C HAPPE
w Chappe offre un moyen ingénieux d'écrire en Taîr, en déployant des caractères peu nombreux, simples comme la ligne droite dont ils se composent, très distincts entre eux, d'une exécution rapide et sensible à de grandes distances. »
En vertu des décisions de la Convention, une ligne d'essai fut établie le 26 juillet 1793. Lakanal rendit compte des expériences qui avaient été faites. L'Assemblée approuva à l'unanimité les conclusions du rapport de Lakanal, nomma Chappe ingénieur -télégraphe avec les émoluments de lieutenant du génie et chargea le ministre de la guerre, Bouchotte, de l'exécution d'une ligne, dont l'utilité ne tarda pas h être démontrée, car, peu de temps après, elle permit d'annoncer à l'Assemblée la prise de Condé. Par le même procédé, la Convention faisait communiquer à l'armée du Nord le vote par lequel elle décidait qu'elle avait bien mérité de la patrie et que Condé s'appellerait Nord-Libre. Avant la fin de la séance, l'Assemblée apprenait que son décret était arrive à Condé et qu'il avait été accueilli avec enthou siasme.
On comprend la satisfaction, mêlée de surprise, que causait une rapidité de communications si nouvelle et si inattendue.
Entre les mains de Napoléon, le télégraphe devait prendre une importance de premier ordre. La capitulation d'Ulm fut la conséquence de renseignements télégraphiques opportunément obtenus grâce à la ligne qu'il avait fait établir entre Strasbourg et Munich. Tandis que les Autrichiens, le croyant en train d'opérer une descente en Angleterre, s'avançaient sur le Rhin, sans attendre les Russes, leurs alliés, Napoléon, renseigné sur leurs mouvements, les rejoignait à marches forcées, les enfermait dans Ulm et forçait une armée de 40.000 hommes à capituler, sans coup férir.
Chappe mourut en 1805 à peine iigé de quarante ans. Ses frères Ignace, Pierre, René et Abraham lui succédèrent dans la direction des télégraphes français. René et Abraham y restèrent jusqu'en 1830. Le gouvernement provisoire les mit à la retraite (1).
Première idée de l'emploi de F aimant pour la
télégraphie, — La première idée relative à la possibilité d'une communication à grande distance au moyen de Taimant, se trouve dans un ouvrage, dont une première édition en latin avait paru à Pont-à-Mousson en 1624 sous le titre de :
Hilaria mathenialica ex variis geomelriœ, méchanicœ, cosmographiœ y oplicœ et aliarum hujusmodi artum pro^ blematis contenta, dont Fauteur était le Père Leurechon, jésuite lorrain.
Cet ouvrage fut réédité en français, à Paris, chez Antoine Rabinat, en 1626, sous le pseudonyme de Van Etten, avec le titre de :
Récréations mathématiques composées de plusieurs problèmes plaisants ou facétieux en fait d'arithmétique y géométrie, optique et autres parties de ces belles sciences.
Montucla se montre particulièrement sévère pour cet opuscule plein « d'un fatras de questions dont un grand nombre sont sottes et puériles, d'un désordre et d'un langage barbare qui devraient rebuter tout esprit un peu raisonnable ». Cependant il mérite d'être sauvé de l'oubli, ne serait-ce qu'à cause du paragraphe suivant (2) :
<( Quelques-uns ont voulu dire que, par la moyen d'un aimant ou d'une pierre semblable, les personnes se pourraient entreparler.
(1) Voir La Télégraphie électrique en France et en Algérie, par Alfred Etcnaud.
(2) Soixante-quatorzième problème intitulé : De l'aimant et des aiguilles qui en sont frottées.
NOUVELLES RECHERCHES 3'il
« Par exemple, Claude étant à Paris et Jean à Rome, si Fun et l'autre avaient une aiguille frottée à quelque pierre dont la vertu fût telle qu'à mesure qu'une aiguille se mouvait à Paris, l'autre se remuât tout de même à Rome, il se pourrait faire que Claude et Jean eussent chacun un même alphabet et qu'ils eussent convenu de se parler de loin tous les jours à six heures du soir. L'aiguille ayant fait trois tours et demi pour signal que c'est Claude et non un autre qui veut parler à Jean, alors Claude lui voulant dire que le roi est à Paris, il ferait mouvoir et arrêter son aiguille sur L, puis sur E, puis sur R, O, I, et ainsi de suite. Or, en même temps, l'aiguille de Jean, s'accordant avec celle de Claude, irait se remuant et s'arrêtant sur les mêmes lettres, et, partant, l'un pourrait facilement écrire ou entendre ce que l'autre lui veut signifier. L'invention est belle, mais je n'estime pas qu'il se trouve un aimant qui ait telle vertu. Aussi n'esl-il pas expédient; autrement les trahisons seraient trop fréquentes. »
Nouvelles recherches, — Ce lien qui fait marcher en concordance l'aiguille de Claude et celle de Jean, c'est le fil conducteur dans lequel circule le courant électrique et, à cela près (que le jésuite de Pont-à- Mousson ne pouvait prévoir), il décrit sommairement, mais à peu près exactement, le télégraphe à cadran que Bréguet devait inventer 227 ans plus tard, en 1853.
Il fallut attendre, plus d'un siècle, les expériences .qui suivirent celle de Leyde, pour qu'on repensât a la possibilité de transmettre des signaux au loin au moyen de décharges électriques. Cette idée vint tout naturellement lorsqu'on s'occupa de chercher à quelle distance pouvait se produire l'étincelle. On se rappelle les travaux qui furent faits à Londres par le D' Watson et ses collègues. En 1747, Cavendish émit l'opinion
qu'on pourrait communiquer à deux milles de distance par le moyen de décharges électriques. Le problème était posé. En différents pays, et à quelques années de distance, plusieurs inventeurs proposèrent des systèmes de communication par le moyen de Télectricité.
Ce fut d'abord, à Genève, un savant, d'origine française, Lesage, qui imagina, en 1774, de faire communiquer deux stations au moyen de vingt-quatre fils métalliques, correspondant à autant de balles de sureau suspendues à des fils. Le mouvement de chacune d'elles indiquait une des lettres de l'alphabet.
Ce système parait être le même que celui que sir Arthur Young, riche Anglais venu en France, en 1787, pour y étudier l'état de l'agriculture et les sources de la richesse publique, décrit dans son Journal de Voyage,
Sir A. Young fut très frappé des expériences qu'il vit à Paris, chez M. Lomond, le 16 octobre 1787.
« Vous écrivez, dit- il, deux ou trois mots sur dw papier; M. Lomond les prend avec lui dans une chambre et tourne une machine dans un étui cylindrique au haut duquel est un électromètre.
« Une jolie petite balle de moelle de plumes, un fil d'archal est joint à un pareil cylindre électriseur dans un appartement éloigné. Sa femme, en remarquant les mouvements de la balle qui correspond, écrit les mots qu'ils indiquent, d'où il parait qu'il a formé un alphabet de mouvements.
« Comme la longueur du fil d'archal ne fait aucune différence sur l'effet, on pourrait entretenir une correspondance de fort loin, par exemple avec une ville assiégée ou pour des objets beaucoup plus dignes d'attention et mille fois plus innocents.
« Quel que soit l'usage qu'on en pourra faire, la machine est admirable. M. Lomond a plusieurs autres machines très curieuses qui sont toutes l'ouvrage de ses
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mains. Il semble que rinvention mécanique soit en lui une inclination naturelle ».
A peu près à la même époque, le grand Volta, encore professeur obscur, avait eu l'intuition de la possibilité de transmettre des signaux à grande distance au moyen de fils conducteurs d'électricité suspendus h des poteaux.
Cela résulte d'une lettre écrite, en 1867, par M. Cantu à M. Renzi, administrateur de l'Institut historique de Milan (1). Une lettre de Volta, datée du 15 avril 1777 et trouvée dans ses papiers, contenait le passage suivant :
« Combien de belles idées, d'expériences surprenantes, qui s'agitent dans mon cerveau et basées sur cet artifice d'envoyer l'étincelle électrique faire partir le pistolet à quelque distance que ce soit et dans toutes les directions et situations. Au lieu du colombino qui va mettre le feu au feu d'artifice, j'y enverrai d'un endroit quelconque, qui ne serait même pas en ligne directe, l'étincelle électrique qui mettra le feu au moyen du pistolet. Ecoutez : Je ne sais à combien de milles un fil de fer tendu sur le sol des champs ou de la route, replié en arrière ou traversant un canal d'eau, conduirait l'étincelle électrique suivant le parcours indiqué; mais je prévois que, dans un très long voyage sur la terre humide ou à travers les eaux courantes, il s'établirait bientôt une communication qui dévierait le cours du fleuve électrisé séparé du crochet de la bouteille pour aller au fond.
« Mais si le fil de fer était soutenu par des poteaux en bois, placés de distance en distance, par exemple de Côme à Milan, et interrompu seulement dans cette dernière ville par mon pistolet, qu'il continuât et vint enfin plonger dans un canal de navigation qui communique
(1) Voir La Télégraphie électrique en France et en Algérie y par A. E ton a 11 d.
avec le lac de Côme, je ne croîs pas impossible de faire partir mon pistolet à Milan avec une bonne bouteille de Leyde, chargée par moi à Côme.
« Votre affectionné ami,
« Alexandre Volta. »
Dix ans après, un Espagnol, Don Francisco Salva, médecin honoraire de la Real Caméra, inventa un procédé d'application de l'électricité aux communications et en fit part à l'Académie Royale des Sciences de Barcelone. Il le communiqua ensuite au ministre d'Etat, qui, selon le témoignage des journaux de 1797, aurait été très satisfait de la simplicité et des effets rapides de la machine construite dans ce but.
Salva proposa d'établir un système de communication entre Barcelone et la ville de Palma, dans l'île de Majorque, par-dessous les eaux, et serait ainsi le véritable promoteur de la télégraphie sous-marine.
A la même époque, et dans le même pays, un Français, Bettancourt, se servait de la bouteille de Leyde et transmettait sa décharge dans un faisceau de fils disposés d'Aranjuez à Madrid.
Enfin, à une date plus rapprochée, en 1808, un membre de l'Académie des Sciences de Munich, le docteur von Sœmmering, avait imaginé un système de télégraphie basé sur la décomposition de l'eau par le courant. Il le présenta, le 29 juillet, à l'Académie des Sciences de Munich, après l'avoir essayé sur un circuit de 2.000 pieds. Il utilisait une pile à colonne avec 35 circuits aller et retour pour les vingt-cinq lettres allemandes et les dix chiffres.
Le baron Larrey, lié d'amitié avec Sœmmering, le vit en passant à Munich et emporta son télégraphe à Paris, pour le présenter à l'Institut. Mais il ne donna lieu à aucun rapport.