LE PASSE DE LA HOUILLE
bassins houillers rÉgypte, la Grèce et Tltalie. Aussi l'antiquité ne nous a-t-elle transmis sur le charbon naturel que de rares et incomplètes données. Tout au plus, les anciens connaissaient-ils les lignites et le jayet que Théophraste désigne sous le nom de lithantrax.
César raconte, dans ses Commentaires y que les peuples occupant le territoire actuel de la Belgique lançaient contre leurs ennemis des boules d*argile combustible incandescente qui devaient être vraisemblablement de la houille enflammée.
Mais il n'est question de l'exploitation des mines de charbon que bien longtemps après, dans une charte latine de 853 relative aux redevances, dues à leur seigneur, par les vassaux de Tabbaye de Péterborough, en Angleterre. Le fait est cité comme ordinaire et non comme nouveau.
Sur le continent, c'est naturellement en Belgique qu'il en est parlé tout d'abord. Une légende raconte qu'en 1198 vivait, au pays de Liège, un pauvre forgeron nommé IIullos, Un jour qu'il se lamentait sur les misères de son existence et sur la cherté du combustible qui lui était nécessaire pour son métier, un ange lui apparut et lui indiqua un gisement de charbon naturel sur une montagne voisine nommée Publemont,
Le nom de houille serait une corruption du nom de ce forgeron.
On a été d'ailleurs très sceptique sur l'intervention de la Providence dans la découverte de la houille. Il paraît que le manuscrit latin qui relate la légende est maculé de telle façon qu'on ne sait s'il faut lire ab Angelo (d'un ange) ou ab Anglo (d'un Anglais). Cette seconde interprétation est, k tous les points de vue, plus rationnelle. Le célèbre voyageur vénitien, Marco Polo (1254-1323), qu'on a comparé à Hérodote, et qui visita la Mongolie et la Chine pendant plus de vingt années, signale, dans la
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province de Cathay, « Texistence d'une sorte de pierres noires qu'on tire des veines des montagnes et qui brûlent comme du bois ; elles restent allumées, mieux que du charbon, car si vous les allumez le soir et que vous les fassiez bien prendre, toute la nuit elles resteront allumées et vous trouverez encore du feu le matin ; dans toute la province de Cathay on brûle de ces pierres parce qu'elles coûtent moins et que c'est une économie (1). »
En France, il est question, dans un document de 1335, d'un vaisseau appartenant à un propriétaire de Pontoise qui apportait du blé à Newcastle et en revenait avec un chargement de charbon.
A la même époque, les mines de Saint-Etienne étaient déjà en exploitation, ainsi que cela résulte d'un acte public du 18 février 1321, dans lequel le seigneur de la Roche la Molière autorisa le sieur Martin Chagnon à extraire du charbon de terre dans la propriété du sire de Lurieu à charge de lui payer une redevance égale à la moitié du produit.
Il est probable que le combustible naturel était employé plus anciennement et que le défaut de documents peut seul empêcher de faire remonter son emploi à une date plus reculée. Ainsi, dans un acte relatif aux mines de Brassac daté des 29 et 30 janvier 1489, il est exposé que « Jean Jammes le Vieux, habitant au lieu de Brezens, paroisse d'Auzat-sur-Allier, âgé de quatrevingt-dix ans ou autour, dit aussi que ledit de Saint- Quentin, par soi et ses prédécesseurs, en a joui par tels et longtemps qu'il n'est mémoire ni entendement même de soixante ans et c'est à cause de la fréquentation que dessus et en suivant laquelle, il a vu faire plusieurs
(1) Voyages de Marco Polo publiés en 1824 par la Société de Géographie, d'après la traduction du manuscrit conservé À la Bibliothèque nationale.