‹ Les phénomènes électriques et leurs applicationsChapitre 12 sur 209 · LA BOUTEILLE DE LEYÛE · texte numérisé non relu

LA BOUTEILLE DE LEYÛE

subit qu'il n'avait pas attendu devoir être le résulut de l'expérience (fig. 5) ».

Il est extrême ment curieux de lire dans les ouvrages du temps le commentaire de cette expérience. De nombreux physiciens la répétèrent, avec ud eSroi mal déguisé, et firent connaître leurs impressions dans des récits empreints d'une exagération non moins évidente.

M. Muschenbroeck lui-même, dans la communication qu'il avait faite à M. de Réaumur, racontait u qu'il s'était

senti frappé sur les bras, les épaules et la poitrine au point qu'il en perdit la respiration, et fut deux jours avant de revenir du coup et de la frayeur ».

11 en fut si terrifié qu'il ajoutait qu'il ne s'exposerait pas de nouveau à recevoir un choc pareil, mime pour le royaume de France.

Le collaborateur de Muschenbroeck, Allaman^ ne fut pas moins impressionné que lui.

Il répéta l'expérience avec un simple verre à bière, « perdît pendant quelques instants l'usage de la respiration et sentit ensuite une si forte douleur le long de son bras droit qu'il appréhenda d'abord des suites

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fâcheuses, quoique bientôt elle se dissipa sans aucun inconvénient ».

Un autre physicien, Winckler, de Leipzig, fait de son expérience une description encore plus dramatique. « La première fois qu'il la reproduisit, il éprouva de grandes commotions dans tout le corps ; elles lui mirent le sang dans une agitation si violente qu'il craignit d'être atta* que d'une fièvre chaude et fut obligé de prendre des remèdes rafraîchissants {sic). Il se sentit aussi la tète pesante comme s'il eût une pierre dessus. Elle lui causa deux fois, ajouta-t-il, un saignement de nez auquel il n'était pas sujet ».

Il est clair que ces récits exagérés se ressentent de i'impressionnabilité plus ou moins grande de chacun.

La curiosité fut cependant plus forte que la terreur et elle était telle que la femme de Winckler lui-même, qui avait été témoin de l'émotion de son mari, ne craignit pas de faire l'expérience pour son propre compte et même de la répéter une seconde fois. Après ces deux coups, il parait qu'elle se trouva si faible qu'elle pouvait à peine marcher. Malgré cela, elle recommença encore et fut récompensée de sa ténacité et de son courage, puisqu'elle se tira d'affaire avec un simple saignement de nez.

L'abbé Nollet recommença à son tour cette expérience (1) et il avoue qu'il ne le fit pas sans crainte en raison du récit des effets qu'avaient éprouvés Muschenbroeck et AUaman, qu'il tenait pour des hommes « exacts et véridiques ».

N'ayant pas à sa disposition de verre d'Allemagne ou de Bohème, il employa un simple matras, de verre le plus commun, pris dans son laboratoire.

(1) Voir les Mémoires de Mathématiques et de Physique tirés des registres de l'Académie royale des Sciences, j

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