Tournefort, Voyage, lettre XXII
'1. ln.il nui. naut., il" 691, p. "I".
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font un grand t.. m rce entre les ports de ['Extrême-Levant, Alexandrie, Snini-
Jean-d Vue. Saïdi 1 1 1 [ >< > ] i . el les ports de lu Crimée ou du Caucase, qui les
conduisent aux marchés tartares, bulgares el finnois. Mais c'esl par terre que s'exécute la moitié du trajet : embarqués aux ports de Syrie ou d'Egypte, ces m h ins ne contoui nenl |>;i- I Asie Mineure; ils viennent débarquer dans les ports de la mer de Chypre, Adalia, A la va ou Mersina, el leurs caravanes travei*sent le continent du Sud au Nord, pour rejoindre les ports de la mer Noire, Samsoun, Sinope ou frébizonde, puis gagner en flottilles 1rs ports tic l;i Crimée el de l;i mer «I AzofT, Soudak, Kei ich, CafTa, etc.. '.
Parfois la route terrestre esl trop longue, trop dangereuse ou barrée par le brigandage el l'hostilité des habitants; les marins ne peuvent s'\ risquer en personne : ils cherchent alors parmi le> indigènes des clients et des associés auxquels il- confient leurs marchandises el <|n ils dressent à la caravane. Quand au Moyen Age les Vénitiens détiennent le commerce du Levant, ou de nos jours quand les armateurs de Trieste reprennent le chemin des marchés turcs, les uns et I»'- autres subissent des pertes el des retards dans la longue descente de la mer Adriatique el dans l'interminable périple de la péninsule turco-grecque. I ne route terrestre, à travers les défilés de la Bosnie ou du Pinde, conduirait plus rapidement leurs marchandises aux bazars de Salonique et de Constantinople. Mais la traversée du pays albanais ou bosniaque n'offre aucune sécurité l\ l'étranger, surtout au giaour. Les Vénitiens font alliance avec les Slaves de ise; les gens de Trieste donnent leurs marchandises aux Valaques du Pinde. Slaves mi Valaques, ce sont des indigènes qui font, pour les marins, la traversée du continent; le va-et-vient dos muletiers valaques, au service des marines adriatiques, se poursuit encore aujourd'hui on lie Avlona ou Durazzo et Salonique.
Notre loi des isthmes » est, je pense, suffisamment établie. J'ai dit qu'elle dominait vraiment toute l'histoire préhellénique. La topologie homérique ne se comprend que par elle. .Non- avons déjà l'exemple de Mycènes. Gardant le défilé terrestre entre la mer du Levant el la moi- du Couchant, Mycènes esl « l;i ville de l'or », son maître esl « le Roi des rois », parce qu'elle prélève une douane sur les ballots ou les personnes qui sonl forcés de franchir cel isthme. La tradition voulait que Mycènes dût son existence h un héros venu de la nier. Persée. \ coup sûr elle dut sa richesse au commerce de la mer prolongé par la nniic terrestre. Ce ne sonl pas ses collines caillouteuses dominant une plaine aride, ni ses monts dénudés lâchant leurs éboulis de rocs ci leurs torrents, qui lui donnèrent la puissance et l'or : il fallut qu'un grand commerce étranger convoyât ou lit convoyer par là ses marchandises débarquées au porl de
I ^ Hi : //< ' '/" Comm. au Levant, I p. 550. Je citerai toujours cel ouvrage d'après la Ira-
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de touto lu Grèce. Consultant nos cartes el no habitude m im II. , l< ir< in i»|«i .■lies s'éericnl que voilà une jolie fable : une ville de I itilci iciu . imnl. '.• pin • I • murius, ,;i uni' grande journée de toutes les côtes! Hiches est en elTet, h une journée pour le moins de quatre ou einc| rivagei : golfe de K ■ ■ u, golfe il tnti kyra, golfe de Pugao, golfe de Mégare, golfe de Délion, golfe d uithcdon, elle u ;hi bout ilr ses routes terrestres tout un collier de mouillages qui regardent, le quatre points de l'horizon. Et c'est, précisément, nous le verrons plus loin, parce que les routes terrestres, unissant les mers «lu Levant, du Nord, du Sud el du Couchant, viennent se couper en cet endroit, que Thèbes fut une
fondation «In commerce étranger M;ii> \oiri nu autre cas plus liomériqui
l'on peut ainsi dire. Etudiez le site d'Ilion.
Après les fouilles de Schliemann, il est difficile de nier que, plusieurs siècles durant, ce site ail possédé, sinon quelque grande ville, du moins quelque puissante demeure «le rois et de « riches hommes >•■ La richesse il [lion, célèbre dans tout le monde contemporain, attira sur la \illr les convoitises el les assauts des pillards aehéens el de bien d'autres pirates peut-être. Mais d'où vint relie richesse? Il est vraisemblable que le voisinage des Dardanelles en fut le facteur principal. Car, ici encore, ce fut la situation, et non pas la nature des lieux, qui produisit celle capitale asiatique. Comparés aux plaines du Méandre, de l'Hermos ou du Caystre, que sont les pauvres marécages «In Skamandre? Voyez les vallées du Kaïkos et du Granique, et, en regard, le couloir étroit du Simoïs. Le domaine d'Ilion est sans étendue et sans grande richesse. Sardes, Laodicée, Pergame ou Aïdiu sont les fruits prévus du sol qui les porta, lliou dans ce pauvre recoin semble un paradoxe géographique : depuis les temps historiques, jamais une grande ville n'a reparu en cel endroit; c'est ailleurs que se sont fondées les capitales de celte façade asiatique. Milet, Éphèse, Smyrne, Kydonie ou Brousse
Mais reconstituez par l'esprit les navigations contemporaines : [lion apparaît aussitôt comme la Byzance de cette période préhellénique. Elle n'est pas. comme Byzance, assise au bord même du détroit, sur la mer qui la nourrit (et pourtant que de haies et de mouillages au long de es Dardanelles où vingt villes plus tard vont se coudoyer!) : à cette époque de piraterie, Ilion ne pouvait habiter la plage même: elle devait être, à la mole du t.'tnps, une ville haute, alrcù — oaUOsov, juchée sur la colline avec une échelle à ses pieds. Mais pourquoi Ilion est-elle si loin du détroit? ni l'entrée ni les deux rives des Dardanelles ne manquent de hautes guettes riveraines où les Hellènes installeront plus tard leurs acropoles de Sigeion. d'Ophrynion la Sourcilleuse, d'Abydos, de Sestos, etc. Comment se fait-il qu'Uion soit allée choisir, en plein continent, une hutte médiocre, séparée de la plage par une ou deux heures de chemin? C'est là à vue de carte une singulière fantaisie.
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l'ieue/ uni' t.ulc détaillée1 ii SOUVCnCZ-VOUS de noire » lui des i>lliiiics ».
I i petite plaine maritime du Skamandre est un isthme eu réalité : elle s'allonge du Nul au Nord entre deux mers, comme pour rejoindre à la baie de Besika, (|iii
est !'• dei niei i tillage de I Vrchipel, la baie tir Koum-Kaleh i Porl des Achécns)
qui esl le premier mouillage des Dardanelles. Cel isthme plal a douze ou quinze kilomètres de long; mais il esl très resserré dans sa largeur: à gauche et à droite, des collines abruptes, qui le bordent de près, en fonl un couloir; a droite, vers l'Est, les terrasses continentales portent [lion ; à gauche, vers l'Ouest, ce sont lc> bosses rocheuses d'un massif autrefois insulaire que les alluvions ont ensuite soudé à la côte et qui porta l'antique Sigeion. Entre ces deux murs do collines, d'une baie a l'autre, l'isthme n'esl qu'un couloir de marais, de lits llii\iau\. d'étangs, de vases, de rivières courantes <>u desséchées. Indilîérein-
ment, vers le Sud ou vers le Nord, vers