‹ Les phénomènes électriques et leurs applicationsChapitre 118 sur 209 · C HAPPE · texte numérisé non relu

C HAPPE

« Peut-être, dit-Il, ne prendra-t-on que pour un jeu d'esprit, mais du moins très ingénieux, un moyen qu'Amontons inventa de faire savoir tout ce qu'on voudrait à une très grande distance, par exemple de Paris h Rouen, en très peu de temps, et même sans que la nouvelle fût sue dans tout l'espace entre deux.

« Cette proposition, si paradoxale et si chimérique en apparence, fut exécutée dans une petite étendue de pays, une fois, en présence de Monseigneur, une autre, en présence de Madame. Le secret consistait à disposer dans plusieurs postes successifs, des gens qui, par des lunettes de longue-vue, ayant aperçu certains signaux du poste précédent, les transmissent au suivant et toujours ainsi de suite, et ces divers signaux étaient autant de lettres d'un alphabet dont on n'aurait le chiffre qu'à Paris et a Rouen.

« La plus grande portée des lunettes faisait la distance des postes dont le nombre devait être le moindre possible. Et comme le second poste faisait les signaux au troisième à mesure qu'il les voyait faire au premier, ces signaux se trouvaient portés de Paris à Rouen, presque en si peu de temps qu'il en fallait pour les faire à Paris (1). ))

Cbappe. — C'est à Claude Chappe que revient l'honneur d'avoir créé la télégraphie en France et de l'avoir organisée en service public.

Bien que cette invention ne se rattache que très indirectement aux applications de l'électricité, elle a eu trop d'influence sur la télégraphie électrique et ses progrès, pour qu'il ne soit pas nécessaire de s'y arrêter quelques instants.

(1) Amontons mourut le 4 octobre 1699, à 1 àgc de quarante-deux ans.

VivAREZ. Phénomènes électriques. 22

Claude Chappe était né à Brulon (Sarthe) en 1765. Il commença ses études au collège de Joyeuse, à Rouen, et les continua à La Flèche. C'est à Brulon, chez sa mère, où il était réuni avec ses quatre frères, en 17i)0« que lui vint ridée de la télégraphie. Son frère A. Chappe (1) dit que (( depuis le jour où Claude Chappe employa deux casseroles pour communiquer télégraphiquement, jusqu'au jour où la Convention alloua 6.000 francs pour établir la ligne de Ménilmontant, près Paris, jusqu'à Saint-Martin-du-Tertre (3 myriamètres 5), Chappe fit plusieurs essais qui coûtèrent beaucoup à sa famille ci qui font voir qu'il ne connaissait aucun des moyens employés par ceux qui avaient eu, avant lui, l'idée de communiquer promptement à grande distance )).

La subvention de 6.000 francs que la Convention vota pour mettre à exécution les propositions de Claude Chappe fut votée sur le rapport que Romme lui présenta, le 4 avril 1793, au nom des comités réunis de l'instruction publique et de la guerre, relativement aux expériences qui avaient été faites l'année précédente.

(( Dans tous les temps, disait ce rapport, on a senti le besoin d'un moyen rapide et sûr de correspondre à de grandes distances. C'est surtout dans les guerres de terre et de mer, qu'il importe de faire connaître rapidement les événements nombreux qui se succèdent, de transmettre des ordres, d'annoncer des secours à une ville ou à un corps de troupe qui seraient investis.

« L'histoire renferme le souvenir de plusieurs procédés conçus dans ces vues, mais la plupart ont été abandonnés comme incomplets et d'une exécution trop difficile.

(1) Lettre de A. Chappe insérée dans le Magasin pittoresque» 18'i0, p. 2'iO, à la suite d'une notice sur Claude Chappe publiée dans ce recueil.

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