FRANKLIN
Franklin avait déjà derrière lui, à cette époque, quarante années d'une enfance malheureuse et d'une jeunesse agitée, auxquelles avait succédé un âge màr enfin vainqueur de tous les obstacles. « L'esprît d'observation et de conclusion dont il était éminemment doué (1) » fixa son attention sur des expériences imparfaites d'électricité dont il avait été témoin à Boston, et l'amena ii un genre d'études qui étaient toutes nouvelles pour lui.
Le D' Coilinson, membre de ]a Société royale de Londres, avait fait don, à la Bibliothèque que Franklin avait fondée à Philadelphie, de quelques appareils rudiraentaircs que celui-ci transforma, compléta et appliqua à des expériences successives sur l'action des pointes et sur rélectricitc atmosphérique.
Raraclère indépendant s'accommodiil mal d'une tutelle. II quitta Ron frère, se rendit par mer à New- York et à Philadelphie, où il trouva du travail et conquit les bonnes grâces du gouverneur de la Pcnsylvanie. En 1724, il alla en Angleterre pour y acheter un matériel d'imprimeur et rentra en Amérique après dix-huit mois de séjour infructueux à Londres. Quatre ans plus tard, il réalisait enfin son rfvc. Après une association avec un bailleur de fonds, il Tinit par rester seul à la tète de son imprimerie, à Philadelphie. De ce moment date sa fortune. II obtint l'impression du papiermonnaie de Pcnsylvanie, publia des journaux et ses célèbres almanachn et se consacra à la création de grandes œuvres toutes nouvelles dans son pays : une bibliothèque, une Société académique, un hApital, des services municipaux de pavage, d'éclairage, etc.
La seconde moitié de sa vie fut partagée entre ses d'électricité et la défense des droits des colonies anglaise la métropole.
Venu en France en 1776, il y re(ut l'accueil que méritf génie, la dig:nité de sa vie et la noble cause qu'il servait.
Turgot a caractérisé, dans un vers latin, la double miss accomplit dans son existence ;
Eripuil ealo fulmen, êcepiruntque Ij/ramiit,
Il mourut k Philadelphie, le 17 avril 1790. (1) Mignet : Vie de Franklin.
. Théorie des électricités positit^e et négative, — Au cours de ces premiers travaux, Franklin, amené à réfléchir sur Fessence même du fluide électrique, formula la théorie des électricités positive et négative, qu'il opposa à celle des électricités résineuse et vitrée de Dufay. Elle est consignée dans un mémoire du f juin 1747, daté de Philadelphie.
Dans son Histoire de l'Electricité, Priestley revendique pour son compatriote, le D' Watson, un droit égal et peut-être plus ancien à l'honneur de cette découverte. Le D'^ Watson avait fait, dès le commencement de 1747, des expériences pour confirmer la théorie de l'électricité en plus et en moins. Ces expériences furent continuées et communiquées à M. Folkes, président de la Société royale de Londres, et a plusieurs de ses membres, avant que le récit des théories de Franklin fût parvenu en Europe.
Quoi qu'il en soit, ce sont les travaux de Franklin qui ont popularisé cette doctrine que l'électricité est également répandue dans tous les corps, qu'elle s'accumule en excès sur certains, se raréfie sur d'autres et les remet à l'état d'équilibre en se transportant des uns aux autres par une décharge et une étincelle.
Franklin parlait de cette théorie, qui devait établir sa renommée scientifique, avec une défiance de lui-même et une grandeur d'âme vraiment philosophiques, à laquelle peu de gens ont jamais atteint (1). Il dit que tous les phénomènes qu'il a vus et qui concernent l'électricité du verre s'expliquent par cette hypothèse. « Cependant, ajoute-t-il, peut-être n'est-elle pas vraie. Je serai obligé à celui qui m'en fournira une meilleure » (2).
(1) Priestley : Histoire de V Électricité .
(2) Lettres de Franklin au D' CoUinson.
TravauK sur rèlectricité atmosphérique. — Les expériences célèbres par lesquelles Franklin établit ridentité de la foudre et de l'électricité, découvrit l'action des pointes, alla recueillir, à l'aide d'un cerf-volant, le fluide même des nuages et imagina le paratonnerre, excitèrent dans le monde entier le plus grand enthousiasme.
Mais, pas en Angleterre tout d'abord. Ses premières lettres à Collinson, sur ce sujet, furent tournées en ridicule par les membres de l'Académie royale, et son idée d'écarter la foudre au moyen d'une tige de fer qualifiée d'absurdité.
Ses lettres ne furent pas appelées à l'honneur de l'insertion dans les Transactions philosophiques; mais, imprimées en un volume par les soins de Collinson; elles eurent un succès considérable. En peu d'années, cinq éditions du livre furent publiées et, sous la pression de l'opinion publique, l'Académie se résolut à recevoir, le 5 juin 1751, une communication officielle de cet ouvrage, sans toutefois pousser jusqu'au bout le courage de sa rétractation; rien de ce qui concernait le paratonnerre ne fut inséré.
L'ensemble des lettres de Franklin à Collinson fut plus tard réuni en un seul ouvrage sous le titre de : Nouvelles expériences et observations faites sur l'Electricité à Philadelphie (Amérique), communiquées à Pierre Collinson Esq.y membre de la Société royale de Londres^ dans plusieurs lettres dont la première est du 28 juillet 1747, la dernière du 18 avril 1754.
« On n'a jamais rien écrit sur l'électricité, dit Priestley (1), qui ait eu plus de lecteurs et d'admirateurs que ces lettres, dans toutes les parties de l'Europe. Il n'y a presque aucune langue en Europe dans laquelle on ne
(1) Histoire de V Électricité.
YiVAREZ. Phénomènes électriques.
les ait traduites et, comme si ce n'était pas encore assez pour les faire connaître, on en a fait encore une traduction en latin.
« Il est difficile de dire lequel fait le plus de plaisir, ou la simplicité et la clarté avec laquelle elles furent écrites ou la modestie avec laquelle l'auteur y propose toutes ses hypothèses, ou la noble franchise avec laquelle il avoue ses erreurs lorsqu'elles sont prouvées par de nouvelles expériences. »
Expériences faites en France par Buffbn et Dalibard, — En France, où les théories de Franklin trouvèrent un adversaire dans l'abbé Nollet, ses lettres ne furent d'abord connues que par une mauvaise traduction. •
M. de Buffon, le célèbre naturaliste, alors intendant du jardin du Roi, en eut connaissance et engagea un de ses amis, Dalibard, à en publier une nouvelle.
Ce travail, précédé d'une histoire abrégée de l'électricité, eut un très grand succès et excita vivement la curiosité du public.
A l'exemple de l'abbé Nollet, qui peu auparavant, avait fait des expériences publiques avec la bouteille de Leyde, un ami de Dalibard, nommé Delor, qui possédait, place de l'Estrapade, un cabinet de physique bien garni, attira la foule chez lui.
D'un commun accord, Bufibn, Dalibard et Delor élevèrent, le premier sur la tour de son château de Montbard, le second sur sa maison de campagne de Marly, le troisième sur le toit de sa maison, de hautes tiges de fer isolées, pour tirer l'électricité des nuages.
Le caprice des troubles atmosphériques favorisa Dalibard le premier. Le 10 mai 1752, tandis qu'il était absent, un orage éclata sur Marly. Son jardinier, instruit de ce qu'il avait à faire en la circonstance, courut cher-