LES MARINES PRIMITIVES ET LEURS ÉTABLISSEMENTS
:i,v 'OSûffffiiav *a8ii«p xat t+;v 1/. tûv
îViv/vti.,'/ ;; t / / |tol r, ■:•.'/.
Stiuo., III p. I 10
L'étude de la Pylos homérique nous a fourni quelques données sur l'origine (1(> la Télèmctkheia. Nous cuirons maintenant dans II [ysséide, VOdysseia proprement (litr. le Retour ou VErrement <ll lysse. Respectant la disposition el la suite du poème, nous on prendrons l'un après l'autre les divers épisodes. C'est dans l'île do Kalypso que s'ouvre VOdysseia. Depuis sept ans. captif dans cette lie, Ulysse attend l'aube <lu retour. Sur la prière d'Athèna cl sur l'ordre de Zeus, Hermès s'en va pour délivrer le héros: Hermès plonge du sommet do l'Olympe jusqu'à la surface dos Ilots el longtemps il vole sous la forme d'une mouette. Fout au bout du monde, à l'endroil où les Colonnes séparent le ciel de la terre, il aborde enfin l'île reculée : là, dans une grande caverne, habitait la Nymphe; Uysso pleurait sur les rochers.
Cette île de Kalypso a-t-elle réellement existé? ou n'est-elle qu'une fiction poétique, un Eldorado, un paradis rêvé par los navigateurs d'alors el décril par le poète au gré (\c l'imagination el tics contes populaires? Entre ces doux alternatives on penche, à première lecture du texte, vers la seconde, ('."est la plus simple. Elle nécessite le moins de recherches el le plus de soumission aux opinions communément reçues. I.e doux Fénelon a d'ailleurs embrumé cet horizon lointain de toutes les rêveries de son Télémaque. Il est de sens commun ipic l'île de Kalypso n'a jamais existé. .Mais, si l'on l'ait du texte une étude « plus homérique », il apparaît bientôt (pu* certains détails, certaines épithètes el certains noms propres caractérisent, d'une part, noire site, et le. localisent, d'autre part, dans mu» région strictement définie :
Uysso. dil Athèna, supporte des maux loin de ses amis, dans une île cerclée de courants, OÙ se dresse un nombril de la mer. Dans celle île aux arbres, habile la fille du pernicieux Allas, qui sait les abîmes de toute la nier et qui, seul, possède les Hautes- Colonnes dressées entre le ciel el la terre....
I Ml
i l s Nil N'ICIENS ET L'ODYSSfil
Je rappelle la règle posée par W. Ilelhig, qu'il Faut toujours avoir présente .1 r esprit : i I es épithetes homériques traduisent la qualité essentielle de l'ohjcl qu'elles doivent raraetériser. Kl les ne fbnl jamais ressortir les qualités seconilaires, mais seulement relies <|m frappenl vivemenl les yeux cl impriment .1 l'objet mi caractère particulier. » Il j a peu d'épithètes banales dans Y Odyssée, lieaucoup moins qu'on ne le croit généralement. Nous n aimons |>;is les chevilles dans nos vers : pourquoi les Hellènes, nos maîtres, auraient-ils eu un goût moins difficile que le nAtre? L'Ile « I * ~ k;il\|>so est une lie à la Caverne, une Ile aux Oiseaux, une Ile aux Sources, une Ile aux arbres, située dans la parenté, c'està-dire dans le voisinage des Hautes-Colonnes : m nous tenons un compte rigoureux de ces multiples épithetes, l'Ile présente assez de particularités pour que nous la distinguions entre mille.
M. us pour commencer faisons toutes 1rs concessions au préjugé courant, admettons que I Ile tic l\;il\|isu soil nue invention il»' I auteur. Supposons que cet Kldorado n ail jamais existé. Encore pouvons-nous tirer de sou étude beaucoup de renseignements utiles et précis. Chaque peuple se l'ail son paradis ;i s;i guise. Iniii paradis n'est, en somme, que la peinture embellie de la vie ordinaire. I. Ile ilr K;il\|isu est I Eden d'un peuple navigateur. Etudions cet Eden comme le type idéal d'un établissement maritime à une certaine époque de l'histoire méditerranéenne. Car suivant l'origine et les besoins des peuples navigateurs, suivant aussi la grandeur, la forme ri l'armement des navires, on peut constater dans rhistoirc de l;i Mer Intérieure <|nr chaque époque ;i son type d'établissement, station <\r pèche ou de piraterie, embarcadère ou comptoir de débarquement. Pour la période préhellénique, l'Ile de Kalypso nous offrirait donc le type iln port idéal. En voici lu description exactement traduite :
Hermès iitteignil enfin l'Ile lointaine où, dans une grande caverne, habitait la Nymphe .ni\ beaux cheveux. Tout autour de l'antre, une forôl ;i\;iii poussé vigoureuse, aunes, peupliers et cyprès odorants, et 1rs oiseaux de mut à large envergure, hiboux, éperviers et corneilles marines, j faisaient leur nids. Sur la bouche de la caverne profonde, une vigne étendait ses robustes rameaux, que fleurissaient les grappes. Quatre sources j versaient leur onde blanche, voisines l'une de l'autre, mais divergentes. El tout autour, i étaient de molles prairies de persil et <l<' violettes, qu'un dieu même eût admirées en débarquant et dont son cœur se lui réjoui.
si l'on dégage les principaux caractères de notre site, on trouve : I" une Ile verdovante, avec une ou plusieurs collines « nombrils de la mer »; " une caverne; •"»" des sources; i" des arbres peuplés d'oiseaux marins.
I. Source*. De ces caractères, il en esl qui, pour toutes les marines el dans tous les temps, auront ;i peu près la même importance : telles, les sources.
I I s \| MUNI s |'|;nil I |\ I s | I | I I lis I I \|:| hM Ml I 1,1
JlISqu'fl C08 deriliei (< .innée., eu ellel. jii (||| .1 I ni\eiili<>ii i|i -i.hi.I. , .1
;i ou u i'| |,i 1 1 1 1 1 1 1 . 1 1 1 • > 1 1 de lr, m de mOI'i l'iligUlule lui. |)0I1I Uni Ifl 111. 11 111 .
dans toutes loa mers, do primordiale nécessité. VfaiH, naviguant h Iruvei de lies de m, trliic ou l<' long do etHes rocheuses, ne (li [>o nul 'l uillciu que de \;iM's pou perfectionnas, petits (outres) ou fragiles (cruches), le marin de I Kgée primitive avaient nu plus grand besoin dos fontaine! Dan i ette mei . le navigateur antique, comme lr navigateur il aujourd liui, trouvai! fai ilemenl sa nourriture grâce à In poche (Ile des Thons) ou à In chasse (Ile de (Vailles, tic Lupins, des Cerfs, etc.). Presque jamais, dans lu complainte du monde levantin, » les vivres ne vienuenl à manquer ». Mais I eau manque parfois cl c esl de soil que meurt le petil mousse de I Anthologie*.
L'Ile 1I1' Patmos, dil Tournefort, csl un des plus méchants écueils de l'Archipel. Klle est découverte, sans huis ci fort sèche, quoiqu'elle ne manque ni de roches m de montagnes. Jean Cameniate, qui étoil «lu nombre des esclaves que les Sarrasins firent à l,i prise de Thessalonique et <|ii ils conduisirent en Candie, assure que tous ces mallieureux restèrent sis jouis à Patmos et qu'ils n'j trouvèrent pas d'eau à boire. Ilauroienl fait bonne chère si on leur avoit permis de chasser, car l'île esl pleine de perdrix, de lapins, de cailles, de tourterelles, «le pigeons el de beefigues*.
«« Pour subvenir au manque d'eau douce, dont souffrent tant les navigateurs, dit Pline*, les physiciens s'étaient mis en quête de recettes : toisons peuducs aux agrès pour recueillir la rosée, vases de cuir ou de terre plongés dans In vague, etc. » Avec de telles recettes, le marin grec ou romain avait grand'chance de mourir de soif. Parmi les pirates homériques, le manque d'eau iisquail plus souvent encore de se faire sentir. Comme les corsaires lianes des derniers siècles, ces pillards ne pouvaient pas se ravitailler ;i toutes les sources de leur connaissance. Mien des mouillages el des aiguades leur étaient fermés par l'hostilité des indigènes, sur les côtes qu'ils avaient razziées jadis et où ils craignaient de justes représailles. Prisonnier d'un corsaire liane sur la côte d'Egypte, Thévenol connaîl tous les tourments de la soif, juste en face des bouches (\\\ Nil :
Les Corsaires avoieut si peu d'eau qu'ils étaient obligés de la dispenser par mesure, en donnant à chacun deux verrées par jour. Notre nourriture consistoit en deux repas par jour. On nous donnoil du biscuit, lequel, pour être tout moisi, estoit de toute couleur, et afin de l'assaisonner el qu'il ne l'ust pas si dur, on le trempoit dans l'eau. qui punit extrêmement et d'abord qu'on l'apportoit elle se faisoit sentir, et en pressant ce biscuil sous les dents, cette eau d'enfer couloit dans le gosier, qui faisoit un horrible effet, et nous beuvions de cette eau puante avec fort peu devin par dessus.... Nous arrivas mes à Damiette.... En allant sur le Nil, nous beusmes notre saoul de bonne eau.
I [nthol., VII. 293.
•1. Tournefort, I. p. 138.
.".. l'Iin.. XXXI. 37.
I I S Nil Mi II NS KT I < > h > SS1 I
nous st*iiihlnnl d'estrc passés d'enfer en paradis, comme nous .nions passé de la mer sur un fleuve'.
riysst* i*l ses compagnons, chassés (Un jours par lu tempête el ballottés ilrs mers grecques jusc|ii*uiix rives des Lotophagcs, eourcnl de môme à la source rôtière el inangciil el boivent toul leur saoul.
8a a et; r.Tzzioov !Ït,u.sv xal X'-suToràusO1 yotop
•-•t','/ ii.'ti-'j 8ô»iw -a:1/ v/j-lv £70130'..
yjTv; ;-;'•. -•-',:'> t' ÈiraraâusO1 r.OS TCOTYiTOc'. ...
Outre la boisson, il faut calculer pour ces marines primitives que l'olimentation nécessite une grande quantité il eau. Les provisions de route se composent de blé en grains ou en farine, jcto^, d'eau el de vin :
X3 Èvw t'.tov xal >'"(■>: xal oivov èpuOsôv
Il I II
gy(hr'?(o Lisvoe'.xi , / xsv toi muov esÛxo'.,
•• Je mettrai sur ton bateau du grain, de IVîau ri du vin rouge en abondance, pour chasser la lamine », ilil Kalypso3, qui charge dans le radeau d'Ulysse une outre de vin noir, une grande outre d'eau el un sac de provisions, f,a (nous allons retrouver ce terme). IN' même l'une des servantes phéaciermes apporte .m vaisseau qui \;i rapatrier Ulysse le grain cl le vin rouge :
.. -\-.'ii -.i tpipev xal o'.vov eouGsôv*.
• i ii
Mentor ilil pareillemenl ;i Télémaquc : « Préparc toutes 1rs provisions de route, c'est-a-dire du vin dans les amphores el de la farine «Luis les outres »,
ûïvÀwa'ôv - /••.■/ xal avyecw xperov XTcavTa,
' ii i
olvov Èv iaptïoocjo'i xal aA»'.?a ucjsAÔv àv3p<î>v
i • . i ii i
■ 7 7V/ SV -jv.';i',\-\i I I
cl Télémaque fail porter au vaisseau douze amphores de vin el vingl mesures de farine. Or les vins de Grèce, chauds cl liquoreux, étanchenl mal la soir. Sans eau pour les couper, les meilleurs nus du Levant ne peuvenl abreuver longtemps nu équipage, quand même il en nurail sa cale pleine. Il ne faul pas les comparer \\ nos vins légers du Nord. <mi pourrait imaginer une traversée faite .m Champagne ou au chablis, avec très peu d'eau. M;iis. en quelques repas, le -.mu» ou le chypre non coupés donnent le dégoût. Le navire, qui ramène Du I resne-Canayc de Turquie, esl surpris par la bonacc ih'iis la mut Ionienne : Sous souffrîmes une soif désespérée, n'avaul que de l'eau poussiéreuse el ne
I I li. .. ii.ii I nyagr II i lio|i '■"
\ |i.:, li.*.
ils \i muni s l'RIMI riVKS II LEURS I I \M IKHI Ml i 153
pOUVIUll Luire île Mil i cure île l;i cumule.. |, \m ^in I. p||| |i.ul.ul
110 semblent [MIS | > 1 1 1 .imiiii eus .111 [lllltlil 'II' drln.il (|||(< i plll'lll 011 llitl'
I cm il n m pu ils, l.uil m m II V ioilS iiiillcil il ni • • 1 1 < ■ | > i i \ > (lopili hieil (le
jours1, " \ plus lui le raison, le vin de ces m a ri nos primitive . le vin noir,
rumine illl le poêle. IIC poil I i'Iii' l'OllSOIIimé pin. ll'e I II 11(1 SOI'tO lll! • milil m ■• épaisse cl visiUIOUSO, ipi il 1*11 1 1 1 délaver d,in IlOllUCOUp il INI II puni en faire il II
vin iDin/f. Mitron donne il I lysse un vin merveilleux, une I >< »i^^« n i divine, un vin
suis r;m. XXV) : /T'.'/v. lin vi 11 IlOÎl' ailipiel il lallail ajouter. SI I 0!l VOIlldll «In \'i 11
rouge, doux cnininr le miel, vingl mesures d c;ni puni nnr mesure de vin; aussi l'outre qui contient ici extruil de vin répand uni' odeur divine'. Quand l'équipage do Télémaque an retour de Pylos vienl débarquer sur l'extrême pointe d'Ithaque, on se lu\to, après cette nuit sur Iran, de préparer le souper el de » mélanger le \ in noir » .
ûsîiïvàv t svtÛvovto xepûvTÔ te y.'.Oo-y. owov3.
\ Ions les repas homériques, celle opération du vin mélangé se renouvelle. C'esl le premier soin des valets, dès que le repas esl commandé : ils mélangenl le vin dans la euve commune, le cratère, où l'on remplira les coupes de chacun.
Ile même avec le blé ou la farine, il faul beaucoup d'eau pour fabriquer la bouillie ou les pâles dont loni le monde vil durant la traversée. Les Italiens aujourd'hui nourrissent leurs équipages de macaroni. Les équipages homériques vivent de farine « qui fait la force de l'homme, qui lui donne la moelle »■ <m ne rôti 1 «les viandes qu'à terre. Viande el lail sonl les douceurs des terriens. \ ins el grains sonl les provisions de bord, r,ta, r,a. Les compagnons d'Ulysse, débarqués dans l'île du Soleil, ne doivent pas loucher au bétail sacré. Ils vont continuer à vivre sur leurs provisions de bord, r,a, blé et farine. Tant qu'il leur reste du grain, ils respectent la défense el s'abstiennent «les bœufs. Mais quand toutes les provisions sont épuisées, ils égorgent le troupeau :
0'. o* suo; ulsv t Vrov £vov xal olvov spyQ
-6'^zy. 3otOV ilîSVOVTO XlXaiOUSVOl 6''.CiT0'.0. lll /. I
aAÀ pts or, vr,ôç ici'^O'.TO y, '.a navra'
Aux temps historiques, pour les navigations rapides, il en esl encore ainsi. La trirème athénienne, qui porte le décret de grâce au peuple de Mitylène et qui doit devancer le décret de mort, ne se nourrit que de farine délayée dans du vin et de I huile5. Les provisions de route1, pour les voyages sur terre, ne sont pas différentes. Quand les Dix Mille, rentrés de leur expédition, se trouvent encore assemblés à Byzance, un certain Koiratadas, racoleur de mercenaires et