cyprès et les alors se fleurissent de roses. La fraîcheur du Bora tempère la chaleur Af midi.

\ Pei lepsimadais, après un court déjeuner, il faut quitter la voiture el gagner a pied le village d iphiona qui maintenant apparaît. Il occupe à noire gauche le sommet d'une roche calcaire, sur l'autre côté de la haie de Saint-Georges. La route carrossable continue vers le Nord : Aphiona est à l'Ouest. A pied, au faîte i\r^ collines schisteuses, nous contournons de très haut la vallée inférieure du Mcgapotami et le fond <\r la haie de Saint-Georges. Mans la poussière jaune.

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font dIqcg à lu roche dure : lu presqu'île il tphiouu <■ i nu bru de eulrnire implanté dans la masse schisteuse1. Sur la roche dénudée ju qu'à lu moindre fissurCi il ne reste pas un coin de terre friable, la pierre nue urgil entre la grande mer ri la baie. Elle monte en deux pentes abruptes qui convergent cl supportenl une terrasse de roc, large de quelques cents mètres. \n point culminant, le village d'Aphiona et les ruines de la vieille batterie française surveillent les deux côtes de la mer à droite cl de la baie à gauche. Toute l'entrée de l'Adriatique et les ruches bordières el les Ilots lointains apparaissent d'ici : toujours distinct, le Karavi, le Bateau de pierre, gonfle sa voile el remorque

suii canot dans les chenaux du Nord-Ouest.

Cette presqu'île d'Aphiona est, à mi-longueur, entaillée d'une fissure profonde qui, de haut en bas el de part en part, la coupe presque eu deux montagnes. Vue de profil par les marins de la haute mer ou par les habitants de la grande terre, celle niasse calcaire présente eu ell'el deux blocs inégaux. Vers te Nord, c'est un énorme dôme trapu qui tient aux schistes de la terre ferme. Vers le Sud. nue fine aiguille surgil presque entièrement enchâssée dans les Ilots. Entre les deux blocs, le Poilu Timone enfonce sa crique, et, parti de la grande

mer. sur le flanc Ouest de la presqu'île, il semble passer à travers la ruche

jusqu'à la baie sur le liane oriental. Pour franchir celle tissure et passer à pied sec du dôme sur l'aiguille, une mince bosse rocheuse maintient seule la communication. Le dôme tombe abruptemenl par une chute de cent mètres dans ta tissure du Porto Timone.... Nous arrivons au bord de ce gouffre. Le petit port est sous uns pieds. Sans largeur (il n'a pas cent mètres de large), sans longueur (il n'a pas deux cents mètres de long), sans goulel qui le terme lil est ouvert en plein aux vents d'Ouest i. sans plages étendues (trois petits bateaux tirés sur les pierres coupantes rempliraient son fond rocheux), ce porl n'est qu'un couloir de mer, un méchant fjord; il ne peut offrir aux Hottes phéaciennes ni bassin à Ilot ni remises à sec. Et ce port est unique. Car la rive de la presqu'île sur la haie n'est échancrée que d'une anse minuscule où, difficilement, le plus petit de nos canots trouverait un refuge. Et l'on ne saurait donner le nom de port à la haie de Saint-Georges tout entière, k cette gigantesque haie (je parle comme les marins homériques), presque circulaire, longue el large de deux kilomètres, cerclée de sables vers la terre, mais ouverte, largement ouverte vers le plein sirocco : c'est une rade foraine au gré des marins primitifs, sans la moindre fermeture; sou entrée a trois kilomètres de lame. Et

I. Cf. le carton géologique dans la carte de Partsch, <>/>. laud.

.Ils l'Ill Mi IENS I I L'Oin SS1 I

l.i Ville d'Alkinoos, la • Ville haute « h la mode du temps, disposerai) à coup sur d'un espace commode pour le troupeau de ses cases el les fortifications de son acropole, mm les pentes el le somme! de l'aiguille du Sud. Mais où trouver la place de I agora pavée el du Poseidion entre les deux ports? Le Pond «le Porto rimonu esl une colline de roches qui de l'autre côté plonge dans la liait1: sur cel istliinr aigu, partout des roches abruptes; nulle surface aplanie, nul espace même médiocre pour les dalles de l'agora. Où trouver encore les champs el les jardins <lu faubourg el la source dans le Inii- sacre d'Athèna? mille verdure; pas un coin de terre arable ; pas môme une terrasse possible pour supporter l.s jardins du roi. El par où tracer la route carrossable qui.de la ville, doil conduire Nausikaa jusqu'aux lavoirs du (leuve? Voilà bien, à quelques kilomètres d'ici, le Megapotami, qui vienl aboutir en face de nous, sur l'autre rive de la baie Saint-Georges. El voilà bien encore, au fond de cette baie, la plage unie de sables el de graviers <>ii le char courrai! à l'aise, où le linge sécherai! an soleil. Mais celte plage ne cerne pas toute la baie el ne vienl pasjusqu auprès de Porto H moue; la montagne d'Àphiona interpose brusquement le liane de sa muraille abrupte, accore, infranchissable : « Porto Timone, disent les Instruclions nautiques, esl accessible aux bateaux ». Mais il esl inaccessible aux voitures. Les gens d'Aphiona viennent parfois s'\ fournir de poissons et de contreliandc, quand par hasard un caboteur battu des vents relâche ou échoue : pour descendre jusqu'à la mer. les terriens oui dû creuser dans la roche une échelle de pierres, un escalier de marches artificielles, où seuls leurs petits ânes peuvent s'aventurer : nue voiture, aussi légère qu'on l'imagine, sérail brisée au premier échelon, el du haut des falaises l'équipage roulerait dans la mer profonde

Si les mots odvsséens veulent dire quelque chose, ils ne peuvent sûrement pas convenir à ce site. C'est grand dommage pourtant. \ vue de carte, l'endroit m'avait plu. Le Karavi tout proche, le Megapotami sur l'autre rive de la haie, la plage du fond, la ville haute du bout, les falaises des caps voisins, les ilôts et roches du petit groupe des Kravia tout proches : à vue de carie, de loin, tout emblail convenir.

J'avoue que nous revenons un peu déçus. Il faut remonter péniblement de Porto Timone vers le village d Vphiona par le long escalier de roches. Voici le plateau du somme! el les ruines de la batterie française : quel étrange séjour poui les paysans de Champagne ou d Auvergne oubliés par I Empereur sur ces rochers!... Le village esl désert. Hommes, botes el femmes sont partis labourer les pentes de schistes sur la grande terre. En quittant Aphiona, nous nous égarons dan- le dédale de ces collines. Nous retrouvons à grand'peinc enfin la voilure qui nous ramène vers le col de Pantelcimon el vers la ville de Corfou.

Ii.iii.ie nous, dans le soleil coucliaiil. sur la mer calme, plate, moirée de

larges courants, irisée comme un verre antique, le Karavi, le Bateau de pierre, continue de voguer immobile.

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I \ \ Il I I II II 1 1 I I \ I

Il ne faul pas courir si loin b la recherche dos |»t>rl <l Ukinoo II uflil d'ouvrir nos cartes marines. Le Bcrvicc hydrographique auglai • pri In peine de nous dessiner un commentaire topographique do toute la de r.ripliou < > ■ l \

séenne. Les hydrographes français onl copié la carte anglai c. Prenez «I la

rouille 11" 3052 de notre service hydrographique : le carton de droite vous <>iirn .1

les deux ports d'Alkinoos sous les noms de Porl Alipa el Porl San Spirid ,

C'est dans la Mer Sauvage la baie de Liapadais, sous le château Sainl tngeel sous la pointe d'Arakli,

dernier massif do la cliainc du Pantokrator vers l'Occident. Les trois cents mètres du Saint- Inge et les cinq cents mètres de l'Arakli lomhenl à |>ir dans la baie dont ils formenl la côte Nord. Mais au-devant de leurs derniers ressauts i\cu\ îles rocheuses sont attachées à la terre par deux isllinies de sables, el un contrefort de la

montagne pointe dans la vague sa longue lance aiguë. Pur ces îles et par cette lance, deux petits ports jumeaux sont dessinés. Le plus grand à l'Est a le nom d'Alipa, le plus petit à l'Ouest a le nom de San Spiridione. Prenez la carte : Ions les mots i\n texte odvsséeu s'y appliqueront d'eux-mêmes. L'île ou presqu'île extérieure, au bord de la haute mer, porte aujourd'hui le monastère de Palaio-Castrizza , dont elle a reçu le nom. L'île ou presqu'île intérieure, entre les {\cu\ ports qui la flanquent, est la place désignée pour une ville haute à la mode homérique, pour une ville de navigateurs sur une côte étrangère, pour un vieil emporion sur un ilôt parasitaire. De chaque côté de la ville, les « deux beaux ports » à l'étroit goulet et aux nombreuses remises viennent finir, au pied des monts, en plages sablonneuses. Port Alipa surtout semble dessiné d'après le texte odvsséeu. Son goulet n'a que trois cents mètres de large et les navires doivent prendre garde aux roches acérées qui l'étranglent. .Mais derrière cette entrée, une triple rade se creuse el ses trois bras eu feuille de trèfle sont divisés par des jetées de roches en de multiples compartiments.

Fie. 65. — Le goulel de Porl Alipa '•

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