‹ Les phénomènes électriques et leurs applicationsChapitre 140 sur 209 · CHARLES BOURSEUL · texte numérisé non relu

CHARLES BOURSEUL

le fait (1), ne peut s'empêcher de rappeler qu'il paraissait si extraordinaire, si invraisemblable, que lui-même ne put y croire, et que Thypothèse de Bourseul fut regardée (( comme un rêve fantastique ». Du Moncel n'était pas seul à manifester cette défiance. Plusieurs savants et entre autres M. Preece, le directeur du Post Office de Londres, la considéraient comme irréalisable quoique très belle.

Il est vrai que Bourseul s'était borné ii des affirmations, et que la note qu'il publia sur la question ne fut appuyée par aucune expérience.

Cette note du moins est extrêmement curieuse. En voici les termes :

« Après les merveilleux télégraphes qui peuvent reproduire à distance l'écriture de tel ou tel individu et même des dessins plus ou moins compliqués, il semblerait impossible d'aller plus en avant dans les régions du merveilleux. Essayons cependant de faire quelques pas de plus encore. Je me suis demandé, par exemple, si la parole elle-même ne pourrait pas être transmise par l'électricité, en un mot, si l'on ne pourrait pas parler à Vienne et se faire entendre à Paris.

« La chose est praticable. Voici comment :

(( Les sons, on le sait, sont formés par des vibrations et appropriés à l'oreille par ces mêmes vibrations que reproduisent les milieux intermédiaires. Mais l'intensité de ces vibrations diminue avec la distance, de sorte qu'il y a, même en employant des porte-voix, des tubes et des cornets acoustiques, des limites assez restreintes qu'on ne peut pas dépasser.

« Imaginez que l'on parle près d'une plaque mobile, assez flexible pour ne perdre aucune des vibrations produites par la voix ; que cette plaque établisse et inter-

(1) Le téléphone^ par le comte Th. Du Moncel.

rompe successivement la communication avec une pile; vous pourrez avoir à distance une autre plaque qui exécutera en même temps les mêmes vibrations.

(( Il est vrai que l'intensité des sons produits sera variable au point de départ, où la plaque vibre par la voix, et constante au point d'arrivée, où elle vibre par l'électricité, mais il est démontré que cela ne peut altérer les sons.

« Il est évident d'abord que les sons se reproduiraient avec la même hauteur dans la gamme.

« L'état actuel de la science acoustique ne permet pas de dire a priori s'il en sera tout à fait de même des syllabes articulées par la voix humaine. On ne s'est pas encore suffisamment occupé de la manière dont ces syllabes se sont produites. On a remarqué, il est vrai, que les unes se prononcent des dents, les autres des lèvres, etc., mais c'est là tout.

« Quoi qu'il en soit, il faut bien songer que les syllabes ne reproduisent ii l'audition rien autre chose que des vibrations des milieux intermédiaires; reproduisez exactement ces vibrations et vous reproduirez exactement aussi les svllabes.

<( En tout cas, il est impossible de démontrer, dans l'état actuel de la science, que la transmission électrique des sons soit impossible. Toutes les probabilités sont, au contraire, pour la possibilité.

« Quand on parla pour la première fois d'appliquer l'électro-magnétisme à la transmission des dépêches, un homme haut placé dans la science traita cette idée de sublime utopie, et cependant, aujourd'hui, on communique directement de Londres à Vienne par un simple fil métallique. Cela n'était pas possible, disait-on, et cela est. « Il va sans dire que des applications sans nombre et de la plus haute importance surgiraient immédiatement de la transmission de la parole par l'électricité.

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