‹ Les Phéniciens et lOdysséeChapitre 33 sur 277 · I. Instruct. iiaut., n · texte numérisé non relu

I. Instruct. iiaut., n

•2. Odyss., II. 427.

I l's l'Ill Ml II Sv II l.'OhNsM I

li l.i i-m' île lent il abord, puis les vents du large feront la besogne, sans qu'on .ni .1 tirer des bordées ou seulement à changer la voilure. Une lois le mal dressé el les voiles établies, on laisse travailler le venl el le pilote. . 1 1 1 ~- » ) 1 1 " ; i l'aube, que tout le monde boive ou dorme!... Mais attention au lever • 1 1 1 soleil, si l'on doil

débarquer ! Il faul entrer en rade avant la chaleur il atin. A l'aube blanche,

il esl facile «I entrer : ■ La luise de terre décroil aloi*s el tourne au calme ». hiii.uii celte accalmie, il Faut donc se hâter vers le port. Car, le soleil levé, la brise de terre va fraîchir à nouveau et, soufflant vers le large, elle rendra difficile l'accostage. Puis, durant la matinée, sa violence toujours croissante repoussera vers la haute mer les retardataires et les insouciants. Elle ne tombera ensuite qu'à neuf ou dix heures du malin. C'esl donc à l'aube blanche

qu'il laut atterrir pour aborder au lever <lu soleil Reprenez le voyage il»'

rélémaque et dites si, de point en point, 1rs recommandations de nos Instruction* nautiques ne sont pas suivies par les marins de VOdyssèe,

Notez bien maintenant la durée <l«' ce voyage maritime. Partis avec la luise de terre, deux ou trois heures après le coucher du soleil, arrivés à l'aube déjà pleine, nos gens n'ont passé que huit ou neuf heures sur l'eau. Aujourd'hui,

pour aller d Itliaipie en l.aiiniie avec nos vapeurs les plus rapides, nous mettrions le douille nu le triple de ce temps. Il ne laul pas crier pourtant à l'invraisemblance du récit homérique : il esl plus sage de considérer que ces navigations primitives différaient entièrement des nôtres. Elles m' suivaient pas les mêmes chemins. Aujourd'hui, nous irions d'Ithaque en Laconie par le Sud du Péloponnèse, en doublant Modon el le Matapan. Nous ferions sur mer une centaine de lieues. Kt voilà qui n'esl pas dans les habitudes des \ieu\ navigateurs. Car si l'on étudie les navigations anciennes el surtout 1rs navigations primitives, il semble qu'une loi générale s en puisse dégager, qui toujours el partout les différenciera profondément des nôtres.

Nu- grands vaisseaux confortables, spacieux, solides, et que nous dirigeons presque à nuire guise, sont aptes aux longues traversées. Ils les rendent possibles ei préférables. Notre commerce intercontinental emprunte toujours la

Voie de nier ma. ri nui pniir la nulle de lerre mini nui ; je \eu\ dire qu'il n liésile

jamais à entreprendre une longue navigation pour éviter un charroi d'égale longueur ou même de longueur sensiblement moindre. C'esl que la mer esl pour nous la voie la plus directe el la moins coûteuse. I ne fois embarqués, marchandises de frel el passagers du commun restent à bord jusqu'à l'escale la plus voisine <\<' leur destination dernière. Seuls, quelques passagers de marque el quelques marchandises de luxe débarquent au premier porf où vient s'offrir une nmie terrestre, à Lisbonne, à Brindisi, à l'extrémité des presqu des nu des continents, et, par de longues routes terrestres, gagnent en voitures rapides les marchés el les capitales. La mer est pour nnus le grand chemin : Marseille et • ■•■m'- -— < • 1 1 1 toujours les grands ports d embarquement vers l'Asie la plus lointaine; Brindisi n'attire que les privilégiés de la Malle des Indes.

HOI I i s ni \n li I I imi mm i i i:i;i

l'uni les navigateurs do VOdytHt'c, In moi n'e i que lu eutiei • i * / >{n Leurs petits bateaux, à voilon ou .1 raine . mil légei prompt .1 rlinvirci |m-ii spacieux, pou capacca, m. il pontés, m bùi m confortable II n'onl pu do boussole ol bo dirigont surtout pnr les vues de côtes. • <■ t chose terrible pou 1 eux que In limite mer cl les longues traversées : « •• dieux, tu médite ma perle, loi qui veux que sur un radeau j'affronte !<• gouffre terrible, le grand iihlme de la inor, que les vaisseaux eiix-mômes, poussas par le venl des dieux, ne peuveiil pus l*i*:i 1 ■« * 1 1 ■ ■* ." » lie plein gré, infime avec! un vcnl favorable, jamais un rie s'aventure sur cel abîme redouté, On reste le plus longtemps possible sui le solide plancher terrestre. On contourne par terre les golfes el les rades au lieu de les traverser. On enfile les presqu'îles jusqu'au bout, môme quand elles son 1 très longues. On « *« > 1 1 1 m* les isthmes de part en part, môme quand ils sont Mrs larges. Ou l'ail plusieurs journées de route pour éviter quelques heures de haute mer. S'il l'ai il malgré loul se résigner à l'aventure périlleuse, encore s'eflorce-t-on île la réduire au strict minimum : nu ne quitte la rive qu'au promontoire extrême; on se hâte d'atterrir au cap le plus avancé.

Nous aurons par la suile vingt exemples de ces navigations minima pour une rouie de terre maximum. .Nous verrons que le « sentier humide » n est jamais que le complément 1I11 grand chemin solide. Durant toute l'antiquité, il ni esl ainsi : môme aux temps gréco-romains, il esl impossible de rien comprendre aux voies de commerce les plus fréquentées, si l'on ne veut pas recourir à cette loi que, pour la commodité du langage, nous appellerons la « loi des isthmes traversés ». Cette loi régit plus strictement encore les navigations primitives : si I on n'en tienl pas compte, l'établissement du phénicien Kadmos à Thèbes peut semblera lion droit légendaire. -Nous invoquerons souvent eetle loi; il faut donc une lois pour loules la bien établir sur des exemples typiques. Ces exemples bien expliqués montreront ensuite dans le voyage terrestre de Télémaque, non plus le roman géographique que certains imaginent, mais un itinéraire réel, familier aux marchands de ces temps anciens : la route terrestre de la Télëmakheia est d'une description aussi matériellement exacte que la traversée maritime.

Voici d'abord un texte de Thucydide. Durant la guerre du Péloponnèse, les Spartiates occupent Dékélie : tout aussitôt l'approvisionnement d'Athènes devient difficile, parce que les Athéniens tirent leurs vivres de l'Eubée*. Prenez une carte de l'Attique et relisez ce texte. Dékélie est une forteresse de l'intérieur, en terre ferme, loin de la côte, à égale distance de toutes les mers athéniennes. Quelle influence peut donc avoir sur le commerce maritime la prise de cette

Page 1