CHAPITRE II
DES RAPS
Je ne m'occuperai pas des mouvements avec contacl ; au point de vue physiqueils n'ont aucune signification sérieuse: ils s'expliquent trop aisément par les mouvements inconscients additionnés des expérimentateurs pour qu il y ait lieu de s'v arrêter. Les messages obtenus par leur intermédiaire peuvent présenter un intérêt interne : ils se classent alors dans les phénomènes intellectuels proprement dits.
Le premier phénomène qui mérite d'être observé est celui des raps. C'est en général celui qu'on obtient le plus facilement. Il faut remarquer cependant que les facultés des médiums ne sont pas identiques ; les uns produisent surtout des phénomènes jjhysiques, les autres des phénomènes intellectuels. Les premiers eux-mêmes manifestent des propriétés diverses : certains obtiennent plutôt des raps, d'autres des mouvements, d'autres enfin des phénomènes lumineux. Cependant, d'une manière générale, les raps m'ont paru l'un des phénomènes les plus simples.
Si l'on opère avec un médium même de force moyenne, les raps se manifesteront dès la troisième ou la quatrième séance. Ils se feront entendre plus tôt si le médium est supérieur.
Les raps, généralement, paraissent résonner sur le plateau de la table : mais ce n'est pas toujours le cas. On les entend fréquemment sur le plancher ou sur le sol, sur les assistants ou sur les meubles, les murailles et le plafond.
Je n'en ai enlendu d'aullienliqucs que sur la lablc, le sol, les murailles et les meubles voisins du médium. J'en ai souvent conslalé en dehors des séances régulières.
La manière la plus simple pour les obtenir est de procéder comme je l'ai dit au chapitre I ; les expérimentateurs assis autour de la table appuient la face palmaire de leur main, les doigts étendus, sur le plateau du meuble. Cette façon de procéder n'est pourtant jias à recommander, cav les raps sont très faciles à imiter, il ne faut jamais perdre de vue cette circonstance en appréciant une expérience : j'énumérerai plus loin les ptocédés frauduleux les plus usuels. Cependant, même en maintenant les mains sur le plateau de la table, on peut obtenir des raps suffisamment sonores pour exclure l'hypothèse de la fraude, sinon absolument, tout au moins avec beaucoup de probabilité.
J'ai obtenu les raps en pleine lumière. J'en ai eu si fréquemment avec la plus vive clarté que je me demande si l'obscurité les favorise au même point que certains autres phénomènes. 11 est permis de croire cependant que 1 énergie qui les produit s'accumule de préférence dans les endroits abrités de la trop vive lumière, par exemple sous le plateau de la table ou sous le plancher. Ce qui me le fait supposer c'est quil m'est arrivé de remarquer souvent que les raps éclataient sous la main du médium, lorsqu'ils paraissaient se produire sur le plateau de la table.
Le contact des mains n'est d'ailleurs pas nécessaire pour l'obtention des raps. J'en ai obtenu très facilement sans contact avec certains médiums.
Lorsqu'on réussit à avoir des raps avec contact, un des moyens les plus sûrs pour les obtenir sans contact est de conserver un ceilain temps les mains appuyées sur la table, puis de les soulever avec une extrême lenteur en maintenant la face palmaire tournée vers le plateau de la table, les doigts en légère extension, sans raideur. Il est rare, dans ces conditions, que les raps ne continuent pas à se faire entendre ;mi
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moins pendant quelque temps. Je n'ai pas besoin d'ajouter que les expérimentateurs doivent éviter non seulement le contact de leurs mains avec la table, mais même celui de toute autre partie de leur corps ou de leurs vêtements. Le contact des vêtements avec la table peut suffire à produire desraps qui n'ont rien de supranormal. 11 faut donc veiller à ce que les robes des dames elles-mêmes soient écartées avec soin des pieds de la table. En prenant les précautions nécessaires, les raps retentissent dans des conditions très convaincantes.
Avec certains médiums, l'énergie libérée est assez grande pour agir à distance; j'ai eu l'occasion d'entendre des raps résonner sur une table qui était à près de deux mètres du médium. Nous avions fait une très courte séance et nous avions quitté la table. J'étais étendu dans un fauteuil, le médium, debout, causait avec moi quand une série de coups fut frappée sur la table que nous venions d'abandonner. Les assistants me sont personnellement connus et j'ai la persuasion qu'ils sontau-dessus de toute espèce de soupçon, mais cette circonstance est tout à fait insuffisante à elle seule pour entraîner une conclusion favorable au phénomène, car je ne saurais trop mettre en garde les observateurs contre toute confiance aveugle dans leurs voisins. Les expérimentateurs sérieux doivent exclure toute susceptibilité entre eux et convenir d'avance que les vérifications et les contrôles réciproques pourront être librement exercés sans que personne s'en formalise. Dans le cas que je rappelle, la table où résonnaient les coups était éloignée de deux mètres environ du médium et de moi ; il faisait grand jour, on était en plein été, vers 5 heures du soir ; la table n'avait jamais été touchée par le médium et les assistants avant l'expérience : les coups étaient forts et durèrent plusieurs minutes.
J'ai eu un grand nombre de fois l'occasion d'observer des faits du même genre. Il m'est advenu, en voyage, de rencontrer même une fois parmi mes compagnons de
route un intéressant médium. Il ne m'a pas donné la liberté de le nommer, mais je puis dire que. c'est un sujet honorable, instruit, occupant une situation officielle. J'ai obtenu avec lui — il ne soupçonnait pas cette faculté latente avant d'avoir expérimenté avec moi — des raps retentissants dans des salles de restaurant et dans des bulïets de chemin de fer. Il sullirait d'avoir observé les raps produits dans les conditions que j'indique par ce médium pour être convaincu de leur authenticité. Le bruit insolite de ces raps attirait l'attention des personnes présentes et nous gênait beaucoup ; le résultat dépassait notre attente : il est à remarquer que plus nous étions confus du bruit fait par nos raps plus ceux-ci se multipliaient. On eût dit qu'un être taquin les produisait et s'amusait de notre embarras.
J'ai également obtenu de très beaux raps frappés sur le plancher, dans des musées, devant des tableaux de maîtres et principalement des tableaux religieux. Je me souviens de l'intensité de certains raps qui se sont produits devant une mise au tombeau peinte par un artiste illustre. J'en ai également entendu de très beaux dans une maison que l'homme de génie qui l'a habitée a rendue célèbre. Dans la chambre où est mort cet écrivain, les raps ont attiré l'attention soupçonneuse du gardien. J'ai entendu des raps très forts avec deux jeunes fdles de i/i et i5 ans, dites les médiums d'Agen. J'ai observé ces enfants à Agen, chez elles, et je les ai fait venir à Bordeaux à deux reprises : elles y sont demeurées chaque lois près d'un mois. Les raps produits par elles élaiciil intéressants, mais ne m'ont pas send)lé démonstratifs. L'une de ces lillolles obtenait des ra])s sur le plancher, sous ses pieds. .1 ai t-onstaté que le pied paraissait immobile pentlaiil quo les coups étaient frappés.
(Juand les deux jeunes fdles étaient couchées, on entendait des coups lormiilables sur le bois du ht du i.olc
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de leurs pieds. On pouvait observer l'apparente immobilité des enfants. Des coups étaient également frappés dans les couvertures du lit : on sentait les vibrations de rétoffe quand ou appuyait la main sur elles ; les coups paraissaient se produire sous la main appuyée. J ai entendu dans lobscurité des bruits divers en présence de ces enfants, mais je n'en tire aucune conclusion. J'ai constaté qu'elles n'étaient pas toujours sincères et qu'elles avaient une tendance à abuser de la confiance et de la bienveillance du groupe spirite où elles se trouvaient. Elles ont fraudé quelques phénomènes, notamment des coups au plafond: je n'ai jamais pu décider ces jeunes fdles à expérimenter à la table dans des conditions suffisantes d'éclairage. Elles avaient l'habitude de se coucher pour produire leurs raps, j en ai entendu en plein jour, mais j'estime que le contrôle était insuffisant. J'ai beaucoup regretté que ces médiums aient montré aussi peu de bonne volonté, car même en laissant de côté la plus grande partie des phénomènes suspects qu'elles ont produits, il en reste encore quelquesuns qui m'ont paru mériter un plus ample examen.
J'ai raconté sommairement l'observation de ces enfants, bien qu'elle soit négative à mon point de vue, parce qu'elle est instructive. Elle montre les inconvénients d'une mauvaise méthode de développement. J'ai remarqué que les phénomènes psychiques avaient une grande tendance à se répéter, à suivre une sorte de routine. On dirait qu'ils tournent volontiers dans le même cercle. On avait laissé les enfants dont je viens de parler prendre l'habitude de se mettre au lit pour obtenir les phénomènes sonores qu'elles paraissaient produire. Elles en étaient arrivées à n'avoir des raps que dans ces conditions. Elles ne m'ont jamais donné un rap à la table et cependant je suis porté à penser qu'elles avaient, ou que l'une d'elles au moins avait la constitution nécessaire à l'émission de la force psychique.
•ja LES PHÉNOMÈNES PSVCIUQUES
L'insuccès de mes essais avec les jeunes médiums agenais n'a pas été sans avoir son intérêt ; l'expérience ne s'acquiert qu'avec le temps, la patience et lu multiplicité des observations. Il est utile de pouvoir comparer entre elles des séances bonnes, douteuses et mauvaises.
Parmi les expériences très douteuses dont le récit peut être également instructif, je choisirai une récente série de séances que j'ai faites ici. Certains des phénomènes que j'y ai observés me paraissent malaisément explicables par la fraude, notamment les lumières qui llottaient dans l'appartement ; mais la plupart des phénomènes moteurs y ont été fraudés. La personnification avait l'habitude de demander l'obscurité et comme j'étais surtout intéressé par l apparition des phosphorescences, je ne voyais aucun inconvénient à l'extinction des lumières. La personnification qui les demandait n'était probablement que la conscience personnelle d'un des assistants.
Une fois la lumière éteinte, les raps prenaient une intensité marquée. Beaucoup étaient certainement l'œuvre de deux d'entre nous ; je n'ai pu analyser l'état mental de ces deux jeunes gens : l'un d'eux, qui est un sujet très neurasthénique, agissait peut-être inconsciemment. C^ependant, bien que j observasse avec intérêt les fantaisies de mes deux jeunes gens, je remarquai que certains raps se produisaient dans ïobscurité la plus complète lorsque je faisais un mouvement imperceptible, par exemple lorsque je soufflais doucement, ou que je pressais la main d'un de mes voisins dont la sincérité m'est connue. Il y avait donc toujours ce synchronisme que j'ai signalé entre le mouvement musculaire et le rap. Sans pouvoir l'allîmier d'une manière absolue, je crois pouvoir dire que mes co-expérimentateurs n'ont pas toujours pu se rendre compte des légers mouvements que faisaient ma main, mon pied ou mon doigt, ou du faible souffle que j'émettais. 11 y avai* donc, dans ces séances d'ailleurs très suspectes, des faits
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résiduels qui mérilaient une analyse attentive. Je n'ai pu la faire, ayant cessé d'expérimenter avec le groupe où se trouvaient ces jeunes gens; je le regrette à certains égards, car l'observation de ces faits résiduels et celle des fraudeurs eux-mêmes étaient intéressantes à divers points de vue.
Je reviens maintenant aux premières expériences que je racontais, les seules sur lesquelles j'ai établi mon opinion. J'ai indiqué aussi complètement que possible les modes les plus fréquents sous lesquels j'ai pu observer les raps. Les plus communs sont ceux frappés, avec contact, sur la table ou sur le plancher ; puis ceux qui sont frappés à distance sur des meubles ou sur le plancher.
Plus rarement je les ai entendus sur des étoffes, soit sur les assistants ou le médium soit sur des meubles ; j'en ai entendu sur des feuilles de papier posées sur la table à expériences, sur des livres, sur des murailles, sur des tambourins, sur de menus objets en bois nolamuient sur une planchette qui servait à l'écriture automatique. J'en ai observé de forts curieux avec un médium écrivain ; quand il avait de l'écriture automatique les raps se produisaient avec une extrême rapidité au bout du crayon. Celui-ci ne frappait pas la table; j'ai à diverses reprises et avec beaucoup de soin mis la main sur le bout du crayon opposé à la pointe et j'ai pu constater que le bruit se produisait au niveau de la pointe sans que celle-ci quittât un seul instant le papier appuyé sur la table ; les raps retentissaient sur le bois, non sur le papier. Dans ces cas, bien entendu, le médium tenait le crayon.
Les raps se produisent donc sur des objets très différents, avec ou sans contact, et même aune certaine distance du médium. J'en ai observé qui éclataient à trois mètres de lui. Je n'en ai pas eu à une plus grande distance etje n'eu ai pas souvent observé aussi loin. L'un des cas les plus curieux que j'ai constatés est le suivant: j'expérimentais
n[\ I.FS PllKNOMFNFS PSYCHIQUES
dans un appartement où se trouvait un paravent. La table était à environ trois mètres de ce meuble. Des coups très nets furent frappes sur le sol derrière le paravent. Il faisait grand jour, mais les coups retentissaient du côté obscur.
Il m'est arrivé d'en entendre plus souvent dans le cabinet des séances ; le médium était assis au devant des rideaux disposés comme je l'ai dit au cliapitrc I. Dans ce cas, on obtient assez facilement les raps derrière le médium : il peut arriver cpi'ils soient frappés sur le planclier, sur la muraille ou sur les objets disposés dans le cabinet. Souvent encore ils sont frappés en deliors des rideaux, sur la cliaise du médium ou sur le plancher au-dessous de lui. Quand on obtient des raps, il est très facile de les étudier en faisant varier les conditions de l'expérience de la manière la plus satisfaisante. C'est un des phénomènes dont la réalité m'a été le mieux démontrée.
La variété de la forme des raps n'est pas moindre que la diversité des objets sur lesquels ils sont frappés ou des endroits dans lesquels on les entend. En général le type ordinaire du rap est un coup sec d'intensité variable ; il rappelle la tonalité d'une étincelle électrique, au moins sur les tables ; mais ce n'est que le type ordinaire ; les variations en sont nombreuses.
Il est à remarquer d'abord que la tonalité des raps varie avec la matière de l'objet sur lequel ils résonnent. On reconnaît très bien les raps frappés sur le bois, le papier, l'étolTe. C'est une constatation intéressante parce qu'elle indique que le bruit est produit par des vibrations de la substance matérielle. 11 y a donc une mise en mouvement des molécules matérielles. Cependant celles-ci ne sont pas toujours ébranlées de la même manière car la tonalité des rajjs, frappés sur le même objet, est susceptible d'une très grande variété.
Les coups, au lieu d'être clairs et brefs, peuvent être sourds et imiter le bruit élouilé du clioc d'un objet mou ;
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ils peuvent ressembler au bruit léger que fait une souris, une scie, à celui des ongles frappant sur le bois ou grinçant sur une étoffe: ils peuvent affecter les modalités les plus variées. Leur rythme a autant de diversité.
Une des remarques les plus curieuses que permette de faire l'observation des raps, c'est leur relation avec ce que j'appelle la personnification. Chaque individualité personnifiée se mani(estc par des raps spéciaux. Dans une série d'expériences qui ont duré plus de deux ans, j'ai eu l'occasion fréquente d'étudier les raps, qui ont personnifié diverses entités. L'une d'elles se disait John, le contrôle d'Eusapia, dans la familiarité apparente duquel, je serais depuis mes premières séances avec le célèbre médium napolitain. John se manifeste par des coups rapides, ressemblant tellement à la manipulation d'un télégraphe Morse que mes co-expérimentateurs et moi nous sommes demandés si nous n'étions réellement pas en présence des signes usuels du Morse. Aucun de nous ne pouvait malheureusement reconnaître les lettres au rythme des coups comme le font les télégraphistes exercés. D'autres personnification frappent des coups clairs. Elles forment un groupe de quatre individualités qui s'appellent les Fées. Elles se sont montrées particulièrement intéressantes et j aurai l'occasion de raconter comment l'une d'entre elles s'est fait voir. Elles se mêlent volontiers à la conversation, approuvant ou désapprouvant les idées émises par les expéiimentateurs. Elles paraissent prendre un intérêt considérable aux expériences et j'ai souvent remarqué qu'il suffisait, quand les raps tardaient à venir, de mettre la conversation sur les phénomènes psychiques, leur explication probable, leurs conditions de réalisation pour entendre bientôt des raps approbateurs ou non. Quelquefois les raps imitent un éclat de rire, cela coïncide soit avec une histoire amusante dite par un des assistants, soit avec une taquinerie. Lue auuo entité personnifie un homme pour
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lequel j ai eu la plus prolonde aireclion. Les coups sont plus graves. Celle personnalité paraît avoir la clairvoyante perspicacité et la bienveillance de l'homme cpie j'ai connu. Son intervention s'est nianifcstée dans des conditions très curieuses, mais d'un caractère trop privé pour être rendues publiques. Je citerai encore une autre personnification, d'apparition plus récente. Elle se donne comme l'astronome Cliappe d'Auteroche et a raconté exactement les détails de sa vie et de sa mort en Californie. Comme une notice biographique concernant ce savant figure dans divers dictionnaires, notamment dans Larousse, il est impossil)le d'affirmer que Firruplion de cette personnification soit supranormale. Les raps qui l'annoncent sont sourds et frappés avec une certaine force. Enfin, de petits coups précipités, faibles, mais très abondants, nous ont été signalés par les personnifications comme des troublefête : leur intervention gêne beaucoup les expériences.
Si je signale le rapport qui existe entre les personnifications et les raps, cela ne veut pas dire, qu'on ne l'oublie pas, que j'accepte la réalité de celles-là. Je fais un récit, et je le fais complet afin de permettre aux expérimentateurs tentés de reprendre mes observations, de connaître exactement ce que j'ai observé. Les personnifications ne m'ont pas convaincu jusqu'ici de leur identité : il est vrai que je me prête mal à leurs conversations fatigantes et incertaines et que je m'efl'orce de les ramener aux phénomènes matériels plus importants pour moi parce qu'ils sont plus aisément vérifiables. Mais, si je n'indiquais pas le rôle que les raps jouent par rapport à elles, j'omettrais un de leurs caractères les plus significatifs et ne donnerais pas leur exacte physionomie.
Ils se manifestent donc comme l'expression d'une activité et d'une volonté distinctes de celles des observateurs. Telle est VapjHirence du phénomène. 11 en résulte un fait curieux, c'est que non seulement les raps se révèlent comme les pro-
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duits d'une action intelligente, mais encore qu'ils consentent généralement à frapper autant de fois qu'on le demande et à reproduire des rythmes déterminés, par exemple certains airs. De même ils imitent les coups frappés par les expérimentateurs, sur la demande de ceux-ci.
Souvent, les différents raps se répondent les uns aux autres et c'est là une des plus jolies expériences auquelles on puisse assister que d entendre ces coups clairs, étouffés, secs ou doux retentir simultanément sur la table, le plancher, le bois et l'étoffe des meubles.
Jai eu la bonne fortune de pouvoir étudier de près ces raps curieux et je crois être arrivé à quelques conclusions. La première et la plus certaine est leur étroite connexité avec les mouvements musculaires des assistants. Je pourrais résumer ainsi mes observations sur ce point :
1° Tout mouvement musculaire, même faible, est généralement suivi d'un rap :
2° L'intensité des raps ne m'a pas paru proportionnelle au mouvement fait ;
3" L'intensité des raps ne m'a pas paru varier jîroportionnellement à leur éioignement du médium.
Voici les faits sur lesquels s'appuient mes conclusions.
L — J'ai très fréquemment observé que lorsque l'on avait des raps faibles ou espacés, un excellent moyen pour les produire était de faire la chaîne sur la table, les mains appuyées sur celle-ci, les observateurs mettant leurs doigts en contact léger. L'un d'eux, sans rompre la chaîne, — ce qu'il fait en tenant dans la mêine main, la main droite de son voisin de gauche et la main gauche de son voisin de droite, — promène circulairement la main devenue libre audessus de la table, au niveau du cercle formé par les doigts étendus des observateurs. Après avoir fait ce mouvement, toujours dans le même sens, quatre ou cinq fois, c'est-àdire après avoir tracé ainsi quatre ou cinq cercles au-dessus
delà table, l'expérimentateur ramène sa main vers le centre, à une hauteur variable et fait un mouvement d'abaissement de la main vers la table : puis il arrête brusquement ce mouvement à quinze ou vingt centimètres du plateau. A l'arrêt brusque de la main, correspond un rap. 11 est exceptionnel que ce procédé ne donne pas un rap dès qu'il y a dans le cercle un médium capable, même faiblement, d'en produire.
On peut faire la même expérience sans toucher la table, en faisant faire la chaîne aux expérimentateurs, c'est-à-dire en les priant de se donner la main et de former ainsi autour de la table une sorte de chaîne fermée. L'un des assistants opère alors comme dans le cas précédent.
Ce n'est pas la seule constatation que j'ai faite. J'ai remarqué, qu'avec des médiums un peu plus forts, il n'était pas nécessaire de procéder avec autant de soin. Les raps se produisent dès qu'un mouvement est exécuté ou commencé. C est ainsi qu'il sullit de promener la main au-dessus de la table, d'agiter les doigts, d'appuyer le pied sur le sol pour déterminer la production d un rap.
Enfin, des sujets plus puissants obtiendront des raps avec de moindres mouvements. Par exemple, il s'en produit quand on parle ou quand on souille même légèrement, ou quand on touche le médium ou l'un des assistants. Je n'ai pas besoin de rappeler qu'avec certains médiums il s'en produit sans qu'aucun mouvement soit exécuté : presque tous peuvent en obtenir ainsi avec l'immobilité et la patience ; mais on dirait que l'exécution d'un mouvement agit comme cause déterminante. L'énergie accumulée recevrait une sorte de stimulus, l'équilibre se romprait par l'addition à la force en réserve de l'excès d'énergie non employée au mouvement et la décharge neurique se produirait. Ce n'est d'ailleurs là que ce que les Anglais appellent a ivorkun/ hypolhesis, une hypothèse d'étude.
Le synchronisme entre les i-aps et les inouNomenls lail<
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est 1res iutércssanl, car il révèle la connexion qui existe entre l'organisme des expérimentateurs et les phénomènes observés. Cette connexion a déjà été indiquée à propos d'Eusapia par Ricliet et ceux qui l'ont étudiée avec lui. Eusapia, sans s'en rendre compte peul-etre, emploie pour produire ses raps un procédé analogue à celui que je décris plus haut. Le synchronisme qui existe entre le mouvement du médium et le rap peut donner lieu à des équivoques regrettables et faire croire à la fraude. C'est ainsi que M. Hodgson attribue certains raps produits par Eusapia à Cambridge à des coups frappés par la tête du médium sur le plateau de la table. Je ne puis évidemment pas affirmer la réalité des raps de Cambridge puisque je n'aijDas assisté aux expériences du groupe SidgAAdck : je ne puis dire qu'une chose c'est qu'il ne ressort pas clairement de la lecture des extraits des procès-verbaux de ces séances, extraits incomplets et parcimonieusement publiés, que le mouvement de la tête du médium italien ait été la cause physique du rap, — en ce sens qu'Eusapia ait frappé la table avec son menton ou son front — ou que ce mouvement n'ait été qu'un phénomène synchrone. Je ne puis m'empêcher de penser que les observateurs de Cambridge n'aient été bien mal dirigés ou bien peu favorisés, car j'ai entendu les raps d'Eusapia en pleine lumière, j'en ai obtenu avec divers autres médiums et c'est un phénomène minimum qu ils auraient pa et dû constater s'ils avaient expérimenté comme il convient. Je reviendrai d'ailleurs sur les séances de Cambridge et j'ai à cœur d'y revenir, car le jugement des observateurs anglais a été funeste. Je dois à la vérité et à l'honneur de cette pauvre Eusapia de dire ce que je pense d'elle comme médium. J'y suis intéressé à un autre titre, car j'ai signé les procès-verbaux des expériences de l'Agnélas qui contredisent celles de Cambridge
Il y a donc à tenir compte du curieux synchronisme que je signale, même dans l'appréciation de la fraude.
Une autre observation qu'il me paraît utile de faire cou-
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naître, c'est que les raps déterminés par les mouvements svnchroMcs peuvent être produits par les assistants euxmêmes. Dans beaucoup de circonstances j'ai vu les assistants n(jn médiums obtenir ainsi des raps plus forts cpie ceux du médium : lu présence de celui-ci est cependant nécessaire, car les personnes dont je parle ne produisent seules aucun rap. Il y a là un sujet d'études qui n'a pas encore été effleuré.
Il suffit quelquefois de toucher le médium pour avoir des raps en esquissant un mouvement sur la table ou même en plaçant la main au-dessus, la lace palmaire tournée vers le plateau ; j'en ai fréquemment obtenu ainsi, c'est une excellente méthode pour avoir des phénomènes bicji nets. On éloigne la table du médium de manière à éviter toute espèce de contact entre le sujet et le meuble. L'observateur se place à côté du médium, lui prend les mains dans l'une des siennes et promène l'autre ou même la laisse immobile audessus de la table. Rien n'est plus démonstratif que cette expérience. On n'oubliera pas que je parle d'expériences faites en plein jour.
II. — J'ai en second lieu constaté que l'intensité des raps n'est pas proportionnelle au mouvement fait. Je ne puis affirmer l'exactitude de celte constatation avec la même assurance que pour la précédente mais j'ai observé le fait dans un très grand nombre de circonstances. Ainsi, le mouvement très léger du doigt détermine un rap aussi fort que l'abaissement brusque de la main et du bras.
De même, une simple contraction musculaire amène la réalisation du phénomène sans qu'aucun mouvement apparent soit exécuté.
Cette constatation, si je ne me suis pas trompé, a de l'intérêt car elle tend à faire croire que l'énergie qui sert à la production des raps est indépendante du mouvement exécuté dans l'espace, mais est en relation avec la cause de ce mouvement, c'est-a-dire avec l'influx nirveux. H serait ullle que
Jl
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des expérimentateurs plus compétents que moi en physiologie reprissent ces observations avec soin ; je souhaite sincèrement que cet événement se réalise un jour. Richet pourrait entreprendre ces recherches : personne ne serait mieux à même que lui de faire l'analyse du fait que je signale.
Il me paraît y avoir une étroite connexité entre les phénomènes psychiques et le système nerveux. Ce que je viens de dire de la production des raps par la simple contraction d'un muscle sous l'influx nerveux volontaire est une des raisons qui ont déterminé mon sentiment.
Il y en a d'autres. J'ai souvent interrogé les médiums sur les sensations qu'ils éprouvent lorsque les raps se produisent. Leurs impressions concordent sur un point : les raps déterminent une sensation de fatigue légère. Cette sensation est perceptible pour les observateurs eux-mêmes. J'ai essayé d'analyser mes impressions au moment oii les raps se font entendre : je ne suis arrivé à aucun résultat positif. Je ne découvre aucune sensation nette : ma constatation négative n'a de l'intérêt que si on la compare avec la constatation différente que j'ai faite au sujet des mouvements sans contact, comme je le dirai plus loin.
L'un des médiums avec lequel j'ai obtenu les raps les plus nets et les plus certains, m'assure qu'il éprouve une sorte de crampe dans la région épigastrique lorsque les coups sont frappés avec quelque intensité. Ce médium, très intelligent et très instruit, est tout à fait capable d'analyser avec soin ses impressions. Il lui semble que quelque chose émane de lui au niveau de l'épigastre.
III. — La troisième proposition que j'ai énoncée comme exprimant le résultat de mes observations me paraît très probable. J'ai observé des raps dans un cercle maximum de trois mètres environ autour du sujet. Les coups frappés à la plus grande distance étaient aussi nets que les autres. Cette constatation semblerait, au premier abord, impliquer une diflérence entre l'action de la force psychique et celle de la
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gravitalion, de la lumière, de la chaleur et de rélectricité qui agissent avec une énergie inversement proporlionnelle au carre des dislauces. Une pareille conclusion serait prématurée, car il peut se l'aire des centres secondaires d'accumulation de lénergie à distance du médium. L'expression que j'emploie est peut-être impropre, car l'accumulation de l'énergie est un terme bien vague. Je n'ose en donner de plus précis et je me borne à indiquer que les choses m'ont paru quelquefois se passer comme si de pareils centres d accumulation ou d'émission existaient.
Je n'ai jamais constaté d'clïets physiques sérieux à une distance supérieure à celle que j'ai indiquée. J'ajouterai que les phénomènes sont plus fréquents dans le voisinage immédiat du sujet, s'ils ne sont pas plus intenses.
Telles sont les observations que j'ai faites. 11 viendra tout naturellement à 1 esprit de mes lecteurs de croire que j'ai été la victime d'une illusion ou d'une fraude. Il n'eu est rien.
11 n'y a pas d'illusion parce que rien ne me permet de penser que j'en sois la victime. Cette affirmation ne suffirait pas, je le reconnais ; on se juge mal soi-même et je dois dire que si jusqu'à présent j'ai toujours nettement distingué les faits réels et les impressions subjectives, je n'en présente pas moins deux phénomènes qui peuvent me rendre un peu suspect. Le premier est l'illusion hypnagogique et le second l'audition colorée. Celle-ci est peu nette ; le son éveille simplement l'idée d'une couleur, non la sensation visuelle de la couleur. Ma gamme chroino-phonélique est A, blanc, /, noir, E, gris, E, eu, bleu, on, vert, er, air, jaune, eil, orangé, etc. Ce phénomène était assez marqué chez moi dans mon enfance, mais, je le repèle, la lecture des voyelles ou diphtongues ou l'audition des sons n ont jamais éveillé la sensation complète de la couleur ; Vidée en était seule évoquée.
L'illusion hypnagogique est au contraire très nette chez
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moi. Je n'ai pas toujours cette sensation mais je l'ai assez souvent. L'illusion est exclusivement visuelle. J'ai observé avec soin sur moi-même cette intéressante faculté : elle me paraît être d'origine onirique. C'est un rêve que l'on commence avant que le sommeil ne s'installe tout à fait. L'illusion disparait dès que la somnolence cesse. C'est avec une extrême difficulté que je puis conserver un instant l'image hypnagogique quand je reprends complètement conscience : malgré mes efforts l'image s'efface ou se déforme dès que mon attention s'y fixe. Je n'ai d'ailleurs que rarerement pu maintenir ainsi l'impression illusoire.
Celle-ci se comporte pour moi exactement comme une image onirique. Il ne faut pas conclure de l'existence chez moi des phénomènes subjectifs que je viens de résumer à mon incompétence pour distinguer un phénomène réel d'un autre qui ne le serait pas. J'ai indiqué les résultats de mon auto-observation afin d'être complet et sincère, car j'ai le plus grand souci d'être un témoin exact : je ne crois d'ailleurs pas que les observations que j'ai pu faire sur moimême soient de nature à faire suspecter mes facultés d'observateur : le contraire me parait vrai. Mon expérience personnelle me permet de reconnaître les illusions hypnagogiques : j'aurai plus tard à faire connaître certains phénomènes qui m'ont paru avoir une étroite parenté avec elles ; mais les raps ont un caractère tout différent et leur objectivité m'a paru personnellement certaine.
J'ajouterai que toutes les personnes présentes les entendent. Je rappellerai ce que j'ai dit des raps que j'ai entendus dans des salles de restaurant ou dans des endroits publics. Tous ceux qui se trouvaient dans la même salle indiquaient par leur attitude qu'ils entendaient les raps. Cette circonstance suffit à exclure toute hypothèse d'illusion. Je me propose d'ailleurs de recueillir les raps dans un phonographe. Ce sera là ïexperimenlam crucis en ce qui concerne leur objectivité.
8/l LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES
Je n'ai aucune csjièce de doule sur l'autli en licite des raps que j'ai entendus si souvent et dans tant de circonstances dilFérentes ; j'ai, au surplus, pris soin d'étudier les différentes manières de les imiter et il y en a beaucoup.
La plus simple et la plus parfaite est de faire glisser très lenlement, d'un mouvement imperceptible, le bout d'un doigt appuyé sur la table. Les résultats sont meilleurs quand le doigt est très sec et bien dégraissé par de la térébenthine ou de la benzine. La colophane est bonne mais peut laisser des traces. Dans ces conditions on obtient des raps légers et clairs. Le mouvement du doigt est si lent qu'une personne non prévenue ne le découvrirait pas ; mais avec quelque attention on aperçoit la légère vibration du doigt quand les raps éclatent. On peut également les imiter avec l'ongle mais cette manière de procéder est facile à démasquer.
Dans l'obscurité ces moyens frauduleux peuvent être employés avec beaucoup plus de sécurité pour le fraudeur ; celui-ci a d'autres ressources encore dans les ténèbres ; il peut imiter les coups qui résonnent sur le plancher : les coups sourds, en frappant adroitement avec le pied le plancher ou les pieds de la table ; les coujds secs en laissant, avec une extrême lenteur, glisser son soulier le long des pieds de la table ou d'une chaise.
Le frottement très lent des vêtements ou du linge, notamment des manchettes, peut faire croire à l'existence des raps. Il y a lieu de prendre garde à cela, car les raps peuvent être ainsi produits par les mouvements inconscients dont la lenteur est souvent très grande, et la bonne foi des expérimentateurs peut être involontairement surprise.
11 existe encore un autre moyen d'avoir des raps frauduleux : c'est d'appuyer avec une Jbrce variable sur le plateau de la table ; quand celui-ci est mince ou que la table est mal assemblée et que les parties ont du jeu, les variations de la pression de la main déterminent des craquements simulant des raps.
DES RAPS
Enfin j'ai vu quelquefois des raps se produire d'une manière qu'il faut connaître ; certaines personnes en appuyant le pied d'une certaine façon et en contractant leurs muscles jambiers ou péroniers peuvent imiter les coups frappés sur le sol. On a signalé ce fait spécialement en ce qui concerne le tendon du long péronier latéral. J'ai observé un étudiant en médecine, fraudeur incorrigible et névropathe, qui obtenait des coups assez semblables aux raps en appuyant le coude sur la table et en faisant certains mouvements de l'épaule. Il existe aussi des gens qui peuvent faire craquer à volonté leurs articulations.
Mais, avec un peu d'habitude on arrive facilement à dépister la fraude quand on opère en plein jour ou avec une bonne lumière. D'ailleurs, la tonalité des raps authentiques est caractéristique et seul, le procédé d'imitation que j'ai indiqué au début de cette partie de mes remarques, permet de reproduire certains d'entre eux avec assez d'exactitude.
Il ne me paraît pas possible d'imiter exactement les raps qui se produisent sans contact sur le plateau de la table. 11 est facile de les localiser et même de percevoir les vibrations du bois en auscultant la table. Des précautions faciles à prendre permettent de s'assurer qu'il n'y a aucun contact et aucune communication entre les opérateurs et la table.
En résumé, j'ai la certitude, autant qu'il est raisonnablement possible de l'avoir en pareille matière, que des coups de rythme et de tonalité variables se font entendre en présence de certaines personnes, sans que ces coups frappés ou raps puissent s'expliquer par aucun procédé connu. On les entend à des distances diverses ; ils paraissent souvent obéir aux désirs exprimés par les assistants et manifester une certaine intelligence indépendante. D'autre part leur production paraît liée à l'énergie nerveuse du médium et des assistants.
Telles sont les conclusions que je crois pouvoir exprimer avec confiance.