LIVRE SIXIÈME
S I. MÉTÉORES OPTIQUES. — l' ARC-EN-CIEL, LE MIRAGE
Tous les phénomènes que nous avons décrits jusqu'ici, et dont la science nous a progressivement fait connaître les lois, se manifestent sous les yeux de tout le monde, dans la libre nature, sur une échelle bien autrement grandiose que dans le cabinet du physicien. Seulement, au lieu de se trouver isolés, analysés, rangés par catégories, comme la science l'exige, — sans cette séparation ou abstraction, la science ne serait pas possible, — les phénomènes de pesanteur, de lumière, de chaleur, de sou, d-électricité coexistent, réagissent les uns sur les autres, luttent, concourent, se modiGent de mille manières différentes : de ces innombrables actions résultent les contrastes et les harmonies que le monde physique présente à l'artiste comme au savant.
Envisagés dans leur ensemble, étudiés dans leur production, leur succession et leur périodicité naturelle, les phénomènes physiques prennent le nom de mctéorcs, et constituent une science spéciale, la météorologie. C'est une science qui se rattache, comme on voit, à la physique, sans laquelle elle ne pourrait expliquer les faits particuliers dont il s'agit. C'est,
à proprement parler, une application de la physique, mais une application qui échappe, en grande partie du moins, à Taction individuelle de Thomme. Notre intention, dans ce Sixième Livre, n'est pas d'en donner même une esquisse ; nous voulons seulement montrer comment les météores dont les effets nous sont le plus familiers se lient aux phénomènes de chaleur, d'électricité, de lumière, de pesanteur que nous avons étudiés dans les cinq premiers Livres de cet ouvrage, et faire voir qu'ils sont soumis aux mêmes lois.
Nous considérons seulement les météores qu'on peut appeler atmosphériques y le lieu de leur production étant TeHveloppe aérienne dont le globe terrestre est entouré : ils peuvent se ranger eu trois classes principales, les météores lumineux ou optiques ; les météores aqueux^ dont la production est due aux modifications subies par l'eau atmosphérique, sous rinfluence des variations de la pression et de la température; enlin, les météores électriques et magnétiques.
Le mirage, l'arc-en-ciel sont ceux que nous décrirons parmi les météores optiques; les nuages et les brouillards, la rosée, la pluie, la neige, parmi les météores aqueux; enfin, la foudre, le tonnerre et les éclairs, puis les aurores polaires, boréales ou australes, parmi les météores dont la production est due à l'électricité de ralmosphère.
La réfraction des rayons lumineux qui ont à traverser, soit les couches entières de l'atmosphère, soit quelques-unes d'entre elles, donne lieu à plusieurs phénomènes, parmi lesquels nous avons décrit déjà l'élévation apparente des objets au-dessus de leur position réelle, ce qu'on nomme la réfraction atmosphérique. Le mirage est un phénomène dû à la môme cause. On l'observe principalement à la surface des plaines de sable, quand le sol est fortement échauffé par les rayons du soleil. Le voyageur qui parcourt ces plaines voit alors les objets qui s'élèvent au-dessus du sol, réfléchis comme sur une nappe liquide. L'illusion est si forte que ceux qui sont,