OBSERVATIONS
fallait donc admettre que les hystériques pouvaient avoir nettement, dans certains cas, conscience de la forme de leurs organes internes. Cette même malade me décrivit ensuite la configuration de son cœur et de son estomac qui, « disait-elle, avait la forme d'une grande poche placée un peu de travers avec des ouvertures en haut et en bas ». Elle me décrivit aussi sa vessie, « où aboutissaient deux petits tuyaux et d'où en partait un autre beaucoup moins long ». Elle me demanda même un jour en sentant son estomac « s'il fallait sentir aussi les petits plis ? — Mais quels petits plis? — Tous ceux qui sont dans l'intérieur et où il y a des petits grains avec des orifices. »
Elle voyait donc non seulement son estomac, mais sa muqueuse avec les replis et les glandes.
III (D"* Gomar). — Enfin j^ai occasion d'observer en ce moment même une autre malade qui, comme on va le voir, a, à un degré plus élevé encore, la perception très nette de ses organes anatomiquement et physiologiquement ; ainsi, en sentant son ventre elle me dit, comme la première, qu'elle sent une masse en forme de poire ; elle me décrit ses ligaments, ses ovaires et s'écrie tout à coup : a Mais ce que je sens dans le bas-ventre réveille des points douloureux dans la poitrine : il me semble que mes seins gonflent : il y a un rapport entre ces deux choses-là, ça se correspond ! » « Je lui dis de sentir encore plus son bas-ventre. Elle me répond : « Mais plus je le sens plus les seins me font mal » , et elle ajoute : « Ça me change non seulement au physique, mais aussi au moral. Je ne suis plus la même ; je suis tout à fait transformée des pieds à la tête; il me semble que je n'étais qu'une enfant, je deviens une femme, je ne suis plus de la même façon ;
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mon caractère aussi change, et je sens que dans cet étât-là j'ai bien mon âge réel I »
« J'arrive, enfin, à un fait qui m'a paru plus extraordinaire encore. Cette mênje malade, en sentant un jour son cœur, m\*n décrivit non seulement la forme* la situation, la grosgieur, mais elle me dépeignit aussi toute sa circulation ; <c J'ai, dit-elle, des soupapes dans le cœur, et d'un côté, en haut, part un gros tuyau qui se recourbe puis descend au milieu du corps. De ce tuyau en partent d'autres : tenez, regardez, ajouta-l-elle. - — Mais comment voyez-vous cela ? lui dis-je. — Devant moi (elle hésita); ah ! non, on dirait que c'est en moi, mais jVn ai partout, des tuyaux ; c'est très gênant ; ils passent dans les bras », et en disant cela etk me décrit exactement a%ec la [>ointe de Tindex gauche sur le bras droit le trajet de son artère humé" raie, ï^a bifurcation en radiale et cubitale ; h la main elle me décrit son arcade piduiaire et les collatérales des doigts ; elle me fait ensuite de même la descrîptioû de SCS artères de la jambe, et me dit ceci : « Ces tuyaux <l(;viennent de plus en plus petits et î! y en a partout des quantités m : elle s'arrête un moment, paraît regarder avec plus d'attention et continue i u Mais le plus curieux, c'est qu'après ceux-là, qui sont de plus en plus petits, il y en a d'autres qui sont de plus en plus gros et qui remontent vers mon cœur. >ï Et elle me décrit alors toute sa circulation veineuse, trouvant toujours ces tuyaux gênants. Je lui dis de sentir plus encore, et quelle n'est pas ma stupéfaction de l'en tendre dire ces mots que j'écris rapidement pendant qu'elle parle : (c Voycï-vouSj dans mon cœur il y t^ un liquide qui du cœur passe dans les gros tuyaux, puis dans les petits ; ce liquide revient nussitôt dans d'autres tuyaux plus gros ; puis enlln il revient au cœur d'où il repart en-
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core, mais c'est toujours le même qui circule, il ne s'arrête jamais. Ah ! Je ne veux plus, ça me gêne trop : voilà tous mes tuyaux qui battent ; ça bat partout dans mes membres, dans mon corps, dans ma tête : ça bat très régulièrement, mais c'est tout de même très gênant. » Elle se calme : la sensation de gêne paraît diminuer ; elle s'assied sur le lit (les yeux toujours fermés) et semble fixer sa radiale au poignet avec une attention profonde, et « trouve très drôle ce petit tuyau qui bat et qu'on peut mieux sentir que les autres. » Elle a donc jusqu'à présent senti d'abord son cœur, ses vaisseaux, les artères, puis les veines ; enfin elle a senti les battements cardiaques, un liquide, puis les pulsations artérielles ; mais tout n'est pas fini et elle me dit : « Regardez dans mes tuyaux, il y a deuxchoses qui se promènent. — Comment deux choses, que voulez-vous dire ? — Oui, j'en suis sûre, je les vois bien : il y a d'abord un liquide tout blanc, et dans ce liquide il y a une quantité considérable de très petites machines rouges, presque rondes, mais pas tout à fait : c'est plat et les petites choses rouges nagent dans le liquide blanc I (textuel) et tout cela me fait vivre. Je suis bien maintenant, je vis réellement : c'est comme si j'avais de la vie qui circule en moi. » Elle avait donc vu en elle le sang blanc et les globules rouges.
« Cette même malade, qui venait de me décrire si
nettement sa circulation, me décrivit par la suite, en
retrouvant sa sensibilité viscérale, tous ses organes :
poumons, estomac, gros et petit intestin, ses reins, son
Die, son pancréas, et elle les décrivait en en suivant
ur elle-même, au fur et à mesure qu'elle les sentait,
es contours avec son doigt. J'insiste sur les mots sur
dle-méme, car quelques jours après elle me décrivit ses
ensations de façon tout à fait différente ; et le fait m'a
62 LES phénom|:nes d'autoscopie
paru curieux à noter. Elle avait retrouvé successivement sa sensibilité périphérique, musculaire, viscérale^ sensorielle et j'étais arrivé à la tête, h Sentez votre cerveau ! » lui dis-je. Elle cherche un instant et me demande : « Mais à quel endroit ? — Comment, que voulez- vous dire ? — Où faiil-il le sentir, en avant ou en arrière? » Elle avait donc la sensation que cela n'était pas indifférent. « En arri<:Te », lui dis-jc. Elk fait alors des oscillations de la tête, accuse les sensations habituelles de tiraillements, de craquements ; puis s'arrête tout à coup, s'assied sur son lit et me dit textuellement : « Regardez, je la sens bien, ma tête, en arrière, et je vois là, devant moi, tout mon corps. C'est très curieux, le voyez-vous ? Il y a une tête, et au-dessous une colonne avec des anneaux ; de cette colonne partent des cercles qui forment une cage ; de chaque côté, dans la cage, il y a deux grosses éponges rouges ; du côté gauche il y a, en plus, un organe d'où partent de gros tuyaux ; en dessous, une séparation, et, à droite, voyez-vous là ? (et son doigt indique toujours en avant sur cet individu qu'elle croit voir), à droite il y a une sorte de grosse éponge plus épaisse que celle de tout à Theure, et de l'autre côté une grande poche derrière laquelle il y a quelque chose de forme allongée ; enfin un long tube gros d'abord, puis plus petit et arrondi plusieurs fois sur lui-même ; de chaque côté de la colonne il y a aussi deux petites choses un peu plates dont les extrémités sont arrondies et d'où partent des tuyaux qui aboutissent dans une petite poche tout en bas, et derrière la poche il y a encore quelque chose. (Dans cette description sommaire, elle parlait donc de ses poumons, cœur, foie, estomac, pancréas, rein, uretère, vessie, intestin, utérus.) Enfin il y a, en haut et en bas, des grands membres qui