‹ Les phénomènes électriques et leurs applicationsChapitre 9 sur 209 · GUILLAUME GILBERT · texte numérisé non relu

GUILLAUME GILBERT

découvertes personnelles, soit par la classification et la vulgarisation des faits épara qui étaient déjà connus de son temps.

Le premier, il a attribué les phénomëDes du magnétisme terrestre à l'action d'un aimant situé au centre de la terre, ou plutôt démontré qu'ils s'expliquent par l'hypothèse d'un tel aimant.

Fig. 3. — Aimantation donnée au fer en le forg^eant.

Il rappelle ailleurs « qu'on a souvent prouvé que le l'er, même sans avoir été frotté par l'aimant naturel, acquiert les mêmes propriétés d'orientation que si cela avait eu lieu, bien que cela paraisse invraisemblable ».

Une figure de son ouvrage indique un moyen d'obtenir ce résultat. Elle représente un forgeron qui frappe, à coups de marteau, sur une enclume, une pièce de fer qu'il tient entre des pinces. D'un côté, est écrit le mot ■' Scptentrio » ; de l'autre, le mot « Auster ».

Gilbert accompagne ce dessin naïf (fig. 2) du commentaire suivant :

« Qu'un forgeron place sur une enclume un morceau de fer rougi au feu, pesant deux k trois onces, et qu'il en fasse une aiguille longue d'environ une palme. Le forgeron fera face au nord et tournera le dos au midi, et martèlera le fer de façon à l'allonger du côté du nord. S'il faut qu'il le réchauffe, il devra le placer de façon que la même partie soit dirigée vers le nord. En faisant ainsi, on peut préparer des centaines de pièces qui auront acquis la vertu magnétique, et qui, supportées par un morceau de liège à la surface de l'eau, dirigeront toujours vers le nord la pointe qui aura été travaillée dans cette direction ».

Gilbert a constaté également que certaines pièces de fer finissent par s'aimanter à la longue, sous la seule influence du temps. « Des barres de fer, dit-il, telles que celles qu'on emploie dans la construction des maisons et, principalement, pour servir d'appui aux fenêtres, acquièrent des propriétés magnétiques par le fait seul de l'action du temps ».

Il rapporte un exemple de ce phénomène, cité dans un ouvrage intitulé : Sur la composition des antidoteSy dû à Philippe Costa, de Mantoue : « Un pharmacien de cette dernière ville lui montra une barre de fer qui avait supporté un ornement de brique sur la tour de l'église Saint-Âugustin, à Rimini. Cette barre avait été courbée par le vent et conserva dix années cette forme. Les moines, voulant la faire redresser, l'envoyèrent à un forgeron chez lequel un chirurgien, nomme Jules César, constata avec surprise qu'elle avait acquis des propriétés magnétiques en restant pendant longtemps orientée dans la direction du méridien ».

BACON. BOYLB. OTTO DE GUERICKE 15

BRcon. Boyle. Otto de Querîcke. Hawkesbée. Qrey. — Après Gilbert, les expériences électriques et magnétiques prirent un essor plus rapide.

François Bacon reproduisît, dans ses Mélanges philosophiques, la liste des corps attirables et non attirables de Gilbert, sans accompagner cette nomenclature d'aucune observation personnelle.

Boyle y fit quelques additions en 1670. Son contemporain, Otto de Guericke, bourgmestre de Magdebourg,

Fig. 3. — Machine d'Otto de Gueridie.

imagina la première machine électrique. Son appareil était composé d'une grosse boule en soufre, montée sur un axe, qui permettait de la faire tourner, tandis qu'on la frottait avec la main (Sg. 3). Ses effets étaient faibles ; cependant, Otto de Guericke put produire des étincelles avec cet appareil rudimentaire.

En 1700, un Anglais, Hawkesbée, reprit les essais d'Otto de Guericke et obtint de meilleurs résultats en remplaçant le globe de soufre par un cylindre de verre.

A la mfime époque, un compatriote de Hawkesbée, Grey, reconnut que l'électricité peut se transporter le

long de certains corps et franchir ainsi des distances assez considérables, sans que ses effets en soient amoindris. Cette constatation Tamenaà distinguer les corps en deux classes, ceux qui sont isolants et que l'électricité ne peut franchir et ceux par Tintermédiaire desquels elle se propage. Grey est aussi le premier qui se soit servi de l'intermédiaire des corps organisés et du corps humain dans ses expériences.

Dufay et la théorie des deux électricités, —

Jusqu'à présent, nous n'avons vu aucun savant français s'intéresser aux études électriques. Le premier d'entre eux qu'elles tentèrent fut un membre de l'Académie des Sciences, Intendant du Jardin du roi, nommé Dufay, qui publia, au cours des années 1733 et 1734, plusieurs mémoires qui firent faire k la science nouvelle des progrès décisifs.

Il reconnut, le premier, que si certains corps seulement peuvent être électrisés dans les conditions ordinaires des expériences, on arrive à donner à tous les propriétés électriques lorsqu'on les isole par l'intermédiaire du verre sec.

C'est également à Dufay qu'on doit d'avoir montré la possibilité de tirer une étincelle électrique du corps humain. L'abbé Nollet, qui secondait Dufay dans ses expériences, a raconté l'extrême surprise qu'il éprouva lorsqu'il vit se produire ce phénomène inattendu.

Une autre découverte, due aussi à Dufay, est la propriété qu'ont les corps électrisés d'attirer ceux qui ne le sont pas et de les repousser dès qu'ils sont venus à leur contact.

Enfin, c'est Dufay qui a établi la distinction entre deux sortes d'électricité. « Le hasard, dit-il, m'a présenté un principe universel qui jette un jour nouveau sur la matière de l'électricité. Ce principe, c'est qu'il y a deux

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