ÉCONOMIES DE LA HOUILLE
bien peu de chose à côté du débouché que les chemins de fer de l'Union américaine offraient aux forges du vieux monde. Si donc il y a encore plus d'un progrès à attendre comme mise en valeur des ressources des diverses contrées de l'Europe, nous ne croyons pas qu'il puisse s'y accomplir rien de comparable au mouvement qui a marqué surtout le troisième quart du xix* siècle. Assurément, nous ne prétendons pas que la limite des besoins de l'humanité civilisée soit atteinte. A cet égard, l'homme est insatiable et inventera toujours du nouveau ; mais ce ne sera plus dans la même mesure. Il n'y a pas à se le dissimuler, le grand effort est fait et il ne reste plus guère qu'à glaner dans le champ qui a déjà fourni une si riche moisson. »
Progrès techniques qui permettent d'économiser la houille, — A ces arguments d'ordre économique, s'en ajoutent d'autres purement techniques.
Les progrès apportés à la construction des machines et aux méthodes industrielles n'ont cessé d'améliorer les conditions dans lesquelles les combustibles sont employés. On les économise, on les ménage, afin d'obtenir les prix de revient décroissants que commande la concurrence.
C'est ainsi que, de 1848 à 1898, la quantité de combustible nécessaire pour la production d'une tonne de fonte a diminué de 2.037 kilogrammes à 1.197 kilogrammes (1), grâce aux perfectionnements de l'outillage, à l'emploi des gazogènes, à l'utilisation plus parfaite des menus et aussi à l'augmentation du rendement des unités de fabrication.
Les machines à vapeur, qui sont, comme on le sait, de si mauvais transformateurs de l'énergie calorifique du charbon, dont elles n'utilisent qu'une infime partie, pré-
(1) Cinquantenaire de la Société des Ingénieurs civils.
sentent également une marge considérable à de futures économies.
Un ingénieur américain, M. F.-W. Dean, a fait ressortir dans une conférence devant la Société américaine des Ingénieurs mécaniciens, au mois de décembre 1897, les progrès qui ont été réalisés, de 1870 a aujourd'hui, dans la construction et la conduite de ces engins.
Il estime que par suite de perfectionnements dans les grilles, de l'emploi de réchauffeurs d'eau d'alimentation par les gaz chauds sortant des carneaux, etc. , la production de la vapeur est obtenue avec 21 p. 100 d'économie et que l'utilisation de la vapeur dans le moteur lui-même a permis de réaliser des économies successives qui vont à un total de 37 p. 100 (1).
L'açenir de la consommation houillère, — Pour ces diverses causes, on peut admettre que les pays de l'Europe occidentale ont devant eux de quoi suffire à leur consommation de houille pendant encore cinq ou six cents ans. Après? Autant qu'on puisse faire des conjectures ayant quelque caractère de précision à pareille distance, il faudra aller chercher le combustible en Amérique. La, la nature a été singulièrement prodigue. Sur les 552.000 kilomètres carrés (la millième partie de la surface du globe) dont se compose l'étendue de tous les bassins houillers de l'univers, les Etats-Unis en possèdent à eux seuls 509.000, soit 92 p. 100 environ.
Ces couches (dont une seule, celle de Pittsbourg, se continue avec une puissance de 1 à 3 mètres sur 50.000 kilomètres carrés et a vingt fois l'étendue de tous les bassins houillers de la France) suffiraient à assurer pendant onze mille ans la consommation totale du globe
(1) Voir le Bulletin de la Société des Ingénieurs civils de janvier