CHAPITRE X
LA TRANSMISSION DE l'ÉNERGIE A DISTANCE
GRANDES DISTANCES PETITS EFFORTS
W'healslone. — Morse. — Résistances que la télégraphie électrique rencontre en France. — Premiers essais. — Etablissement et développement du réseau français. — Réseau terrestre du monde entier. — Matériel de la télégraphie électrique. — ïélô- ^aphe à cadran de Bréguet. — Appareil Morse. — Appareil de Wheatstone. — Appareil Estienne. — Appareil Hérodote. — Télégraphe Hughes. — Appareils multiples. — Systèmes duplex et diplex. — Quadruplex. — Rendement des divers télégraphes. — Télégraphie sans fil.
Wbe&tstone. — Treize jours apiès la mort de Schilling, survenue à Saint-Pétersbourg le 7 aoiU 1837, avait lieu en Angleterre, au chemin de fer du London and Birmingham Raihvay, la première expérience publique d'un appareil télégraphique né de la collaboration de Cooke et du professeur Wheatstone.
La première partie de la carrière de celui-ci (l) avait été consacrée à l'étude des lois de l'acoustique, en vue de la fabrication des instruments de musique. Ses travaux le conduisirent à étudier la transmission des
(1) Sir Charles Wheatstone, né à Glocester en 1802, est mort à Paris, membre associé de l'Académie des sciences, le 19 octobre 18:5.
sons, à travers les conducteurs linéaires. Des expériences publiques furent laites sur ce sujet à Flnstitui Polytechnique avec un appareil qu'il avait appelé « Le Téléphone » (1831).
Un peu plus tard (1834), il porta ses recherches sur la vitesse de la propagation de Télectricité, qu'il reconnut être du même ordre que la vitesse de la lumière. C'est peu d'années après, en février 1837, que Cooke, après avoir consulté Faraday, entra en relations avec Sir Charles Wheatstone.
Le 12 juillet de la même année, ils firent enregistrer un brevet et, après l'expérience que nous venons de rappeler, ils signèrent un acte d'association pour l'exploitation de leur appareil, fondé sur le même principe que celui de Schilling, c'est-à-dire sur le mouvement de l'aiguille aimantée accentué par l'emploi du multiplicateur de Schweiger.
Le g^énie inventif de Wheatstone ne tardait pas à se manifester dans l'œuvre commune des deux physiciens, et l'appareil, successivement perfectionné, n'avait bientôt plus que deux et même une seule aiguille verticale (1).
Morse, — A ce même moment, un nouveau champion de la télégraphie électrique entrait inopinément dans l'arène. Nous voulons parler de l'Américain Samuel Morse (2). Venu en Europe pour se perfectionner dans son art (il était peintre), il rentrait en Amérique, vers la fin de l'année 1832, sur le paquebot le Sully,
Au nombre des passagers, se trouvait le D' Jackson qui quittait la France encore tout pénétré des conférences
(1) De tous les savants qui se sont occupés de télégraphie, c*esl certainement Whealstone qui a fait faire les plus grands progrès
à cette science. On trouve son nom à chaque pas dans l'étude des appareils et des méthodes télégraphiques.
(2) Né en 1791.
RÉSISTANCES 3'i9
de Poulllet qu'il avait entendues à la Sorbonne, et au cours desquelles ce physicien avait montré un puissant électro-aimant pouvant supporter 1.000 kilogrammes.
Le D"" Jackson avait avec lui quelques instruments et entre autres un petit électro-aimant, avec lequel il répéta quelques expériences devant les autres passagers. Elles Impressionnèrent profondément Morse, qui, dès son arrivée en Amérique, se mit au travail et imagina un système à l'aide duquel un crayon, actionné par un électro-aimant, pouvait inscrire sur un rouleau de papier des signes reproduisant les dix chiffres dont la combinaison formait des lettres et des mots.
Après des efforts infructueux, son appareil finit par marcher, et le 2 septembre 1837, Morse fit devant une commission de l'Institut de Philadelphie des expériences portant sur une longueur de quatre lieues.
Le succès de ces expériences et les encouragements qu'il reçut firent tourner la tête à Morse, qui ne craignit pas de s'attribuer la priorité sur tous les systèmes de télégraphes européens. Son système fut appliqué en Amérique sur une première grande ligne, de Washington à Baltimore, en 1844,
L'année d'avant, Morse avait reçu une récompense nationale de 30.000 dollars.
Résistances que la télégraphie électrique rencontre en France. — Malgré les efforts d'Arago, qui défendait la télégraphie électrique, en France, à la Chambre des députés, avec sa haute autorité scientifique, l'opinion publique semblait réfractaire à ce progrès contre lequel on voyait s'élever les mêmes critiques enfantines qui avaient accueilli l'établissement des chemins de fer.
On en trouve la trace dans une spirituelle boutade de Pitre Chevalier, dans le Musée des familles :
(( En vain, à ces progrès dont l'avenir est infini, ditil, les prophètes de malheur ont opposé des objections chagrines. Le télégraphe électrique, disaient les uns, rend inapplicable la loi sur la chasse, les oiseaux qui s'approchent du fer électrisé tombent frappés de mort et tout le petit gibier va périr ainsi.
« C'est, au contraire, le gibier qui tuera le télégraphe disaient les autres ; les oiseaux qui viennent percher sur les fils conducteurs interceptent le fluide et les dépêches leur entrent dans le ventre par les pattes au lieu de se rendre à Paris ou à Rouen. Ceci eût été grave du temps que les bêtes, parlaient. Figurez-vous les plus grands secrets politiques livrés aux pies et aux moineaux francs. Mais, heureusement pour le télégraphe et pour l'Etal, ces deux nouvelles contradictoires se sont trouvées aussi fausses que les autres. On a reconnu là de ces canards que les journaux inventent pour remplir leurs colonnes depuis qu'ils ont agrandi leur format de plusieurs centimètres.
« Le véritable ennemi de la télégraphie électrique sera plutôt la foudre, sa Sœur ; on n'est jamais trahi que par les siens. »
Premiers essais. — Ce fut seulement en 1844 qu'on songea sérieusement en France h la télégraphie électrique.
Sur la proposition du ministre de l'Intérieur, Duchatel, une commission fut nommée, le 8 novembre de cette année, pour lui faire un rapport sur la valeur des systèmes de télégraphie électrique, les avantages do ces systèmes et la possibilité de leur application.
Arago, Pouillet, Becquerel faisaient partie de celte commission qui conclut à l'opportunité d'un essai sur une ligne de chemin de fer. Un crédit extraordinaire do 240.000 francs fut ouvert pour l'établissement d'une ligne de 12myrîamètres au minimum (23 novembre 18^i1).