HISTORIQUE
évidents ; le rôle provocateur de la compression des globes oculaires n'est pas 'non plus douteux.
Malgré ces dernières remarques, Féré dit au début de son article qu'on ne peut relier le phénomène à un état somatique correspondant. Le fait que Thallucination se montrait le matin pendant la période où O... était engourdi et parésié du côté droit, ce qui indique un trouble profond de la sensibilité, et qu'en outre elle cessa de se montrer quand les troubles paralytiques disparurent et que le sommeil redevint plus normal, sont cependant une preuve du rapport existant entre elle et les troubles somatiques. M. Féré ne donne d'ailleurs aucune interprétation de la nature du phénomène.
M. Lemaître* en a rapporté trois nouveaux cas, dont un d'hallucination négative. Ils sont malheureusement très complexes, et "accompagnés d'autres hallucinations, d'extases, etc., de sorte qu'ils ne peuvent, si intéressants soient-ils, nous donner des éléments pour comprendre le mécanisme de Tautoscopie externe.
Avant lui et après Féré, j'ai observé un assez grand nombre de cas — douze — que j'ai communiqués^ à la Société de psychologie. Ils repré-
I. Lemaître (de Genève), Hallucinations autoscopiques et automatismes divers chez des écoliers, Archives de Psychologie, t. I, no 4, p. 357.
3. Paul Sollier, Les hallucinations autoscopiques, Bulletin do l'Institut général psychologique i 1902, no i.
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sentent presque tous les degrés et les dïirt^rentes variétés du phénomène. Les conditions dans lesquelles je me suis trouvé pour les constater m ont permis dans certains cas d'établir leur mode de production, et leurs rapports avec les troubles de la sensibilité, en particulier l'anesthésic.
1. — Dans le premier cas, il s'agit d'une jeune fille de \ingt-trois ans, Gabrielle L..., qui, après avoir été |ïrii?e à dix-huit ans de l'obsession de se trouver trop grosse, présenta par la suite des idées de persécuUon, puis de la confusion des idées avec hallucinations de Ldus les sens. L'état aigu disparu, il persista di»s halhici nations auditives : c'étaient plusieurs voix qui disaient ensemble du mal d'elle, d'une façon confuse et peu distinct(;, — des hallucinations verbales psycho-mol rices qu'elle éprouvait soit dans la tête, soit dans la poitrine, i*t qu'elle appelait elle-même l'écho de sa pensée, car t Lies diluaient en même temps qu'elle tout ce qu'elle pensait, — des interprétations erronées, se figurant qu'on Tohservait, qu'on la critiquait dans la rue» qu'on la trouvait bizarre. Elle aurait eu, paraît-il, au moment de ^di crise hallucinatoire aiguë, des troubles de la senyibiHté générale de caractère hystérique. ]Mais pendant tout le temps que je l'observai moi-même, elle n'en présenta aucun. Elle se rendait d'ailleurs parfaitement compte de ses troubles, dont elle demandait cllc-menie à se guérir, et qui, de fait, disparurent l'un après l'antre. Dans la dernière phase de sa convalescence, alors qi toutes les hallucinations avaient disparu, elle éproui deux fois le phénomène de l'hallucination au loscopiqnt qu'elle ne connaissait pas et qui l'impressionna assez foi temenl. Elle se promenait tranquillement dans Paris
AUTOSCOPIE EXTERNE I7
quand tout à coup sa propre image se dressa devant elle, à 2 ou 3 mètres environ, identique comme costume à elle-même. C'était la véritable hallucination spéculaire.Elle dura quelques instants et disparut. Peu de temps après, se réveillant au milieu de la nuit, elle aperçut auprès de son lit la silhouette d'une femme qu'elle ne reconnut pas et crut être sa garde-malade. En se réveillant mieux pour s'en rendre compte, la vision disparut.
Que s'est-il produit au moment de la première hallucination ? 11 m'a été impossible de l'établir. Quant à la seconde, les conditions de son apparition au moment du réveil, et de sa disparition dès que le réveil est complet, sont à rapprocher du cas de Féré, où l'hallucination autoscopique périodique se produisait au début du réveil matinal.
Cette jeune Me n'avait jamais eu d'hallucinations visuelles, lesq,uelles, d'ailleurs, ne se rencontrent jamais dans les formes déhran tes de persécution. Comme dans presque tous les cas signalés, le phénomène ne s'est produit qu'une seule fois complet, et la seconde fois très atténué.
II. — Dans le second cas, il s'agit d'une grande hystérique, Marie T..., avec troubles multiples de la sensibilité, tant générale que sensorielle ci viscérale, avec v^nations fréquentes et profondes de la personnalité. A 1 imit tombante, jamais dans le jour, elle apercevait ù c mètres environ devant elle un fantôme qui lui ressem- 1 ait, mais en plus petit et habillé comme elle. Cela 1 iffrayait ; elle s'arrêtait, et, si elle était seule,' cela SoLLiER. — Autoscopie. 2
l8 LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE
durait quelquefois pendant une heure. Alors le fantôme tournait sur la droite, toujours, en gardant sa distance et disparaissait derrière elle. « C'est, dit-elle, comme une ombre qui tourne avec le soleil. » Cela la gênait. If,, ' l'empêchait de respirer. Le fantôme autoscopique dis-
p.' paraissait dès qu'il y avait de la lumière, a S'il n'y en
Ji; avait pas, dit-elle, je partais dans le domaine des rêves. »
^/. En effet, dès qu'elle est dans l'obscurité pendant quel-
le que temps, elle s'anesthésie totalement et se contracture
'i:\' en changeant de personnalité, comme je l'ai constaté
^ maintes fois.
Ici le phénonnène est plus complexe. La vision i est en mouvement et il se produit des troubles de
;: - sensibilité générale et de personnalité qui peuvent
' être très marqués. C'est encore au moment où
i les impressions deviennent moins vives, à la nuit
tombante, «lors que sous cette influence le sujet s'engourdit et s'anesthésie plus profondément, que riiallucination survient. Elle coïncide donc encore avec un état d'amoindrissement de la conscience ■' personnelle, comme dans le cas de réveil incom-
plet ; c'est le même état crépusculaire de la conscience qui le favorise, si même il ne le produit pas. Dans les quatre cas suivants, l'hallucination se produisait dans des conditions analogues, et d'une façon qui montre que cette variété d'hallucination n'est pas rattachable aux hallucinations visuelles K proprement dites, mais bien à des hallucinations
[' cénesthésiques, et n'est qu'une forme de dédou-
blement de la personnalité.
AUTOSCOPIE EXTERNE IQ
III. — Dans l'un, il s'agit encore d'une jeune fille hystérique de vingt-six ans, Marguerite L ... , avec manifestations surtout viscérales (anorexie, vomissements, crises d'étouffements) et troubles de la personnalité et du caractère. Elle a l'hallucination autoscopique non visuelle, si je puis ainsi dire, quoique ces deux épithètes semblent jurer de se trouver ensemble, dans deux cas : ou pendant la nuit quand elle se réveille, ou le jour quand elle a une grande émotion qui lui fait perdre sa sensibilité complètement, la plonge dans un état de conscience très vague, dont elle ne sort guère que par une crise.
Elle décrit elle-même le phénomène de la façon suivante :
« Je me vois quelquefois — ceci dans le cas d'émotion seulement, — mais je me sens surtout. Je sens que l'on tire une personne de moi , comme si on allongeait mes membres pour en former d'autres. La dernière fois que cela m'est arrivé, quand mon père est revenu de Paris, la sensation était si forte que j'en ai plaisanté en disant : « Je suis dans la siti^ation du père Adam, quand on sortait sa femme de sa côte. » La personne est absolument semblable à moi et c'est moi qui ne me reconnais pas dans une glace. Elle parle tout à fait comme moi, mais est toujours d'une opinion contraire, et je l'entends dans la tête. Elle a toujours chaud, et la nuit j'ai la sensation qu'elle me découvre pour se couvrir. C'est au lit, au sortir du sommeil, que cela m'est arrivé les dernières fois. Je ne vois pas très longtemps cette deuxième personne, quand je la vois, mais je la sens surtout dans ma tête, m'empèchant de parler pour dire le contraire de ce que je pense. Gela persiste des journées entières et m'exaspère quand je
suis obligée de parler avec quelqu'un. Cela me laisse la tête en bois pour longtemps. »
Dans ce cas, rhallucination autoscopique proprement dite est combinée avec l'hallucination purement cénesthésique et le dédoublement du moi. Les trois phénomènes se suppléent et s'associent, montrant ainsi leur identité de nature.
IV. — Dans un autre cas, il s'agissait d'une jeune femme de vingt-huit ans, atteinte d'hystérie viscérale avec interprétations hypocondriaques, troubles de la sensibilité musculaire et cénesthésiques, que je réveillai de son engourdissement cérébral par mon procédé mécanique ^ combiné à l'hypnose. Au cours de la restauration de sa cénesthésie et de sa personnalité, elle fut prise plus d'une fois la nuit de phénomènes analogues aux précédents : « Tonte la nuit, me dit-elle, je me suis sentie comme deux; c'est comme si j'assistais à mon sommeil, comme si je me voyais dormir et je ne inc reconnaissais pas. Ce matin, je ne pouvais arriver à me réveiller. Je me sais levée; quand je me suis remise sur le lit, il m'a semblé que la personne que j'étais autrefois m'apparaissait et se moquait de moi. Je lui répondais que cette personne était morte, qu'elle n'existait plus. Et c'est la vérité que je suis morte depuis que je suis tombée malade. »
« L'autre personne se moquait de moi et je ne pouvais me figurer que c'était la même qu'aujourd'hui que je sentais morte. Je ne savais plus ce que c'était q—^ cette ancienne personne. Puis je brûlais de partou
I. Genèse et nature de l'hystérie, t. I; Paris, F. Alcan, 1897. L'hystérie et son traitement ; Paris, F. Alcan, 1901.
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surtout de Testomac, de la tête, de toute la poitrine ; mon cœur faisait des bonds que je sentais péniblement. Mes jambes surtout me semblaient s'allonger indéfiniment. Puis j'ai repassé toute ma vie pendant les deux années qui ont précédé ma maladie. J'ai revu tout, aussi nettement que possible, les bons et les inauvais jours. Je revoyais jusqu'à mes toilettes. Vous ne pouvez pas vous figurer combien c'est pénible de ne pas se reconnaître et de lutter ainsi contre une autre personne en soi. »
Ici l'antagonisme des deux personnes, le sujet et son double, la différence constatée par le sujet entre lui et ce double, proviennent de la régression de la personnalité qui rejette le sujet à la période antérieure à sa maladie et le fait ainsi se représenter ce qu'il était alors, bien portant, en le comparant à ce qu'il est aujourd'hui, malade et en effet méconnaissable.
Elle eut d'ailleurs plus tard l'hallucination autoscopique à forme spéculaire. Réveillée de son état hystérique par ma méthode habituelle, elle était arrivée un jour à l'état presque normal ; et, en effet, elle l'atteignît à la séance suivante de réveil cérébral. A la suite de cette séance, elle éprouva le soir même l'impression de se voir devant elle comme si elle se regardait dans une glace, et instinctivement elle aurait reculé si elle ne s'était raisonnéc. Cela dura presque toute la soirée.