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Lumières amorphes

c. Formes lumineuses ou o])scures.

d. Enfin le phénomène le plus complet, ou inalcrialisation d'une forme humaine ou non, lumineuse ou non.

7° Les phénomènes laissant des traces permanentes, c'est-à-dire :

Empreintes

Moulages.

Dessins plus ou moins achevés.

8° Le changement de poids des objets matériels ou de certaines persoimes, pur c\enq)le la lévitation du sujet.

9' Les changements de température perceptibles : sensation de froid ou de chaud, combustion spontanée.

10" Les souffles, généralement froids.

Tels sont les j^rincipaux phénomènes psychiques d'ordre matériel qui ont été indiqués par les divers observateurs. Je ne les ai pas constatés tous et n'ai obtenu d'une manière qui me paraît certaine que les raps, la télékinésie, la parakinésie et quelques phénomènes lumineux.

Les phénomènes intellectuels sont ceux qui impliquent l'expression d'une pensée : je les classerais de la manière suivante :

1° Typtologie : coups frappés par le pied d'une table sur laquelle les assistants appuient les mains ; la table se penche dun côté et reprend l'équilibre en frappant le sol.

2° Grammatologie ou phrases épelées. Divers procédés sont employés ; les principaux sont :

a) L'énumération à haute voix des lettres de l'alphabet jusqu'à ce qu'un rap indique la lettre à retenir ; b) le pointage des lettres à l'aide d'un crayon ou d'un stylet promené sur un alphabet écrit jusqu'à ce qu'un rap arrête le stylet ; c) la désignation enfiu des lettres cherchées par un index monté sur pivot, au centre d un alphabet inscrit dans un cercle — l'index se meut soit sans contact soit avec contact.

3° Ecriture automatique: immédiate, quand le sujet écrit sans l'intermédiaire d'un instrument, médiate quand il emploie un instrument, planchette, boule à manches, corbeille, chapeau, guéridon, etc. Dans ce cas plusieurs personnes peuvent combiner leur action eu appuyant à la fois leurs mains sur l'objet auquel le crayon est fixé.

Il" L'écriture directe, produite sur des ardoises, du papier, etc., soit à la vue des assistants, soit hors de leur vue. Si les lettres paraissent se former sans l'aide d'un crayon on a l'écriture précipitée.

5" Les incarnations : le sujet endormi parle au nom dune entité quelconque qui le i( possède y).

6" Les voit: direcles, quand des paroles, paraissant émaner d'organes vocaux autres que ceux des assistants, sont entendues: certains expérimentateurs auraient ainsi conversé avec des formes malciialisces.

7" Certains automatismes autres que l'écriture sont observables ; par exemple la vision dans le cristal, les miroirs et l'audition dans les coquillages en forme de conque; les liallucinations diverses : iélépalliic si le sujet paraît inlluencé par un agent éloigné, télesthésie s'il semble activement éprouver des impressions à distance. A ces faits se rattachent la clairvoyance, voyance, ou lucidiic : ces expressions ne sont pas identiques d'ailleurs : la lucidité désigne plus spécialement la faculté que certaines personnes ont, dans le sommeil magnétique ou dans le somnambulisme, de percevoir d'une manière supranormale des impressions exactes ; les clairvoyants ou voyants sont spécialement les sujets qui aperçoivent des formes invisibles aux autres personnes. La clair audience marque des phénomènes du même genre se produisant dans la sphère auditive.

J'ai très peu étudié ces phénomènes intellectuels ; sauf l'écriture automatique, la vision dans le cristal, la typlologie et les incarnations. J ajouterai que si je me suis intéressé plutôt aux phénomènes physiques, c'est qu'il m'a paru que leur étude était plus simple et leur observation plus facile. Ce sentiment n'est pas celui de tous les expérimentateurs et mes collègues de la Société des recherches psychiques de Londres paraissent plus afïirmatifs dans leurs conclusions relatives à la survie et à la communication avec les morts, que dans leurs opinions sur les phénomènes matériels. Mes constatations personnelles ne m'ont pas auiené aux mêmes idées.

Il n'est pas douteux que des expériences démontrant h» persistance de la [)ers<)uualité humaine après la mort auraient un intéièt auprès duquel tous les autres s'eflaceraient ; mais l'analyse des phénomènes de ce genre sou-

lève des difEcultés autrement compliquées que la simple observation d'un fait physique. Les phénomènes intellectuels supposent toujours un automatisme moteur quelconque ; je ne parle pas bien entendu des manifestations oii la volonté du sujet intervient : cet automatisme se manifeste par le langage, l'écriture ou par des phénomènes moteurs moins élevés, la typtologie par exemple : il peut être sensoriel et se traduire par des hallucinations diverses. Il suffit d'indiquer les conditions dans lesquelles ces phénomènes s'observent pour en faire comprendre l'infinie complication. Avant d'admettre que la cause de l'apparent automatisme du sujet est extérieure à ce sujet il faut pouvoir éliminer avec certitude l'action de sa conscience personnelle ou impersonnelle. Dans quelle mesure la mémoire subliminale intervient-elle .►^ C'est une première difficulté bien malaisée à trancher.

En la supposant résolue, le problème reste encore presque intact. Si la connaissance d'un fait déterminé, certainement ignoré du médium, apparaît dans ses communications automatiques, il ne faut pas en conclure que cette connaissance est due à 1 intervention d'un esprit (( désincarné ». La télépathie peut l'expliquer ; ce phénomène est, on le sait, la transmission d'une idée, d'une impression, d'un état psychique quelconque d'une personne à une autre personne. On en ignore absolument les lois et rien ne nous permet d'affirmer, si la télépathie existe comme cela paraît d'ailleurs probable, qu'il soit nécessaire qu'un état émotif particulier existe chez l'agent. On peut supposer avec autant de raison que l'existence d'un souvenir dans un cerveau peut être découverte et reconnue par un autre cerveau dans des conditions dépendant uniquement de l'état du percipient. C'est la télesthésie proprement dite. Or, il est encore très difficile de démontrer que le lait dont l'automatisme marque la connaissance est ignoré de tout le monde. Cette preuve est même impossible. Enfm, en supposant qu'elle soit faite, il

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restera toujours la possibililé d'en attribuer la communication à quelque t'tre non humain : de sorte qu'en admettant l'existence d êtres spirituels ou immatériels distincts de nous, rien ne nous permet d'allirmcr encore que ces êtres soient bien nos parents ou nos amis morts et non quelques facétieux Kobolds.

Les faits de prémonition, de précognition dont quelquesuns ont été constatés par moi soulèvent des questions aussi complexes que les précédentes : je me suis borné à les enregistrer sans chercher à les expliquer.

Mes préférences se sont fixées sur l'étude des phénomènes physiques. Là, je n'ai pas à me préoccuper de l'état mental du sujet, je n'ai pas à faire les délicates analyses dont je viens d'indiquer la complication. Je n'ai à me défendre que contre deux ennemis, la fraude d autrui ou mes propres illusions. J'ai la persuasion de n'avoir été la victime ni de l'une ni des autres. Quand j'ai observé par exemple le déplacement d'un meuble en plein jour, dans un café, dans un restaurant, dans un bufl'et de chemin de fer, j'ai bien le droit de penser que je ne suis pas en présence d'un mobilier truqué pour obtenir de pareils efl'ets. Quand l'imprévu de l'expérience exclut l'hypothèse d'une préparation, quand l'absence de contact entre les expérimentateurs et l'objet qui se déplace est constatable par les yeux et le toucher, j'ai des raisons suffisantes pour exclure la fraude. Quand je mesure la distance relative des objets en présence, avant et après le déplacement, j'ai encore des raisons suflisantes pour exclure à son tour l'illusion de mes sens. Si l'on me refuse ce droit, je me demanderai vraiment comment on peut observer un fait quelconque. Personne n'est plus convaincu que moi de la fragilité de nos impressions et de la relativité de nos perceptions : encore faut-il qu'on puisse percevoir un phénomène pour le soumettre à l'observation impartiale. Le reproche que j'imagine ne saurait être d'ailleurs fait d'une manière généialo : en admettre la

justesse serait enlever tout fondement à nos sciences. Il ne peut m'ètre adressé qu'à titre particulier : je reconnais bien volontiers que je ne puis me disculper. J'aurais beau du'e que je suis persuadé de la régularité de mes jDerceptions, j'aurais beau assurer que je ne constate en moi aucune tendance à lillusion, mon témoignage n'en resterait pas moins suspect.

Aussi, n'ai-je qu'une défense à opposer à ceux qui suspecteraient mes qualités d'observateur, c est de les inviter à se donner la peine d'expérimenter à leur tour et d'employer la méthode que j'ai adoptée. S'ils veulent a priori établir les conditions de leurs expériences ils risquent fort de n'avoir aucun résultat appréciable. Lorsqu'ils auront obtenu des faits bien nets, ils pourront faire varier les conditions de l'expérimentation et satisfaire les exigences légimes de leur raison. C'est ce que j'ai fait, et si je ne puis affirmer solennellement la réalité des phénomènes observés par moi, je puis cependant affirmer ma conviction personnelle qu'ils existent. Peut-être ai-je une défiance exagérée de moi-même en n'affirmant ainsi que ma conviction subjective et en n'osant pas m'exprimer avec la rnêlne énergie sur la réalité objective des choses que j'ai constatées. J'espère toutefois que l'on ne songera pas à blâmer ma prudente réserve. Quel est celui d'entre les hommes qui puisse affirmer ne s'être pas trompé.

En tout cas, je n'admettrai pas volontiers que l'on critique mes observations sans s'être placé dans les conditions qui m'ont permis de les faire. Rien n'est moins raisonnable qu'une attitude semblable et je ne reconnais aucune compétence aux juges qui statueraient sans information préalable. Au surplus, je n'ai le souci de convertir personne à mes idées et demeure indifférent, — respectueusement indifférent si l'on veut — au jugement que l'on pourrait porter ainsi sur moi.

Les méthodes recommandées par les diverses écoles

a8 LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

occullisles varient beaucoup. Les ihéosophes ne révèlent pas aux profanes les moyens qu'ils emploient pour obtenir des faits supranormaux. Leur discrétion sur ce sujet m'étonne ; la Société théosophique fait, ou plutôt a fait une active propagande. Elle a un centre principal à Adyar et des loges ou branches un peu parfont. Les revues ihcosophiques abordent les problèmes les plus élevés de la philosophie et ne paraissent pas ménager les révélations les plus extraordinaires de l'enseignement ésotérique ; mais elles sont remarquablement avares d'indications pratiques. Le phénoménalisme théosophique parait s'inspirer des théories du Yoguisme hindou. Je ne connais pas les règles de l'entraînement auquel les Yogis se soumettent. L abstinence la plus sévère paraît leur être recommandée. Les adoptes sont ordinairement initiés par leurs gourous ou maîtres et je n'ai pas eu la bonne fortune d'être le chela de quelque initié.

Les occultistes de l'école française, qui se rattachent à Eliphas Lévy par Papus (le D' Encausse), de Guaïta, Haven, Barlet, Sédir recommandent les pratiques de la magie. On trouvera la description du matériel magique nécessaire dans les traités de Papus et d'Eliphas Lévy. Les résultats que les* mages racontent avoir obtenus sont tellement vagues que je n'ai pas eu la curiosité de mettre en pratique les étranges procédés de la magie cérémoniellc. Ils ont un inconvénient grave, c'est de frapper l'imagination des personnes crédules et de rendre plus faciles l'autosuggestion, les illusions sensorielles et les hallucinations. Pour l'accomplissement des rites il est au surplus nécessaire de disposer d'un appartement organisé d'une manière spéciale et de se soumettre pendant un certain temps à un régime sévère ; ce sont là des complications. Enfin, j'ai eu honte, j'en conviens, d'essayer ces pratiques. Je n'ai jamais eu le courage de me revêtir du manteau et de la robe de lin, de tracer le cercle et d'attendre l'épée à la main les visions qui se montreraient

dans la fumée des parfums éclairée par ma lampe. Je reconnais volontiers que j'ai peut-être eu tort de ne joas essayer les méthodes en apparence les moins raisonnables. Comme je ne me préoccupe que du résultat obtenu, je n'aurais certainement pas hésité à faire de la magie blanche et même noire si j'avais eu quelque raison d'espérer un résultat positif. J'aurais sacrifié sans scrupule toute crainte du ridicule à l'obtention d'un fait observable; mais, les récits des expérimentateurs de l'école occultiste m'ont paru implicitement indiquer la pauvreté de leurs résultats pratiques. Si nos mages actuels avaient réalisé quelque opération bien accessible à l'observation ils n'auraient pas manqué de nous en faire part dans l'une de leurs nombreuses revues. Leur silence m'a paru significatif.

D'ailleurs l'essence même des doctrines hermétistes, dont les occultistes actuels font ouvertement profession, est justement opposée à toutes ces divulgations. La doctrine ancienne exigeait l'initiation. Les Rose-croix, si je ne me trompe, n'avaient le droit d'inilier qu'un adepte. Encore ne devaient-ils en user que lorsqu'ils avaient atteint un certain âge et qu'ils avaient la conviction d'avoir trouvé un élève discret et sûr. Toute la publicité qui se fait aujourd'hui autour des sciences hermétiques est la négation même des premiers préceptes de ces sciences ; ces indiscrétions me rappellent les paroles d'un de mes prédécesseurs à la cour de Bordeaux , héritière du vieux parlement de Guyenne, le président Jean d'Espagnet, l'un des trois ou quatre adeptes qui passent pour avoir résolu le grand arcane. Facilia intelleclu suspecta habeat, dit-il au chercheur, maxime in mysticis nominihus et arcanis operationibus ; in obscuris enim Veritas delitescit ; nec iinquam dolosius quam quum aperte, nec vérins quam quum obscure, scribunt philosophi.

Une raison décisive m'a d'ailleurs déterminé à choisir les méthodes spirites. Celles-ci n'ont rien de mystérieux et elles ne demandent aucune préparation subjective spéciale.

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Elles sont simples, en apparence au moins, et peuvent être commodément appliquées. Les spirites, et certains expérimentateurs qui ont cnqDloyé leurs méthodes sans partager leurs théories, allîmient avoir obtenu des résultats surprenants. Je n'avais donc rien de mieux à faire qu'à choisir ces méthodes. Leur simplicité et la multiplicité des résultats aflirmés m'en ont paru faire le procédé de choix : je vais donc indiquer comment j'expérimente lorsque je suis libre de diriger les séances, ce qui n'est pas toujours le cas malheureusement.

Je diviserai mes indications en trois grandes catégories * i" les conditions matérielles; 2° le choix des personnes ; 3* les procédés opératoires. J'ajouterai que ces indications ne sont pas absolues.

§ 1". — Les conditions aiaterielles.

11 me semble que les résultats sont généralement meilleurs quand on opère dans une pièce de petite dimension, de quinze à vingt mètres carrés. Il est préférable que la hauteur de l'appartement n'excède pas trois à quatre mètres. On peut opérer dans des pièces plus petites, mais la chaleur y est quelquefois fatigante.

La lempéralure de la pièce est un facteur important. La chaleur, qui peut incommoder les expérimentateurs et le médium, me paraît cependant avoir une inllucncc favorable sur rémission de la force. Le froid est au contraire un élément d insuccès. Je parle bien entendu de la température de l'appartement. Je conseillerais d'opérer à une température de 20 à 25". Il faut absolument éviter que les expérimentateurs aient froid aux mains ou aux pieds.

Il vaut mieux que l'appartement, si on expérimente en hiver, ait été chaull'é avant l expérience, caria présence du

feu dans la cheminée est quelquefois gênante lorsque l'on veut observer des phénomènes lumineux.

J'ai cru remarquer enfin qu'il y avait avantage à opérer dans une pièce dont le plancher n'est pas recouvert d'un tapis. C'est surtout observable pour les mouvements sans contact. Le tapis non seulement paraît être un mauvais élément en général, mais encore, dans ce cas spécial, il gêne les mouvements de glissement de la table qui sont souvent très faibles.

En ce qui concerne les conditions météorologiques extérieures, j'ai remarqué qu'un froid sec favorisait la production des phénomènes. C'est, je crois, la température op/tma. En tous cas, la sécheresse de l'air est une condition très favorable: j'ai remarqué que les phénomènes s'obtenaient mieux lorsque les conditions extérieures favorisaient la production de nombreuses étincelles sous les roues des tramways électriques. J'ai souvent observé cette coïncidence entre de bonnes séances et l'abondance des étincelles signalées ci-dessus. Je crois que l'état hygrométrique de l'air est un facteur important dans la production de ces étincelles.

La phne et le grand vent sont au contraire des causes d'insuccès.

L'éclairage de Vapparlemeiit est un des plus importants éléments de l'expérimentation. Les lampes et les bougies ont 1 inconvénient d'être assez longues à allumer. Elles ne permettent pas de changer rapidement l'illumination de la pièce. La lumière électrique est le meilleur mode d'éclairage : il suffit d'appuyer sur une manette pour faire varier la quantité et la qualité de la lumière quand on dispose de plusieurs lampes.

Beaucoup de critiques ont été formulées contre les expériences de la nature de celles que j ai entrepris de raconter ; l'une des plus iré(£ucm nent faites est le reproche d'opérer toujours dans les téiièJnes. Uien n'est moins exact.

Je n'ai, pour ma part, jamais considéré comme probantes les expériences lélékiiiéliqiies on parakitiéliquos lailes dans l obscurité. Les niouveinenls sans ccnilacl qui ont déterminé ma conviction ont été obtenus en pleine biniière et le plus souvent en plein jour. Il est évident que rol)scurilé est nécessaire pour l'observation des pbénoniènes lumineux. Vouloir constater en plein jour ou à la lumière d'une Lunpe les délicates pbospborescences qu'il m'a été donné d'observer est une contradiction évidente.

D'un autre côté, il n'est pas douteux que l'obscurité ne favorise beaucoup la production des pbénomènes d'ordre pliysique. J'ai eu à maintes reprises 1 occasion de constater l'exactitude de ce fait dans des conditions qui rendaient extrêmement improbable l'bypotbèse d'une fraude. Il m'est souvent arrivé par exemple d'obtenir des raps ;i la lumière : dès que je faisais l'obscurité leur nombre et leur intensité augmentait. Il en est de même des mouvements sans contact. Mais, je le répète avec insistance, l'obscurité nestpas nécessaire. J ai lu, dans une revue de vulgarisation scientifique, la critique d'expériences auxquelles j'ai pris part : elle était faite par un médecin bruxellois, si mes souvenirs sont exacts : ce médecin, homme de talent d'ailleurs, s'imaginait que nos conclusions étaient fondées sur des expériences uniquement faites dans l'obscurité complète. Il commettait une erreur involontaire.

Les phénomènes psychiques peuvent être obtenus en plein jour et l'on doit essayer de les obtenir ainsi. On a souvent une tendance à faire éteindre toute lumière afin d'obtenir des phénomènes plus marqués. C'est une mauvaise manière de procéder si l'on cherche les phénomènes physiques, raps ou mouvements. Il faut éviter de travailler sans lumière parce que l'habitude se prend aisément de ne dégager la force nerveuse que dans l'obscurité. On ne saurait s'imaginer à quel point les habitudes prises deviennent dillicilesà supprimer. Eusapia Paladino, par exemple, avait

pris riiabilutle de réclamer une obscurité progressive à mesure que son sommeil somnambulique devenait plus profond. J'ai pu, en 1897, obtenir avec elle les mêmes phénomènes avec une certaine lumière et sans qu elle dormît. Je me rappelle encore son étonnement d'assister éveillée aux phénomènes qu'elle n'avait jusque-là obtenu qu'à l'état second. L'obscurité, le sommeil lui-même étaient des conditions auxquelles ce remarquable médium s'était habitué, mais elles n'étaient pas nécessaires. Ma première recommandation est donc d'opérer avec de la lumière, avec autant de lumière que possilile. J'ai obtenu des raps et des mouvements sans contact en plein jour et dans des Imffets de chemins de fer ou dans des tavernes.

En tout cas, il peut y avoir des circonstances 011 la diminution de la lumière est désirable — souvent le médium la réclame — oîi son e.\linction même est nécessaire (phénomènes lumineux). Il faut pouvoir graduer la lumière. Pour cela il est bon d'avoir une série de lampes électriques plus ou moins voilées que l'on peut allumer successivement. Une méthode plus simple est d'avoir une lampe Pigeon. Ces lampes à essence n'éclairent pas beaucoup, mais elles permettent une graduation facile de la lumière. Quand la lampe électrique est éteinte, elles donnent une lumière affadjhe, sufTisantc dans certams cas et, je le répète, pouvant être peu à peu réduite jusqu'à l'obscurité.

L'éclairage coloré est souvent utile. Je n'ai pas essayé la lumière bleue. Les lumières jaune, violette et verte sont bonnes : la lumière rouge fatigue la vue. Dans certaines séries d'expérience j'ai organisé mon éclairage de façon à obtenir à mon gré la lumière blanche, jaune, verte ou rouge. Les trois premières donnent une illumination suffisante : il n'en est pas de même de la lumière rouge.

Une recommandation me parait nécessaire : il faut autant que possible éviter la concentration de la source lumineuse. Il est facile, pour éviter cet inconvénient, d'employer des

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verres dépolis ou de recouvrir d un papier transparent les lampes ou les parois des lanternes. Jja quantité de lumière n'est pas sensiblement diminuée et l'œil se fatigue infuiimcnt moins.

La qualité de la lumière employée ne m'a paru avoir aucune inlluence notable; j'ai toutefois cru remarquer que les meilleurs résultais ont été obtenus par moi dans l'aprèsmidi, entre cinq et sept heures, à la lumière du jour atténuée : par cxenq)le, des volets de la feuèlre élant rapprochés de manière ù n'éclairer la pièce que d'un clair demi-jour. Cependant, comme j'ai plutôt expérimenté dans la soirée, je ne puis allîrmer l'exactitude de cette inférence. Je me borne à signaler aux observateurs l'impression que j'ai eue.

Après l'éclairage, la détermination des objets à utiliser est la plus importante. Je n'ai pas d'hésitation à dire que la lable est le meilleur instrument. Cependant, il ne faudrait pas s'imaginer que ce meuble soit l'indispensable outil de l'cxpérimculateur. On peut obtenir des mouvements sans contact avec des chaises, des corbeilles, des chapeaux, des planchettes de bois, du linge, etc.; mais la lable est plus commode.

J'ai obtenu des résultats é2:alement bons avec des tables rectangulaires ou rondes. Peut-être les tables rectangulaires m'ont-elles donné les plus belles expériences. Eusapia emploie plutôt des tables rectangulaires : à l'Agnélas, la table de nos expériences pesait i3 kilogrammes environ; à Choisy, 6 ou 7 ; à Bordeaux, environ 7''",5oo. Lorsque l'on cherche à obtenir des mouvements sans contact, ou des raps, je crois qu'il vaut mieux employer des tables plus légères. La force psychique est mesurable : certains médium incapables de soulever une lable de 10 kilogrammes pourront obtenir la lévitation d'une table beaucoup moins lourde.

Dans ces derniers temps, et a la suite de résultais obtenus par moi dans quelques séances faites récemmenl, J ai été amené à penser qu'il y aurait avaulage à employer

(les tables ayant un double plateau; le plateau supérieur étant éloigné de lo à 12 centimètres du plateau inférieur. Je signale cette construction aux expérimentateurs qui seraient tentés d'essayer d'obtenir comme moi quelques faits télékinésiques. Je n'ai pas suffisamment expérimenté pour me prononcer sur les avantages que le double plateau m'a théoriquement paru devoir présenter. J'ai l'impression que la table agit un peu comme un condensateur et l'on comprendrait en ce cas l'utilité de la construction signalée.

Les pieds de la table doivent être séparés ; les guéridons montés sur un seul pied sont à rejeter, surtout ceux dont la base est formé par une colonnette terminée par un trépied. Celte forme rend malaisé le contrôle. Quand les pieds sont minces et isolés, ils sont aisément accessibles à l œil.

La couleur de la table ne m'a pas paru avoir quelque influence sur les phénomènes. J ai expérimenté avec un égal succès sur des tables noires, blanches, rouges ou brunes. Les tables peuvent être polies ou dépolies : le bois dont elles sont faites ne paraît pas avoir beaucoup d'importance : cependant, j'ai eu peut-être les raps les plus lorts avec une table en acajou brut.

J'ai toutefois remarqué qu'il y avait avantage à recouvrir la table d'un Linge blanc léger. 11 faut éviter que ce linge dépasse les bords de la table de plus de trois ou quatre centimètres, car il pourrait gêner la surveillance réciproque des expérimentateurs. Je ne sais pas pourquoi la présence du linge semble favoriser les raj)s et les mouvements : en tout cas, elle rend beaucoup plus difficiles les mouvements communiqués et les raps frauduleux.

Il est utile de former dans un coin de la chambre un cabinet; il suffit de tendre dans un angle deux rideaux détoffe ; si Ion opère dans une chambre suffisamment étroite, il est plus commode de tendre des rideaux à l'extrémité de la pièce opposée à la fenêtre. Ccst ce dispositif que j'avais adopté à Choisy.

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La dimension du cabinet ne doit pas dépasser i'",25 à i"',5o en largeur; sa profondeur doilelrc d'environ o'",75, sa hauteur environ 2 mètres. Il y a, je crois, avantage à le fermer par en haut, mais incomplètement.

L élolVe avec laquelle les rideaux doivent être faits peut être de diverse qualité. Elle doit être souple et assez légère. C'est une erreur de croire quelle doit être de couleur foncée. J'ai obtenu d'aussi bons résultats avec de simples draps de lit blancs qu'avec des rideaux noirs ou foncés.

Lorsque l'on étudie les mouvements d'objets sans contact il est utile de placer dans le cabinet des objets légers dont l'agitation cause du bruit. Le tambour de basque ordinaire est très bien approprié à cet usage, de même que les accordéons, les petits pianos d'enfants, les harmonicas, les clochettes.

Les chaises sur lesquelles les expérimentateurs prendront place doivent être en bois, paillées, ou tondues de rotin. Les lourdes chaises recouvertes d'étofics ne sont pas à recommander.

Il sera bon d'avoir un fauteuil confortable et bas pour y placer le médium quand il voudra se mettre dans le cabinet noir. Les sujets expriment souvent ce désir quand ils entrent en somnambulisme ou plutôt en trance. Je préfère le mot trance (en anglais extase) à toute autre expression car l'état du médium (( entrancé » ne me paraît pas tout à fait identique à celui du somnandiule. Pour les expériences spéciales dont je traite, il y a intérêt à employer des termes ne prêtant jias a la confusion. J'appellerai donc trance le sommeil ou l'engourdissement spécial que l'on observe ordinairement chez le sujet au moment on les phénomènes tendent vers leur maximum d'intensité.

Il est utile de placer le médium dans une position cunî'ortablc alin de lui éviter de la (atigueou delà gêne. C'est pour celacuie je recommande un fauteuil bas et commode; il devra être assez petit pour pouvoir être introduit dans le cabinet.

Il est extrêmement utile d'avoir des appareiU enregistreurs permettant de conserver le graphique de certains mouvements. Sir A^ . Crookes les a utilisés avec succès. Je n ai pas eu Toccasion de les employer : je n'en avais pas lors de mes expériences avec Eusapia Paladino. Plus lard, dans une série d'expériences dont j "espérais beaucoup, la santé du médium ma obligé à interromi)re mes expériences avant d'avoir pu laire usage de mes enregistreurs.

Je dois d'ailleurs mettre en garde les expérimentateurs contre 1 emploi prématuré d'appareils de toutes sortes. Un des caractères les plus curieux des phénomènes psychiques est leur indépendance apparente. Les expériences nous dirigent : elles ne se laissent pas aisément conduire. On croirait souvent qu'elles obéissent à une volonté autre que celle des assistants. Cette constatation est la base des théories spirites ; mais j'ai l'impression que cette spontanéité est apparente. Je n'ai pas pu en saisir les lois.

La fréquente répugnance des sujets à se soumettre au contrôle des appareils mécaniques est l'une des dilïïcultés qui rebutent les esprits les mieux disposés et les conduit vite à conclure à la fraude. Cette conclusion n'est pas toujours fondée. J'ai trouvé des médiums qui ont eux-mêmes cherché à me donner les conditions de contrôle les plus parfaites. 11 est vrai que ces médiums sont justement ceux qui redoutent le plus d èlre connus car ils appartiennent à des milieux intelligents et instruits et ne veulent pas s'exposer aux critiques et aux outrages que l'on prodigue si facilement aux médiums. Cela est surtout vrai des dames.

11 est certain que la manière indigne dont la presse mal informée a traité cette pauvre Eusapia n'est pas faite pour encourager les sujets les plus intéressants. Eusapia, c'est une justice que j'ai le devoir de lui rendre, s'est toujours prêtée à toutes les exigences du contrôle le plus sérieux. Si elle a quehpiefois donné des phénomènes suspects, elle

38 LES PHÉNOMÊNRS PSYCHIQUES

ne l'a fait que dans des conditions psychologiques spéciales dont j'aurai à dire un mot plus loin.

Si je n'ai pas employé d'enregistreur, j'ai fait usage cependant d'instruments de mesure : nolammcnt d'un pèse-lettres, objet commode et d'un emploi facile. (Jliaque expérimentateur peut du reste, et doit, faire varier à son gré les conditions de l'expérience, dans des limites que l'habitude des séances lui donnera bien vile. Il faut que les résultats obtenus soient réels. Se contenter d'à peu près en pareille matière serait perdre absolument son temps.

En terminant ces considérations sur le matériel de la salle d'expériences je ferai une recommandation qui va peut être sembler extraordinaire mais que j'ai lieu de croire utile. Je crois avoir observe qu il y avait avantage à ne pas employer de métal dans la table. Il vaut mieux qu'elle soit munie de chevilles de bois plutôt que de clous métalliques. Cela n'est pas absolu car j'ai eu de bons résultats avec des tables clouées : j ai cependant l'impression que l'absence de tout métal était un élément de succès. On trouve quelquefois des médiums qui sont dune extrême sensibilité pour les métaux. C'est souvent le cas pour l'or. Certains sujets entrancés se plaignent de leurs bagues : ils éprouvent un malaise, quelquefois une sensation de chaleur exagérée. Cela rappelle certains faits de nos cliniques nerveuses.

§ 2. — Le choix des assistants.

Le point le plus important dans l'organisation d'une série d'expériences est le choix des personnes avec qui on doit opérer. Il faut tout d'abord remarquer que sans un médiani on irublieiidra rien. La pivsonce d'une personne douée de la faculté de produire ces phénomènes est la condition peut-être unique ei nécessaire de leur réalisation.

Aussi ne doit-on expérimenter sérieusement que si l'on a mis la main sur cet oiseau rare.

Qu'est-ce donc qu un médium? A quels caractères le reconnaît-on ? Il est bien difficile de répondre à ces questions.

J'appellerai médium toute personne susceptible de produire les phénomènes que j'ai énumérés plus haut, ou une partie d'entre eux. Je m'arrête au mot médium parce qu'il est consacré par l'usage et qu'il a reçu la signification précise que j'ai indiquée plus haut. Quelques philosophes critiquent cette définition. Leurs critiques sont amusantes. En métaphysique il est facile de donner des définitions élégantes mais qui ne reposent sur aucun fait. En physique, — je prends ce mot dans son sens étymologique et primitif — on ne peut définir un être que par ses propriétés. Les définitions de ce genre constatent un fait : il ne faut pas leur demander davantage. Elles n'ont qu'une utilité si l'on veut, c'est d'éviter une longue périphrase. Toute autre définition supposerait la connaissance véritable de la cause des phénomènes observés ou des propriétés constatées; or, il me paraît impossible d'affirmer la cause réelle des faits que j'ai observés. Je me suis borné à les constater sans formuler d'hypothèses.

Un médium est donc une personne en présence de laquelle on peut observer des phénomènes « psychiques », terme consacré que j'emploie à regret car il implique une hypothèse.

11 faut, en général, expérimenter avec les médiims pour les découvrir. Leurs propriétés demeurent souvent latentes et ne se révéleront que si les conditions favorables à leur manifestation sont réalisées. 11 n'en est pas toujours ainsi et l'on a généralement la chance de tomber sur un médium lorsque l'on expérimente avec des gens en présence desquels certains bruits anormaux, certains mouvements d'objets mobiliers se produisent spontanément. Ces faits sont loin

'lO LES THRNOMENES PSYCHIQUES

d'être aussi rares (ju'on lo croit, (elle alïirnialirn pont sembler paradoxale, il n'en est rien. J'ai rencontré quelquelbisdebons médiums qui ignoraient l'existence de leurs facultés; cependant, cpiand je les interrogeais, je découvrais qu'il leur arrivait d'entendre de petits coups frappés sur le bois de leur lit ou sur leur table de nuit sans y attacber d'importance. D'autres avaient souvent remarqué le déplacement d'objets usuels, statuettes généralement : je connais deux cas de ce genre concernant l'un et l'autre une statuette de la Vierge. J'en connais un troisième relatif à un crucifix. Plus rarement les faits observés avaient atteint une tell(^ intensité que la maison avait paru banlée. J'ai plusieurs observations de ce genre. On est souvent tenté d'attribuer à la fraude les phénomènes de hantise. Je crois que les récits de celte nature ne sont pas tous faux et j'essayerai de le démontrer peut-être dans une autre étude. Il ne faut pas raisonner comme certain de mes amis, homme d'une vaste érudition et d'une intelligence de premier ordre qui me disait un jour: «On trouve toujours une pctilc fdle de treize à seize ans dans les maisons hantées ; dès qu'on éloigne l'enfant les phénomènes cessent. » D'accord : les choses se passent généralement ainsi : seulement la jeune hlle peut n être pas la cause volontaire des phénomènes ; elle peut en être la cause involontaire, être un médivmi en activité et produire autour d'elle des phénomènes supranormaux de la nature de ceux qu'on observe dans les séances.

Mais, il faut le reconnaître, on nauia ([ue rarement l'occasion d'expérimenter avec de pareils sujets. On sera contraint d'essayer avec patience juscpi'à ce qu'on découvre le phénix souhaité.

Je dois indiquer toutefois que les chances de rencontrer un médium seront plus grandes si l'on cherche à le trouver parmi les gens nerveux. Il me send)le qu'une certaine im[)ressionuabiillé ou instabilité" ner\eusc soit une eondi-

LA MÉTHODE ^l

tion favorable pour l'éclosion de la méclianité. Je me sers du terme d instabilité nerveuse iaute d'une meilleure expression, mais je ne le prends pas dans un mauvais sens. Les hystériques ne donnent pas toujours des phénomènes bien nets : mes meilleures expériences ont été laites avec des gens qui n étaient en aucune façon des hystériques.

Les neurasthéniques ne donnent en général aucun résultat.

L'instabilité nerveuse dont je parle n'est donc ni l'hystérie, ni la neurasthénie, ni une névrose quelconque. C'est un état du système nerveux tel qu'il paraisse être en hypertension. Une vive impressionnabilité, une susceptibilité délicate, quelque inégalité d'humeur rapprochent les médiums de certains névrosés mais ils s'en distinguent par l'intégrité de leurs sensibilités, de leurs réflexes, de leur champ visuel. Ils ont en général l'intelligence vive, sont susceptibles d'attention, et ne manquent pas d'énergie ; leurs sentiments artistiques sont relativement développés : ils sont confiants et expansifs avec ceux qui leur témoignent de la synqjathie, facilement déliants et irritables quand on ne les ménage pas. Ils passent facilement de la tristesse à la joie, éprouvent souvent un irrésistible besoin d'agitation physique : ces deux caractères sont justement ceux qui mont fait choisir l'expression d'instabilité nerveuse.

Je dis instabilllé, non manque d'équilibre. Beaucoup des médiums que j'ai connus étaient fort bien équilibrés au point de vue mental et nerveux. J'ai même l'impression que leur système nerveux est supérieur à celui de la moyenne.

Voilà qui surprendra sans doute beaucoup de gens éclairés. Les médecins et les psychologues, en général peu favorables à l'étude des phénomènes dits occultes, ont l'habitude de considérer tous les médiums comme des hystériques. 11 sulTlt de lire les ouvrages de ces savants

/|2 LES PHÉNOMKNES PSYCHIQUES

pour s'apercevoir cpiils n'ont jamais été en présence de médiums véritables. M. P. Janct, par exemple, émet des théories générales dans son livre L'automatisme psychologique, qui ne sauraient s'applicpier à tous les cas. Il est fâcheux qu'un esprit aussi distingué n'ait pas eu le souci de se rendre un compte exact des faits; peut-être a-t-il agi comme le célèbre abbé de Vertot. D'après les théories deM. Janet, tous les médiums sont en voie de désintégration psychologique. Les parties constituantes de leur personnalité se dissocient sous l'influence de l'afraiblissement de leur activité personnelle normale.

Je suis persuadé que les sujets observés par M. Janet ont été très exactement étudiés j)ar lui : je regrette que mon savant confrère n'ait pas rencontré de médium authentique. Je dois dire que je partage son opinion sur la plupart des médiums spirites ; je n[ai trouvé que deux d'entre eux d'intéressants. Les cent autres que j'ai observés ne m'ont présenté que des phénomènes d'automatisme plus ou moins conscient : presque tous étaient le jouet de leur imagination. C'est en dehors des cercles spirites que j'ai découvert les meilleurs médiums.

Les critiques de M. Janet ne sont erronées que par ce qu'elles sont trop générales. Sa conception de la désintégration psychologique ne s'applique qu'au plus grand nombre des cas : elle ne s applique pas à tous. Il est bien différent d'étudier une vision dans le cristal ou un écrit automatique ne révélant rien au-delà du contenu de la mémoire du sujet ou d'observer une vision prémonitoire comme il m'a été donné de le faire. L'indication d'un événement futur ne s'explique pas par l'hypothèse de Janet. Elle révèle des facultés spéciales que j'ai peine à considérer comme pathologiques à moins de ne les considérer comme telles que dans la mesure même oîi le génie est une dégénérescence.

Il est plus laisoMMiible de penser que notre sensibilité

nerveuse s'affinera de plus en plus. Il serait téméraire de croire que le type humain actuel est l'aboutissant définitif de l'évolution. Notre espèce n'est qu'un anneau dans la série des êtres : les causes qui ont amené le perfectionnement de l'espèce humaine sont encore en activité et il est logique de penser qu'il y a des natures au-dessus de la moyenne comme il y en a au-dessous. Celles-ci représentent des types ancestraux, des rappels de formes dépassées ; celles-là sont des précurseurs peut-être et nous offrent des facultés anormales aujourd'hui, mais qui seront normales un jour.

Je m'arrête, car je m'aperçois que je quitte le domaine des faits pour celui des hypothèses; je me hâte d'y revenir. J'ai indiqué les conditions qui permettent de supposer qu'une personne donnée est un médium ; je répète que ces conditions ne sont pas certaines : elles me paraissent probables. En réalité il n'y a qu'un moyen sur de constater les propriétés d'un médium, c'est d'expérimenter avec lui.

On a remarqué que certaines personnes n'obtenaient pas de phénomènes quand elles opéraient seules, et en obtenaient au contraire quand elles étaient avec une autre personne. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer moi-même ce fait, mais j'ai souvent remarqué que la présence de certaines personnes favorisait l'obtention des résultats, tandis que la présence de certaines autres la gênait ou l'empêchait. Je n'ai aucune explication certaine à donner de ce fait. En tous cas, la crédulité ou l'incrédulité des expérimentateurs n'a aucune influence sur les résultats d'une expérience. J'ai vu des personnes très peu disposées à se laisser convaincre être d'excellents auxiliaires. J'ai vu, en même temps des spirites convaincus être de détestables coopérateurs.

On dirait que la faculté d'émettre cette force inconnue est inégalement répandue ; qu'elle constitue une propriété physique de l'organisme ; que vis-à-vis d'elle, celui-ci se montre positif ou négatif, émettant ou absorbant cet agent.

44 ï'^f' PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

Delà l'imporlancc du choix des coopérateurs, de \a Composition du cercle. Le nombre des expérimentaleurs n'a rien de fixe; en principe, plus on est nombreux, plus la force dégagée est considérable ; mais la présence d'un grand nombre d'assistants est une mauvaise condition d'observation ; elle rend difficile la réalisation de ce que les spirilcs appellent V/tarmonic du cercle. Je dois dire pour être exact que les plus beaux phénomènes lumineux que j'ai vus ont été obtenus dans des séances où il y avait de quinze à vingt personnes. D autre part, j ai eu l'occasion d'expérimenter à quelques reprises seul avec un médium non professionnel : j'ai réussi à voir des figuies reconnaissablcs. Je n'ai obtenu ce phénomène qu avec ce remarquable sujet qui malheureusement ne veut pas être connu.

Je crois cependant que le nombre le plus favorable est de quatre à huit expérimentateurs. J'engage ceux qui veulent essayer d'expérimenter à composer autant que possible leur cercle avec un nombre égal de personnes de chaque sexe ; il faut de préférence alterner les éléments ma^^culins et féminins. Mais ces considérations nous conduisent à l'examen des méthodes expérimentales proprement dites.

§ 3. — Les procédés opératoires.

Avant d'entrer dans le détail des procédés qui m'ont paru les plus sûrs, je crois utile de faire quelques recommandations générales. La première est relative à l'état d'esprit dans lequel il est nécessaire d'expérimenter. Il ne faut pas. si l'on veut arriver à un résultat intéressant, rire, plaisanter et se moquer des pratiques ridicules, je l'avoue , auxquelles je conseille de s'astreindre. 11 faut agir sérieusement, et ne pas prendre à la légère des expériences dont nous ignorons l'exacte portée. Il faut, je crois, éviter de tomber dans l'excès contraire et faire ce (lue font les groupes spirites qui

donnent à leurs séances la solennité d'un service religieux.

On pourrait croire que cette recommandation est inutile : cependant il n'en est rien. Les spirites, dont l'expérience en pareille matière n'est pas à dédaigner, insistent sur la nécessité de l'harmonie du cercle. Ils assurent que c'est là une condition essentielle de la réussite. Mon expérience personnelle confirme sur ce point leur opinion. J'ai souvent vu des séances sannoncer comme devant être bonnes et devenir brusquement stériles à la suite d'une futile discussion entre les assistants. L'harmonie que recommandent les spirites est une sorte d'équilibre entre l'état mental et affectif des assistants ; ils doivent être animés du même esprit, — je ne prends pas ce mot dans son acception spirite — et chercher la vérité, dans l'hypothèse où ils opéreront comme je l'ai fait. Cette unité de vues, cette uniformité des désirs, cette harmonie entre les cerveaux et les cœurs assure la synergie des forces que développe chaque membre du cercle.

Car il n'est pas douteux qu'une force quelconque est dégagée et que si le médium en dégage plus que les autres expérimentateurs, il s'établit assez vite un équilibre entre les assistants et lui. Le médium reprend à ceux-ci la force qu'il a dépensée, il en résulte que dans les séances réussies, les assistants sont ordinairement fatigués. Je crois avoir remarqué que certaines personnes dégagent cette force plus facilement que d'autres ; aussi voit-on très souvent les médiums demander k avoir pour voisins certains expérimentateurs. Il ne faut pas croire que ce choix soit déterminé parla faciUtéplus grande que certaines personnes offrent à l'exécution de phénomènes frauduleux. Il m'arrive généralement d'être ainsi choisi et je prie mes lecteurs de croire que j ai horreur de la fraude et des tromperies ; d'un autre côté j'ai une assez grande habitude des expériences, je n'y éprouve aucune espèce d'émotion, je conserve mon sang-froid et j'observe avec soin. Je suis

assez au courant des procédés frauduleux et je puis assurer que je prends bien garde à n'être pas trompé.

Ce serait une erreur de croire que ce choix souvent fait par le médium soit intéressé. En réalité il me paraît que le médium, organisation plus sensible que la moyenne, reconnaît \ite les personnes qui émettent le plus facilement la force dont il a besoin pour réparer ses pertes. Cette émission plus rapide peut être l'ell'et de 1 habitude ou dépendre de la constitution même de l'individu. Eusapia reconnaissait très vite les personnes à qui elle pouvait (acilement extraire la lorce dont elle avait besoin. Je me suis moi-même, au cours de mes premières expériences avec ce célèbre médium, aperçu à mes dépens de ce vampirisme. Un soir, à la fin d'une séance à l'Agnélas, elle fut soulevée du sol et portée sur la table avec sa chaise. Je n'étais pas placé à côté d'elle, mais sans lâcher la main de ses voisins, elle saisit la mienne pendant que le phénomène se produisait. J'eus une crampe d estomac, je ne puis mieux définir ma sensation, et une sorte de défaillance.

Ce fait, extraordinaire pour moi, m'avait beaucoup étonné et j'ai depuis toujours observé avec soin mes sensations. Cet examen a le défaut d'être purement subjectif, mais certaines constatations objectives l ont confirmé. On a une sensation particulière lorsque l'on émet cette force nerveuse et l'on peut sentir avec l'habitude, dans une séance, le passage de l énergie employée, de même qu'on peut percevoir rinterruplion de son llux. J'ai interrogé divers expérimentateurs et leurs observations ont souvent corroboré les miennes sur ce point.

Je crois donc pouvoir dire qu'une force quelconque est dégagée par les assistants ; qu'elle paraît être élaborée par le médium ; que celui-ci refait ses pertes aux dépens des expérimentateurs ; que certaines personnes fournissent plus aisément que les autres au médium la force dont il a besoin ; cidin ciii'unc certaine conununion d'idées, de vues, de

sentiments entre les expérimentateurs favorise l'émission de cette force.

Je n'ai aucune opinion certaine sur la nature et l'origine de celle-ci. Je pense qu'elle est très voisine de l'énergie qui circule dans nos nerfs et qui provoque la contraction de nos muscles. Je dirai plus tard les raisons qui me portent à penser ainsi.

Une seconde recommandation non moins importante à mon avis, est de prendre au sérieux les communications de la table, de l'écriture automatique ou des raps, et d'en tenir compte.

J'arrive ici à l'examen d'un des faits les plus curieux que révèlent les expériences dites psychiques. La force qui se manifeste paraît intelligente dans une certaine mesure. Je répète que rien ne me permet d'affirmer ni même de croire qu'elle soit produite par une entité distincte de celle des assistants. Je n'ai pas à discuter les hypothèses que l'on peut faire : je me borne à raconter des faits et, dans la suite de mon récit, j'indiquerai avec détailles circonstances qui me permettent de signaler l'apparente individualité de la force manifestée. Comme j'ai toujours pensé qu'en une pareille matière il valait mieux conserver une attitude expectante, je n'ai jamais considéré les avis exprimés par les phénomènes comme une ([uantité négligeable. Je me suis imposé la règle de traiter les manifestations de la manière qu'elles voulaient l'être. Chaque fois que j'ai procédé autrement les résultats n'ont pas été bons.

En général, les manifestations sont attribuées à un mort, connu ou inconnu. Cela n'est pas absolu et j'ai vu la table se dire le diable, un génie ou prétendre être un homme vivant encore. L'écriture automatique s'est donnée comme celle d'un Maliatma, mais le plus ordinairement je le répète c'est l'âme d'un mort qui prétend se manifester. Cette attribution usuelle explique les croyances spirites. J'ai de bonnes raion de penser que les esprits d'hommes défunts

Il ont rien eu à l'alio dans mes expériences, mais comme j'ignore en réalité la cause des pliénomèmes que j'ai observés, j'ai j)ollnuMil accepté les e\|)licatioiis que ceux-ci ont eux-mêmes données. Ainsi appelons-nous les geris que nous rencontrons à table d'Iiôte par le nom (pi ds se donnent sans nous préoccujx'i- ilc leur véritable état-civil.

Quelle que soit la personnification variable des pliénomènes, je conseille donc de l'accepter et de tenir compte des observations faites par elle. Il ne faut pas s'imaginer que les idées exprimées soient dues aux mouvenienls inconscients des opérateurs : cela peut être vrai lorsque les communications sont dues à une table, à l écriture automatique ou à des objets avec lesquels les expérimentateurs sont en contact ; cela ne 1 est certainement pas lorsqu elles se produisent sous la forme de raps frappés en dehors de tout contact comme j'ai pu le constater une quantité de fois. Au surplus, comme je me borne à indiquer les résultats de mon expérience personnelle, il me suHira de dire que la méthode que je recommande m'a paru bonne. J'ai toujours constaté les mauvaises conséquences de mes refus de tenir compte des conseils spontanés que donne la personnification des phénomènes.

Un de ces conseils le plus fréquemment donnés concerne la place que les expérimentateurs doivent occuper.

Au début d une série d'expériences, les expérimentateurs se placeront comme ils l'entendront : j'ai déjà Indiqué qu'il fallait en général adosser la chaise du médium aux rideaux du cabinet et alterner les sexes. Une fois les expérimentateurs placés, l'expérience commence. Il est bon de choisir un directeur. Rien n'est plus mauvais que l'absence de direction dans les séances. Quand chacun veut diriger les expériences, il se produit une confusion dans le cercle et le résultat n'est pas bon. J'ai vu beaucoup de séances au cours desquelles les expérimentateurs parlaient à la fois, chacun demandant un phénomène particulier. On n'avait générale-

LA MÉTHODE /iQ

ment rien. Les assistants doivent donc désigner celui d'entre eux qui aura la mission de diriger l'expérience, notamment de converser avec la personnification si celle-ci en manifeste le désir.

Quand on veut conserver le compte rendu d'une expérience il est indispensable de charger un des expérimentateurs de prendre note des événements au fur et à mesure qu'ils se produisent. Cet expérimentateur doit faire partie du cercle.

Il ne faut pas croire que la modification du cercle soit inopérante. Mon expérience personnelle m'a démontré qu'il était mauvais d'introduire fréquemment des personnes étrangères dans le cercle. Il faut convenir que l'on fera une série de six expériences au moins sans que le groupe soit modifié: aucun nouvel expérimentateur ne sera admis, aucun des expérimentateurs anciens ne devra manquer à la séance. Si au bout de six séances on n'a rien obtenu, je conseille de modifier le cercle, d'éliminer certains éléments et de les remplacer par d'autres. Il est préférable de changer un à un les éléments et de faire quelques expériences avec le cercle ainsi modifié avant de l'altérer encore.

Si des résultats intéressants sont obtenus et qu'on désire les montrer, il faut introduire graduellement, un par un, les nouveaux assistants et je le répète, ne les introduire que toutes les trois ou quatre séances. On risquerait de compromettre le succès des expériences en procédant autrement.

Il arrive quelquefois que la personnification demande l'adjonction d'une personne déterminée ; il est alors bon de la convier aux expériences si les circonstances le permettent.

Ces observations faites, je reviens à la séance que j'ai supposé commencée. Les assistants placent leurs mains sur la table ; il n'est pas nécessaire en général de faire la chaîne, c'est-à-dire d'établir le contact entre les petits doigts des

Maxwell. A

5o LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

assislanls. Une fois les mains placées, la cliambre bien éclairée, on attend. On peut causer, chanter si l'on veut. L'émission de la voix, surtout l'émission rythmée est une condition excellente ; il est bon de Taire de la musique : notamment de jouer de l'orgue. Pourquoi la production des ondes sonores rythmées favorise-t-elle le phénomène ? Je n'ai aucune explication à donner de ce fait que je n'ai pas été le seul à constater.

11 n'est pas rare qu'au bout de quelques minutes la table ne paraisse s'agiter et ne se soulève. Si l'on expérimente avec des spirites ou avec des personnes habituées aux procédés spirites, on verra la table frapper du pied. Je conseille de lui demander si elle veut parler et de convenir que deux coups frappé voudront dire non et trois coups oui; tous les autres nombres convenus peuvent être choisis. La table ainsi consultée répond généralement oui. On peut lui demander si l'on est bien placé : si elle indique un autre emplacement des assistants il vaut mieux lui donner satisfaction.

Ceci fait je conseille de faire connaître à la table quels résultais Ion cherche et de lui indiquer notamment que les mouvements avec contacts paraissant peu probants, on ne désire pas en avoir. J'ai remarqué que la personnification — je désigne ainsi l'entité quelconque qui prétend se manifester — était très suggestible d'ordinaire ; il suffira donc d'indiquer dès le début de l'expérience l'objection que l'on fait aux mouvements avec contact pour que l'on en soit à peu près complètement débarrassé.

Je n'ai pas besoin d'insister sur l'objet de l'indication que je recommande de donner. Au point de vue spécial de l'observation des faits matériels, le mouvement d'une table sur laquelle on appuie la main ne signille rien. Je considère comme une perte de temps la production de ces mouvements qu'expliquent sunisamment nos propres contractions musculaires inconscientes et Involontaires. Le

phénomène ne mérite l'examen d'un homme sérieux que s'il se produit sans contact ou avec contact insuffisant, par exemple quand la table se soulève complètement, les assistants ayant tous les mains dessus. Il vaut mieux ne pas expérimenter que de perdre son temps à observer les mouvements avec contact, à moins que Ton ne cherche bien entendu à analyser le contenu des messages typtologiques.

Je recommande beaucoup d'éviter avec le plus grand soin la production des mouvements automatiques. J'ai bien des motifs de croire que l'agent qui produit les phénomènes télékinétiques ne les réalise que s'il s'accumule de manière à acquérir une tension déterminée. J'ai déjà indiqué la connexion étroite, l'identité peut-être, entre cet agent et celui qui fait contracter nos muscles ; je signalerai les expériences sur lesquelles cette impression s'appuie, il me sutFit de la mentionner dès à j)résent pour que l'on comprenne les raisons pour lesquelles je recommande instamment d'éviter, au début, de se laisser aller aux mouvements plus ou moins subconscients. Si, comme je le pense, l'énergie qu'élabore notre système nerveux est en relation étroite avec celle dont les expériences de télékinésie nous manifestent les eifets, il est probable qu'elle ne produira ces effets curieux qu'à la condition d'acquérir une tension suffisante pour qu'elle puisse se dégager. Mes connaissances en physique sont trop rudimentaires pour que je me permette de faire des comparaisons précises entre cette lorce et l'électricité: j'indiquerai cependant qu'elle m'a paru présenter quelques analogies avec l'électricité bien qu'elle n y soit certainement pas identique ; mais les analogies sont peut-être suffisantes pour que la comparaison puisse rendre ma pensée plus claire.

Un conducteur électrique chargé d'une quantité d électricité donnée, aura une densité électrique g; si la quantité augmente, cette densité sera g et l'on aura g' > g ; la ten-

siou sera dans le premier casT=27:G", dans le second T'= aTîcr" : T' sera plus grand que T.

Le conducteur restera chargé tant que la tension ne dépassera pas la résistance qu'oppose le milieu ambiant au dégagement do l'électricité ; dès que cette résistance sera intérieure à la tension il y aura dégagement d'électricité.

Dans le cas d'un médium, la charge d'énergie croît avec le temps et l'immobilité relative. Si par des mouvements inconscients ou volontaires les expérimentateurs ne permettent pas à celte çnergic de s'accumuler, elle n'atteindra jamais la tension nécessaire pour qu'elle s extériorise. H y a des réserves à Faire cependant, parce que j ai constaté que lorsque cette tension était suffisante, des mouvements exécutés ou esquissés déterminaient la production du phénomène moteur, comme si l'exécution du mouvement paraissait libérer une quantité d'énergie supérieure à celle qu'utilisait le travail du muscle : l'excès de force était alors employé, en apparence, à la réalisation du mouvement télékinétique.

Je crois avoir observé, en effet, que toutes les fois que l'on s'abandonne aux mouvements volontaires ou non, les mouvements télékinétiques sont très difficiles à obtenir. On dirait que l'énergie qui les détermine ne les accomplit que lorsqu'elle ne peut se dégager par les issues normales ; elle a une tendance à se dépenser normalement, en mouvements musculaires ordinaires ; cette tendance est une des causes les plus fréquentes de la fraude involontaire et l'occasion habituelle de la fraude volontaire. Il faut veiller à réprimer celte tendance : cela peut demander quelque effort d'attention au début, mais l'habitude s'en prend facilement.

Les choses ainsi réglées, on attend. On n'obtiendra généralement rien dans une première séance, à moins d'avoir eu la chance de rencontrer du premier coup un médium. Ce n'est pas le cas ordinaire. Ceux qui veulent sérieusement se rendre compte des faits, qu'après lunt

d'autres, je signale à mon tour, ont à faire provision d'une patience à toute épreuve. Je puis leur assurer la réussite à un moment donné mais je ne puis leur dire combien ils feront d'inutiles essais. Qu'ils ne se lassent pas ; qu'ils modifient progressivement la composition du cercle jusqu'à ce que l'élément nécessaire se rencontre. Ils seront alors récompensés de leur peine.

Je leur recommanderai toutefois d'éviter aA^ec soin les médiums professionnels. Quelques-uns d'entre eux sont cependant sincères. Eusapia Paladino est du nombre. Ce n'est pas sans regrets que jai lu les attaques dont elle a été l'objet. Il est vrai qu'elle produit quelquefois des phénomènes suspects, mais il est puéril de conclure de ce fait qu'elle trompe constamment. J'aurai à dire plug loin ce que je pense de la fraude : chez Eusapia les cas suspects que j'ai observés et analysés sont intéressants si on les étudie sans parti pris. Ils nous montrent le rôle que la conscience subliminale, impersonnelle ou liée à une personnalité seconde joue dans ces phénomènes. Ils soulèvent d'attrayants problèmes psychologiques.

Mais Eusapia est sincère. Une séance réussie est avec elle convaincante. Il faut n'être pas au courant des règles les plus élémentaires pour avoir une série complète d'insuccès quand on expérimente en sa présence. C'est aussi une erreur de croire qu'elle est intéressée. Tous ceux qui la connaissent pensent, j'en suis persuadé, comme moi. J'ai trois fois pris part à des séries d'expériences avec Eusapia et je parle en homme aussi bien informé que n'importe qui. Il me semble que j'ai le devoir d'apporter à cette pauvre femme si vivement critiquée par des personnes incompétentes, mon témoignage d'expérimentateur impartial.

Une autre catégorie de médiums qu'il ne faut observer (|ue pour des recherches spéciales est l'innombiable phalange des médiums spiriles. Certains de ces médiums sont

de bonne foi cl l'un d'eux, M™" Agullana m'a quelquefois donné des séances intéressantes. Les faits que j'ai eu l'occasion d'observer avec ce médium bordelais sont très différents de ceux que j'ai constatés avec Eusapia ; ils sont d'ordre intellectuel et soulèvent un problème très compliqué. 11 ne faut pas juger la médianitc de M""* Agullana d'après les séances de son groupe. Ces séances ont le caractère religieux que présentent presque toutes les réunions spirites vraies. Il est difficile à un expérimentateur d'y observer à son aise : la curiosité de ceux qui ne clierchent que la démonstration objective d'un fait peut paraître indiscrète et déplacée dans ces séances. Les fidèles peuvent avec raison y voir une intrusion. Convaincus de la vérité de leurs doctrines, ils supportent mal qu'on la discute publiquement dans des réunions où la discussion n a que faire. Ils préfèrent les discours du médium entrancé à linutile intervention des profanes. Leurs séances consacrées presque toujours à l'obtention de communications, ont le grave défaut de développer cbez leurs médiums l'automatisme inconscient. Cette raison est déterminante pour moi.

M™* Agullana elle-même, dans quelques séances oii n'assistaient qu'un très petit nombre d'expérimentateurs a manifesté certaines facultés supranormales dont les séances ordinaires de son groupe ne m'ont pas donné 1 indication au même degré. Ce médium est d'une parfaite bonne foi d'ailleurs et d'un désintéressement très grand. Elle ne reçoit jamais aucune rémunération.

Cette circonstance est importante, car les médiums qui prélèvent des lionoraires peuvent être plus l'acileinent suspectés.

Les résultats les plus convaincanls ont été obtenus par moi avec des personnes étrangères au spiritisme et ignorant ses pratiques. Il m'est arrivé un jour de découvrir un médium ])ien inopinément. Invitée à expérimenter pou» la preimùro fois, une personne prit place avec moi auprès

d'une table. Elle était à peine assise que des coups violents retentirent sur le plancher : cette personne, fort honorable, instruite et intelligente, est un des plus remarquables sujets qu'il m'ait été donné de rencontrer. Mais, comme elle craint le ridicule, comme elle ne veut pas être raillée dans les journaux et redoute toute publicité, elle veut n'être pas connue. Voilà les résultats des critiques malveillantes dont ces expériences sont l'objet.

Je suis persuadé que le nombre des médiums est beaucoup plus considérable qu'on ne pense ; il est rare que dans un cercle de huit à dix personnes choisies dans les conditions indiquées par moi, on ne trouve aucun sujet.

A quelque milieu social qu'il appartienne, de quelque sexe qu'il soit, le médium est un sensitif. Il ne faut jamais l'oublier et ne pas perdre de vue que les phénomènes seront d'autant plus nets et plus beaux que le médium s'abandonnera avec plus de confiance et de sympathie.

Cette constation n est pas faite pour surprendre ceux qui sont familiers avec les expériences d'hypnotisme, car ils savent combien le sommeil est facile à provoquer chez un sujet qui se livre et combien il est difficile au contraire à produire chez celui qui résiste ou qui se défie de l'opérateur. J'ai la persuasion que les strates impersonnelles de la conscience jouent dans les phénomènes psychiques un rôle comparable à celui qu'elles ont dans les phénomènes hypnotiques.

Aussi me paraît-il nécessaire d'insister sur les égards qu'il convient d avoir pour le médium. J'en ai beaucoup pratiqué et j'ai rencontré chez tous une délicate susceptibilité. Elle est plus ombrageuse encore chez ceux qui appartiennent aux classes sociales les plus affinées par l'éducation, l'instruction ou le rang. Cette susceptibilité ne doit pas être interprétée comme un signe de dégénérescence. Je ne puis ni'empêcher de sourire quand je lis les dissertations de certains savants coiiloinporains t[ui considèrent comme des

tares toute dévialion de la normale. Une pareille manière de voir implique un véritable jugement a priori, une de ces pétitions de principe si nuisibles au libre développement de la pensée scientifique. L'homme normal n'est qu'une moyenne; il y a des individus qui sont inférieurs au niveau moyen ; il y en a d'autres qui le dépassent. La nature ignore l'égalité. Elle ne nous offre partout, dans tous les règnes, qu'inégalités, différences, diversités. C'est l'unité illusoire de notre personnalité qui nous porte à unifier et à codifier les phénomènes naturels elles êtres eux-mêmes. C'est une des nécessités de l'organisation de nos sciences qui ne deviennent inteUigibles qu'à la condition de s'adapter aux formes de notre entendement. Rien ne nous autorise à penser que ces formes aient une réalité métaphysique : elies peuvent n être qu'une condition subjective de notre apercej)tion.

C'est par un processus mental analogue quç nous donnons de la réalité au type intellectuel ou physique de l'homme moyen. La dégénérescence qui est souvent un retour eu arrière, un rappel de types inférieurs en est une déviation négative : le génie une variation positive. De môme, le système nerveux de l'homme imaginairemoyen n'est qu'une abstraction ; en réalité, la sensil)ihté des systèmes nerveux des différentes individualités humaines varie dans de très grandes limites. Une variation négative donnera des êtres moins sensibles, moins délicats que le type moyen : une variation dans le sens positif donnera des individus plus sensibles et plus délicats. Les considérer comme des anormaux n'est que grammaticalement vrai. Les uns sont des infranormaux, les autres des supra-normaux. Les premiers n'ont pas atteint le niveau moyen, les seconds l'ont dépassé à certains points de vue.

Il n'est donc pas étonnant qu'à une sensibilité plus aflinée du système nerveux ne corresponde une émolivité plus grande ; la susceptibilité est elle-même en fonction do M

l'émotivité. Cela me paraît expliquer un fait qui m'a paru certain : c est que les médiums sont tous très faciles à froisser. Un médium mécontent, irrité, est un outil mauvais.

J ai eu l'occasion de m'en rendre compte, avec Eusapia par exemple. Personne n'est plus irritable et plus susceptible qu'elle, personne n'est plus confiant aussi; il suflit de lui témoigner de la sympathie et d'avoir pour elle des égards sincères. Mes collègues de la Society for Psychical Research ont commis la faute que je signale et c'est une des raisons pour lesquelles les expériences qu'ils ont faites à Cambridge en 1895 n'ont pas donné de bons résultats. Il y a d'autres causes à leur insuccès et j'aurai l'occasion de les indiquer; mais l'une des plus certaines est la défiance qu ils ont insjîirée à Eusapia dès le début de leurs expériences. Je sais qu'Eusapia se trouvait mal à l'aise à Cambridge et que Tune des conditions nécessaires à l'obtention de phénomènes télékinétiques n'était pas remplie. Je ne veux à présent signaler que cette circonstance, car j'analyserai les expériences de Cambridge en étudiant les fraudes des médiums ; ce n'est pas ici le lieu de le faire.

Eusapia d'ailleurs n'est pas le seul médium qui m'ait permis d'arriver à la conclusion plus haut formulée. J'en ai observé beaucoup. Je n'ai jamais caché l'intérêt que je prends aux phénomènes supranormaux ; les situations que j'ai occupées m'ont donne une notoriété relative et je l'ai longtemps regretté ; mais je dois dire en même temps que cette notoriété, jointe à la confiance naturelle qu'inspirent mes fonctions m'a valu beaucoup de confidences. Une discrétion assurée, à laquelle je n'ai jamais manqué, a encouragé certaines personnes à m'inlroduire dans des cercles étroitement fermés 011 j'ai vu des faits très nets et très convaincants. J'ai toujours remarqué que le mécontentement, le malaise moral comme la fatigue et le ma-

lai se physique du médium entraînaient l'échec des expériences.

Le conseil que je donne est important à suivre. Gagnez par votre déférence, votre loyauté, votre propre sympathie, la confiance et la sympathie du médium. Si vous constatez une fraude qui vous paraît volontaire n'hésitez pas, après la séance et à la première occasion favorable, à lui exprimer franchement vos doutes ou votre impression. Si vous percevez une fraude involontaire, mettez le médium en garde contre lui-même ; agissez avec lui avec sincérité toujours, mais en même temps avec douceur et courtoisie.

Gomme je l'ai indiqué déjà, la fatigue et le malaise physique ont les mômes elfets que le malaise moral. Aussi convient-il de ne pas expérimenter avec un médium malade. Les résultats seraient mauvais au point de vue expérimental et ne seraient pas meilleurs pour la santé du sujet. Evitez aussi avec soin de faire avec le médium de trop fréquentes expériences. Trois séances par semaine sont déjà beaucoup. Il est permis d'expérimenter trois fois par semaine lorsqu'on opère avec un médium entraîné et que la durée des expériences ne doit pas s'étendre au delà de deux ou trois semaines. 11 serait mauvais de faire d'aussi fréquentes expériences avec un sujet jeune, ou pendant un temps plus long. Deux séances me paraissent être le nombre de choix : une seule doit être faite si le médium exerce une profession fatigante.

J'ai vu des médiums se rendre malades en voulant expérimenter trop souvent. L'abus des expériences amène rapidement chez eux un surmenage nerveux et peut provoquer des troubles quclquclois graves : la neurasthénie est le plus fréquent et le moindre d'entre eux. Aussi ai-je pris pour règle absolue de n'expérimenter avec les médiums non professionnels que s'ils s'engagent à ne pas faire d'expériences avec d'autres cercles que le mien pendant toute la durée de nos séances co'mniuncs. Je suis persuadé de l'innocuité

LA MÉTHODE Sq

absolue des expériences prudemment conduites autant que je suis certain des dangers des séances trop nombreuses, trop prolongées ou faites sous la direction de gens incompétents. Je n'ai aucune crainte d'assumer la responsabilité des premières, mais je neveux à aucun prix endosser indirectement celles des autres. Je ne saurais trop recommander la même prudence.

Une dernière recommandation est à faire : il faut éviter d'expérimenter avec des personnes d'une moralité douteuse. Je n'ai pas besoin d'insister sur les inconvénients de tous genres auxquels une aussi imprudente collaboration peut exposer.

Pour résumer les indications que je viens de donner d'une façon peut-être trop complète, je rappellerai brièvement les conditions qui m'ont paru les meilleures : éclairage suffisant d'abord ; il faut éviter que la personnification prenne l'habitude d'opérer dans l'obscurité ; plus la lumière sera vive, plus les expériences seront convaincantes ; appartement petit, table à quatre pieds légère, chevillée plutôt que clouée, cabinet d'étoffes souples ; les expéiimentateurs ne devront pas être en général plus de huit ; il convient qu'ils expérimentenl sérieusement, sans tourneren ridicule les pratiques auxquelles ils se soumettent. Il est bon qu ils chargent l'un d'entre eux de diriger la séance, de converser avec la personnification et de prendre les mesures d ordre nécessaires. Ils veilleront à maintenir le bon accord entre eux et s'abstiendront de s'accuser réciproquement de pousser la table, chose que les novices font avec régularité. Il faut remettre toutes les discussions à la lin de la séance et ne jamais en provoquer au cours de celle-ci. Entin, ils devront ménager avec soin la susceptibilité du médium quel qu'il soit.

La plus grande patience sera nécessaire ; le cercle ne devra être modillé qu'avec prudence et après un certain lombre de séances vides.

6o LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

§ 4. — La personnification.

Je crois utile de faire connaître la manière de traiter la personnification qui ma semblé la meilleure. C'est encore là une considération capitale.

J'appelle personnification rétre quelconque qui assure se maniiester. J'ai déjà indique qu'ordinairement cet être se prétend l'âme d'un mort. Ce n'est pas absolu, et les phénomènes peuvent personnifier Dieu, les anges, le diable, tous les êtres spirituels de la légende ou des contes de fées. Je n'ai pas besoin de dire combien je suis éloigné de croire à la réalité de l'être ainsi manifesté ; j'ai les meilleures raisons d'en douter. J'ai remarqué que le rôle joué par la personnification variait avec la composition du cercle. Ce sera toujours l'esprit d'un mort ou d'un vivant avec des spirites. Il y a plus de variété dans les rôles joués par les phénomènes intellectuels si le cercle est composé de personnes qui ne sont pas spirites. 11 arrive quelquefois, dans ce cas, que les communications prétendent émaner des assistants euxmêmes. Je suis tenté de croire qu'il en est généralement ainsi et qu'il se forme une sorte de conscience collective. Je ne donne cette impression qu'avec toutes sortes de réserves, car je le répète, je n'ai aucune opinion certaine à ce sujet ; mais les expériences que j'ai faites me laissent d'une manière générale cette impression. C'est un chapitre inconnu de la psychologie des foules. J'avoue n'avoir aucune explication à donner de l'action qu'une pareille conscience collective paraît avoir sur la matière ; mais cette diiïiculté me paraît moins insurmontable que celles dont s'entoure l'hypothèse spirite. En admettant en effet que les phénomènes soient produits par un être (bslinct de nous, ayant une volonté irautant plus marquée qu'elle émane d'un être spirituel plus éclairé que nous,, «'ai peine à comprciulrc lu sugi^estibililc i!'iiii

LA MÉTHODE 6l

pareil être. Or, je crois que la personnification est ordinairement très suggestible. Je dis ordinairement car il y a des cas où elle fait preuve d'un remarquable entêtement ; c'est l'exception et je dois dire, pour être exact, que lorsque la personnification marque une volonté bien arrêtée, il n'y a pas à lutter contre elle. 11 faut suivre la direction qu'elle donne ; on a dans ce cas de grandes chances d'ol^tenir des résultats. On n'aurait rien en la rebutant.

Il y a très peu de personnes en dehors des gens habitués aux séances, qui aient le courage de traiter la personnification comme elle veut l'être: c'est une faute. Il faut se placer au point de vue pratique et ne pas hésiter à dépouiller tout amour-propre pour arriver à un résultat. J'ai conscience autant que personne de l'allure comique d'une conversation entre un grave expérimentateur et un être inexistant ; j'ai eu toutes les peines du monde à vaincre la répugnance que m'inspirait ce procédé : j'y voyais une espèce de jonglerie indigne d'un esprit cultivé. L'expérience m'a clairement montré que je me trompais, sans cependant me démontrer la réalité de l'être personnifié. Toutes les fois que j'ai considéré comme une quantité négligeable la personnification, j'ai eu des résultats mauvais ou médiocres.

Cela ne veut pas dire que les résultats aient toujours été proportionnels aux égards que je lui témoignais ; la personnification est en général prodigue de promesses ; ce sont là de biens bons billets. Il serait de la dernière naïveté d'ajouter une foi absolue aux dires de la personnification ; il faut ne se fier qu'à soi-même. Je ne sais si le démon de Socrate ne l'a jamais trompé : ceux de ses confrères que j'ai interviewés m'ont paru d'une douteuse sincérité. On ne pourrait pas commettre une plus grande imprudence que d'ajouter foi aux conseils de la personnification quelque bons qu'ils aient toujours été. J'espère pouvoir donner un récit bien instructif à ce sujet si je puis obtenir l'autorisation de publier une observation depremière main qui ma été communiquée.

Mes observations personnelles m'ont généralement mis en relu lion avec des personniiicutions ayant plus d'imagination et de bonne volonté que de respect pour la vérité. Elles m'ont promis de merveilleuses démonstrations que j'attends encore, notamment des matérialisations complètes. Peut-ùtrc suis-je trop exigeant et devrais-je m'estimer suffisamment heureux d'avoir vu ce que j'ai pu observer. Mais l'on n'est jamais content de son sort. Les vers vingt fois séculaires d'Horace sont, sur ce point, encore vrais aujourd'hui.

Si je recommande énergiquement de ne pas abandonner la conduite de sa vie ou de ses all'aires à la personnification, je recommande avec la même énergie de la traiter avec les plus grands égards. On ne peut faire que des hypothèses sur son essence : le scepticisme que l'ensemble de mes observations m'a inspiré vis-à-vis d'elle peut n'être pas fondé : aussi, vaut-il mieux lui témoigner la courtoisie que l'on marque à un co-expérimentatéur. Cette prudente attitude est la plus profitable. Dans la pratique j'ai pour la personnification les mêmes égards que pour le médium. Je ne l'appelle pas cher esprit comme le font les spirites, mais je l'interpelle par le nom qu'elle s'est donnée et je me trouve bien de lui indiquer avec précision ce que je cherche. Son concours, quelque réalité qu'il ait au fond, m'a paru indispensable. Je n'ai pas besoin d'insister sur les diilerents caractères que je viens de signaler pour que l'on s'aperçoive combien les réactions delà personnification se rapprochent de celles de la conscience subliminale.

Dans la pratique, la première manifestation de cet être prohablcment fictif, se fera par des coups Irappés sur le plancher par un pied de la table. Il est prudent de convenir d'un code de signaux. Le plus simple est deux coups pour non, trois coups pour oui ; cinq coups pour demander l'alphabet. Un coup est un signal douteux et il vaut mieux n'employer que des signes plus compliqués.

Il sera difficile au début d'éviter ces coups frappés : j'ai déjà dit qu'il fallait les proscrire et amener la personnification à se manifester autrement. On fera bien d'accepter le code typtologique ci-dessus décrit pour les premières conversations, mais de l'abandonner dès que l'on aura clairement expliqué à la personnification que les mouvements avec contact sont inacceptables. Je parle bien entendu dans l'iiypothèse où 1 on cherchera des mouvements télékinétiques ou parakinétiques. Si la personnification au bout de cinq ou six séances d'une heure au plus chacune, ne commence pas à produire les phénomènes désirés, il faut modifier le cercle de la manière que j ai indiquée : ces modifications devront être patiemment faites jusqu'à ce qu'on rencontre un médium véritable. Il est bon de demander à la personnification d'indiquer le nom du membre du cercle à remplacer et, si possible, de lui faire désigner son remplaçant. Une pareille désignation est souvent utile. Il m'est arrivé une fois ou deux de voir la table donner le nom de personnes auxquelles nul d'entre nous ne songeait, consciemment au moins, au moment de l'expérience. Diverses raisons n'ont pas permis de suivre les indications données par la table et les expériences n'ont pas été continuées.

Les mouvements avec contact peuvent être éhminés par le procédé que j'ai donné : leur élimination, faite d'accord avec la personnification n"a aucun inconvénient : elle en présenterait si on agissait brusquement.

J'ai déjà dit que la personnification est d'ordinaire très suggestible. 11 faut remarquer que c'est une suggestibilité spéciale : chez un sujet hypnotisable, le ton du commandement donne plus de force à la suggestion : il n'en est pas de même pour la personnification qui se montre rebelle à tout ordre impératif. Elle accède facilement au contraire aux suggestions proposées avec douceur et insistance. D'habitude, j'explique le but que je me propose et les raisons pour lesquelles j'écarte tous les phénomènes explicables par

l'action musculaire inconsciente. Je traite la personnification, je le répète, connue un co-expériinentaleur. Il est rare, qu'ainsi exhortée, elle ne consente pas volontiers à s'abstenir des phénomènes dénués d'intérêt et n'en promette de plus démonstratifs. J'ai déjà dit qu'il ne fallait pas faire grands fonds sur de pareilles promesses. Neuf fois au moins sur dix les expériences n'aboutiront pas et devront être reprises sur de nouveaux frais.

Mais, la patience de l'expérimentateur ne sera pas constamment inutile et il finira par rencontrer, plus ou moins rapidement, le médium nécessaire. Il constatera alors ce que j'ai observé.

Les premiers phénomènes supranormaux sont les raps ou les oscillations sans contact. Quelquefois le phénomène se manifeste d'emblée avec intensité, c'est l'exception : d'ordinaire les bruits ou les mouvements, faibles au début, prennent peu à peu de l'intensité. Dès qu on les obtient, il faut convenir avec eux de certains signes. Le moyen le plus simple est de procéder, pour les raps et les oscillations, comme pour les coups frappés parle pied de la table. Le phénomène est alors intéressant, car les raps sont frappés sant contact et l'hypothèse des mouvements involontaires est insuffisante pour les expliquer.

Il est rare que les communications ainsi données soient très intelligibles. Il ne faut pas se lasser de faire répéter les mots. Il arrive souvent que des lettres soient omises, ou qu'une lettre soit indiquée pour une autre ; cela arrive surtout pour les lettres qui sont voisines l'une de l'autre dans l'alphabet. En écrivant avec soin les lettres marquées, on trouve un sens très net. Par exemple, les raps frapperont MARTJN pour Martin, Heoriette pour Henriette, etc. Il ne faut pas abandonner la partie dès que le mot paraît inintelhgible. Attendez que la phrase soit complète : elle s'éclairera toute seule quelquefois. Il n'est pas rare que les lettres soient dictées à rebours, mais je n'ai pas observé person-

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nellement ce fait. Lorsque la phrase est incompréhensible, il faut la faire recommencer. Même dans les expérience tendant à l'obtention de phénomènes matériels il ne faut pas refuser d'écouter les appels à l'alphabet : le plus souvent la personnification donnera un conseil sur le mode opératoire.

Très souvent elle se plaint de l'excès de lumière. Dans beauoup de séries d'expériences, la personnification insiste pour avoir l'obscurité. Il faut poliment lui résister et lui faire comprendre que les phénomènes physiques perdent beaucoup de leur valeur dès qu'ils cessent d'être visibles. Je n'hésite pas à dire à la personnification que les expéliences de ce genre ne sont pas probantes dans l'obscurité, (ju'elles permettent de suspecter la bonne foi des opérateurs otque d'ailleurs j'obtiens des phénomènes en pleinelumière. Ces raisons déterminent souvent la personnification à ne plus réclamer l'obscurité.

Dans d'autres cas, c'est la personnification elle-même qui demande c|u'on n'opère pas dans les ténèbres. C'est avec des personnifications de ce genre que j'ai obtenu les plus beaux résultats.

Quand la pseudo-entité demande à l'un des opérateurs d'abandonner le cercle, il est prudent de lui donner satisfaction à moins que l'élimination demandée ne soit inacceptable pour diverses raisons. Dans ce cas, il est bon d'expliquer ces raisons : il est rare qu'elles ne soient pas acceptées.

Telles sont les règles générales qu'une assez longue expérience m'a déterminé à adopter. Je m'en suis toujours bien trouvé. Je n'ai jamais observé, dans les expériences dirigées par moi, les communications obscènes ou absurdes dont se plaignent certaines personnes. Réfléchissant peut-être mon propre état d'esprit, j'ai généralement rencontré des j)er- ^onnificalions à tendances scientifiques et sérieuses.

Je viens d'exposer en délail et peut être avec minutie,

Maxwill. 5

les conclusions auxquelles je suis arrivé en ce qui concerne les procédés opératoires eux-mêmes. J'aborde maintenant l'indication des résultais que j'ai obtenus et les constatations que j'ai laites. J'examinerai successivement les raps, les mouvements sans contact, les phénomènes lumineux, les phénomènes intellectuels.

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