‹ Les Phéniciens et lOdysséeChapitre 25 sur 277 · V. IIKI'.AIU). I · texte numérisé non relu

V. IIKI'.AIU). I

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lologique ne doit •'•lie tenue pour entièrement valable que si elle s'appuie — i * ■ - un doublet. les Grecs, ;i la cote d'Afrique, ont un promontoire qu'ils nomment M [kra, ce qui veut dire en grec If Grand Cap : ils le nomment

aussi H s I lir, ce qui in- veut rien dire en grec. Mais, dans les langues sémitiques, ce nom de Roua U/iV,thn OTi, signifierait pareillement le (>ntn<l Cap ou Tète. Wegalè Israël Hous Ulir forment donc un doublet gréco-sémitique, et, sûrs du premier terme, nous pouvons, je crois, affirmer le sens précis ri l m igine «lu second, car nous savons par I histoire que les Grecs ont succédé aux Phéniciens sur ces côtes africaines. <*r nous voyons bien, par l'histoire constante de lu Méditerranée, comment les marines successives se transmettent leurs noms de lieux en se les expliquant, et comment les nouveaux venus parfois traduisent l'onomastique de leurs prédécesseurs, tout en conservant les noms originaux a côté de la traduction. Les Vénitiens et les Génois apprennent des Bvzantins le nom de Montagne Sainte pour I Athos peuplé de moines : ils ■pteiil le nom grec Hagion Oros; mais ils le traduisent missi en italien : Monte Santo. Toutes les thalassocraties méditerranéennes en ont use de môme. Dans la couche hellénique, on trouve en abondance de pareils doublets, qui nous donneront une certitude absolue sur quelques problèmes des origines grecques. (Juand la plupart des lies de l'Archipel portent ;i la luis deux ou trois noms; quand de ces noms l'un, sûrement grec, Akhnè, si^nilic VÊcume, cl quand l'autre., d'origine inconnue, Kasos, peut, expliqué par nue étymologie sémitique, nous ramener au même H'iiv il Écume, nous devons affirmer, je crois :

I Mur Ikhnè- Kasos forment un doublet gréco-sémitique;

' Qu'une thalassocratie sémitique occupa jadis l'Archipel cl que la phrase de rhuevdide est l'écho d'une tradition digne de loi, l'expression d'une vérité historique, nullement légendaire : « Les insulaires étaient des Kariens et des Phéniciens; car ces deux peuples avaient colonisé lu plupart des Iles, oi vy.t'.mt*/'.

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ihie l'on prenne bien garde à cette double affirmation. Elle contient en germe toute notre thèse. C est une série de doublets gréco-sémitiques qui nous entr'ouvi iront le mystère des origines grecques, <i est une série île pareils doublets qui nous montreront les échanges île mois, de produits el d'idées entre les Phéniciens et les plus anciens habitants des terres helléniques. Or je crois cette méthode inattaquable. Si une étymologie peut toujours ôtre discutée, mise en doute ci rejetée, je crois « 1 1 1 \it\ douldei porte en lui-même s;i preuve d authenticité. I u esprit critique peut repousser I étymologie la plus vraisemblable, sous prétexte que toutes le- rencontres sont possibles cl qu'un nom grec peut sembler a un mol phénicien sans eu ôtre dérivé ou s;ms lui avoir servi de mu lèle. Mais, en Lue d'un doublet, la certitude s'impose à tout homme de

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bonne loi, pourvu que le doublol Hoil bien établi i vu nue le deux tonne

g appliquent liHii i une seule ri môme cho e. Kl lu certitude devieul uh olue i I mi peul prouver ou outre que lu chose eouvieul bien h ce double nom (Juuud il s'agil de noms de lieux, il fuul donc ouc I*' doublol loponyuuque oil bien le

double nom d'un soûl el môme 1 1 1 • . ci il luul ouc ce double nom oil ei i

dunec uvee lu topogrupbie 1 1 la Lopologic de ce lieu.

Cette (Ici nii'ir condition) coucorduucc < I > ■ double! topouymiqiic uvei lu nu turc ou l'nspecl < I m site qu'il dénomme, c I d une étude pui lieulièremonl profitable. Car souvent cette étude peul conduire a quelques résultuts certûiu* sur l'origine môme el sur la date du doublet. Reprenez I exemple du Muni Uho el supposez que nous ne connaissions ni la date ni I origine du double! Hagion Oros Monte Santo. Nous constatons seulement que la montagne porte un douille iKiin grec et italien : nous en concluons que deux marines grecque el italienne onl tour à tour fréquenté ces parages. Mais nous ignorons laquelle des deux précéda l'autre el laquelle des deux inventa en réalité ce nom de Montagne Saillie que l'autre traduisit. Si nous cherchons pourquoi ce nom fui inventé, en quoi il peul convenir à ce site, nous trouvons que, seuls, les monastères grecs, russes ou bulgares, orthodoxes, qui peuplent encqre aujourd hui cette montagne, en font véritablement une montagne sainte1. La cause du double! étanl grecque, il est vraisemblable que le nom grec fut l'original el que le nom italien ne fut que la traduction. Si les Italiens, catholiques, avaienl eu à trouver une appellation pour ce promontoire, ils l'eussent appelé peut-être le Mont des Couvents, la Montagne des Vieux ou des Moines (en langue indigène, moine et saint vieillard ne l'ont qu'un); mais, ne partageant pas le respecl des indigènes pour ces refuges et pour, ces ministres de la chrétienté orthodoxe, ils n'eussent certainement pas inventé le nom respectueux de Sainte Montagne : ces bons catholiques ne pourraient avoir de Sainte Montagne dans les mers levantines que le Calvaire ou le Carmel.

Toponymiquement comme topologiquement, plus on explore la Méditerranée et mieux on voit l'énorme quantité de matériaux encore inexploités qu'elle oflre pour la reconstitution des thalassocraties primitives. Toutes les iles de l'Archipel, tous les eanlons de l'Ilellade, nous offrent quelque site de Vieille Ville antérieure aux Hellènes et que les Hellènes ont délaissée. Les grands sanctuaires grecs, Delphes, Olympie, Eleusis, etc., semblent tous appartenir à cette même époque préhellénique. Que sont, aux temps historiques, les grands ports de l'épopée, Ithaque, Pylos, Aulis. lolkos, etc.? Dans les eaux grecques, sur toutes

1. Cf. histruct. naut., a" 77S. p. iil : c L'Athos et la presqu'île sur laquelle il s'élève sonl connus actuellement dans le Levant sous le nom île Montagne Suinte ou Monte Santo. à cause du grand nombre de monastères et de chapelles qui y sont ékililis »

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île débarquement, à tous h-s détroits, aux environs de toutes les pêcheries, les doublets gréco-sémitiques abondent. Il suffit de les ramasser. Ils se présentent d'eux-mêmes quand une fois mi ;i commencé de les réunir. Sites el nom-., |r> mers grecques offrent tous les matériaux pour l'étude tirs thalassoeraties primitives, qui certainemenl oui existé, qui onl duré plusieurs dizaines de siècles peut-être, el dont la connaissance finira quelque jour par renouer I histoire toute moderne des Hellènes aux vieilles histoires tics Égyptiens el tics Sémites.

M lis, au cours de celle étude, <>n ne laide pas à faire une autre découverte : i esl i|ne les poèmes homériques ^mit une description <>n loi 1 1 an moins un -*i>u\rnii litlèle de celle Méditerranée des origines. L'Épopée homérique, grâce a \\ . Helbig, a éclairé déjà les découvertes de l'archéologie égéenne ou mycénienne, préhellénique. Et, réciproquement, celle archéologie a élucidé ou mis en valeur bien des détails, bien des mots, bien tics épisodes de VÊpopée, que l'explication littérale ou littéraire des philologues n'avail pas compris. La géographie homérique peul conduire a un double résultai similaire. VUlysséide. surtout, apparall bientùl comme une mine de renseignements précis. Car ce n'esl pas l'assemblage de contes à dormir deboul que les vains littérateurs nous présentent. <i esl un document géographique. C'esl la peinture poétique, mais non déformée, il une certaine Méditerranée avec ses habitudes de navigation, ses théories du monde el »le la vie navale, sa langue, ses Instructions Nautiques el son commerce. Dès les premiers pas, nous verrons que celte Méditerranée odysséenne esl aussi la Méditerranée des doublets gréco-sémitiques, car 17 lysséide n'esl <|u un lissu de ces doublets : ses descriptions semblent contemporaines tlu temps où " des Phéniciens el des Kariens occupaient les iles ». Réciproquement, celle Méditerranée phénicienne, une fois explorée, nous explique l'ensemble el le détail îles aventures odysséennes. Ulysse ne navigue

plus tlaiis nue liriime de légende eu des pays imaginaires. Ile cap «H ca|>. d'Ile

en Ile, il cabote sur les côtes italiennes ou espagnoles que fréquentait déjà le commerce phénicien. Les monstres aimées qu il rencontre, celle horrible Skylla, qui, tlu fond tic sa caverne, hurle comme un jeune chien à l'entrée du détroit,

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les Phéniciens la connaissaient réellement et la signalaient à leurs pilotes, comme nus marins la connaissent encore el la signalent dans les parages du détroit de Messine • En dedans du cap s'élève le mont Scuderi, qui a 1*250 mètres de hauteur. Auprès du somme! aplati île celle montagne, il existe mu' caverne donl le venl sort en souillant avec une certaine violence*. » Nous aurons souvent à citer nos Instructions nautiques. Mlles sont le meilleur

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il mil r|ii rmli ■<• ces iHiitlcs odyssécuucs, j iivoiic « g 1 1 < - cette i util cption me i»oi li .ni Li plus satisfaisante, il 1 1 1 1 - |i.n nissait impossible, en iiiii. de Mm il. ni une

UH1VT0 des Hellène-., ipielle < 1 1 1 clic lui. Il II | » i « » • 1 1 1 1 1 (le lll Cille uni. illillioil. Je

n'insiste |»,is sin cette idée en ce moment. Mais (|iiicoii(|UC .1 longlcmpi dans la fréquentation îles Hellènes anciens el modernes esl bien oblige « I • convenir nue l'imagination n'esl pus leur faculté maîtresse ni lu source île loin h (i'iimcs il ,11 1. I. invention créatrice ou évocatriee m esl pas ce < j 1 1 ils demandent à leurs artistes. Peu leur importe qu'après vingt autres un trugiipic leur rejn'le, sans \ rien changer, les douloureuses aventures d'Ilécubc ou d'Aiiligoiic. Sans inventer le moindre changemcnl dans In disposition générale de l'œuvre, 1111 architecte ou un sculpteur pourra toujours leur recommencer le temple ou la statue que cenl autres avanl lui auront faits. Si l'œuvre présente une régulière et harmonieuse ordonnance, sans rien de violcnl ni d'exagéré qui choque le regard ou l'esprit; si la conception est toujours subordonnée à la mesure d'une raison équilibrée; si l'exécution habile el consciencieuse ne trahit ni l'ignorance ni la hâte; si l'ensemble garde, malgré les simplifications, l'apparence d'une fidèle copie de la nature: toute œuvre, môme un peu banale <»n sans grande originalité, semblera toujours aux Hellènes vraiment grecque el digne de l'estime îles connaisseurs.

Les poèmes homériques et surtout VOdyssêe ne se distinguent pas en cela des autres œuvres grecques. Il ne Tant pas comparer VUlysséide aux énormes tératologies des Hindous ni aux folles rêveries des Arabes : « bâtir mie vaine tératologie sans aucun fondement de vérité n'est pas homérique ». dit Strabon, ïx u.7)8svèç oï à)or|9oGs ttvàirre'.v xévr,v TspaTOÀoyiav, ouy 'Ou/v.xov1. Il vaut mieux rapprocher VOdyssêe de tels poèmes géographiques, demi-scientifiques, utilitaires, que composèrent ou traduisirent les Grecs et les Romains pour codifier leurs découvertes et celles d'autrui. Il y aurait quelque irrévérence sans doute el une grosse erreur à pousser jusqu'à l'extrême ce rapprochement entre Homère et Scyninus de Chios ou Aviénus. Il faut pourtant l'avoir présent à l'esprit. Il ne faut jamais oublier les tendances utilitaires de l'esprit grec. Les poètes grecs se proposent d'abord d'instruire ou de moraliser leur auditoire .

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Les poètes homériques devaient s'adapter aux mêmes goûts. Ces marins écoutent plus volontiers les vers qui peuvent les servir dans leurs navigations. Tout en passant une heure agréable, ces hommes pratiques veulent apprendre le

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