L'ÉLECTRICITÉ ET LE MAGNÉTISME
-cet ouvrage, les rapports du magnétisme avec Télectricîté et les expériences d'Œpinus, van Swinden, Cavallo, Coulomb, prouvant, « d'une manière assez concluante, la correspondance étroite qu'il y a entre ces deux fluides ». La foudre, dit-il, en tombant sur les navires, a souvent changé la direction des pôles de la boussole, ce qui démontre l'influence de l'électricité sur le magnétisme. Aldini se livra lui-même à quelques expériences restées sans résultat sérieux. Il composa une pile de 50 disques de cuivre et 50 disques de zinc, percés d'un trou dans leur milieu et, dans la cavité axiale ainsi formée, il introduisit des aiguilles d'acier « pour voir si elles deviendraient magnétiques, et d'autres, déjà aimantées, pour découvrir si leur propriété polaire y subirait quelque changement ».
Il avoue que ses résultats furent si faibles qu'il n'osa en tirer aucune conclusion. Il renouvela cependant ses essais avec une forte pile, mais ses aiguilles se rouillèrent et il ne put poursuivre les épreuves assez loin pour en déduire des conséquences bien rigoureuses.
Au cours de ses explications, il signale les résultats plus décisifs obtenus par le D"* Mojon, qui lui fit savoir qu'ayant placé des aiguilles à coudre très fines en communication avec les deux pôles d'un appareil a tasses de cent verres, il trouva, au bout de vingt jours, les aiguilles un peu oxydées, mais en même temps magnétiques, avec une polarité très sensible. « Cette nouvelle propriété du galvanisme a été constatée par d'autres observateurs, ajoute-t-il, et dernièrement par M. Romanesi, physicien de Trente, qui a reconnu que le galvanisme faisait décliner l'aiguille aimantée. »
Malgré ces faits, la diflférence d'essence de l'électricité et du magnétisme continuait à avoir la valeur d'un dogme d'enseignement, puisqu'un programme d'Ampère, imprimé en 1802, contenait cette phrase :
« Le professeur démontrera que les phénomènes électriques et magnétiques sont dus à deux fluides différents, qui agissent indépendamment Tun de l'autre (1) ».
Phénomène d'Œratedt. — Ce fut Œrstedt, physicien danois, qui fit, en 1819, la première brèche à la théorie officielle (2).
Dans le cours de l'hiver de 1819 à 1820, Œrstedt, professeur de physique à l'Université de Copenhague, était occupé à exécuter devant ses élèves des expériences galvaniques. Le hasard voulut qu'un fil de platine tendu «ntre les deux pôles d'une pile de Volta, pour être échauffé et rougi par le courant, passât au-dessus d'une aiguille aimantée. On vit cette aiguille animée d'oscillations qui frappèrent d'étonnement tous les assistants.
Ampère, — Le lundi 11 septembre 1820, M. de la Rive répéta l'expérience devant ses collègues de l'Académie des sciences. Huit jours après. Ampère leur communiquait un fait d'ordre plus général, qu'il avait observé •et analysé : l'action des courants sur les courants (3).
(1) Notice biographique d'Ampère^ par F. Arago.
(2) Œrstedt (Jean- Chrétien), né à Rudkjœping, le 14 août 1777, mort à Copenhague, le 9 mai 1851.
(3) André-Marie Ampère, né à Lyon, le 22 janvier 1775, manifesta de très bonne heure une aptitude remarquable pour le calcul. F. Arago raconte qu'il savait à peine lire qa'il dévorait tous les •ouvrages qui lui tombaient sous la main. Sa première lecture sérieuse fut V Encyclopédie, dont il lut méthodiquement les vingt volumes et dont il avait retenu des passages entiers, grâce à sa prodigieuse mémoire.
La mort de son père sur Téchafaud sembla obscurcir un moment ses remarquables facultés. A la suite de ce tragique événement, il resta pendant plus d'un an comme frappé d'idiotisme. Les lettres de J.-J. Rousseau sur la botanique réveillèrent son esprit endormi en donnant un but à son intelligence. En 1801, il obtint la chaire •de physique à l'Ecole centrale du département de l'Ain, à Bourg. Un travail qu'il publia à cette époque, sur la théorie mathématique
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L'expérience d'Œrstedt se bornait aux faits suivants :
Si Ton dirige suivant le méridien le fil réunissant les deux pôles d'une pile de telle façon que le sens du courant soit nord-sud, une aiguille aimantée placée au-dessous de ce fil est déviée de sa position d'équilibre avec tendance à se mettre en croix avec lui, et de telle façon que son pôle austral soit dévié vers l'ouest.
Si on change le sens du courant, la déviation change de sens.
Les phénomènes sont inverses si le fil traversé par le courant passe au-dessous de l'aiguille aimantée.
Règle d'Ampère. — Ampère a résumé ces observations dans une loi unique qui est connue sous son nom et qui s'énonce ainsi :
Si Von suppose un observateur allongé le long d'un conducteur y traversé par un courant électrique et de façon que le courant lui entre par les pieds et lui sorte par la tête y l'action de ce courant sur une aiguille aimantée placée dans le voisinage, sera teUe que l'observateur la verra se mettre en croix avec le courant y le pôle nord ou aus^ pj 23.
Irai se plaçant à sa gauche. Règle d'Ampère.
Cette règle est mise en évidence par la figure 23. L'action d'un courant sur un aimant peut être masquée par l'action terrestre qui, comme
du jeu, le mit instantanément hors de pair. Lalande et Dclambre, qui en avaient eu connaissance, l'appelèrent à Paris et lui firent obtenir une place de répétiteur à l'Ecole polytechnique qu'il illustra par son enseignement, malgré les obstacles que créèrent à son zèle ses distractions et sa naïveté légendaire. Ampère mourut à Marseille, en 1836.
on le sait, a pour effet de placer Taigullle aimantée dans la direction nord-sud, à un certain angle près, qu'on appelle la déclinaison.
Multiplicateur. — Pour rendre plus visible Taction du courant, on tait usage d'un appareil, imaginé
parSchweiger, et
qu'on appelle un multiplicateur.
Cet appareil consiste en un cadre portant, enroulé plusieurs fois sur lui-mê-
Fig. 24. — Principe du multiplicateur.
me, un fil dans lequel on fait passer le courant. Il est facile de se rendre compte, en supposant le cas le plus simple (fig. 24) que les actions des parties AB et CD sont concordantes pour dévier l'aiguille dans le même sens. L'effet sera naturellement d'autant plus grand que le nombre de tours de fils sera également plus grand. L'action du courant dominera par conséquent l'action terrestre.
Système astatique, — On peut même annuler complètement ce dernier effet en employant un système d'aiguilles asiatiques, ce qui s'obtient en fixant parallèment l'une à l'autre deux aiguilles, leurs pôles de sens contraire [étant face à face (fig. 25).
Un tel système est évi- Fig. 25. — Aiguilles asiatiques.
demment indifférent à l'action terrestre' et en le disposant dans un multiplica-