OBSERVATION IV
branche de corail existe toujours. J'insiste pour qu'elle sente encore davantage. Elle frémit de tout le corps et sent comme un liquide froid qui coule dans sa tête, tandis que ça brûle dans l'intérieur du corps. Peu à peu le corail devient plus petit ; il y a moins de branches, puis il n'y a plus qu'un petit endroit bouché (en haut du poumon J, il y a comme des granulations où l'air ne peut pas entrer. Elle dit n'avoir jamais senti de branche de corail à droite ; or, de ce côté l'auscultation n'a jamais révélé de modification respiratoire, tandis qu'à gauche on avait cru trouver des signes de tuberculose. « Le petit coiii s'est bouché il y a un mois ; je l'ai senti en dormant chez moi, après une crise, mais c'était déjà poussé ; c'est les petites choses de mon rhume (les mucosités) qui n'ont pas la place de passer parce que c'était serré dans ma tête. — Sentez mieux, dis-je. » Elle tousse : « Mais ça tient à la corde. — Quelle corde ? — Mais en corail ; il y a des endroits où il y en avait en tuyaux et d'autres en cordes... Ohl ma tête, si elle pouvait rester comme ça ; c'est trop bon I » Elle toussaille et sent en même temps comme du liquide qui coule dans sa tempe gauche (centre cortical respiratoire) : « C'est bon, dit-elle, mais c'est ça qui voudrait toujours se boucher. »
Dans une autre séance où je la fais recouvrer sa
sensibilité dans tout le corps, arrivée à la fin et sur le
point de se réveiller, elle s'écrie tout à coup : « Ah !
qu'est-ce que vous me faites faire ; qu'est-ce que ces
tuyaux où ça coule dans mon cou ? (ses vaisseaux)...
'^h ! je vois mon squelette ! — Comment cela ? — Je
ens ce qui s'y attache, je pourrais dire toutes les di-
lensions des choses qui sont en moi. — Et la tête ?
- Je sens l'intérieur de ma tête. — Comment est-il
lit ? — C'est des tas de petites choses qui remuent ;
oh ! je vois ma figure de dedans ; c'est affreux, je la reconnais pourtant ; c'est comme si je la voyais sous la peau par derrière. » Elle en arrive à ne plus voir que l'intérieur de son front et sent alors « toutes ses idées en place, claires et fortement associées ; son cerveau plus solide et plus résistant » .
Quelque temps après elle a ses règles et éprouve une émotion qui, bien qu'agréable, la trouble et lui fait perdre un peu sa sensibilité. Je l'endors et lui dis de la recouvrer elle-même par les exercices habituels. Elle s'étire les membres, le tronc. Elle sent sa trompe gauche bouchée et le sang qui ne passe pas (en effet ses règles se sont presque arrêtées). Quand la sensibilité est redevenue normale, qu'elle n'a plus de douleur à la pression et que la paroi abdominale a sa sensibilité normale, elle ne sait plus de quoi il est question quand je lui parle du tuyau par lequel elle désigne sa trompe. Je reviendrai plus loin sur cet oubli rapide.
Peu après elle se met à sentir dans son front des « petits trous ». « Ils sont très petits, mais je les vois plus gros ; je ne les vois pas, non, mais je les sens. — Qu'est-ce qu'il y a dedans ? — Des petits fils qui s'entrecroisent, comme un tissu. — Quelle forme ont-ils ^
— Avec des angles, des pointes. — Où y en a-t-il î
— Là (elle montre le centre du front). — Seulement là? — Oh ! quand ça revit ça ramène des tas d'images, des souvenirs qui voudraient aller rejoindre les autres.
— Où ça.^ — Au même endroit, je sais bien, mais il me semble que c'est ailleurs. — Qu'est-ce que ça fait quand ça revit ? — C'est ça (elle montre son front) qui est engourdi; case tend: c'est des souvenirs quej'; perdus qui veulent revenir ; c'est ça qui s'est endorm Oh I ces yeux (ceux de l'homme qui a commis un a tentât sur elle) qui m'endorment ; il m'a dit : il faut.
AUTOSCOPIE DU CERVEAU 76
Comment suis-je allée dans cette maison ; j'ai cherché pourtant à me secouer... oh ! je m'endors. »
Elle passe la main sur son front, rejette la tête en arrière, se cambre les reins, puis brusquement se détend et dit : « Des petites machines qui se sont ouvertes par ici. — Qu'est-ce que c'est que ces petites machines ? — Des petites machines qui dormaient. — Qu'est-ce qu'il y avait dedans ? — Un petit trou, rond avec des pointes. — Quoi, un pinceau? — Comme des aiguilles ; les petites chambres * (ce sont les petits trous de tout à l'heure) qui dorment sont collées ; elles sont resserrées. — A quoi servent-elles? — Elles servent pour que je pense ; ces petits coins-là ça se serre et ça se détend continuellement comme une machine en vibration, excepté celles qui dorment et qui restent bien tranquilles. — Où sont donc les images dont vous me parliez ? — Dans les petits trous ; quand les petites pointes commencent à bouger, à vibrer, ça fait venir l'image devant mes yeux ; quand l'image vient je ne vois plus de petit trou, ça pread tout le front, mais je sais qu'elle est là dedans puisque c'est de là qu'elle sort. . . mais les images tiennent par des fils ici (elle montre son occiput au niveau des lobes optiques) parce que quand elles dorment je ne sens rien là ; mais quand elles vont venir avec les couleurs, je sens que ça tire derrière, et par devant ça commence à marcher sur place, à remuer, à vibrer. »
N'est-ce pas bien les cellules cérébrales auxquelles se rapportent ces paroles ? Elle continue à se détendre, son visage est calme, reposé : « Je ne vois plus qu'une chose molle en dedans de mon front ; je sens comme
I. Toutes les malades qui recouvrent leur sensibilité cérébrale parlent de même de petites cases, de petites boîtes qui se mettent en ordre en même temps que leurs idées s'éclaircissent.
76 LES PHK?ïOMÈXES d'aVTOSCOPIE
des courants en dedans ; c'est dans cette choso molle que sont ces petites chambres. — Y en a-t-il beaucoup? — Oh ! tellement! — Y en a-t-il une ^^rrande épaisseur? — Il y en a plusieurs couche:^. — Touteâ de même taille ? — Non, il y en a de plus ouverles-.. Oh ! ça recommence à marcher î (elle remue la U)ic en la secouant rapidement et la rejetant en arrière)... les petites chamhres que je ne voyai;^ pas qui se mellentà marcher ; ces petiles-là, c'est écrase, ça n'a plu?? de forme : ça n'a plus la forme des autres. . . oh ! ce petit sac dans mon ventre à gauche qui est écrasé (ovaire) ; ça tire dans ma tète, là (vertex, au jiotnt que je considère comme le centre génital). — Quel rapport ça a-t-il, ces deux choses, dis-je ? — Si ça ne s'était pas mis à marcher là (elle montre son front) ça n'aurait pas dérangé ça (centre génital). — Qu^ est-ce que vous voyez ? (Elle a le visage contracté comme si elle avait peur.) — Toujours ses yeux; il faut lutter contre; ils m'endorment. »
Elle se raidit. En même temps que son centre génital se remet en acti\'ité elle voit donc la scène qui Ta émotionnée autrefois et son ovaire qui y correspond. C'est un des nomhreux exemples démontrant le mécanisme de ridée fixe dans Thystérie, où eUe est la conséquence et non la cause de Tétat fonctionnel.
Mais bientôt elle s'écrie : « Oh ! cette vitesse î — Quoi donc? — Le tremblement des petits trous; ils tremblent tous pour rattraper les autres qui ont continué de marcher pour que tout soit ensemble ; ça ne se faisait pas quand ça dormait. » — Elle a une détente générale et un air de béatitude ; elle fait de larges inspir. tions : « Il n'y a plus de petits trous ; j'ai comme • Teau fraîche qui coule dans le front. — Qu'est-ce qi coule ? — Rien, mais ça me paraît froid en compara
AUTOSCOPIE DU CERVEAU 77
son d'avant ; quand ça cesse d'être trop dur (le cerveau) ça paraît froid. »
J'insiste pour qu'elle sente encore mieux. Elle secoue sa tête rapidement, fait de larges inspirations : « Oh ! il y a comme deux petites bouches dans mon côté gauche, où il coule du sang ; ça s'ouvre et ça se ferme ; dans Tune il en sort et dans l'autre ça entre (en même temps elle appuie sa main sur le vertex, au niveau du centre cardiaque. Sont-ce les valvules du cœur qu'elle sent?)... ça fait mal dans mon côté... ça s'ouvre, c'est bon; ça me chatouille à gauche en dedans; j'ai froid là dedans (elle se met à tousser et se frotte la tempe gauche au niveau du centre, cortical respiratoire selonmoi) : elle se gratte ensuite toute la tête et frémit de partout : « Oh ! tout s'écoule (retour de la sensibilité cutanée complète). — Et dans la tête? — Ça fait un grand bruit, tout ça se met en branle. — Quoi ? — Là dedans (elle se tient la tête) je ne peux plus penser, j'ai peur, je ne sais pas ce que ça me fait, c'est très drôle (elle halète, serre son front dans sa main, se raidit puis se détend). — Et maintenant, dis-je ? — Où sommes-nous ? je ne sais pas d'où je sors ; je sais seulement que je suis avec vous, c'est comme si je sortais d'un trou et de plusieurs choses à la fois... oh ! ce qu'elle est légère, ma tête ! . . . oui, de plusieurs choses à la fois dans ma tête... (elle se détend à plusieurs reprises) c'est drôle ce que je vois à présent, je pourrais me dessiner sans me voir. — Comment cela? faire votre portrait ? — Oh ! non, les choses que j'ai dans le corps. — Par exemple? dis-je d'un ton incrédule. — Voyez cette large chose (elle prend sa gorge) qui descend, où l'air passe, qui s'en va en plusieurs branches et rameaux... et puis comme un sac (estomac <ju'elle m'indique du doigt) et par ici (ventre) comme
un tuyau replié sur lui-même, et ici (bas-ventre) comme un triangle et de chacun des coins deux tuyaux plus longs que mon doigt et de chaque coté deux petits sacs... je ne sais pas dire, mais je saurais le dessiner... c'est en moi tout ça?... et puis un autre petit canal comme un sac qui finit en pointe. . . et puis je vois comme des cordes par-dessus, comme une étoffe, c'est mou, mais pas très... oh ! mais il y en a de plus petites qui sont sous ma peau... c'est creux, je sens quelque chose qui coule dedans... ah î c^est du sang... ah î ça coule partout... je peux voir la place de mes os... je sens du sang dans tous mes doigts, il remonte, et il montre dans la poitrine. — Et dans la tête, que sentez- vous? — Je sens plutôt une chaleur; c'est bon; ça n'est pas plus chaud que tout à l'heure, mais c'est parce que j'ai ces petites choses (les trous, les chambres) qui sentent la chaleur... oh î ces grosses cordeslà (carotides sur lesquelles elle met le doigl ; les cordes de tout à l'heure étaient donc des vaisseaux aussi)... oh! je suis bien, j'ai soif, ça tire là (estomac); c'est ça qui me donne faim... ah ! mais j'ai le truc pour respirer... à présent je ne vois plus que mon sang. — Comment est-il? — C'est comme des petits globules. — En avez-vous vu des images ? — Oh î non, quelle horreur! je ne voudrais pas... ils courent dans les bras et les jambes dans de petits canaux. — Et le liquide^ quelle couleur a-t-il ? - — Je ne peux pas voir parce qu'il n'y a pas delumièi^. — Et les globules? — Non plus. — Comment les voyez- vous ? — Je les vois dans Tombre. — Quelle forme ont-ils ? — Ce n^est pas exactement rond. — Alors? — Mais elle ne me répond pas^ s'étire, soupire, passe la main sur son front et dit: « Je voudrais bien me réveiller. — Qu'est-ce qui vous tient endormie ? — C'est le front. — Qu'est-ce qui y est
OBSERVATION IV "jg
donc encore ? — Rien, mais la force me manque. Ce qui me fatigue c'est que mes pensées, je les pense avec tout mon corps, vous allez rire, avec mes mains, mes pieds, tout mon corps. — Enfin, c'est dans le cerveau !^ — Oui, mais tout mon corps va avec mon cerveau; quand j'ai une pensée, je la pense dans ma tête, mais je la sens partout. »
Elle médit que tout est réveillé ; elle passe la main sur son front ; tout s'éclaircit ; elle ouvre les yeux, les referme, me regarde sans avoir l'air de me reconnaître, referme encore les yeux, fait un effort général de tout le corps, se raidissant, puis se détendant brusquement et se réveille alors tout à fait bien et tout à fait normale.
Une autre fois encore elle me présenta des phéno-mènes analogues à la suite d'une légère perte de sensibilité et d'une séance de resensibilisation, mais d'une façon très rapide et bien plus incomplète.
Cette jeune fille a donc, dans des conditions que nous aurons lieu de préciser plus loin, pu se représenter ou pour mieux dire même, voir ses vaisseaux, son cœur, son sang, ses poumons et ses bronches jusqu'aux vésicules pulmonaires, ses intestins, ses ovaires, ses trompes et Tutérus avec le vagin et Thymen, ses muscles et ses tendons, son squelette y compris celui de la iace, et enfin son cerveau. Et elle n*a pas seulement eu connaissance des formes extérieures et de la structure macroscopique de ces organes. Il en est commfr r ovaire et le cerveau oii elle a décrit leur constitution microscopique.
8o LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE
Pendant deux ans cette jeune fille se porta très bien, quand sa mère tomba gravement malade. Il fallut lui apprendre qu'elle mourrait à brève échéance. A cette nouvelle, elle perdit sa sensibilité et eut tendance à se oontracturer comme autrefois. Depuis quelque temps déjà, elle dormait très mal, se levant chaque nuit à plusieurs reprises pour soigner sa mère, très inquiète et voulant le dissimuler. Ne pouvant se représenter que sa mère mourût, découragée des efforts médicaux (il s'agissait d'un cancer du sein qui se généralisait) elle trouvait que tout l'abandonnait et que ce n'était plus la peine de lutter pour elle seule, toutes idées qu'elle avait eues autrefois et qu'elle n'avait plus depuis sa guérison. Elle n'avait plus d'appétit, et quoique se forçant à manger, maigrissait. Je l'endors et lui fais recouvrer sa sensibilité, sans aucune pensée d'expérimentation ou d'observation quelconque d'ailleurs. A la fin de la séance j'insiste pour qu'elle sente bien son estomac. Elle y a aussitôt des contractions, puis éprouve un frisson, et s'écrie : « Oh ! toutes les petites choses qui vont vite !» — « Quelles choses, lui dis-je ?» — « Je ne sais pas, elles s'ouvrent et se ferment ; c'est tout tout petit, il y en a des milliers. » — « Comment est-ce fait? » — « C'est comme des petites bouches. » — « Où est-ce ?» — « C'est en dedans de mon estomac, je ne sais pas dire, moi. » Puis ces sensations disparaissent ; elle a des gargouillements dans l'estomac qu'elle sent se creuser. Enfin elle se sent tout à fait bien et elle se réveille comme d'habitude.
N'est-ce pas la description des embouchures de glandes de l'estomac qu'elle m'a faite là ? Et n'est-cv pas à rapprocher de l'observation du D"^ Comar, où so^ sujet voyait son estomac et les petits plis de la mu
• J * Ji'J,.!i
OBSERVATION IV 8l >î
queuse « où il y avait des petits grains avec des ori- "^
fices » ? ï
C'est cette jeune malade qui fait Tobjet de !
l'observation X de Tautoscopie externe, démon- 1
trant ainsi le rapport étroit qui lie les deux formes d'autoscopie. Elle représente d'ailleurs toutes les variétés de l'autoscopie, car elle eut de l'autoscopie spéculaire, de l'autoscopie interne, et de l'autoscopie interne extériorisée, si je puis dire, quand elle voyait ses organes comme si elle se regardait de l'intérieur de son corps.
V. — Voici un autre cas, moins complet, mais qui n'a pas été moins net à un moment donné. Il s'agit •
d'une grande hystérique de vingt-six ans. G..., avec anorexie invétérée, vomissements, crises de divers ordres, et plongée depuis plusieurs années dans un vigilambulisme complet. Le début datait d'ailleurs de la petite enfance, car, au cours de sa guérison, elle rétrograda comme personnalité et reviviscence de souvenirs jusqu'au jour où elle fit ses premiers pas. Ce qui avait contribué à l'aggraver singulièrement dans les dernières années, c'étaient d'une part des émotions génésiques contre lesquelles elle luttait beaucoup moralement, et deux attentats à la pudeur auxquels, il faut bien le dire, elle n'avait opposé qu'une résistance assez faible. Mais elle les avait cachés à sa famille, et ayant été un peu poursuivie par les individus qui en avaient été les auteurs, elle vivait dans une crainte continuelle.
Je l'endormis avec la plus grande facilité, comme toutes les vigilambules complètes d'ailleurs, puisqu'elles SoLLiER. — Autoscopie. 6
sont en réalité en état de sommeil hystérique les yeux ouverts, et lui fis progressivement recouvrer sa sensibilité. Elle était presque au bout de sa régression de personnalité et de sa restauration des sensibilités générale et spéciales, et je ne songeais nullement à rechercher chez elle de phénomènes d'autoscopie dont elle ne m'avait présenté aucune ébauche. Un jour, étant endormie pour ressentir les organes du bas-ventre, elle me dit à un moment donné qu'il lui semble qu'il y a quelque chose de gros qui veut sortir. Je n'attache que peu d'importance à cette sensation que j'ai signalée autrefois comme une de celles qui s'observent au cours de la resensibilisation de l'utérus. Mais après quelques mouvements du bas-ventre, G... me dit qu'elle voit dans le bas-ventre du côté droit comme une betterave ou un gros œuf qui voudrait sortir. Je lui demande des explications : « C'est dans le tuyau où on fait des injections, vous savez, c'est long comme ça (elle me montre son index ; c'est donc son vagin qu'elle désigne ainsi) et puis il y a quelque chose qui ferme, comme une peau qui est en travers, comme ça, inclinée (elle me montre la position exacte de l'hymen) et au-dessus, dans le tuyau, il y a cette affaire qui voudrait sortir; ça pousse dessus. — De. quelle couleur est cette betterave ? — Elle est blanc mat ; c'est comme une peau épaisse comme le doigt qu'il y a dessus... Ça va faire un grand trou quand ça va sortir..., mais je ne peux pas Tempêcher maintenant. » Elle continue à faire des efforts expulsifs et tout à coup : « Oh ! ça fait drôle là ; ça dure le temps d'un éclair ; ça élance ; ça part du côté droit au-dessus de la hanche, ça descend en bas, et ça remonte à gauche ; ça me fait du bien, ça me fait ouvrir, ça me détend..., je vois tout mon intérieur comme si j'y étais ; je vois
AUTOSCOPIE DU CERVEAU
ma matrice maintenant ; elle est entre ma vessie et mon intestin. — Vous les voyez? — Oui, je vois mon intérieur comme si j'étais écorchée. — Est-ce que vous voyez aussi les autres organes comme ça? — Oh ! oui, j'ai là deux grappes de raisin (poumons) et là il y a une courbe (et elle trace avec son doigt le trajet du gros intestin..., là aussi (elle met la main sur son sein) j'ai des grappes de raisin, mais elles n'ont pas la même forme (glandes), ça fait comme des grains détachés ; dans les grappes de raisin de l'intérieur (poumons) ils sont comme accrochés à la grappe. »
En recouvrant davantage la sensibilité, elle finit par ne plus rien distinguer : « Tout est en place. »
Dans une séance ultérieure, elle ressent son estomac avec toutes les réactions habituelles; en même temps elle le dessine sur elle. Elle ressent ensuite son appareil respiratoire. Ce ne sont plus deux grappes de raisin qu'elle voit ; c'est un gros tuyau avec deux branchés (la trachée et les bronches).
A un autre moment elle secoue sa tête rapidement. Je lui demande ce qu'elle éprouve : « Vous ne savez pas, me dit-elle, j'ai la tête trop petite pour mettre dedans tout ce que j'ai à y mettre. Elle est trop petite pour ce que je pense ; j'ai un gros cerveau, plus gros que ma tête ne peut le contenir ; il pousse contre les os là (elle montre son front) et là (l'occiput) ; il grossit, il est plus gros à droite, je le vois. — Comment? — Je vois la cervelle, ça fait des petites affaires comme ça (elle dessine des sinuosités en l'air), comme du macaroni mais plus gros..., avec des filaments rouges, comme des petits fils, fins, fins, et ils sont plus rouges à gauche qu'à droite ; la cervelle « rampe » et les fils aussi plus à gauche qu'à droite. — Ça « rampe » vite ?
— Ça dépend, quand j'ai beaucoup à penser ça va très vite ; il y a des endroits où ça va plus vite ; c'est plus rouge aussi ; c'est quand je pense ; à gauche je vois bien ce que je pense, c'est net ; mais à droite j'ai du mal à penser ; il faut que je cherche, c'est comme dans un brouillard. — Qu'est-ce que c'est que ces filaments? — C'est comme des cheveux ; on dirait qu'il y a du sang dedans ; il y en a beaucoup à gauche et ça remue, mais pas beaucoup à droite. — Voyez-vous des deux côtés la même chose ? — A gauche très net, 1 mais pas à droite, je l'ai très anémié de ce côté-là,
f{ mon cerveau. — Comment le savez- vous .î^ — Je le
sens bien, il ne veut pas marcher comme l'autre côté. . . , :^ je sens très bien que ça me part dans le bras, et la
jambe, dans l'œil aussi. — Où est-ce dans le cerveau ? » Elle me montre le côté droit de la tête : « C'est le bras droit et la jambe. » J'appuie alors sur la zone rolandique droite : pas de réaction. J'appuie ensuite sans rien dire sur la gauche : « Oh ! c'est drôle, dit-elle, je me trompe, c'est là mon bras droit, oui (elle y met son doigt elle-même, puis remonte plus haut) oui, et ma jambe là. — Et l'œil? — Oh I c'est là (elle met son doigt sur l'occiput).
Dans une autre séance où elle ressent encore plus profondément le ventre elle me dit : « Je vois clair en dedans comme si j'y étais. — Quoi donc ? — Ma betterave (l'utérus), vous savez elle n'est pas rouge, elle est blanche ; elle est ratatinée comme une vieille pomme ; elle est serrée par ma vessie qui est trop grosse ; je serai guérie quand ça aura craqué jusqu'en haut de ma tête (siège que j'ai indiqué pour le centre cortical génital) ; tout est serré et tortillé comme en tire-bouchon dans mon ventre... dans le tuyau à injections (le vagin) il y a quelque chose qui se tend, qui
AUTOSCOPIE DU CERVEAU 85
est presque fermé, une petite peau de tambour (hymen). »
Une fois je lui demande si elle voit les autres parties de son corps : « Quand j'y regarde ; je vois dans ma poitrine, dans ma tête, si je veux. — Avec quoi voyezvous dans le corps ? — Avec les yeux ; c'est comme si j'étais ouverte ; je peux voir ce qui se passe ; dans le ventre c'est comme si j'avais du verre au lieu de peau, je vois au travers ; dans la poitrine je vois en dedans, ce n'est pas la même chose ; dans la tête c'est reflété comme dans une glace ; je ne vois pas la chose vraie, je la vois comme dans une glace (cela explique que précédemment elle se soit d'abord trompée quand elle m'a dit que c'était du côté droit que correspondaient ses membres droits, et cela démontre en même temps qu'il n'y a pas de supercherie ou de réminiscence, mais que le sujet juge d'après ses impressions actuelles). — Que voyez- vous dans la tête ? — Le cerveau — Comment ? — Comme si je voyais tout autour et puis au dedans ; je le vois qui remue : plus je pense, plus il remue vite ; mais pas le côté droit, il remue moins... les choses que je vois le mieux je les vois devant le front... Quand j'étais petite, pour retenir une leçon j'écrivais mes dates sur le front comme sur du papier et je les revoyais en fermant les yeux. Pour me réveiller à l'heure j'écris sur mon front et je me réveille à l'heure. » (Elle me montre comment, et écrit avec sa main droite à l'envers sur son front ^/g i.) Pour le ventre, elle le voit comme si elle était devant; pour la tête elle m'indique avec la main qu'elle a dans la tête comme un écran sur lequel tout vient se reproduire. « Oh I je vois bien en moi aujourd'hui, me dit-elle, et je peux bien faire alors ce qu'il faut. »