PREFACE IX
faits dits occultes viennent a être établis, on peut être rassuré sur la science classique. Des faits inconnus et nouveaux, quelque étranges qu'ils soient, ne vont pas détruire la vérité des faits anciens.
Pour prendre un exemple emprunté à l'ouvrage de M. Maxwell, admettons que le phénomène des raps, c'est-à-dire des vibrations sonores du bois ou des autres substances, soit un phénomène vrai, et cjue, dans certains cas, il y ait des coups qxi'aucune force mécanique extérieure à nous connue ne puisse expliquer ; est-ce que la physique en sera bouleversée? Ce sera une force nouvelle se dégageant sur le bois, et exerçant sa puissance sur la matière ; mais les forces anciennes n'en conserveront pas moins toute leur puissance, et même il est vraisemblable que la transmission de cette vibration dans le bois par une force nouvelle, se fera suivant les mêmes lois que la transmission des autres vibrations: la température, la pression, la, densité de l'air ou du bois, exerceront les mêmes influences. Il n'y aura de nouveau que l'existence d'une force jusque-là inconnue.
Or, est-il un seul savant digne de ce nom qui puisse affirmer qu'il n'y a pas de forces jusqu'ici inconnues qui circulent dans le monde?
Autant la science est inattaquable quand elle établit des faits, autant elle est misérablement sujette à l'erreur quand elle prétend établir des négations.
Voici un dilemme qui me paraît à cet égard très démonstratif. De deux choses l'une: ou nous connaissons toutes les forces de la nature, ou nous ne les connaissons pas toutes. Or, la première alternative est tellement ridicule qu'elle ne vaut vraiment pas la peine d'être réfutée. Nos sons sont tellement bornés et imparfaits que le monde leur échappe presque complètement. La force colossale de l'aimant ne nous est connue qu'accidentellement penr ainsi dire, et, si le hasard n'avait pas placé le fer doux à côté de l'aimant, nous eussions pour toujours ignoré que l'aimant exerce une attraction sur le fer. 11 y a dix ans on ne soupçonnait pas l'existence des rayons Rœntgen. Avant la photographie on ne savait pas que la lumière réduit les sels d'argent. Les ondes hertziennes ne sont connues que depuis trente ans à peine. Il y a deux cents ans, on ne connaissait de cette force immense électrique que la propriété de l'ambre frotté.
A interroger un sauvage — voire môme un pauvre fellah, ou un inoujik russe — sur les forces de la nature, il ne connaîtra pas la dixième partie de celles que les traités élérncnlaires de physique de r()o3 éniunèrent. Il me paraît que les savants d'aujourd'hui sont vis-à-vis des savants des siècles à venir dans la rnême infériorité que les moujiks vis-à-vis des professeurs du Collège de France.