PREFACE XI
Nous vivons au milieu de phénomènes qui se succèdent autour de nous, sans qu'un seul d'entre eux nous soit connu de manière adéquate. Même ce qui est le plus simple est encore tout à fait mystérieux. Qu'est-ce que la combinaison de l'hydrogène avec l'oxygène ? Qui donc a une seule fois pu bien conqnendre ce mot de combinaison, anéantissement des propriétés de deux corps par la création d'un troisième corps difl'érent des deux premiers P Ou ne s'entend même pas sur l'atome, qui, par définition, est impondérable, et qui cependant devient pondérable quand il y a beaucoup d'atomes réunis.
Donc il convient au vrai savant d'être très modeste, et très hardi à la fois. Très modeste, car notre science est très peu de chose ; très hardi, car l'immense champ des mondes inconnus lui est ouvert.
.Audace et prudence: telles sont bien les deux qualités, nullement contradictoires, du livre de M. Maxwell.
Quel que soit le sort réservé aux idées qu'il soutient, avec faits à l'appui, on peut être assuré que les faits, qu'il a bien observés, resteront. Il y a là, j'imagine, les premiers linéaments d'une science nouvelle, ébauche très informe encore.
Qui sait si la physique et la physiologie ne trouveront pas là de précieux éléments de connaissance ? Malheur aux savants qui croient que le livre de la nature est fermé, et qu'il n'y a plus rien de nouveau à faire connaître aux faibles hommes 1
CHARLES RIGHET.
Comljien il y a il de ctoses peu vrâysem- Llables tesmoignées par gent» dignes de Iby, desquelles, si nous ne pouvons être persuadez, au moins les fault il laisser en suspens i" Dar de les condamner iuijjossibles, c'est se laire fort, par UEe téméraire présomption, de sçavoir jusques ou va la possibilité.
Montaigne, EsSais, I. XXVI.
J'ai beaucoup hésité à publier les impressions que m'ont laissées dix années de recherches psychiques. Ces impressions sont sur beaucoup de points très incertaines et je me demande vraiment si les rares conclusions que je puis formuler méritent que je me donne la peine de rédiger un livre pour les exprimer. Je me suis cependant décidé à faire connaître mon opinion parce qu'il m'a semblé qu'il était nécessaire de le faire. Je ne me dissimule pas que l'importance de mon témoignage est faible : mais, quelque modeste qu'il soit, il me semble que mon devoir est de l'apporter à ceux qui ont entrepris de soumettre à la discipline scientifique l'étude de phénomènes en apparence rebelles a cette discipline. Il eût été plus commode et plus avantageux pour moi de continuer mes recherches dans le silence et dans le calme. Je ne cherche pas à faire de prosélytes et il m'est au fond indifTérent que mes contemporains partagent ou non ma manière de voir; mais il ne m"est pas indifférent de voir les braves gens qui vont a la bataille exposer tout seuls leur poitrine aux coups. Il y a quelque lâcheté à croire ce qu'ils enseignent et à les laisser aller seuls au feu pour soutenir une opinion qu'il faut quelque courage aujourd'hui encore pour affirmer. C'est à eux que je dédie mon livre.
Le public m'est, je le répète, indilïerent; non que je dédaigne le jugement qu'il porte, car j'en ai le phis grand
Maxwell. i
a LES PHENOMENES PSYCHIQUES
respect ; mais ce n'est pas au public que je m'adresse. La question que j'étudie n'est pas mûre pour lui, — à moins que ce ne soit l'inverse.
Je m'adresse aux braves gens dontje parlais tout à l'heure pour leur dire ([ue mes observations confirment les leurs sur beaucoup de points et que je suis avec eux. Je m'adresse aussi à ceux qui cberclicnt à se rendre compte de la réalité des phénomènes curieux dont parle ce petit livre. J'ai essayé de combler une lacune en leur indiquant les méthodes les plus sûres pour arriver à un résultat appréciable, car il est moins difficile qu'on le pense d'obtenir quelques-uns de ces résultats.
Un mot encore sur la méthode que j'ai suivie. Je n'ai pas voulu donner à mon livre un aspect scientifique et l'accompagner d'observations comparables à celles qu'on peut lire dans un livre de médecine. Lamatière conqiortait peu cette forme de rédaction, bien que j'eusse pu l'adopter. J'ai préféré dire ce que j'ai vu et demander à ceux pour lesquels j'écris de me croire si bon leur semble.
J'aurais, j'en suis sûr, accumulé les.k'moignages et les certificats que je n'aurais pas convaincu un lecteur de plus. Ceux que mon affh-mation laissera sceptiques n'imraient pas été entraînés par des procès-verbaux signés par des témoins dont la sincérité ou la compétence sont si aisément contestables. Je n'ai pas davantage voulu adoplerla méthode suivie par les observateurs de l'Agnélas, de Milan, de Garqueyranne et donner un jDrocès-verbal détaillé des séances que j'ai tenues ; celte méthode a ses avantages et ses inconvénients. Il est difficile dans un compte-rendu quelque complet qu'il soit, d'indiquer toutes les conditions de l'expépérience : des omissions sont inévitables. De plus, on aura beau dire que toutes les précautions ont été prises pour évi« ter la Iraude, il suffira que, dans l'énumération de ces pré» cautions on ait omis d'en indiquer quelqu'une pour qu'im^ médialemenl on soil exposé aux plus justes critiijucs. Cell*'
précaution était peut-être élémentaire et a été prise, ou elle a été jugée inutile et volontairement laissée de côté ; ces circonstances n'évitent pas les critiques. On veut convaincre en indiquant les conditiorts précises de l'expérience: les gens que l'on veut convaincre ainsi sont justement ceux qui sont le plus mal préparés à juger des conditions oii les expériences psychiques se réalisent. Ce sont des physiciens ou des chimistes, et la matière vivante ne réagit pas comme la matière inorganique ou comme les substances chimiques.
Je ne cherche pas à convaincre ces savants : mon livre n'a pas la prétention d'être fait pour eux. S'ils sont tentés d'essayer à leur tour d'obtenir les ellets que j'ai constatés, la méthode que j'indique leur sera facilement accessible. C'est de celte manière que je puis indirectement les convaincre, mais je le répète, je n'ai pas une pareille prétention ; d'autres expérimentateurs sont mieux en situation que moi de s'essayera cette œuvre désirable mais actuellement difficile.
Difficile! CfTtes cette œuvre l'est, et pour mille raisons. La première c'est qu il est de mode aujourd'hui de considérer ces faits comme indignes de la science. J'avoue que j'éprouve toujours un déhcat plaisir à comparer la diversité du jugement que beaucoup de jeunes Savants (je prie le typographe de ne pas oublier IS très majuscule) portent sur leurs contemporains. L'un, entouré d'auditeurs respectueux, remettra solennellement à une hystérique endormie un coupe-papier et l'invitera gravement à massacrer monsieur un tel sous les espèces d'un fauteuil vide ou d'une chaise; quand le sujet se précipitera pour exécuter sa suggestion et frappera la chaise avec le coupe-papier, les assistants contempleront un fait scientiQque. Voici au contraire un autre contemporain qui, non moins gravement, fera des passes longitudinales sur un sujet et l'endormira ; puis il essayera d'extérioriser sa sensibilité ; d'autres assistants seront autour de cet autre expérimentateur, mais ils ne verront pas un fait scienlillquc. Je nui jamais pu saisir la
4 LFS 1MIKN0MKN1:S PSYCHIOURS
difTéience entre les deux conleniponuns doiiL l'un expéiimenle sur une hyslérique plus que sujclle à caution et dont l'autre examine uu phénomène que l'on peut observer, s'il est vrai, sans avoir à se fier uniquement à la Ijonnc foi de la personne endormie.
En réalité, il y a tout un clan lies intolérant parmi les savants. On dirait que les faits signalés par ceux qui n'ont pas été agréés par les chefs d'école ne comptent pas. Je ne parle pas bien entendu de ces expériences physiques que tout le monde peut répéter comme la télégraphie sans fil ou les rayons X; il est bien difficile de contester des faits que tout le monde peut vérifier. Nos expériences malheurc .cément ne sont pas aussi faciles à réussir; aussi les jeunes Savants font-ils volontiers leurs premières armes cans quelque expédition contre les gens qui s'occupent des phénomènes psychiques. Ainsi les jeunes théologiens d'autrefois s'exerçaient à leurs débuts contre quelques hérésiarques notoires, ariens, manichéens ou gnosliqucs.
Kien ne change en vérité.
Je dois dire cependant que beaucoup de ceux qui s'occnpent des curieux phénomènes dont je vais parler prêtent facilement à la critique. Ils ne se montrent pas très sévères sur les conditions de leurs expériences: ils ont la confiance aisée et la certitude rapide. Je ne saurais trop les mettre en garde contre des affirmations prématurées : qu'ils évitent de justifier le dire de Montaigne : L'imagination crée le cas. Mon observation est surtout faite pour les groupes occultistes, théosophiques et spiriles. Les premiers ont une méthode qui laisse bien à désirer. Leur façon de raisonnei n'est pas faite pour leur attirer beaucoup d'adeptes parmi les gens qui réiléchissent. L'analogie et les correspondance n'ont pas dans la logique ordinaire la même importance
que la déduction ou l'induction. D'autre part, il ne me paraît pas prudent de considérer comme l'expression de la vérité l'interprétation ésotéiique des livres hébraïques. Je ne vois pas pourquoi j'aurais abandonné la croyance en leurs affirmations exotériques pour celle de leurs gloses talmudistesou kabbalistes. J ai peine à croire qiicles Rabbis du moyen âge, ou leurs prédécesseurs, contemporains d'Esdras, aient eu une notion plus exacte de la nature humaine que nous-mêmes. Leurs erreurs en physique ne sauraient être cautions valables de leur exactitude en métaphysique. La vérité ne saurait être utilement cherchée dans l'analyse d'un livre très beau, mais très vieux : toutes les spéculations occultistes sur l'exégèse secrète hébraïque me paraissent un sport intellectuel et j'en qualifierais les résultats par l'expression même de l'Ecclésiaste
Je ferai la même critique aux théosophes. Le curieux mouvement mystique que les enseignements de M""' Blavatsky, du colonel Olcott et de M™" Besant ont fait naître en Europe et en Amérique n'est pas encore arrêté. Beaucoup d'esprits cultivés, d'âmes délicates et d'intelligences affinées se sont laissés séduire par l'évangile néo-bouddhiste ; elles trouvent sans doute ce qu'elles cherchent dans la méditation d'Isis Unveiled ou de Secret Doctrine. Trahit sua quemque voluptas. Je ne puis m'empêcher de penser cependant que les Oupanishads ne détiennent pas plus le monopole de la vérité que la Bible et que toute philosophie doit s'attacher à l'étude de la nature pour vivre etprogresser, Cest d'ailleurs ce que dit un homme que théosophes et occullistes respectent également : je veux parler de Paracelse. « L'homme est ici bas pour s'instruire dans la lumière de la nature ».
C'est ce que prétendent faire les sj^irites. Leur philosophie, pour me servir du terme même qu'ils emploient pour (lésignerlcurdoctrine,estfondéc, disent-ils, sur l'observation des faits et sur l'expérience. Ce n'est pas une révélation
con temporal no do la splendeur do 'l'hèhes ou des magnificences de la cour d'Aroka qui sert de fondement à leurs dogmes: c'est une révélation actuelle, constante, permanente ; les notions qu'ils ont de notre origine et de notre destinée, la certitude qu'ils ont de l'immortalité de l'ame et de la persistance de l'individualité humaine sont dues à des témoins bien renseignés. Ce sont les esprits des morts qui viennent les éclairer et leur dire ce qu'on fait dans l'audelà. '
J'envie leur facile foi: mais je ne puis la partager complètement. Notre individualité évolue dans une période infiniment plus longue que la durée d'une vie humaine, j'en ai la persuasion. Mais ce n'est pas dans les séances spirites que j'ai puisé ma croyance. Elle est d'ordre philosophique : mes réflexions sur ce que je sais de la vie, de la nature et du lent développement de respèce humaine me l'ont donnée. Il est vrai que ces connaissances sont peu de chose et que ma croyance est hésitante : cependant les probabilités me semblent être en faveur de la persistance de ce mystérieux centre d'énergie que nous parait être notre individualité.
Mais cette opinion n'est pas ducaux communications spirites : celles-ci m'ont paru avoir une origine autre que celles que les disciples d'Allan Kardec leur prêtent.
Je ne parle bien entendu que de mon expérience personnelle : je ne me permettrai pas d'affirmer que des convictions établies sur des faits non observés par moi sonterronnécs. Jene veux donc pas dire que les spirites soient toujours la victime de leurs désincarnés: je ne puis dire qu'une chose, c'est que les messages reçus par moi d'outre-tombe m'ont paru avoir une origine dillérente.
Je dois ajouter toutefois pour être exact et sincère que si ma conviction n'a pas été entraînée, j'ai observé dans une ou deux circonstances des lails (pil m'ont laissé perplexe.
Malheureusement pour le spiritisme, une oljjocllou qui
me paraît irréfutable peut être faite à l'enseignement des esprits. Dans tous les pays du continent ils affirment la réincarnation. Ils indiquent souvent le moment oii ils vont s'enfermer de nouveau dans un corps humain : ils racontent plus volontiers encore les avatars passés de leurs fidèles. En Angleterre, au contraire, les esprits assurent qu'on ne se réincarne pas. C'est une contradiction formelle, absolue, inconciliable. Ceux qui douteraient de mon affirmation n'ont qu'à parcourir et à comparer les livres spirites anglais et français ; par exemple, ceux d'Allan Kardec, de Denys, de Delanne et ceux de Stainton- Moses. Comment avoir une opinion acceptable ."^ Qui dit la vérité ? Les esprits continentaux ou les esprits anglo-saxons ? Il est probable que les messages spirites n'émanent donc pas de témoins bien informés. C'est à cette conclusion qu'arrive indirectement l'un des spirites les plus instruits et les plus éclairés, AksakolT. Il reconnaît lui-même qu'on n'est jamais certain de l'identité de l'être qui se communique dans une séance spirite.
Bien que je ne partage pas la manière de voir des occultistes, des théosopbes et des spirites, je dois à la vérité de dire que leurs groupes, au moins ceux que j'ai fréquentés, sont composés de gens convaincus, sincères et respectables. Les premiers s'attachent peut-être davantage au développement des facultés mystérieuses qu'ils affn*ment exister dans l'homme, les spirites sont plus enclins à provoquer les communications de leurs esprits, mais tous se préoccupent du développement moral de leurs groupes.
Cette sollicitude pour la culture éthique de l'humanité est la caractéristique de ces groupes mystiques. Les occultistes et les théosophes se recrutent surtout dans les milieux intellectuels : la clientèle du spiritisme est plus vaste. Son avenir me paraît aussi plus assuré. La simphcité de ses enseignements et de ses méthodes est faite pour séduire les àmcs et les intelligences qui reculent devant rédiiication
pcrsonnoUc d'une croyance ; car c'est une pénible entreprise et une lourde tâche que de se façonner une philosopliie. 11 est plus commode d'accepter des indications toutes prèles et de croire à dos alïlrmations en apparence sincères et bien informées. De longs siècles de discipline religieuse ont accoutumé l'esprit humain à faire des actes de foi et à fuir toute discussion libre dès qu'il est question des destinées futures. Il est malaisé de se débarrasser de cette habitude atavique.
C'est ce qui fait le succès du spiritisme ; il vient à son heure et répond à un besoin général.
Il suffit de considérer l'état psychologique de notre société pour constater combien il est troublé. On a beaucoup parlé du conflit entre la science et la religion, mais on est encore resté au-dessous de la vérité. Ce n'est pas un conflit qui s'élève entre la science et la révélation : c'est une lutte à mort qui éclate entre elles. Il est facile de prévoir quel sera le vaincu.
Il semble même que l'agonie du dogme chrétien commence. Quel est lesprit sincère avec lui-même qui pourrait aujourd'hui répéter le fameux credo quia absiirchim? N'est-ce pas faire à la Divinité, si elle existe, la plus grande injure que de refuser de faire usage des dons les plus précieux qu'elle nous a faits ? de ne pas employer toutes les forces de notre intelligence et de notre raison à l'examen de notre destinée et de nos devoirs envers nous-mêmes et envers les autres ?
C'est cependant cette abdication que le catholicisme, par exemple, nous demande. 11 exige que nous fassions une adhésion complète à ses dogmes, que nous croyons aveuglément tout ce que l'Eglise enseigne, tout ce qu'afllrnir un pape infaillible. Il me paraît inadmissible que le Dieu
INTRODUCTie» Q
des catholiques lui-même approuve une pareille indiflcrence.
Je ne veux évidemment pas faire un livre de polémique religieuse. J'ai trop le respect des autres pour me permettre d'atlaquer des croyances encore très répandues : je ne dois étudier que l'aspect général de la révélation et en tirer les conclusions nécessaires à mon étude.*
Cette étude est aisée à faire. Les intelligences les plus cultivées s'éloignent des cultes révélés. Je ne parle que de la plupart d'entre elles, car il en existe encore qui demeurent attachées à des croyances en voie de disparition ; mais elles constituent une minorité.
Les intelligences moins cultivées, elles-mêmes, commencent à saisir l'insuffisance de la révélation. Elles s'étonnent que la divinité ait pu s'incarner et mourir pour racheter une humanité hien peu digne d'un aussi grand sacrifice. Elles s'étonnent d'une sollicitude semblable pour les habitants d une des sphères les moins importantes de l'univers. Elles s'étonnent aussi de l'inexorable sévérité de ce Dieu qui, pour pardonner aux hommes, exige la mort de son propre fils ; qui, pour les oOfenses méprisables d'êtres sans commune mesure avec lui, exioe une éternité de souffrances comme châtiment d'éphémères outrages. Tout cela ne satisfait pas les âmes éprises de vérité et de justice. Ces dogmes donnent aux hommes une importance cosmique qu'ils n'ont pas et prêtent à Dieu une susceptibilité et une cruauté indignes de l'Etre suprême.
On pourrait aisément trouver d'autres exemples : il me paraît inutile de les donner pour appuyer encore ma conclusion : celle-ci d'ailleurs est admise par le clergé luimême qui ne cesse de se plaindre de l'indifl'érence croissante de nos sociétés.
Sont-elles indifférentes en réalité ? Je ne le crois pas. On trouve des indifférents dans les classes riches, dans les milieux aisés et cultivés. Les uns poursuivent le plaisir, les
lO LES PHENOMENES PSYCHIQUES
autres la science : au fond ils cherchent à faire ce qui les amuse ou les intéresse. Mais ceux qui n'ont pas de ressources, ceux que la vie tournicnle, ceux que 1 idée de la mort et de l'anéantissement cil'raye, ceux qui ont besoin d'une consolation ou d'une espérance, ceux-là ne sont pas des indifférents. S'ils abandonnent les églises et les temples, c'est parce qu ils ne trouvent pas dans la révélation ce qu'ils cherchent. La nourriture spirituelle qu'on leur offre ne satisfait plus leur goût ; ils veulent des alimeuts plus substantiels et moins contestés.
D'ailleurs, dans les milieux les plus cultivés eux-mêmes, ce besoin commence à se montrer. Des intelligences aussi élevées que celles de Myers, de SigdAvick, de Gurney, pour ne parler que des morts, ont abordé l'étude des phénomènes psychiques avec le désir d'y trouver la preuve d'une vie future. Myers est mort après avoir trouvé ou cru trouver la démonstration qu'il cherchait.
Le P"^ Haeckel de léna a formulé lui-même sa philosophie ! Son monisme matérialiste est l'expression de ses croyances : celles-ci ne sont guère propres à satisfaire les besoins dont j'indiquais plus haut la force et l'étendue.
Le spiritisme a justement la prétention de donner satisfaction à ces besoins, et il les satisfait pour les cœurs simples, pour les âmes peu compliquées, pour les intelligences qui ne soupçonnent pas les complexités de la vie. Les phénomènes des séances spirites — phénouiènes réels — sont le miracle qui vient confirmer renseignement des es23rits. Pourquoi douter?
Aussi la clientèle du spiritisme grossi l-elle avec une extraordinaire rapidité. L'extension que prend cette doctrine est un des plus curieux phénomènes de l'époque actuelle. Nous assistons à ce qui me parait èlre la naissance
d'une véritable religion, sans cérémonial rituel et sans clergé organisé, mais ayant des assemblées et des pratiques véritablement cultuelles. Je trouve pour ma part un intérêt extrême à ces réunions et j'ai l'impression d'assister à la naissance d'un mouvement religieux appelé à de grandes destinées.
Mes prévisions se vérifieront-elles? C'est à l'avenir qu'il appartient de nous fixer. J'ai exprimé une opinion fondée sur une observation impartiale et désintéressée. Malgré la sympalliie que j'ai pour les groupes qui ont bien voulu m'admettre à leurs réunions, malgré l'amitié qui me lie à certains de leurs membres, je n'ai jamais -voulu m'associer à leur propagande ni même leur laisser croire que je partageais leurs opinions. Je leur ai toujours dit avec sincérité que je n'étais pas convaincu de la constante intervention des esprits : je ne leur ai pas caclié que des explications plus probables me paraissaient pouvoir être données des phénomènes constatés par eux : peut-être ont-ils apprécié ma Iranchise. En tous cas, je leur sais gré de la courtoisie amicale avec laquelle ils m'ont permis d'observer les phénomènes de leurs séances, d'écouter les enseignements de leurs médiums et d'exposer mes idées si peu conformes aux leurs.
Je ne suis ni spirite, ni théosophc, ni occultiste. Je ne crois pas aux sciences occultes, je ne crois pas au surnaturel, je ne crois pas aux miracles. Je crois que nous ne savons encore que peu de chose du monde où nous vivons et que nous avons presque tout à apprendre. 11 y a chez les hommes les plus éclairés, quelle que soit l'époque où ils vivent, une inconsciente tendance à s'imaginer que les faits incompatibles avec leurs notions sont surnaturels ou faux. Plus modestes, mais plus cruels aussi, nos aïeux, théologiens et
jurisconsultes, ont brûlé les sorciers et les magiciens sans les accuser (le fraude; aujourd'hui, la plupart de nos savants, plus aniruialils et moins rigoureux, accusent de supercherie les médiums elles thaumaturges sans les condamner au bûcher. Au Tond leur état d'esprit est celui des anciens exorcistes : leur lulolérance est la même et la différence du traitement appliqué aux sujets ne lient qu'au progressif adoucissement des mœurs.
Ceux mêmes d'entre les savants qui sont le plus intéressés aux recherches psychiques n'osent pas avouer leur curiosité. Il faut l'élévation d'esprit d'un Duclaux, d'un Richet, d'un Roclias, d'un Crookes, d'un Lombroso ou d'un Lodge pour oser prendre position et marquer un bienveillant intérêt à ces recherches suspectes. Elles seront pourtant un jour le plus beau titre de gloire de ceux qui les auront entreprises. 11 est bien fâcheux que la science officielle ait pris l'attilude qu'elle a do nos jours vis-à-vis des expériences médianiques ; ce canl scientifique a des conséquences regrettables. La récente lilstoire de rinstitut psychique international est bien instructive à cet égard. Quel dommage en vérité que des hommes aussi érudils, aussi remarquables, aussi compétents que Jauet par exemple aient reculé, « tiqué » même devant l'épilhète de psychique! Le besoin dun institut psychique existait : non celui d'un institut psychologique. 11 y en a suffisamment.
C'est justement l'attitude des cercles scientifiques les plus respectables qui me paraît une erreur dont la reclilication s'impose. Je comprends parfaitement et j'excuse celte attitude; tant de choses inexactes ont été affirmées, tant de pratiques ridicules ont été recommandées par les coryphées du mouvement occultiste, que les représentants officiels de la science ont dû s'en indigner. Il aurait mieux valu qu'ils daignassent chercher ce qu'il y a de vrai au milieu de ces affirmations et de ces pralupies. Malheureusement personne, saufUichel, n'a osé faire pour les phénomènes allégués par
les occultistes et les spirites ce que Charcot a fait pour les allégations des magnétiseurs. Cet autre Charcot viendra sans doute quand l'heure sera propice.
Le travail préparatoire aura été fait et il n'aura qu'à reprendre les expériences de Riche t, de Crookes, de Lodge, de Rochas, d'OchoroAvicz et de hien d'autres.
Le nom de ces savants sera inscrit avant le sien sur le livre d'or de la science nouvelle avec d'autres noms encore, ceux de Durand de Gros, de Gramont, de Watteville, et de Dariex entre autres.
C'est avec ces expérimentateurs que je me range. Plusieurs d'entre eux sont mes amis et si je ne partage pas entièrement leur manière devoir, mes idées sur la méthode à employer se rapprochent pourtant beaucoup des leurs. Je me trouve ainsi naturellement amené à dire quelles sont mes idées personnelles. Les voici :
Je crois à la réalité de certains phénomènes que j'ai pu constater à diverses reprises. Je ne pense pas qu'il faille les attribuer à une intervention surnaturelle quelconque : je suis disposé à penser qu'ils sont produits par une force existant en nous.
Je crois aussi que ces faits peuvent être soumis à l'observation scientifique. Je dis observation et non expérimentation parce que je ne pense pas qu'il soit encore possible de procéder à une expérimentation véritable : pour expérimenter il faut connaître les conditions de fait dont l'existence et la réunion ont pour conséquence un autre fait : or nous ne connaissons que très imparfaitement ces conditions de fait, antécédents nécessaires du phénomène cherché. Nous sommes dans la situation de l'astronome qui peut placer son œil à l'oculaire de sa lunette et observer le ciel, mais qui ne peut provoquer la production d'un phénomène céleste déterminé.
Ma position est donc bien simple. C'est celle d'un observateur sans parti pris. Je n'ai jamais eu la curiosité de
l4 LlîS PIIIÎJSOMKNES PSYCHIQUES
m'occuper de sciences occultes et de spiritisme et j'avais depuis longtemps dépassé la trentaine (piand mon attention s'est dirigée vers les phénomènes psychiques. Je n'avais jamais même essayé de faire tourner une table avant trenteci ncj ans. J'avais toujours considéré comme indignes de tout examen les faits dont j'avais entendu parler. Ce n'est que vers i8()2 que je me suis intéressé à ces recherches.
Je ne puis me rappeler aujourd'hui comment j'ai été amené à m'en occuper. Je n'ai pas été brusquement conduit à le faire, et il est certain qu'aucun événement saillant n'a déterminé chez moi un changement rapide d'attitude. Autant que mes souvenirs me permettent de l'allirmer, c cstlalecturc de quelques ouvrages ihéosopliiques parcourus par hasard qui m'a donné la curiosité de me rendre compte de l'étendue d'un mouvement mystique dont je ne soupçonnais pas l'existence. Les constatations que j'ai faites m'ont beaucoup étonné, car je ne pensais pas que le mysticisme pût avoir des clients à la fm du xix" siècle. J'ai fait à ce sujet une étude en 1893 : c'est le discours de rentrée que j'ai prononcé devant la Cour d'appel de Limoges.
Ce discours m'a valu beaucoup de correspondants et j'ai été amené à expérimenter moi-même. Mes premiers résultats ont été négatifs, et sauf quelques expériences intéressantes faites à Limoges avec une dame de cette ville, médium remarquable, et son mari, je n'avais obtenu que des phénomènes peu probants. En 1890 je me rendis à l'Agnélas et pris part aux expériences faites par MM. de Rochas, Dariex, Sabathier, de Gramont et de Watteville. Le compte rendu de ces expériences a été publié dans les Annales des Sciences psychiques.
J'avais été surpris des phénomènes constatés par moi: j'avais la curiosité de reprendre avec plus de loisir les expériences de l'Agnélas; en 189G Eusapia Paladino me lil l'amitié de passer quinze jours chez moi aux environs de Bordeaux, à Choisy. MM. de Hochas, de Watte\ille, ilc
Gramont, Brincard, général Tliomassin assistèrent à toutes ces expériences ou à quelques-unes d'entre elles. M. le procureur général Lefranc, mon chef et mon ami, prit part à une de nos séances. M. Béchadeet un médium bordelais, -M'"'^ R. Agullana furent aussi mes hôtes. Les résultats de ces séances ont été donnés par de Rochas dans une plaquette qui n'est pas dans le commerce. J étais toujours très intéressé et je voulais me rendre encore mieux compte de ce que j'avais vu avec Eusapia ; aussi la priai-je de revenir. Elle y consentit et vint encore passer quinze jours chez moi à Bordeaux en 1897. J'ai expérimenté avec quelques amis, et les phénomènes que nous avons vus ont été aussi démonstratifs.
Eusapia n'a pas été le seul médium avec qui j'ai fait des expériences. M™^ Agullana, de Bordeaux, m'a donné avec son désintéressement habituel de très nombreuses séances. J'ai obtenu avec elle des résultats d'un autre ordre; j'ai également, à deux reprises, fait venir à Bordeaux les jeunes médiums dAgen : j'avais eu l'occasion de les observer dans cette ville, où les phénomènes dont leur maison était le théâtre avait valu à celle-ci la réputation d'être hantée. Enfin, j'ai trouvé à Bordeaux, parmi les très nombreuses personnes qui m'ont fait l'honneur de m'admettre à leurs séances quelques médiums remarquables. J'ai trouvé aussi de très nombreux médiums qui ne manifestaient que des phénomènes d'automatisme, intéressants cependant dans leur genre, car ils me permettaient de me rendre compte de la différence entre les phénomènes supranormaux, pour employer l'expression de la Société des recherches psychiques, et ceux qui ne sont que l'expression d une activité à laquelle la personnalité ordinaire reste en apparence étrangère. Enlin j'ai constaté bien souvent de la fraude; cette constatation était instructive et j'ai observé les fraudeurs eux-mêmes avec patience et intérêt. Les « trucs )) des fraudeurs volontaires niériteat d'être coiuius et étudiés ;
iC LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES
on peut ainsi les découvrir plus commodément. Les fraudes involontaires, plus nombreuses (jue les volontaires, ne sont pas moins instructives, car elles éclairent vivement les curieux phénomènes de l'activité automatique.
Il n'est pas toujours convenable d'entretenir ses lecteurs de sa propre personne, mais je crois devoir enfreindre un peu les règles et les convenances usuelles, afin de mieux préciser l'état d'esprit dans lequel j'ai poursuivi mes observations. Dès le début de mes expériences, j'ai été frappé d'un fait qui ma paru certain. Je me suis aperçu que l'on ne pouvait étudier certaines manifestations en apparence supranormales qu'à l'aide de la pathologie nerveuse et mentale. Je me suis remis à l'école et pendant six années j'ai suivi avec le plus grand soin les cliniques médicales de 1 Université de Bordeaux. Je n'ai pas à faire l'éloge des maîtres dont j'ai écouté les enseignements ; leurs noms seraient mal à l'aise dans un livre comme celui-ci. Je dois dire que l'intérêt que j'ai pris à l'étude de la médecine a été d'autant plus vif que j'en comprenais de mieux en mieux l'importance. Je n'ai pu acquérir sans doute que des notions bien élémentaires, mais pour simples qu'elles soient elles m'ont pourtant été d'un grand secours : elles m'ont permis de comprendre le mécanisme de cerlaines manifestations et de porter un jugement plus précis sur leur valeur psychologique.
Je suis donc, je le répète, un observateur intéressé, mais sans parti pris. Peu m'importe qu'une table ou qu'une chaise se remue sans qu'on la louche ; je n'ai aucune envie jDarticulière de les voir accomplir des mouvements d'ellesmêmes. Le seul intérêt que je trouve à ce fait est sa vérité. Sa réalité seule a de la valeur pour moi et je ne me suis préoccupé que d'arriver à la constater sans erreur possible. J'ai donc cherché uniquement à me rendre compte de la réalité des phénomènes que je constatais : la recherche de lu vérité a été mon seul souci.
Je l'ai cherchée à ma manière, c'est vrai : mais j'ai préféré me faire une conviction qui fût établie sur des bases satisfaisantes pour mon intelhgence et ma raison plutôt que de poser a priori les conditions que l'expérience devait satisfaire pour me convaincre. J'ignore la plupart de ces conditions et je pense que tout le monde est comme moi. Je considère qu'il est bien imprudent, par suite, d'établir par avance les conditions dans lesquelles l'expérience devra être faite pour mériter d'être retenue. Il se pourrait qu une des conditions ainsi posées rendît justement irréalisable le résultat cherché. J'ai donc observé et je n'ai expérimenté que rarement.
Ma manière de procéder m'a donné d'heureux résultats, car les curieux phénomènes que j'ai pu observer sont capricieux ; ils se dérobent à qui les veut forcer et s'offrent à qui les attendavec patience. L'allure qu'ils manifestent ainsi n'est pas une des choses les moins surprenantes que l'on observe.
Enfin j'ai toujours pensé que les faits constatés n'avaient rien de surnaturel. Mes conclusions n'ont pas changé ; il faut s'entendre cependant sur cette expression. Je ne veux pas dire que ces phénomènes soient toujours d'accord avec les lois de la nature telles que nous les formulons aujourdhui. Il est certain, pour moi, que nous sommes en présence d'une force inconnue ; ses manifestations ne semblent pas obéir aux mêmes lois que celles des autres forces qui nous sont plus familières ; mais je ne doute pas qu'elles n'obéissent à des lois : leur étude, peut-être, nous amènera à la conception de lois plus générales encore que celles que nous connaissons. Quelque Newton futur trouvera une formule plus complète que la nôtre.
Ma position est donc bien définie, il me semble. Je me suis eflorcé de me tenir à égale distance de ceux qui nient de parti pris comme de ceux qui affirment témérairement. Je suis resté en marge de la science : j'ai essayé d'apporter dans mes expériences les méthodes d'observation scienti-
Maxwell, a
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fique. Je n'ai voulu faire ni de l'occultisme, ni du spiritisme, ni quoi que ce soit de mystérieux ou de surnaturel. Beaucoup de ceux qui me connaissent imjjarfaitement supposent ([ue j'ai laissé libre carrière à mon imagination : quelques-uns supposent que je suis un adepte de la tliéosopiiie, du néo-martinisme ou du spiritisme. Il n'en est rien. Je cherche, et je n'ai trouvé que peu de chose ; d'autres ont été plus heureux que moi. Peut-être aurai-je un jour la même fortune ; mais je ne m'occuperai qu'accessoirement de ce qu ont fait les autres : je dirai ce que j'ai vu et ce que je pense. Mon livre est le récit d'un témoin ; il n'a pas d'autre signification.
Un mot en terminant. Un grand nombre de mes expériences ont été faites avec des personnes qui désirent n être pas connues. Je n ai jamais manqué à la discrétion que l'on me demandait et n'ai jamais révélé le nom de ceux qui ont eu assez confiance en moi pour me laisser expérimenter avec eux tout en voulant n'être pas nommés. J ai trouvé quelquefois des médiums bien remarquables parmi ces expérimentateurs anonymes. Certaines de mes séances avec eux ont été admirables par la netteté des phénomènes obtenus. Que ces amis confiants reçoivent mes remerciements. Puisse mon livre avoir la bonne fortune de contribuer pour sa faible part à faire disparaître les préjugés qui écartent tant d'expérimentateurs de ces éludes et de ces recherches. Ces préjugés sont nombreux ; c'est la peur du ridicule, le scrupule religieux, la crainte illusoire des maladies nerveuses ou mentales, la frayeur d'un monde inconnu et jieuplé d'êtres mystérieux. Le temps les dissipera et j espère qu Un jour >iendra oii ces faits bien éludiés et bien observés, apporteront à nos connaissances un appoint insoupçonné. Le domaine des (( sciences psychiques )) est immense. Quelques pionniers sont seuls à l'explorer : quand il sera défriché et cultivé il donnera, j en suis sni', (le merveilleuses récolles.
Mais que ceux que leur éducation scientifique prépare à cette étude ne la considèrent pas comme indigne d'eux. Ils commettent, en se désintéressant de ces faits, une erreur qu'ils regretteront amèrement un jour. En admettant même que les premiers observateurs aient commis des fautes, il restera toujours quelque chose des faits qu'ils ont constatés. Les erreurs sont inévitables dans les commencements de toute science ; les méthodes sont incertaines et la nouveauté des phénomènes étudiés rend leur analyse difficile; le temps, le travail commun, l'expérience acquise permettent de porter remède à ces inévitables inconvénients.
Il serait trop facile de multiplier les exemples du retard que le préjugé scientifique apporte aux progrès mêmes de la science. G est une critique qui a déjà été très souvent et très spirituellement faite. Les hommes que leurs découvertes ont mis à la tête du mouvement intellectuel de leur génération n'échappent pas eux-mêmes à cette déplorable tendance de transformer en dogmes les lois naturelles observées. Ils commettent la faute qu'ils reprochent aux théologiens de commettre. L'homme a une aptitude merveilleuse à saisir les torts de son prochain et à ne pas voir les siens propres ; il en sera probablement longtemps encore de même. Je voudrais pourtant que cette habitude d'esprit toute théologique fût définitivement bannie de la science. Celle-ci ne doit se préoccuper que de la réalité des faits. Il n'y a pas de distinction à faire entre les différents phénomènes observés, il ne convient pas de considérer comme appartenant à la science certains d'entre eux seulement et d'exclure les autres de toute recherche scientifique sous prétexte qu'il appartient à la rehgion, par exemple, de les analyser. Tout fait naturel doit être étudié et incorporé dans le patrimoine de nos connaissances s il est réel. Qu'importe son apparente contradiction avec les lois de la nature telles que nous les concevons aujourd'hui. Ces lois ne sont pas des principes supérieurs à notre expérience ; ils ne sont que
l'expression morne de celle-ci ; nous savons encore peu de cliose, noire expérience est encore loulc jeune : elle s'accroîtra et son développement aura pour inévilable conséquence une modification correspondante dans notre conception de la nature. N'afîirmons donc pas l'exactitude absolue de nos idées actuelles en rejelant de partis pris tout ce qui nous paraît les heurter. Ne dogmatisons pas et n'ayons qu'un souci, la recherche impartiale du vrai. Rien ne peut nous faire pénétrer davantage dans la connaissance du miheu où nous évoluons, que les faits en apparence inconciliables avec les idées courantes ; ces faits nous démontrent que ces idées sont erronées ou incomplètes : leur observation attentive nous révélera une formule plus générale qui expliquera à la fois les faits nouveaux et les faits anciens. Ainsi, d'antithèses en synthèses de plus en plus générales, nos idées scientifiques tendront vers l'absolue vérité.
Mais, que nous en sommes encore éloignés !