ÉNERGIE ET MATIÈRE
On saît que les travaux de Carnot ont résolu affirmativement cette hypothèse et conduit à la détermination de l'équivalent mécanique de la chaleur.
D'autres savants, Mayer (1842), Colding (1843), Joule, l'ont suivi, tandis que les travaux d'Ampère et de Faraday démontraient l'identité d'origine des phénomènes électriques et magnétiques et que des hypothèses, d'abord timides (1), se hasardaient à affirmer celle de la lumière et de l'électricité, à laquelle des recherches plus récentes ont apporté des arguments basés sur l'expérience.
Helmholtz, — Mais c'est surtout le savant allemand Helmholtz qui a donné à ces théories une impulsion maîtresse, par la publication de son Mémoire sur la conseri>ation de la force. Ce mémoire a paru en 1847. Il est précédé d'un Exposé élémentaire de la transformation des forces naturelles. Selon l'expression de son traducteur, c'est un plan complet de la physique moderne. « A l'heure, dit-il dans sa préface, où presque tous les physiciens s'appliquaient exclusivement à la démonstration du principe éminemment fécond, mais encore restreint, de l'équivalent mécanique de la chaleur, son esprit pénétrant s'est élevé d'un élan au-dessus d'un horizon immense ; il a contemplé à la fois l'imposante apparition de l'unité de la science et celle de l'incomparable harmonie des phénomènes naturels (2). »
Dès le début de l'exposé qui sert d'introduction à son mémoire, Helmholtz proclame l'immense intérêt d'une loi nouvelle dont la généralité embrasse l'action de toutes
(1) « Ce grand pouvoir de la nature, qui se manifeste sous des formes particulières par des phénomènes particuliers, révèle une fois de plus son identité par les relations directes de sa forme lumière avec les formes électricité et magnétisme. » (Faraday, Mémoire sur l'action des courants sur la lumière, 1845.)
(2) Traduit en français en 1869, par Louis Pérard. Masson, éditeur.
les forces de la nature et qui a, par conséquent, autant d'importance pour la conception théorique des phénomènes que pour les applications techniques.
Cette loi est la conséquence de toutes les relations pouvant exister entre les actions de la nature, d'après le principe qu'il est impossible de créer quelque chose de rien.
Principe de la conservation de F énergie, — Helmholtz Ta ainsi formulé : La quantité de force capable d'agir qui existe dans la nature inorganique est éternelle et invariable tout aussi bien que la matière, et Ta commenté en ces termes : « L'homme ne peut, dans aucun but humain, créer du travail, mais il peut puiser ce travail dans la provision infinie de la nature et en faire sa propriété ; le ruisseau et le vent qui actionnent nos moulins, le bois et la houille qui animent nos machines à vapeur et chauffent nos appartements, ne sont que les véhicules d'une partie de cette grande quantité de force dont nous cherchons à nous emparer pour la diriger au gré de nos désirs. »
Énergie et matière, — Le monde physique nous montre, répandue autour de nous, sous des aspects multiples, la matière, inerte par elle-même, mais pouvant subir des transformations sous l'influence de causes diverses.
Ces transformations affectent tantôt son état de mouvement, tantôt sa constitution moléculaire, qui peut passer par les états solide, liquide et gazeux, tantôt sa composition intime par la dissociation des éléments qui la composent ou leur réunion à d'autres éléments.
Ces actions, extérieures à la matière, ne peuvent exister sans elle. Ce sont autant d'agents, d'origine mystérieuse, qui représentent la capacité de production de