‹ Les phénomènes d'autoscopieChapitre 18 sur 38 · CONSCIENCE ORGANIQUE · texte numérisé non relu

CONSCIENCE ORGANIQUE

Le D*" Comar ne voulut tirer aucune conclusion, ni proposer aucune interprétation de ces phénomènes. Ce n'est qu'après mûre réflexion, après les avoir soumis à la plus sévère critique au point de vue des conditions dans lesquelles ils s'étaient produits, qu'il se décida à les publier tels quels.

Si étonnants qu'ils fussent au premier abord, ces phénomènes ne me parurent pas tels à la réflexion. Ils n'étaient, en efiet, en quelque sorte que le degré le plus intense de ce que j'avais signalé dans mes recherches sur la genèse et la nature de l'hystérie, quand j'avais établi les sensations hées aux diverses phases du retour de la sensibilité dans les organes anesthésiés. J'ai montré que, d'une part, dans ce cas le sujet a connaissance des modifications qui se produisent dans ces organes, et qu'il peut agir volontairement sur ses muscles lisses et sur ses sécrétions, pendant qu'il est subconscient ; et que, d'autre part, les organes qui recouvrent leur sensibilité — c'est-àdire dont le centre cortical reprend son activité — présentent des réactions sensitivo-motrices d'ordre général d'abord, puis d'ordre spécial à chaque organe, de façon que le sujet reconnaît cet organe et le sent dans sa situation et ses dimensions d'une manière vague et gênante, jusqu'à ce que, par le retour complet de la sensibilité, il ne le sente plus isolé du reste de son

SoLLiER. — Autoscopie. 5 -

organisme et n'en ait plus conscience séparément.

Mais si j'avais signalé ces faits, qui se produisent d^une façon constante dans le réveil cérébral des hystériques, jamais je ne les avais vus poussés à ce point de donner au sujet la notion de la structure intime, microscopique même, de ses organes. I • Je suis convaincu aujourd'hui que j'ai dû passer

|. plusieurs fois à côté de semblables cas.

Je n'avais qu'à attendre qu'il s'en présentât un spontanément pour l'observer. Mais ils sont rares et l'attente fut assez longue. Je n'y songeais plus quand il en tomba un sous mon observation, qui est peut-être le plus complet de tous. Je le rapporterai, en copiant les notes prises au jour le jour et à mesure que les phénomènes se déroulaient sous mes yeux, de manière à éviter toute amplification imaginaire consécutive.

IV. — Il s'agit d'une jeune fille de vingt-deux ans, Jeanne, grande hystérique depuis l'âge de quinze ans, prise pour une tuberculeuse et soignée comme telle à cause d'une toux persistante, de fièvre par accès, de points douloureux de la poitrine et d'anorexie. Elle se mit à un moment à avoir des contractures persistantes des jambes et parfois des bras, des crises de pseudoangine de poitrine et des attaques hystériques franches qui l'amenèrent enfin à se faire traiter pour son hystérie, qui était seule en cause ainsi que la suite le démontra. Insomnie complète, anesthésie généralisée, pointa douloureux très forts, crises, contractures, anorexie

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tenace, amnésie, hallucinations visuelles et auditives, etc. , c'était le tableau complet delà grande hystérie, et de ce que j'ai appelé le vigilambulisme hystérique. Elle était arrivée à cet état d'une façon progressive après divers incidents de sa vie qui l'avaient fortement impressionnée, et à la suite de chacun desquels elle s'était aggravée. Au début ce fut une exaltation mystique avec une religieuse du couvent où elle était ; puis une chute de cheval où elle avait failli être tuée ; ensuite une sorte d'attentat à la pudeur, non consommé d'ailleurs et probablement grossi dans son imagination, mais dont elle gardait une terreur extrême et une honte invincible; enfin la mort de son père qu'elle adorait, bientôt suivie d'une opération grave que sa mère avait dû subir et qui pouvait mettre ses jours en danger.

Réveillée de son vigilambulisme par la restauration progressive de la sensibilité dans l'hypnose, cette jeune fille paraît suffisamment rétablie pour pouvoir reprendre la vie de famille. Cependant elle n'a pas repris, tout en mangeant convenablement, son appétit ; son sommeil est encore souvent troublé, et quoique sa sensibilité paraisse redevenue presque normale, elle la perd avec une trop grande facilité ; de plus elle n'a pas retrouvé le goût de vivre. On constate que toutes ses fonctions se font au minimum.

Elle est obligée de se remettre en traitement au bout de deux mois. J'entreprends alors de réveiller plus profondément sa sensibilité, et particulièrement sa cénesthésie et sa sensibilité viscérale. C'est alors seulement que j'observai pour la première fois des phénomènes d'autoscopie, qui avaient d'autant plus de valeur chez cette jeune fille que, auparavant et alors que je n'y songeais pas, j'avais pu me rendre compte qu'elle ignorait totalement la structure du corps humain.

€3 LE^ PHDOMÈTCS d'aLXOSCOPIB

\u c:*ir* d'iis^ ^^nce de réveil de la sensibilité, aï :-rs q-iVIir avait reoi-uvré celle des membres inférieurs, eJ*? arrive ao vectre. T:ml à coop elle se plaint d'une domie'JT ^ive à ^auoh-?. qui la fait relier sa cuisse sur Tabd* 'Oien et lui fait crisper le visage. Je lui demande ce quVll*? a. < C'e>l un tube qui me fait mal. — Quel tube, dis-jê ? — Il va de là à là (elle me montre avec la main le trajet de l'ovaire à ruténis). — Qu'est-ce qu'il y a dans ce tube? — Rien en ce moment. ^ — Quand donc y a-t-U quelque chose? — Quand je suis indisposée (règles). — Qu'est-ce qu'il y a alors ?

— Du sang. — Ccimment donc le voyez-vous?

— En moi. — Oui, mais comment ? devant vos yeux ? comme si c'était une personne? — Non. — Dans >olre tète? en imasrination? — Non ; comme si j'avais des yeux dans le ventre: je le sens. »

EUe voyait par conséquent la trompe gauche.

La douleur cesse au bout de quelque temps. Alors elle se détend. Mais tout à coup nouvelle douleur au bas-ventre, a Qu'est-ce que vous avez encore ? — C'est une peau qui bouche le tube d'en bas : elle se tend, elle va éclater. — Qu'est-ce que c'est que cette peau ; comment est-elle ? — Mince ; elle ferme le tube, répondelle. — Quel tube : qu'est-ce qu'il y a dans ce tube ?

— Rien en ce moment : c'est quand je suis indisposée, le sang qui coule. »

Elle A-ient de décrire le vagin et l'hymen. En même temps elle éprouve une vive douleur à la tête, au vertex , dans le point que j'ai indiqué conune siège du centre des organes génitaux. La douleur est bientôt suivie des sensations de tiraillements et d'écoulement de liquid frais qui accompagnent le retour de l'activité des cen très cérébraux engourdis. Toute douleur s'apaise alor dans le ventre. Elle a le sentiment que tout s'y reia<

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en ordre, et elle cesse alors de voir les tubes dont elle vient de parler.

Mais , continuant le réveil de la sensibilité de l'abdomen , elle se plaint bientôt d'une nouvelle douleur, cette fois au niveau de l'ovaire gauche, et elle s'écrie : « Oh ! un petit sac qui va éclater ? — Un petit sac ? lui dis-je du ton de quelqu'un qui ne comprend pas. Qu'est-ce qu'il y a dedans? — Des... des petits... grains..., ça se tend, ça va éclater. — Comment est-il gros, ce ;!|

sac? — Il n'est pas gros. — Mais encore; est-ce |

comme un œuf? — Non, plus petit. — Comme un ^

œuf de moineau? — Non, plus gros. — Comme une ' |

noix, une amande? — Oui, oui, une amande. — Et |

les grains? — Il y en a des petits et des plus gros. » ^

Il est à remarquer que parmi toutes les comparai- , 4]

sons de volume de l'ovaire elle a choisi justement celle |

qui est classique. Mais non seulement elle voyait son ]|

ovaire, elle voyait aussi les ovules qu'il contient. Il >J

faut remarquer en outre que ce n'est que du côté -^

gauche, le côté douloureux, celui où elle avait eu de ^

la contracture de la jambe, qu'elle voit ainsi ses organes du bas- ventre en en recouvrant la sensibilité.

Mais ce n'est pas tout. Bientôt, dans la même séance, elle ressent une nouvelle douleur, cette fois au milieu du ventre, en bas. Elle y sent encore un tuyau petit, mais très épais. « C'est ça qui saigne quand je suis indisposée, dit-elle. » Il lui semble qu'on l'enfonce en elle comme un coin. Elle a de nouveau mal au sommet de la tête (centre génital près du centre des membres inférieurs). Elle me dit alors : « Tout ça était raide et ça tenait avec mes jambes ». A ce moment elle « voit » ses jambes et « ses pieds avec les orteils ». ;

Elle se sent bien alors et me dit que ça coule dans -i

•yO LES PHENOMENES D AUTOSCOPIE

sa tête. Elle me précise le point avec le doigt et dit : « Je n'ai qu'une petite tête là. » En effet, c'est le seul point avec la zone rolandique des membres inférieurs qui soit sensible.

Une fois qu'elle sent tout son bas-ventre, je la réveille parsoufïïesurles yeux. Elle s'aperçoit toutdesuite queses jambes sont bien et que son ventre n'est plus le même, qu'il est plus souple, plus mou, ce qui l'étonné. Elle sent aussi sa tête bien, mais dans un seul point j celui qui a recouvré sa sensibilité.

Le lendemain, s'élant un peu fatiguée et son ventre étant redevenu un peu douloureux et moins sensible, je l'endors pour lui faire une nouvelle séance de resensibilisation. Elle recommence à sentir, mais très rapidement, son bas-ventre. Après quoi elle sent dans tous ses membres de petits tuyaux qui se dilatent : « Ce sont sans doute les veines, dit-elle ; il coule quelque chose de chaud dedans... c'est sans doute du sang... oui, c'est le sang. — C'était donc serré que ça se dilate? — Oui, maisjenem'en apercevais pas. — Depuisquand est-ce serré ? — Depuis que j'ai eu peur de cet homme (allusion à l'attentat à la pudeur dont elle a été victime)... ça s'est serré en bas, et dans la tête ça a fait un trou (centre cortical correspondant aux organes génitaux qui s'est arrêté de fonctionner). Maintenant elle sent « un petit morceau de sa tête comme un morceau de cervelle de veau ; ça n'a pas la forme de la tête, ça n'est qu'un morceau delà tête, avec des plis ; elle ne voit pas le reste » . La sensibilité du crâne est revenue précisément à ce niveau, surtout à gauche.

Repassant la scène du soi-disant attentat, elle m< dit qu'elle a senti dans son ventre le tube du milieu (l'utérus) s'allonger et se tordre et rester serré, ainsi que tout le ventre. Depuis c'est toujours resté ainsi,

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