ESSAIS DE M, MARCEL DEPREX
Premiers essais de M. Marcel Deprez. — L'exposition d'électricité de 1881, qui donna une si vive impulsion à toutes les branches des études électriques, ne pouvait manquer de susciter des recherches et des travaux intéressants sur un sujet dont l'importance pratique n'échappait à personne.
25 kilo gramme tre s ; un moteur domestique du même type, chauflc au gaz, mais d'une puissance moindre; une pompe centrifuge Neut et Dumont, installée sur un grand réservoir en tôle ; un aimant Jamin portant une armature de 750 kilogrammes et divers appareils dont la nomenclature est inutile ici.
« Pour donner un peu de variété aux expériences, j'avais disposé la pompe centrifuge de façon qu'elle pût être commandée» soit par le moteur électrique Gramme, soit par la machine Fontaine, chauffée au coke, soit, enfin, par le moteur domestique chauffé au gaz.
« Le l^'' juin, on nous annonça que la galerie des machines serait inaugurée le lendemain, à 10 heures du matin, par l'empereur et l'état-major de l'Exposition. Rien n'était terminé, mais ceux-là seuls qui se sont trouvés en pareil cas savent ce qu'on peut exécuter en quarante-huit heures, et quelle prodigieuse transformation s'opère dans une grande Exposition de la veille au jour de son ouverture définitive. Dans chaque section, les commissaires disposant d'une armée d'ouvriers faisaient procéder à l'enlèvement des caisses et des charpentes provisoires, des outils, etc., et à la décoration des espaces réservés à leurs nationaux. Ces messieurs visitaient toutes les installations, cherchaient parmi les appareils exposés ceux qui faisaient le plus d'honneur à leur pays, afin de les faire remarquer à l'empereur et d'arrêter le cortège le plus longtemps possible dans leurs sections respectives. M. Roulleaux- Dugage, qui dirigeait les travaux de la section française, vint me voir, en compagnie du baron Eugerth, commissaire général des installations mécaniques, et me pria de faire manœuvrer tous les appareils de mon exposition pendant l'inauguration de la galerie en insistant surtout sur les machines Gramme.
« Je me mis immédiatement à l'œuvre et, dans la journée du 2 juin, j'eus la satisfaction de voir tourner la grosse machine Gramme, les moteurs Fontaine et la pompe centrifuge Neut et Dumont. Mais, il me fut impossible d'actionner la petite machine Gramme au moyen de la pile et de l'accumulateur dont je disposais.
« Cela me contrariait, d'autant plus que je tenais principalement à montrer la réversibilité des nouveaux appareils électriques.
« Toute la soirée et toute la nuit, je m'ingéniai à trouver un
ViVAREZ. Phénomènes électriques. 17
C'est k M. Marcel Deprez qu'on doit, après M. H. Fontaine, rhonneur des premières applications expérimentales de ce problème.
La première en date eut lieu à l'occasion de l'Exposition d'électricité de Munich (1882), entre cette ville et Miesbach, à 47 kilomètres. Le travail transporté était
moyen de me tirer d'affaire et c'est seulement le 3 au matin, quelques heures avant le passage de l'empereur, que l'idée me vint de prendre une dérivation de la grosse machine Gramme pour actionner la petite. Comme il me manquait du fil conducteur, je m'adressai au représentant de la maison Manhès de Lyon, qui me prêta obligeamment plusieurs bottes de fil de cuivre pour mon expérience. Je mis d'abord 250 mètres environ de conducteur entre les deux machines Gramme et quand je vis que, non seulement la machine à aimant tournait, mais encore qu'elle actionnait la pompe avec une vitesse telle que l'eau était projetée hors du réservoir, j'ajoutai du fil jusqu'à ce que le jet d'eau devint normal : le conducteur avait alors plus de 2 kilomètres de longueur totale. « Cette longueur inusitée de câble, que je n'avais augmentée que pour donner à la pompe une vitesse convenable, me suggéra l'idée qu'on pourrait, avec deux machines Gramme, transporter des forces à grande distance. Je parlai de cette idée à un grand nombre de personnes et je la consignai dans la Revue industrielle de 1873 et dans l'ouvrage que je fis paraître sur l'Exposition de Vienne au commencement de 1874; la publicité que je lui donnai fut tellement immédiate et tellement considérable que je n'eus ni le temps, ni même la pensée de prendre un brevet d'invention pour m'en conserver le bénéfice.
u J'ajoute que, travaillant depuis deux années déjà avec M. Gramme qui m'a appris tout ce que je sais en électricité et qui avait, m'a-t-il dit depuis, déjà fait tourner deux de ses machines l'une par l'autre, j'ai toujours considéré que l'honneur de mon expérience revenait à la Société Gramme, dont j'ai été pendant quatorze ans le seul administrateur.
« L'expérience eut à Vienne un grand succès et le nombre des personnes qui en furent témoins est considérable.
« En 1876, la Société Gramme installa à Philadelphie une transmission électrique qui eut également un vif succès de curiosité.
« En 1878, à l'Exposition de Paris, la démonstration fut plus complète, en ce sens que trois outils, une petite presse typographique, une pompe et un ventilateur, fonctionnèrent simultanément ou séparément à l'aide d'une seule machine électrique génératrice et de trois réceptrices. »
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faible et le rendement médiocre (un cheval au départ ; un quart de cheval à Tarrivée) et, en fait, l'expérience ne réussit que d'une façon imparfaite en raison du mauvais état des machines, qui fonctionnaient mal sous la tension, considérable pour l'époque, qu'on leur demandait (1.343 volts).
Mais elle eut une grande importance, parce qu'elle posa immédiatement la question sur son véritable terrain qui est l'utilisation des potentiels élevés, qui, seuls, permettent d'augmenter la résistance de la ligne et de réduire l'importance de celle-ci dans le prix de revient du transport.
Aussi est-ce dans le même ordre d'idées que furent faites successivement par M. Marcel Deprez et ses collaborateurs une nouvelle série d'expériences.
La première eut lieu en 1883, entre Paris (gare du Nord) et le Bourget (17 kilomètres). Le conducteur était un double (il télégraphique ordinaire.
Génératrice 1.290 volts.
Travail absorbé par la génératrice 0 ch. 20
Travail recueilli sur l'arbre de la réceptrice. 2 ch. 03
Cette expérience fut répétée la même année entre Grenoble et Vizille avec les mêmes machines.
En 1884, sous le puissant patronage de la Compagnie du Nord et de MM. de Rothschild, ces expériences furent renouvelées et permirent le transport de 70 à 110 chevaux entre Creil et Paris avec un rendement de 40 p. 100 sous une tension de 5 à 6.000 volts.
Antres expériences de M, Fontaine et de divers électriciens, — De son côté, M. Fontaine reprenait la question en employant, non plus une seule machine à force électro-motrice élevée, mais plusieurs machines accouplées en tension.
L'impulsion était donnée.
En 1887, la Société suisse d'Œrlikon installait un transport de force de 50 chevaux entre Krieg-Stetten et Soleure (8 kilomètres), sur un fil de 6 millimètres et avec 2.000 volts. Le rendement était de 75 p. 100. En France, M. Marcel Deprez créait le transport de 62 chevaux près de Bourganeuf sur une distance de 14 kilomètres, avec un fil de 5 millimètres, une tension de 3.450 volts et un rendement de 60 p. 100 (1889). A Domène (Isère), MM. Hillairet et Huguet transportaient 300 chevaux à 5 kilomètres sur un fil de 7"",7, sous un potentiel de 2.850 volts avec un rendement de 65 p. 100 (1890).
Exemples de transmissions mécaniques par courants directs, — Depuis, les applications de ce principe n'ont cessé de se développer. Dans un grand nombre d'établissements industriels, on a intérêt à supprimer les transmissions ordinaires par arbres, qui absorbent en résistances passives une très forte proportion de la puissance qu'elles reçoivent et à les remplacer par des transmissions électriques. Le moteur central, très puissant, met en action une génératrice dont le courant est distribué, par autant de lignes, à des réceptrices qui, à leur tour, servent de moteur pour un ou plusieurs outils. C'est simple, commode et économique.
Telle est la combinaison de la figure 146 qui montre une pompe centrifuge accouplée directement à l'aide d'un manchon k une réceptrice électrique montée sur le même bâti. L'ensemble est très compact et peut être installé dans un endroit de dimensions restreintes tel que le fond d'un puits.
De pareils exemples pourraient être multipliés à l'infini. Comme types de l'application de ce système de transmission, nous nous bornerons à citer celui des cabestans électriques de la Compagnie du Nord,