‹ Les phénomènes électriques et leurs applicationsChapitre 6 sur 209 · PLINE LE NATURALISTE · texte numérisé non relu

PLINE LE NATURALISTE

est douée, comme on le sait, de propriétés électriques très caractérisées.

Pline le naturaliste. — Pline a consacré un chapitre de son Histoire naturelle (1) à Tambre, qu'il range parmi les pierres précieuses, après le cristal, au nombre des objets de luxe qui ne sont recherchés que par les femmes.

La partie la plus importante de ce chapitre traite de l'origine de cette pierre et des fables (Pline dit des mensonges) que les Grecs ont racontées à son sujet.

Il raille, en particulier, le récit d'après lequel Phaéton, ayant été foudroyé, ses sœurs pleurèrent tant qu'elles furent changées en peupliers et que leurs larmes produisirent, tous les ans, Velectrum sur les bords de l'Eridan (Le Pô).

Mais c'est surtout Sophocle qui a le privilège d'exciter son indignation : (( Il les dépasse tous, dit-il; ce qui m'étonne quand je considère l'imposante gravité de ses tragédies, l'illustration de sa vie, sa naissance dans les hautes classes d'Athènes, ses exploits et ses commandements militaires.

<( D'après lui, le succin est produit, au delà de l'Inde, par les larmes des oiseaux méléagrides, pleurant Méléa-

gre.

<c Comment ne pas être surpris qu'il ait cru un tel conte ou qu'il ait espéré le faire croire aux autres? Est-il même un enfant assez ignorant pour croire que des oiseaux pleurent annuellement et que leurs larmes sont abondantes ! Et que des volatiles aillent de la Grèce, où Méléagre est mort, le pleurer dans les Indes.

« Quoi donc, dira-t-on, est-ce que les poètes ne font pas beaucoup de récits non moins fabuleux! Mais avan-

(1) Livre XXXVII. — Des pierres précieuses, xi.

8 VÈLECTRICITÉ DANS L'ANTIQUITÉ

cer sérieusement une telle absurdité sur une chose aussi commune que l'ambre qu'on apporte tous les jours, et pour laquelle il est si facile d'être convaincu de mensonge, c'est se moquer tout à fait du monde et conter effrontément des fables intolérables ».

Pline s'étend sur le peu de rareté de l'ambre. Il dit qu'un nommé Julianus, entrepreneur des jeux de gladiateurs de l'empereur Néron, envoya un chevalier romain, de Carnonte en Pannonie, jusqu'à la côte de Germanie. Ce chevalier rapporta une grande quantité d'ambre dont le plus gros morceau pesait treize livres. On en fit des boutons dont on orna les filets destinés à protéger le podium de l'arène contre les bêtes fauves.

Au cours de son récit, Pline parle deux fois de la propriété attractive du succin. « Dans la Syrie, dit-il, les femmes en font des bouts de fuseaux et on le nomme « harpax », parce qu'il attire à lui les feuilles, les pailles et les franges de vêtements ».

Et plus loin : « Quand, par le frottement des doigts, il a reçu une chaleur vivifiante, il attire la paille, les feuilles sèches, les écorces, comme la pierre d'aimant attire le fer ».

C'est sans doute à cette force attractive, sur laquelle Pline ne s'étend pas davantage, que l'ambre devait sans doute être considéré comme ayant des vertus médicinales. (( Porté en amulette, il est utile aux enfants ». Cette superstition populaire dure depuis près de 2,000 ans!

Quant au lyncurium, dont parle Théophraste, Pline ne croit pas à son existence et dit que, de son temps, il n'a jamais été question d'une pareille pierre, qui ne serait autre que l'ambre lui-même.

Les anciens lui attribuaient une origine fabuleuse. Le lyncurium serait, d'après Démostrate, du succin provenant de l'urine du lynx, associée avec de la terre, parce que cet animal la couvre, « jaloux de l'utilité que les

Page 1