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CHAPITRE III PARAKINÉSIE ET TÉLÉKLNÉSIE

§ I". — Parakinésie.

J'ai appelé parakinésie la production de mouvements tels que les contacts observés ne suffisent pas à les expliquer. Je désigne spécialement ainsi la lévitation complète de la table, les assistants ayant la main appuyée sur elle, ou le déplacement de gros meubles simplement touchés par le médium seul ou avec les autres expérimentateurs. La lévitation est le soulèvement d'un objet matériel, sans qu'aucune partie de cet objet ne repose ou ne soit en contact avec un point d'appui apparent.

Je n'ai constaté dans de bonnes conditions que la lévitatation de la table. Eusapia m'a donné très nettement ce phénomène à diverses reprises, en pleine lumière. On en trouvera des exemples détaillés dans les procès-verbaux de nos séances de l'Agnélas, publiés par les Annales des Sciences psychiques, année 1896.

Ces procès-verbaux ne donnent d'ailleurs que la physionomie des séances elles-mêmes. Il nous est arrivé quelquefois d'improviser une expérience dans l'après-midi et je me souviens d'avoir observé dans ces conditions une lévitation bien intéressante. Il était cinq heures du soir environ, en tout cas il faisait grand jour dans le salon de l'Agnélas. Nous nous plaçâmes debout autour do la table : Eusapia prit la main de l un de nous, l'appu^u sur 1 angle de la lubie à sa droite ; le meuble se souleva jusqu'à la hauteur île

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notre front, c'est-à-dire que le plateau de la table s'éleva jusqu'à i™,5o au moins au-dessus du sol.

De semblables expériences sont très convaincantes, car il est impossible qu'Eusapia ait pu dans les conditions où nous nous trouvions, soulever la table par un procédé normal. Il suffit de songer qu'elle touchait seulement l'angle de la table pour comprendre la lourdeur du poids tju elle aurait eu à soulever si elle avait fait un effort musculaire. Elle n'avait aucune prise suffisante d'ailleurs. Elle ne pouvait évidemment, étant données les conditions de l'expérience, employer un des procédés de fraude signalés par ses critiques, courroies ou crochets quelconques.

Dans les séances ordinaires la table se soulevait à une hauteur moindre ; nous étions assis et ne pouvions l'accompagner aussi loin. En général des oscillations étendues annonçaient la lévitation. La table se soulevait d'un côté, puis de l'autre et quittait enfin le sol. Très souvent Eusapia, tenant la main de ses voisins, abandonnait tout contact avec la table et faisait quelques passes au-dessus. Le meuble se soulevait.

J'ai, avec ce médium, observé à diverses reprises ce phénomène dans des circonstances très satisfaisantes, et avec une bonne lumière.

C'est avec Eusapia que j'ai rbtenu les lévitations de la table dans les conditions les meilleures. J'ai observé des mouvements sans contact plus nets encore avec d'autres sujets, mais ils ne mont pas donné des lévitations proprement dites. Celles que j'ai constatées avec divers médiums ont été beaucoup moins bien observées. J'ai obtenu une foi^ ou deux des lévitations frustes avec un médium appartenant à la bonne société. La table s'approchait d'elle et s'élevait en s'appuyant sur sa robe. Ce fait se produisait avec de la lunuèrc, mais les conditions dans lesquelles je l'ai observé n'étaient pas probantes. J'en dirai autant de celles que j'ui obtenues ici avec une dame, médium

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professionnel assez intéressant; ces Irvilations se réalisaient dans une obscurité complète, (|ui rendait impossil)lc tout contrcMe certain; personne ne tenait les mains et les pieds du médium comme nous l'avons fait pour Eusapia.

Dans une série d'expériences qui m'a donné des résultats valant la peine d'élre observés avec soin, j'ai obtenu la lévitation de la table dans des conditions un peu mcillcares. Mais certains des assistants fraudaient avec une telle inconscience que je ne crois pas devoir tenir compte des mouvements parakinétiques obtenus, bien que j'aie l'impression que ces fraudeurs n'aient pas tout fraudé ; toutefois les conditions peu satisfaisantes dans lesquelles j'ai fait cette série d'expériences m'ont amené à la discontinuer.

Je considère que la lévitation de la table, même avec le contact des mains, est un phénomène assez difficile à obtenir dans de bonnes conditions d'observation. Eusapia est je le ré[)èle, le seul médium qui m'ait permis de le constater jusqu'à présent d'une manière satisfaisante .

Sa méthode ne diiîere guère de celle que j'ai indiquée. Elle procédait comme j'ai recommandé de le faire. Il lui arrivait souvent de provoquer le phénomène en élevant la main au-dessus de la table. Ce procédé ma paru réussir dans certaines circonstances, douteuses cependant. Bien que je ne me croie pas autorisé à affirmer la réalité des lévitations obtenues par son emploi, je l'indiquerai parce que les résultats certains que des pratitjucs sendjlables m'ont donnés dans les expériences de télékinésie me font penser qu'il est bon. Le voici : quand les expérimentateurs ont les mains sur la table et que celle-ci oscille et se balance comme si elle essayait de se soulever, l'un dos assistant met la main au-dessus de la table, la face palmaire en dessous et l'approche jusqu'à deux ou trois centimètres du plateau. Puis

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il la soulève très doucement : quelquefois la lévitation se produit comme si la main attirait le meuble.

Je recommande d'expérimenter avec autant de lumière que possible. Il ne faut pas oublier que rien n est plus facile à frauder qu'une lévitation de la table. Avec un peu d'iiabitude on peut arriver aisément à reconnaître les phénomènes frauduleux de ce genre, mais il est important de connaître les principaux moyens de tromperie.

La position que les expérimentateurs sont obligés de prendre autour de la table, lorsqu'il sont assis, a pour conséquence de rendre quelquefois peu visible la position de leurs pieds. Dès que la lumière est baissée il est même impossible de s'assurer du contrôle mutuel qu il est indispensable d'exercer. Or, quand les mams appuient avec un peu de force sur le plateau de la table, il est très facile, avec une table légère, de glisser la pointe du soulier sous lun des pieds de cette table et de la soulever au-dessus du sol. Celte manœuvre est d'autant plus aisée, que les balancements de la table, dont les pieds quittent alternativement le plancher, permettent delà réaliser sans que personne s'en aperçoive. Je n'ai pas besoin d'ajouter que des crochets attachés au poignet, des bracelets de forme spéciale permettent aussi de soulever et de maintenir en l'air la table d'expériences. Mais il est facile de prendre des précautions contre cette fraude. Un moyen à enqjloyer est de se tenir tous debout autour de la table et de réunir les mains les unes au-dessus des autres au milieu du plateau ; le genre de fraude que je signale est impossible dans ce cas. J'ai ainsi souvent obtenu de belles lévitations, malheureusement dans l'obscurité.

Je signalerai cependant encore un genre de fraude que l'on observe chez certains professionnels ; il consiste dans la manœuvre suivante. Le inédiuui se place du petit côté de la tal)le, provoque des oscillations diverses et lorsqu'il a réussi à soulever le côté de la table en face duquel il est assis, il écaile ses jambes de manière à exercer une forte

pression sur les pieds de la table entre lesquels il est place. Une fois celle pression exercée, il n'y a plus qu'à appuyer très fort les mains de haut en bas sur le plateau de la lable, du côté où se trouve le médium pour o])lenir une lévitation. Ou comprend aisément que la lable, maintenue par les genoux du fraudeur, exécute un mouvement de rotation autour d'un axe passant par les points fixés par la pression des genoux et que son plateau devienne parallèle au sol. Elle paraît alors en lévitation. On peut réussir cette fraude en plaçant sur la table une personne assise sur une chaise. Sous prétexte de contrôle, le médium prend les mains de cette personne et trouve sur elle le point d'appui nécessaire à provoquer la rotation de la lable autour de l'axe, il est bon d'avoir ce genre de fraude présent à l'esprit lorsqu'on opère ; dans l'obscurité surlout, cette tromperie est facile à réaliser.

Je ne saurais encore une fois niellrc trop en garde les expérimentateurs contre les séances sans lumières; elles ne valent rien pour l'observatiou des phénomènes de mouvements paranormaux. On doit les obtenir en j^leine clarté : dans ces conditions, que j'ai quelquefois réalisées avecEusapia, la lévitation de la table était un phénomène net. Je me demande comment les expérimentateurs de Cambridge qui ont été si durs vis-à-vis de ce médium expliquent les fraudes qui lui sont attribuées pour les cas de Icvilation. Le rapport de M. Hodgson est muet à cet égard et ne discute qu'un phénomène : celui des attouchements. Il est plus facile de le frauder que tout autre, comme j'aurai à l'indiquer. Les interminables discussions que le contrôle des mains d'Eusapia a provoquées n'onl rien à voir avec les lévitations en pleine lumière que le médium peut donner el (juil m'a eil'ectivcment données. Je demande d'ailleurs à mes lecteurs de me permettre de renvoyer la discussion des fraudes d'Eusapia ; je les examinerai avec tout le soin possible, mais je le lerui dans un chapitre spécial.

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G 2. — Tkli';

KINICSIE.

J'arrive maintenant au récit de mes observations de télékinésie, c'est-à-dire de mouvements sans contact. La télékinésie correspond à l'exlériorisation de la motricité du colonel de Rochas. C'est un des phénomènes que j'ai observés avec le plus de soin et de certitude. Les laits de cç genre dont j'ai été le témoin soutires nombreux.

Je les ai d'abord constatés avec Eusapia. Il nous est souvent arrivé de voir, avec ce médium, la table d'expériences se soulever sans contact. Généralement, Eusapia faisait former la chaîne autour de la table, sans la toucher. Au bout de quelques instants elle faisait des passes au-dessus de la table avec sa rnain droite tenant celle de son voisin du même coté. La table quittait alors le sol et restait suspendue dans l'air pendant quelques secondes. Elle retombait en général assez lourdement. L'expérience que je raconte a été faite plusieurs fois devant moi, avec une lumière suffisante.

Ce n'est pas seulement la table qui se mouvait avec Eusapia : les rideaux du cabinet étaient souvent projetés sur la table comme si un vent violent les eût poussés. Ce phénomène a été particulièrement intéressant à l'Agnélas 011 nous expérimentions devant les rideaux d'une fenêtre du salon. Ces rideaux étaient faits d'une lourde étofie de soie et rien n'était plus curieux que de les voir se gonfler et s'étendre brusquement sur nous. La manière dont ils étaient jetés sur nos tètes était singulière : on eût dit, je le répèle, qu'ils étaient souillés sur nous. Je ne crois pas qu d soit possible au médium d'arriver à produire frauduleusement ce phénomène avec l'aide de ses mains sans instrument approprié. J'ai obtenu avec un autre médium ces souiHçiiienls caractéristiques du rideau.

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Les chaises des observateurs étaient fréquemment déplacées, secouées, soulevées et portées sur la table. Je ne puis concevoir comment Eusa])ia aurait pu ol)tenir normalement de pareils résultais étant données nos conditions de contrôle à l'Agnélas. Nous avions été courtoisement mis au courant des résultats des séances de Cambridge et notre attention avait été spécialement attirée sur les fraudes du médium. L'un d'entre nous tenait les pieds et la taille de notre italienne, et deux autres, assis à côté d'elle, avaient mission d'observer attentivement ses mains. Il est relativement facile de s'assurer si la main que l'on tient est une main droite ou une main ganclie : il suffit pour cela de déterminer avec soin la position du pouce qui doit toujours être du côté de l'observateur quand la main est tournée la paume en l'air, et qui doit être du côté du sujet quand la face palmaire appuie sur la table. Il n'est pas nécessaire de tenir fortement la jnain du médium pour se rendre compte de cela. 11 suffit d'un contact intelligemment surveillé; il faut bien entendu que le contact simultané des doigts et du pouce soit senti. Or, dans un certain nombre de cas, le contrôle du médium était bon au moment oii la chaise de l'un de nous était portée sur la table. Il est à noter d'ailleurs qu'Eusapia aurait été obligée de se pencher d'une manière très marquée pour saisir la chaise de son voisui et pour la porter sur la table : l'inclinaison de son corps aurait été bien facilement perçue, alors surtout que la chaise était d'abord retirée sous l'expérimentateur puis soulevée, ce qui pienait un certain temps.

D'ailleurs d'autres phénomènes du même genre se sont produits d'une façon plus concluante. Je me souviens d'avoir vu la porte d un bahut placé derrière celui des expérimentateurs qui était à gauche d'Eusapia. s'ouvrir cl se fermer.

Enfin, j'ai obtenu avec ce médium im jilu'nomène probant, que M. de Gramont avait déjà constaté avec les cxpé-

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rimentateurs de l'Agnélas après mon départ. C'est le mouvement à distance du plateau d'un pèse-lettres. J'ai repris l'expérience chez moi, à Bordeaux, en présence de quelques personnes, instruites et intelligentes. Nous avons opéré avec une lumière assez forte pour nous permettre de lire les divisions faiblement marquées du jDese-lettres. Cet objet venait d'être acheté par moi et je l'ai tire de sa boîte pour le placer sur la table. Sous nos yeux, Eusapia l'a fait à plusieurs reprises baisser en abaissant et relevant diverses fois ses mains, face palmaire en dessous. Les mains d' Eusapia étaient à douze ou quinze centimètres du plaieau du pèse-lettres ; les mouvements étaient faits sans qu'Eusapia eût abandonné les mains de ses voisins de droite et de gauche. Il est à remarquer que nous avons obtenu plusieurs fois l'abaissement du plateau de la balance en faisant varier la position des mains du médium, en les plaçant en avant du pèse-lettres de manière à former un triangle dont le plateau était le sommet et en rapprochant l'une de l'autre les mains du médium de manière que l'angle du sommet fût très aigu. Cette manière de procéder avait pour objet d'éviter que le médium pût produire le phénomène en tendant un cheveu, par exemple, entre ses mains. J'ajouterai, pour être bien complet, qu'un cheveu eût été visible.

En retournant ses mains, c'est-à-dire en les mouvant avec la face palmaire en dessus, M""^ Paladino a relevé le plateau du pèse-lettres préalablement chargé d'un portefeuille. Nous avons pu constater, en mesurant les oscillations de l'index, que la force développée le poussait quelquefois jusqu'à la limite de sa course, et qu'elle était par suite supérieure à 90 grammes.

Les faits que j'ai constatés avec Eusapia ont été reproduits par d'autres médiums, non professionnels . J'ai eu l'occasion d'en observer de très curieux. J'ai eu la bonne fortune de me trouver avec un médium très intéressant dans des salles de restaurant. J'ai constaté deux fois des phénomènes

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télékinétiques qui méritent d'être signalés. La première l'ois, je me trouvais à déjeuner avec lui ; nous étions assis à une table assez grande, près de laquelle se trouvait une petite table ronde. La nappe qui couvrait la table du déjeuner touchait la petite table. Nous entendîmes quelques beaux raps, puis la petite table se rapprocha graduellement de lagrande et vint la toucher. Elle se déplaça ainsi d'environ 3o centimètres. Il faisait grand jour et les conditions dans lesquelles j'ai observé ce fait excluaient, à mon avis au moins, toute hypothèse de fraude. Une autre fois, c'était au moment du lunch. J'étais celte fois assis à côté du médium, homme cultivé mais peu au courant des expériences psychiques. Nous étions seuls à notre table. Deux chaises étaient en face de nous; une troisième était à droite du sujet, faisant face au côté de la table perpendiculaire à celui oii nous avions pris place. La chaise placée à droite de mon voisin se rapprocha de la table puis s'en éloigna sur notre de mande. La chaise placée en face de moi reproduisit ensuite les mêmes mouvements. Il faisait encore grand jour et je pouvais observer à mon aise les pieds et les mains du médium.

Ces faits, très nets, très bien observés et très facilement observables sont restés au nombre des plus convaincants que j'aie vus. La position du médium, l'abondante lumière, l'entière liberté de contrôle qui m'était permise ont rendu ces observations très probantes pour moi. J'ajouterai que la mesure des distances entre la table fixe et l'objet en mouvement excluent d'une manière absolue toute possibilité d'erreur hallucinatoire.

Je dois dire, pour donner aux faits leur signification exacte, que j'avais établi le contact entre la table et la chaise placée en face de moi au moyen de l'un de ces supports en bois qui servent à fixer les journaux dans les cafés et les restaurants. La cJiaise en s'approchant poussait vers nous les journaux dont le support la touchait et nous pouvions ainsi

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suivre des yeux la progression horizontale de la chaise. Le mouvement était très lent et se produisait par à-coups. Il n'était pas uniforme et régulier. La distance parcourue par la chaise a été de 20 à 2 5 centimètres.

Dans un très grand nombre de circonstances et toujours en plein jour, j'ai pu observer les mouvements télékinétiques d'une table, glissant sur le sol. Le plus curieux que j'aie vu est peut-être le suivant. Deux personnes me firent l'honneur de vouloir bien me faire assister à certain* phénomènes qu'elles obtenaient ensemble. D'après leur récit, ces phénomènes consistaient en légers déplacements d'une table. Elles reproduisirent ces mouvements sans contact en ma présence. Je les priai alors de faire avec moi la chaîne autour de la table. Celle-ci, léger meuble monté sur un trépied central, à plateau rectangulaire mesurant 60 centimètres sur 3o environ, n'était en contact avec aucun de nous, sauf avec la robe d'une dame. Après avoir exécuté divers mouvements de glissement s'éloignant ou se rapprochant au commandement, la table se mit à se soulever et à frapjjer le plancher. Nous épelâmes l'alphabet et nous eûmes une communication par coups frappés, avec le seul contact de la robe de la dame qui expérimentait avec nous. La robe ne recouvrait pas les pieds de la table, le contact était simplement latéral et le meuble se détachait dans son intégralité. Il faisait grand jour, et il eût été facile de voir le moindre mouvement de la robe. Celle-ci ne bougeait pas. D'ailleurs, la table levait un de ses pieds qui était sans aucun contact. Je n'ai pas voulu que la robe fût éloignée, car j ai souvent observé ce gonllement de la robe des médiums du sexe féminin : le vêtement s'approche du meuble et le mouvement se produit quand le contact s'établit. J'ai souvent contrôlé les pieds du médium pendant le mouvement et j'ai pu constater que le léger contact était exclusivement dû aux vêtements. Ce fait curieux a déjà été observé par iUchet et par d'autres avec Eusapia. J'ajouterai que

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j'ai souvent obtenu des mouvements sans aucune espèce de contact, même celui du vêtement.

Un autre médium m'a fait constater les mouvements du rideau d une renC'tre dans des conditions moins violentes qu'avec Eusapia, mais plus nettes, car j'ai pu faire quelques observations qui ne sont pas sans intérêt. J'expérimentais avec le médium dans une demi-obscurité, contre mon liabitude. Il faisait jour, mais nous avions fermé les contrevents de la fenêtre et tiré les rideaux, pour constituer une sorte de cabinet. Nous cliercliionsà obtenir des pbénomènes lumineux qui ne se produisirent d'ailleurs pas. Le médium tournait le dos à la fenêtre. Je remarquai que le rideau s'agitait légèrement quelquefois : j'attirai l'attention du 11 expérimentateur et nous attribuâmes d'abord le mouvement du rideau à un léger courant d'air. Nous rapprochâmes complètement les deux rideaux et constatâmes que seul le rideau voisin du sujet remuait. Il faisait assez clair pour voir les pieds et les mains de notre médium et nous nous convainquîmes que les mouvements du rideau n'étalent pas produits par lui. Nous remarquâmes ensuite que l'agitation du rideau correspondait avec nos propres mouvements : l'expérience fut vingt fois répétée avec le même succès. Nous variâmes les mouvements et pûmes observer que le maximum d agitation des rideaux se produisait quand le médium frottait la chevelure de l'un d'entre nous.

Le rideau n'était pas soufflé sur la table, il avait une sorte de trépidation ondulatoire dont l'amplitude ne dépassait pas une quinzaine de centimèties. Ce mouvement rappelait les ondulations sinusoïdes d'une corde secouée par l'une de ses extrémités.

Tels sont les principaux faits que j'ai pu observer. Je n'aurai pas grand'chose à dire du procédé opératoire : j'ai sulfisamment Indi([ué déjà comment je procède d'habitude. Je crois cependant utile de faire doux remarques.

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La première, c'est que la présentation de la face palmaire de la main vers le meuble que l'on veut déplacer détermine souvent le mouvement. Je procède de la manière que j'ai indiquée pour la lévitation parakinétique de la table, mais au lieu de présenter la paume de la main au plateau de la table et de la soulever doucement, je la dirige vers le côté du meuble, et je fais comme si je voulais l'attirer ou le repousser. Jai cru remarquer que cette pratique avait de bons effets.

La seconde, c'est qu'il est, je crois, utile de faire la chaîne autour de la table quand on veut obtenir des mouvements sans contact. Je ne crois pas cependant que cette précaution soit nécessaire, car j'ai observé des mouvements télékinéliques sans cela ; il me semble cependant que c'est un procédé à employer, surtout dans les séances de début. Pour faire la chaîne, il suffît de se donner la main les uns aux autres, en formant le cercle.

Je viens de dire qu'il n'est pas indispensable de faire la chaîne. Je me souviens, en effet, d'avoir constaté dans une circonstance des mouvements sans contact qui m'ont bien intéressé. Je causais avec un médium non professionnel, je le répète, comme tous ceux d'ailleurs avec lesquels j'ai observé les phénomènes télékinétiques que je viens de résumer, et nous prononçâmes dans la conversation le nom d'une personnification dont l'irruption dans notre cénacle avait été aussi brusque qu'imprévue. Cette personnification a l'allure d'un expérimentateur avisé et se conduit comme je me conduirais moi-même, il me semble, si je coopérais, de l'autre côté, aux expériences que je fais. A peine eus-je prononcé le nom de cette personnification que la table se mit à glisser légèrement sur le plancher. Nous l'interpellâmes aussitôt, et sur notre demande elle s'éloigna ou se rapprocha du médium. Il faisait grand jour dans l'appartement où nous nous trouvions : les mouvements de la table alternaient avec des raps. Je signale ce fait curieux, sans me

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permettre d'en rien conclure : il m'a paru offrir un exemple frappant de l'apparente spontanéité que présentent quelquefois les phénomènes psycliiques.

De l'exposé que je viens de faire de quelques-unes de mes expériences de parakinésie et de télékinésie, on peut déduire les propositions suivantes qui me paraissent résumer assez exactement les points de fait que j'ai pu déterminer : 1° il y a une certaine corrélation entre les mouvements opérés par le médium ou les assistants et le mouvement des objets avec lesquels on expérimente ; 2° certaines sensations particulières accompagnent l'émission de la force employée ; 3° cette force a une connexion probable avec l'organisme des assistants.

I. — Rien n'est plus facile à constater que la corrélation existant entre les mouvements du médium ou des assistants et ceux de l'objet avec lequel on expérimente. Je puis dire que, presque sans exception, les mouvements des opérateurs sont en quelque sorte répercutés par la table. J'ai déjà mdiqué, en examinant les procédés opératoires qui m ont paru les meilleurs, que les mouvements d'attraction ou de répulsion attiraient ou repoussaient le meuble. J'ai remarqué cette particularité à maintes reprises. Quand, dans une séance, on constate la production d'une certaine énergie, se manifestant par des raps ou par des oscillations sans contact, il suffit souvent que l'un des assistants dirige sa main vers la table pour déterminer son déplacement. J'ai observé, en procédant comme je l'ai plus haut indiqué, que l'on pouvait obtenir des lévitations complètes par cette méthode, mais il faut que les assistants appliquent leurs mains sur le plateau de la table pendant que l'un d'eux place une des siennes au-dessus du milieu du meuble, la face palmaire tournée vers la table, et soulève doucement cette main avec une extrême lenteur. On peut obtenir encore des lévitations sans contact par le même procédé en formant la chaîne autour de la table, sans la toucher; mais les résul-

t»ARAKINÉSIE ET tÉlEKINÉSIË ^Q

lats sont moins difficiles lorsque les mains s'appuient sur la table.

La lévitation m'a paru plus malaisée à réussir que le simple glissement. J'ai très fréquemment obtenu des glissements sans contact en présentant la paume de la main à la table et en essayant de l'attirer comme si un fil élastique unissait ma main au meuble. Dans ces conditions, la table semble obéir à une sorte d'attraction.

Je crois avoir fait à ce sujet quelques remarques, mais je ne puis les formuler avec beaucoup de certitude et je ne les signale que pour provoquer, si c'est possible, l'examen de personnes plus compétentes que moi. D'abord, ce n'est pas toujours le médium qui obtient les meilleurs résultats dans la manœuvre que j'ai indiquée. J'ai vu certains assistants réaliser des mouvements plus marqués que le sujet lui-même. Il n'en est pas ainsi en général, mais le fait ne m'a pas paru rare. Il est assez déconcertant, car les personnes qui manifestent cette force relativement plus grande ne peuvent obtenir seules aucun fait supranormal : la présence d'un médium est nécessaire pour que l'énergie de leur action se manifeste. Je me demande si ce n'est pas dû à 1 inexpérience du médium. Je n'ai pas observé cette particularité avec Eusapia, bien que les assistants pussent, en sa présence, déterminer certains phénomènes eux-mêmes ; je l'ai observée avec les médiums non professionnels qui m'ont marqué assez de confiance pour expérimenter avec moi. Ils n'avaient, presque tous, aucune notion des expériences psychiques : la plupart ignoraient même les pratiques du spiritisme, et beaucoup s'effrayaient aux premiers phénomènes. Ces médiums n'ont pas le sang-froid et le calme que mes amis et moi, dégagés de tout préjugé, pouvons avoir. Ils n'opéraient peut-être pas dans des conditions aussi bonnes que nous. Quoi qu'il en soit, je note le fait observé.

Une seconde remarque intéressante est l'inégalité des

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radiations ou ('manalloiis qui paraissent provenir du dos ou de la paume de la main. L'action de la lace palmaire est décidément plus énergique que celle de la face dorsale : je rappellerai, à titre d'exemple, l'cxpéiiencc du pèse-lettres: Eusapia pour le faire baisser remuait légèrement les mains de haut en bas, la paume en dessous ; elle tournait la main dans le sens inverse pour obtenir le mouvement opposé. Il Y a dans cette curieuse inégalité des particularités assez obscures à élucider: il serait désirable qu'elle fût étudiée, car c'est une des rares matières où l'expérimentation soit vraiment possible dans les études du genre de celles que j'expose. 11 est à remarquer, et c'est là, je crois, une considération très importante, que l'innervation de la face palmaire de la main est beaucoup plus abondante que celle de la face dorsale.

En ce qui concerne les mouvements sans contact, je n'ai pas remarqué d'inégalité d'action entre les deux mains ; la gauche m'a paru agir aussi bien que la droite.

En troisième lieu, je signalerai une corrélation entre l'intensité de l'effort musculaire et le mouvement anormal obtenu. C'est une constatation intéressante car, en matière de raps, je ne l'ai pas observée. Comme exemple de cette corrélation je citerai l'expérience suivante que j'ai souvent j faite : quand l'énergie libérée est insuffisante pour provoquer des mouvements et que cependant on constate l'existence d'une certaine quantité de cette force, quand la manœuvre d'attraction ne réussit pas, on parvient quelquefois à pro- A'oquer le mouvement de la table en agitant rapidement la main à une certaine distance au-dessus du plateau. Ce mouvement rapide et violent de la main et du bras m'a paru développer le maximum de télénergie.

Du reste, le frottement des pieds sur le sol, le frottement des mains, le frottement du dos ou du bras, toute espèce de mouvement rapide et un peu violent paraît libérer cette force. Les manœuvres que je viens d"indi(pier aniènont

PARAKINESIE ET TELEKINESIE lOl

souvent la réalisation du phénomène cherché. 11 est évident qu'il ne faut pas les employer sans discernement : certaines d'entre elles peuvent gêner l'observation, par exemple le frottement des pieds sur le parquet si l'on cherche le mouvement télékinétique dune table, car û rend impossible le contrôle des pieds.

Le souffle paraît avoir une très grande action ; les choses paraissent se passer comme si les assistants dégageaient en soufflant une somme d'énergie motrice comparable à celle qu'ils dégagent en remuant rapidement les membres. Il y a là une particularité curieuse et difficilement explicable en apparence.

Une analyse plus complète des faits permet de penser que la mise en liberté de l'énergie employée dépend de la contraction des muscles et non du mouvement exécuté. Le fait qui révèle cette particularité est facile à observer. Quand on forme la chaîne autour de la table, on peut déterminer un mouvement sans contact en se serrant mutuellement les mains avec une certaine force ou en appuyant fortement les pieds sur le sol ; le premier de ces deux moyens est de beaucoup le meilleur. Les membres n'ont exécuté qu'un mouvement insignifiant et l'on peut dire que la contraction musculaire est à peu près le seul phénomène physiologique observable ; il suffît cependant.

Ces constatations tendent toutes à démontrer que l'agent qui détermine les mouvements sans contact a quelque connexion avec notre organisme et probablement avec notre système nerveux.

D'autres raisons tendent encore à le persuader. C'est ainsi que le nombre des expérimentateurs influe dans une certaine mesure sur les phénomènes. La lévitation de la table est plus facile à obtenir avec cinq ou six personnes qu'avec une ou deux. Il est très difficile d'arriver à une conclusion précise sur ce point, car les observations que j'ai lues sont contradictoires ; en ce qui concerne mes expériences

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personnelles, j'ai l'impression que, dans certaines limites, la quantité de force libérée varie en proportion directe avec le nombre des expérimentateurs. 11 ne faut pas cependant dépasser un certain chilîre lorsque l'on veut expérimenter dans de bonnes conditions ; mais je crois que la diminution des résultats tient à d'autres causes que la multiplication des assistants. Si l'on pouvait réunir une assemblée de personnes bien homogène on obtiendrait des résultats très marqués. Cette circonstance expliquerait les soi-disant miracles opérés dans certaines congrégations primitives, aux croyances fortes et aux convictions profondes. Cette unité de croyances et d'idées, les règles de la vie en commun, le régime matériel et moral identique sous lequel vivent les membres de la communauté déterminent cette harmonie dont je constatais la nécessité pour obtenir des phénomènes nets. C'est ainsi que pourraient s'expliquer d'apparents miracles historiques ou même contemporains (Shakers, par exemple). Mais, actuellement, dans notre société, il est difficile de réunir plus de six à huit personnes ayant les mêmes idées et s'astreignant à la même discipline : or, l'harmonie du cercle m'a toujours paru un facteur plus important encore que le nombre de ses membres.

Il ne faut jamais perdre de vue l'importance relative des ^ conditions morales et intellectuelles du groupe lorsqu'on ' expérimente. C'est là un des faits les plus dilliciles à saisir | et à comprendre. Je viens d'indiquer avec détail certains ^ procédés purement physiques pour déterminer la production des phénomènes paranormaux. Ils donnent de bons résul- vi tats lorsque la force est faible; mais dès que celle-ci est abondante, la simple manifestation de la volonté peut quelquefois déterminer le sens du mouvement. Par exemple, sur le désir exprimé par les assistants, la table se dirigera dans le sens demandé. Les choses se passent comme si cette force était maniée par une intolligcncc distincte de celles des expérimentateurs. Je me hàle tle dire (lue cela no me paraît

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être qu'une apparence et qu'il me semble avoir observé certaines ressemblances entre ces personnifications et les personnalités secondes somnambuliques. Mais je ne donnerais pas une physionomie exacte des faits observés si je n'insistais pas sur ce curieux trait de leur caractère.

Il y a, dans ce lien apparent entre la volonté indirecte des assistants et les phénomènes, un problème dont la solution m'échappe complètement encore. Je pressens que ce lien n'a rien de surnaturel ; je me rends compte que l'hypothèse spirite l'explique mal et n'y est pas adéquate : mais je ne puis formuler aucune explication. C'est un de ces points de l'ait que je me borne à signaler.

L'observation attentive des rapports existant entre le phénomène et la volonté des assistants permet d'ailleurs d'autres constatations. C'est d'abord l'elfet mauvais que produit le désaccord entre les expérimentateurs. Il arrive quelquefois que lun d'eux exprime le désir d'obtenir un phénomène déterminé : si le fait tarde à se réaliser, le même expérimentateur ou un autre demandera un phénomène différent : quelquefois plusieurs des assistants demandent plusieurs choses contradictoires en même temps. La confusion qui règne dans la collectivité se . manifeste généralement dans les phénomènes qui deviennent eux-mêmes confus et vagues.

Cependantles choses ne se passent pas absolument comme si les phénomènes étaient dirigés par une volonté qui ne serait que l'ombre ou le reflet de celle des assistants. Il arrive souvent qu'ils manifestent une grande indépendance et refusent nettement de déférer aux désirs exprimés. En admettant même l'hypothèse de Janet sur les personnalités secondes des médiums et en l'étendant des cas de somnambulisme à ceux de télékinésie, on constaterait un fait bien curieux au point de vue psychologique pur. La personnalité seconde se manifesterait en même temps que la personnalité normale et l'on assisterait à un conflit entre elles ; ce que

I04 Ï'ES PUÉNOMKNES PSYCHIQUES

j'ai vu d'ailleurs avec Eusapia. CcUc-ci voulait boire cl la table s'y opposait avec violence.

Je résumerai donc mes observations sur la première des conclusions que je viens de formuler en disant qu'il y a une relation étroite et certaine entre les mouvements elTectués parle médium ou les assistants et les déplacements du meuble à expériences ; qu'il y a également une relation certaine entre ces déplacements et les contractions musculaires des expérimentateurs ; qu'il existe probablement une relation entre la volonté des expérimentateurs et les mouvements paranormaux, mais je ne puis préciser la nature de ce dernier rapport.

II. — Certaines sensations particulières accompagnent l'émission de la force employée. J'ai liésité à formuler cette conclusion parce que, malgré le grand nombre des observations que j'ai faites, je ne puis la présenter qu'avec beaucoup de réserves. Les sensations que je vais décrire sont entièrement subjectives et peuvent par conséquent prêter à toutes sortes d'erreurs ou d'illusions. Certaines d'entre elles peuvent s'expliquer par la fatigue ou l'immobilité prolongée. Malgré CCS causes d'erreurs qui sont très nombreuses et très réelles, il me semble cependant que l'analyse impartiale des faits observés porte à reconnaître que l'illusion, l'erreur, la fatigue et l'immobilité prolongée n'expliquent pas tous ces faits.

Je laisserai de côté les sensations visuelles, auditives, olfactives, tactiles et gustatives : ces dernières sont d'ailleurs très rarement observables. Je me bornerai à 1 examen de certaines sensations mal définies qui paraissent dépendre de la sensibilité générale et non des organes sensoriels proprement dits. Les remarques que j'ai faites me portent à disliuguer cinq sensations principales: i° la sensation de st)ullle froid, généralement sur les mains; 2" celle d'un léger fourmillement dans la paume de la main et à l'extrémité îles doigts du côté de la pulpe ; 3" celle d'une sorle de courant

PARAKINÉSIE ET TÉLÉKINÉSIE I05

qui traverserait le corps ; lx° celle d'une sorte de toile d'araignée qui serait en contact avec les mains ou même avec d'autres parties du corps, notamment le dos et les reins; 5° la sensation de fatigue qui suit les phénomènes marqués.

1° La première est très fréquemment accusée parles assistants. C'est une impression de fraîcheur ou même de souffle froid qu'ils ressentent ordinairement sur les mains. Je n'ai pu déterminer avec certitude si cette sensation est purement subjective ou s'il s'y mêle un élément de réalité objective. Elle est quelquefois tellement nette que jai peine à croire qu'elle soit tout à fait imaginaire. Elle précède d'ailleurs souvent la production de quelque phénomène moteur. Cependant il arrive plus souvent encore que les assistants l'éprouvent sans qu'aucun fait paranormal se réalise.

Cette sensation particulière est à rapprocher de celle qu'on éprouve, dans les séances d'Eusapia, en approchant la main de la cicatrice qu'elle porte sur le cuir chevelu ; on sent très bien ce qu'elle ajîpelle « soffio freddo », le souffle froid. Il semble qu'une sorte de courant d'air frais s'échappe de sa tête. La réalité de la sensation qu'on éprouve dans ces conditions avec le médium napolitain me fait croire que le souffle froid perçu dans d'autres séances a quelque objectivité. Il est à remarquer que ce phénomène a été observé par moi avec divers médiums n'ayant aucune familiarité avec les séances spirites.

Quelquefois la sensation de fraîcheur ou même de froid s'étend à tout le corps : les médiums y sont plus particulièrement exposés que les autres expérimentateurs. Cette sensation peut déterminer de véritables frissons. Elle coïncide souvent avec un phénomène.

2° La sensation de fourmillement peut paraître uniquement due à l'immobilité ou k des causes aussi ordinaires, comme le contact prolongé des doigts avec la table. Je reconnais que celte explication est vraie neuf fois sur dix ; mais dans certains cas elle m'a paru insuffisante, soit qu'elle

Io6 LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

se produisît trop rapidement pour être due à la fatigue, à l'iuimobilité ou au contact prolongé, soit que sa coïncidence avec certains phénomènes bien observés fût trop fréquente pour être fortuite. Il me paraît donc probable qu'elle a une relation quelconque avec l'émission de la force utilisée. Je ne serais pas complètement exact si je ne la signalais pas.

Quelle est sa nature précise ? J'ai interrogé avec soin les personnes qui l'éprouvent — presque tous les expérimentateurs arrivent à l'éprouver plus ou moins rapidement — et j'ai comparé leurs impressions aux miennes. Les descriptions données concordent entre elles ; c'est une sensation de picotement léger, ayant son siège sur la surface palmaire de la main et son intensité maxima au niveau de la pulpe des doigts. Certaines personnes la comparent à la sensation que l'on éprouve en touchant doucement des pointes d'épingles, ou une brosse dure ; d'autres disent qu'il leur semble que leurs mains sont percées de petits trous par où ils sentent quelque chose s'échapper. Cette sensation paraît plus rare que la première. Elle ne ressemble pas au fourmillement que produit l'engourdissement d'un membre.

Les expérimentateurs éprouvent les impressions décrites ci-dessus au début des séances. Ces sensations n'indiquent pas toujours que la séance sera bonne, mais j'ai remarqué que, si des phénomènes doivent être obtenus, ces impressions sont généralement perçues ; cependant elles peuvent l'être sans qu'aucun phénomène se produise.

3° La sensation d'un courant traversant le corps est moins facile à décrire. Elle est beaucoup moins précise que la précédente. La plupart des personnes que j ai inlerrogccs la comparent à l'inq^ression que leur produirait le passage d'un courant électrique. Cette assimilation m'a généralement paru très approximative : j'ai quclquclbis éprouvé cette sensation et je ne puis la comparer qu à un très léger frisson, à une sorte de vibration très faible, i^arcourunt

PARAKINÉSIE ET TÉEÉKINÉSIB IO7

le dos et les bras, surtout perceptible pour moi dans le bras droit. Cette sensation n'est pas continue, mais se présente sous la forme d'ondes se succédant rapidement. Elle est extrêmement faible chez moi et je ne la perçois qu'avec beaucoup d'attention : il m'est arrivé, mais dans de rares circonstances, d'en avoir la perception très nette.

Je crois que dans un grand nombre de cas, celte sensation est purement subjective, mais, comme la précédente, elle ne m'a pas toujours paru l'être. Elle accompagne généralement la production de certains phénomènes relativement faibles et continus, spécialement les raps et les glissements légers. Cependant, je ne l'ai pas toujours éprouvée dans des cas où certains phénomènes très nets se sont produits, mais alors je ne me trouvais pas en contact avec le médium, et ce dernier accusEdt une sensation particulière que je décrirai dans un instant. D'autre part, il faut que la chaîne soit formée pour que cette sensation soit perçue avec les caractères que je viens d'indiquer, mais il n'est pas nécessaire pour cela que le médium soit dans la chaîne : il résulte des faits observés par moi, que cette sensation se produit encore, sans que la chaîne soit formée par le contact des mains, lorsque les assistants appuient celles-ci sur la table. Ce cas peut être facilement rattaché au précédent, si l'on suppose que la table, susceptible de servir de condenseur à l'énergie émise, peut suffire pour rétablir une sorte de contact indirect entre les expérimentateurs. Les choses m'ont paru se passer comme s'il en était réellement ainsi.

On voit dès lors immédiatement le rapport qui paraît exister entre le contact médiat ou immédiat des mains des observateurs et la sensation « de courant » que je signale. 11 y a là un fait très obscur, très délicat à analyser mais qui me parait, s il est réel, d'une grande importance, car il semble indiquer la circulation de quelque chose. 11 me paraît probable que cette chose qui circule est justement l'énergie employée à la production des faits anormaux que

je raconte. Ce n'est là qu'une hypothèse : je m'excuse encore de me laisser entraîner à en formuler cl je reviens aux faits.

Si la sensation de « passage du courant » est faihle, il n'en est pas de même de sa hrusque interruption : lorsque pour une cause quelconque, légère discussion entre les opérateurs, émotion du médium, rupture de la chaîne, la sensation de passage du courant est interrompue, l'interruption est facilement perceptihle. Elle peut même donner une sensation de brusque malaise si l'interruption coïncide avec un phénomène en cours. Il y a là un fait curieux et d'une observation aisée pour peu qu'on y prête quelque attention. La sensation de « rupture du courant » est très nette et c'est son existence qui me détermine à penser que la faible impression du passage du courant n'est pas entièrement imaginaire.

Il faut remarquer que la sensibihté des différents observateurs varie beaucoup. Les uns sont très susceptibles à ces influences, les autres le sont peu. Je me souviens d'avoir récemment assisté à une séance à laquelle prenait part un de mes amis, homme honorable et bien connu dans ie monde de l'escrime. Mon ami a été frappé il y a quelques années d'un ictus apoplectique, bien qu'il soit encore jeune. Il s'est remis à peu près complètement et n'a conservé qu'un peu d'hémiparésie droite. Médicalement il rentre dans la catégorie des hémiplégiques. Il paraît très sensible à l'impression que j'appelle « passage du courant ». Il la compare à celle que lui cause le passage d'un courant électrique. 11 m'a assuré que son bras malade en était affecté et comme engourdi. Il me disait qu'il éprouvait un effet semblable en passant près de puissantes dynamos. Il me racontait qu'il ne pouvait pas, par exemple, demeurer longtemps dans la galerie des machines à l'exposition, à cause du voisinage des générateurs d'électricité qui s'y trouvaient. 11 avait une sensation désagréable dans le bras droit, qui paraissait s'en-

PARAKI>ÉSIE ET TÉLÉKINÉSIE IOQ

gourdir : la gêne remontait du bras à la nuque et il était obligé de s'éloigner des machines électriques. Il déclarait, au cours de la séance, d'ailleurs très peu intéressante à laquelle j'assistais avec lui, éprouver une sensation identique et dut quitter le cercle. Je raconte cette observation, car celui qui la faite est un homme intelligent et capable de se rendre un compte exact de ses impressions. Il est inutile d'ajouter qu'il était de sang-froid et observait sans parti pris.

Les sensations du médium sont ordinairement beaucoup plus vives que celles des assistants. Les sujets assurent qu'ils sentent très nettement le passage et l'interruption du courant; leurs impressions ne m'ont paru différer qu'en degré de celles des autres expérimentateurs. Il y a cependant une certaine catégorie de sensations que le médium éprouve presque exclusivement lorqu'un mouvement un peu fort se produit: c'est l'impression d'une brusque émission de force. L'un des médiums les plus intelligents que j'aie rencontrés, la décrivait comme une sensation de crampe dans la région épigastrique : il lui semblait quelquefois qu'il allait défaillir. J'ai indiqué une sensation de ce genre éprouvée par moi-même à l'occasion d'une lévitation d'Eusapia. J'en ai ressenti une semblable dans d'autres occasions, mais pas avec la même intensité. Je me souviens par exemple d'une expérimentation faite dans les conditions suivantes : nous tenions une séance dans la soirée, en hiver, avec une lumière faible mais suffisante. Nous avions recouvert la table d'une couverture de laine qui nous retombait sur les jambes et nous abritait du froid. Sur la table, nous avions placé, les pieds en l'air, une table plus petite : nous touchions les bords de cette petite table ainsi renversée : ayant remarqué que la petite table paraissait se soulever d'un côté, j'essayai d'augmenter l'amplitude du mouvement en contractant violemment les muscles des bras et des jambes. Nous vîmes, pendant que je faisais l'effort intense que je viens d'indiquer, la petite table

se pencher lentement et se renverser sans contact. Lorsqu'elle fut renversée, je sentis une brusque fatigue. Il est possible quelle n'ait eu pour cause que le violent eflbrt que j'ai fait pour contracter mes muscles ; je signale cependant cette observation, que d'autres du même genre me paraissent confirmer, parce que la corrélation entre l'effort et la brusque sensation de fatigue que je décris est moins régulière que la connexion entre celte sensation et le phénomène. Quelle que soit l'intensité de l'effort, la fatigue se produit avec moins de brusquerie et d'étendue lorsque le phénomène ne se réalise pas. J'ajouterai que cette sensation ne m'a paru accompagner que les phénomènes de télékinésie et certains phénomènes lumineux. Elle ne se produit pas avec les raps, l'écriture automatique et les manifestations du même genre. La fatigue que déterminent ces derniers faits se montre progressivement et apparaît beaucoup plus tardivement. J'y reviendrai d ailleurs.

A" Les expérimentateurs, le médium surtout, accusent quelquefois une sensation qu'ils comparent à celle que détermine le contact d'une toile d'araignée. Elle paraît plus rare que les deux premières et je n'ai pas remarqué qu'elle se manifestât avec certains phénomènes plutôt qu'avec les autres.

J'ai indiqué qu'elle était éprouvée aux mains et quelquefois dans le dos et dans les reins.

Je ne puis donner aucune autre indication sur cette curieuse sensation que je me borne à signaler.

5° J'ai déjà dit quelques mots de la sensation de fatigue brusque, qui se manifeste lorsque un phénomène important survient. J'ai observé avec soin l'état des assistants avant et après les séances, et j'ai constamment remarqué que la plupart des expérimentateurs étaient fatigués après une séance réussie. Cette fatigue paraît assez exactement proportionnelle aux résultats obtenus. Je parle des résultats télckinétiques ou parakinéliques, car il faut remar<|uer que la fatigue

PARAKINESIE ET TELEKINESIE III

que déterminent ces mouvements anormaux n'est pas identique, au moins chez le médium, à celle que d'autres phénomènes paraissent occasionner.

Les mouvements sans contact entraînent une lassitude comparable à celle que peut causer une longue course ou un exercice physique prolongé.

III. — Cette constatation m'amène à l'examen de la troisième des propositions que je formulais, page 98. C'est que la force employée à la production des phénomènes, para ou télékinétiques, est probablement en connexitéavec l'organisme des assistants. L'analyse que je viens de faire permet déjà de pressentir les raisons très sérieuses qui m'ont amené à préciser ma conclusion sur ce point. C est d'abord la corrélation signalée entre les mouvements, les contractions musculaires des assistants et les mouvements paranormaux. J'ai indiqué que cette connexion paraissait exister en réalité avec la contraction musculaire plutôt qu'avec le mouvement libre du membre : c'est là une première constatation. Une seconde constatation est encore à faire : c'est que le mouvement paranormal provoqué est en apparence approximativement proportionnel au mouvement exécuté par l'expérimentateur et à l'elTort par lui fait.

Ces deux premiers points me paraissent acquis et la corrélation observée entre l'effort musculaire et le mouvement indiquent une dépendance réciproque entre ces deux phénomènes : on peut aller j)lus loin et essayer de rechercher si la relation signalée existe entre le mouvement et le fait même de la contraction musculaire ou le fait physiologique qui la provoque, c'est-à-dire la décharge nerveuse. L'observation semble montrer que c'est avec l'influx nerveux que le rapport signalé paraît se manifester. J indiquerai, k l'appui de cette opinion : 1° les attractions ou répulsions que détermine la présentation de la face palmaire de la main à l'exclusion presque absolue de la face dorsale; 2" les sensations diverses que j'ai analysées;

3" l'influence de l'état mental et des dispositions des assistants ; A" enfin la fatigue caractc'risliqne qui suit les séances réussies, fatigue qui raj)pcllc celle que déterminent les exercices violents ou prolongés, c'est-à-dire exigeant une dépense nerveuse considérable. Je ne puis, dans un livre d'où je cherche à exclure toute espèce de théorie et dans une matière d'ailleurs où les hypothèses théoriques me paraissent en général prématurées, je ne '^uis insister plus longtemps sur ces considérations ; je me borne à les signaler à l'attention de ceux qui auraient le désir d'expérimenter à leur tour.

Les mouvements télékinétiques sont plus difficiles à frauder que les lévitations de la table avec contact. En opérant en plein jour comme je l'ai fait et avec des médiums non professionnels on a toute espèce de garantie. D ailleurs, il est bien difficile à un médium professionnel de (( truquer » les phénomènes télékinétiques en pleine lumière ; il faudrait être un bien mauvais observateur povnse laisser prendre. Le moindre lien entre le médium et l'objet en mouvement est aisément perceptible et il est très facile de s'assurer qu'il n'en existe aucun. Je recommande aux expérimentateurs de s'efforcer de diriger les phénomènes dans le sens des mouvements sans contact. Ces faits sont les plus convaincants que l'on puisse observer. Je ne conseille pas de rechercher, même au début, les lévitations avec contact; c'est une manifestation facile à frauder et j'engage les personnes qui n'ont pas l'habitude des séances et qui ne sont pas familières avec les procédés d'imitation à ne chercher que les faits de télékinésie. Ils sont plus longs et plus difliciles à obtenir, mais leur constatation ne fera pas regretter la peine prise pour les réaliser et le temps passé à les attendre. Quand on y verra bien clair, quand on pourra passer la main dans tous les sens autour du meuble, quand on opérera avec des objets n'appartenant pas au médium, n'ayant pu être truqués par lui, l'hypo-

PARAKINÉSIË ET TÉlÉKINÉSIE I I 3

thèse de la ffaiide ne sera pas admissible. Je ne parle pas de l'honorabilité du sujet et de sa bonne foi : ce sont d'importants éléments d'appréciation, mais j'ai pour principe de n'en tenir aucun compte pour le jugement d'un fait paranormal. Je vérifie et tout le monde doit pouvoir vérifier les conditions dans lesquelles l'observation est faite pour que celle-ci ait une valeur sérieuse.

En résumé, les observations que j'ai très souvent faites avec divers médiums m'ont convaincu de la réalité des mouvements d'objets sans contact. Je crois avoir constaté une relation entre eux et l'organisme des expérimentateurs. Il y a de la synergie entre leurs mouvements et leurs contractions musculaires et les mouvements obtenus. J'ai déjà noté cette coïncidence pour les raps.

Une différence est à signaler: j'ai fait remarquer que, dans un certain rayon, l'intensité des raps était indépendante de la proximité du médium. Les raps entendus k trois mètres de lui m'ont paru aussi retentissants que ceux qui éclatent sous ses mains ou tout près de lui. Je n'ai pas fait la même constatation pour les mouvements sans contact et je crois avoir observé que l'éloignement avait une certaine influence sur eux. Je n'en ai pas vu se produire à plus d'un mètre, sauf peut-être les mouvements des rideaux du cabinet. Je n'ai pas pu me rendre compte des conditions dans lesquelles l'accroissement de la distance influait sur l'intensité de la force. J'ai seulement observé que l'action paraissait maxima à une certaine distance qui ne m'a pas parue constante. Par exemple, il m'est souvent arrivé d'obtenir le glissement de la table en éloignant lentement la main ; le glissement se produisait quand mes doigts étaient à 3o ou 35 centimètres, non quand ils étaient plus près de la table. Plusieurs circonstances peuvent intervenir d'ailleurs pour modifier l'action de la distance, l'accumulation possible de la force par exemple, au bout d'un certain temps.

Maxwell, 8

l \\ LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

J'ai observe assez souvent que la direction intentionnelle du mouvement elTeclué par l'observateur inlluait sur celle delà table. Je n'ai pas pu m'assurer que la détermination du sens du mouvement paranormal était due à celui des mains de l'expérimentateur ou à la manifestation de sa volonté. Ce qui ne m'a pas permis de résoudre le problème c'est qu'il arrive, lorsque la force est sulïisante, que les mouvements se produisent dans le sens demandé par les assistants. Les mouvements semblent produits pur un être

intelligent.

J ai déjà signalé ce curieux as])ect des clioses en analysant le pbénomène des raps. Les mouvements lélékinétiques se préscnlcnt de la même manière à l'observation. Ils tendent à la manifestation d'une personnification comme les raps eux-mêmes. J'ai raconté l'une des observations que j'ai faites dans des circonstances très intéressantes : liors séance, en plein jour, au cours d'une conversation relative à une personnification déterminée, la table à côté de laquelle nous étions assis glissa d'elle-même sur le sol quand je prononçai le nom pris par la personnification. La conversation contmua avec celle-ci au moyen des glissements de la table. J'ai raconté aussi la conversation typlologique, sans contact, que j'ai eue avec la même personnification.

Ces personnages qui paraissent se dire les auteurs du pbénomène télékinétique ont tous les caractères de ceux qui s'attribuent les raps. Je n'ai rien de particulier à en dire ici. f

L'observation des faits résumés dans le présent cbapilre révèle encore une circonstance qui mérite d'être signalée. C'est l'apparente conductibilité de certains corps pour la force employée. J'en ai cité des exemples, le linge de table, le bois des porte-journaux, rétolïe des robes. J'ai raconté que j'avais très souvent vu la robe des médiums se gonller et s'approcber delà table au moment du pbénomène: les pieds du sujet restaient visibles et l'bypotbèse d une nuiiu

PAHAK1^ES1E ET TELEKINESIE

OU d'un pied artificiels imaginée par Hodgson, pour expliquer ce l'ail chez Eusapia, était absurde dans les conditions ori je l'ai observé. J'ajouterai que j'ai obtenu Iréqnemment des mouvements sans le contact des étoffes, mais j'ai certainement remarqué que ce contact facilitait la réalisation du mouvement.

L'obscurité la favorise aussi beaucoup. Cela n'est pas douteux. Je laisse bien entendu de côté la facilité plus grande qu'elle offre à la fraude ; bien que je n'aie dans le présent livre fait état que de phénomènes obtenus en pleine lumière, j'ai souvent expérimenté dans lobscurité et il me paraît certain que les ténèbres sont au nombre des conditions de développement maximum de l'énergie libérée.

L'action de la lumière est intéressante à retenir. J'ai déjà indiqué à diverses reprises que l'agent des phénomènes psychiques me paraissait analogue à linllux nerveux, et que la table me semblait faire l'office d'un condensateur. Dans cette hypothèse la lumière agirait comme certains ray ns d'origine cathodique qui déchargent les condensateurs électrisés placés dans leur champ. L'étude de l'inlluence de la lumière sur les phénomènes télékinétiques nous fera certainement connaître leur cause ; elle permet déjà de soupçonner que la force télergique doit avoir quelques rapports avec la lumière et l'électricité, au moins en ce qui concerne l'amplitude des vibrations.

L'étude de ces rapports ne peut être abordée que par un physicien expérimenté. Elle exigera une méthode délicate et des instruments spéciaux et je souhaite vivement qu'elle soit sérieusement entreprise.

Quant à ceux qui se bornent à rechercher, comme moi, simplement si les faits sont réels ou non, ils devront éviter d'opérer dans l'obscurité. La lumière peut gêner la production de^ mouvements télékinétiques, mais elle ne l'empêche pas. Les expérimentateurs devront s'habituer à tenir leurs séances au grand jour ou avec une lumière assez vive pour

perinclli'C la lecture de caractères très fins. Il faut, avant tout, se convaincic de la réalité des faits que je si^niale h mou tour; celle conviction n'est pas aussi facile quaud l'expérience se fait dans l'obscurité.

On ne saurait s'imaginer jusqu'où va l'audace de certains fraudeurs. J'ai assisté à une série d'expériences ([ui m'ont intéressé beaucoup à ce point de vue. Le groupe avec lequel j'opérais comprenait trois jeunes gens dont l'un est le médium le plus remarquable que j'aie rencontré. IjCs deux autres, garçons instruits et intelligents, m'ont paru avoir ([uelqnes facultés médianiques, mais je suspends mon jugement sur eux parce qu'ils ont tellement essayé de tromper qu'il ne serait pas prudent de tenir compte des faits oii la fraude ne m'a pas paru exister ; elle était possible. Ces jeunes gens n'avaient aucun intérêt à tromper: en tout cas, je n'ai pas encore compris le but qu'ils voulaient atteindre: ils avaient une audace vraiment amusante. Les lévitations de la table étaient superbes, dans l'obscurité seulement, et tous les meubles de la pièce où nous étions étaient plus ou moins bousculés. Cela était fort bien fait et des expérimentateurs novices y eussent été pris. Les « esprits » caressaient ou frappaient les assistants et j'ai vu des personnes sincères, mais inexpérimentées, être convaincues de la réalité des faits que l'adresse seule de ces jeunes gens produisait.

L'un d'eux, étudiant en médecine, présente des troubles nerveux divers et deviendra bystériquc s'il ne l'est déjà. Malgré mes reproclies et mes exliortalions, il ne pouvait s'empêclier de triclier et j'ai l'impression (juc la fraude est, chez lui, presque impulsive. Je ne me suis pas cru autorisé à prendre son observation au point de vue médical, mais j'étais curieux de l'examiner avec soin. 11 a confectionné des photographies spirites très habilement faites et (pi'uu œil exercé pouvait seul reconnaître pour fausses. Ilprocé dait par la double exi^osition.

Dès qu'on éclo irait la pièce, les phénomènes qui étaient

PARAKINESIE ET TELEKINESIE I I ^

dune extrême violence dans robscnrilé, cessaient presque complètement. Cette circonstance suffisait seule à faire suspecter la fraude, car l'action de la lumière n'est pas telle quelle fasse complètement ol)stacle à la production des mouvements télékinétiques. Toutes les fois que les phénomènes sont très intenses dans l'obscurité, on doit pouvoir en obtenir de plus faibles avec la lum.ière. Cette règle est presque sans exception connue de moi. Toutes les fois qu'elle ne s'appliquera pas, il faudra penser à la fraude.

Inutile d'ajouter que la table, sous l'impulsion très normale que lui donnaient ces jeunes gens, réclamait avec insistance l'obscurité. Dans les séances vraiment bonnes j'ai toujours vu la table demander au contraire la lumière pour les phénomènes purement moteurs. Il en est autrement pour les phénomènes lumineux que je vais maintenant exposer.

On ne peut, par définilion, obtenir les curieuses lueurs que je vais décrire, sans une obscurité complète. Elles sont en général très faibles et me paraissent ordinairement à la limite de la Adsibilité.

Je commencerai cependant par signaler un phénomène assez curieux, qui est très facilement observable. Je ne suis pas très persuade de sa réalité objective, mais je le signalerai cependant en indiquant les raisons pour lesquelles je crois devoir le faire.

Un certain tour de main est nécessaire pour le mettre en évidence ; il est utile de procéder de la manière suivante :

1° Se placer en face de la source de lumière autant que possible ;

2° Mettre entre soi et la source lumineuse, lampe ou fenêtre, un objet foncé et mat. Il ne faut pas le placercommc un écran, entre la lumière et les opérateurs. 11 faut simplement le placer entre les expérimentateurs et, par exemple, la fenêtre. Le moyen le plus commode est de rouler un fauteuil tendu de velours foncé de manière à faire présenter le dos du fauteuil à la lumière.

3° Présenter ses mains, la face palmaire tournée vers la poitrine, de manière à les projeter sur le fonds sombre préparé. Il faut écarter légèrement les doigts ételulus de la main : on rapproche ensuite les mains de façon à ce que les extrémités des doigts se louchent et on écarte très leu-

PHÉNOMÈNES LUMINEUX IIQ

lement les mains en tenant toujours les doigts légèrement en extension ;

li° On fait placer derrière soi la personne avec laquelle oïl veut expérimenter de telle sorte que sa tête soit à peu près au niveau de la tête de l'opérateur, et dans une position à peu près normale au milieu du plan qu'occupent les mains.

Dans ces conditions, sept ou huit personnes sur dix verront, quand les doigts s'écartent, une sorte de buée grisâtre en réunir les extrémités d'une main à l'autre. 11 faut avoir grand soin de ne pas prévenir la personne avec laquelle on expérimente de ce qu'elle doit voir, car on vicielait 1 expérience en y introduisant un élément suggestif ou imaginatif.

J'ai dit que les trois quarts des personnes avec qui j'ai expérimenté apercevaient une légère buée aller de l'extrémité d'un doigt à celle du doigt symétrique de l'autre main ou même à l'extrémité d'un autre doigt de cette main. Je perçois moi-même très bien cette impression et je ne puis que la comparer à la fumée de la cigarette exhalée de la bouche. C'est la même couleur grise, la même apparence, mais avec beaucoup plus de ténuité. C'est ordinairement de cette manière que la plupart des gens la voient, mais j'en ai rencontré un certain nombre que lui trouvaient une coloration dillérente. Les personnes qui voient l'effluve coloré sont en général douées de facultés psychiques : je n'ai pu arriver à des conclusions certaines sur ce point, mais j'ai quelques raisons de croire que la perception colorée de ce (|uc, faute d'autres termes, j'appelle 1' « effluve digital » indique un tempérament très psychique. Un jeune médecin, médium très remarquable, le voit rouge. C'est le seul qui 1 ait perçu de cette couleur. J'ai trouvé deux personnes qui le voient jaune: j'ai bien des raisons de penser que l'une d'elles est un médium; mais il refuse d'expérimenter et déclare, a priori, que les phénomènes psychi([ucs dont je

I20 T.FS PllKNOINlKNES PSYCHIQUES

m'occupe sont a de la blague » pour employer son expression familière. L'autre était un magistrat émlnent. J'ai trouvé un certain nombre de personnes qui le volent bleu. Étant donné le nombre des expériences que j'ai faites, je compte que sur trois cents personnes de l'un et l'autre sexe, 94o à 25o perçoivent l'eflluve ; 2 à 3 pour 100 le voient coloré en bleu; j'en ai trouvées 3 le voyant jaune; i le voyant rouge.

Je n'ai pas remarque que la couleur de l'effluve de la main droite leur parut dillérer de celle de la main gauche; il est vrai que je redoute tellement la possibilité de la suggestion que je ne pose que des questions incapables de provoquer une réiDonse déterminée. Je n'ai donc pas provoqué d'explication sur la différence possible des colorations : mais je crois qu'elle m'eût été indiquée si elle avait été perçue.

Habituellement, l'effluve paraît réunir entre elles les extrémités des doigts symétriques. Il n'en est pas toujours ainsi cependant. Souvent deux ou trois effluves digitaux convergent vers un des doigts de la main opposée au lieu de réunir les doigts symétriques.

J'ai remarqué que les conditions météorologiques et les variations de la température avaient une certaine influence sur la visibilité des eftluves. Lorsqu'il fait froid, ils sont très peu nets. Je parle de la température ambiante de l'appartement. De même, lorsque le temps est mou et pluvieux l'effluve est faible. Il m'a paru avoir un maximum d'intensité en été, quand la température est très chaude et spécialement les jours d'orage. Quand le temps est très orageux, l'effluve est épais et très visible pour moi et pour les personnes à qui je le fais voir. Lorsque l'orage a éclaté, son intensité décroît.

Il varie aussi suivant les personnes. Certaines gens ont un effluve plus visible que certaines autres. Je n'ai pu saisir aucune relatlou entre le sexe, l'âge, le tempérament

des différentes personnes avec qui j'ai expérimenté et l'apparence de l'eiTluve ; une relation paraît exister au contraire entre l'état de santé ou de fatigue et l'émission de cette buée ; elle est très peu visible quand le sujet qui l'émet est fatigué ou malade.

Telles sont les principales remarques que l'observation de ce curieux phénomène m'a permis de faire. Je les ai résumées avec soin, mais je dois dire que la réalité de cette apparence ne me paraît pas démontrée. Elle peut être due à un effet de contraste. Les conditions dans lesquelles on l'observe commodément sont telles que les mains se détachent en clair sur le fond obscur. En les éloignant l'une de l'autre, l'image du doigt relativement clair persiste sur la rétine et peut donner lieu à une illusion ; mais cette explication n'est pas satisfaisante.

En effet, il y a une certaine dislance entre les mains qui semblent être la distance optima pour la réalisation de l'effluve. En général celui-ci paraît d'autant plus dense que les doigts sont plus rapprochés : lorsqu'ils s'éloignent la densité de l'effluve diminue : il devient plus ténu et moins épais ; mais, si le mouvement des mains s'arrête, l'effluve ne persiste pas. Les choses paraissent se passer ainsi tant que l'éloignement des doigts ne dépasse pas deux à trois centimètres : quand on arrête le mouvement de sé|)aralion des doigts à la distance de dix à quinze centimètres, l'effluve reste visible jdIus longtemps. Je dois dire que les choses se passent en général ainsi, mais que les faits n'ont pas toujours la même régularité. Il y a, dans les phénomènes psychiques toute la diversité et la variabilité que l'on observe dans les autres phénomènes biologiques.

Ordinairement, comme je viens de le dire, l'effluve persiste plus longtemps quand les doigts sont à une dizaine de centimètres les uns des autres. Dans ces conditions, le mouvement d'éloignemenl des mains étant arrêté, la légère buée que j'ai décrite persiste quelques secondes. Il arrive

19a LES PHÉNOMKKES PSYCHIQUES

quelquefois que la visibililé de celle apparence resle nellc quand les doigls sonl à plus de vingl-cinq ou Ircnlc cenlimètres les uns des au 1res.

Ce fait que j'ai souvenl conslalé me porle à penser que l'eflluve n'esl pas un phénomène complètement imaginaire : il me paraît au moins exclure l'hypothèse de la persistance de l'image rétinienne : cette fausse image ne dure pas aussi longtemps que persiste l'apparent cflluve dans les conditions que je viens de préciser.

Il resle une autre explication, c'est que l'œil prolonge automatiquement l'impression claire des doigts sur le fond sombre qui les sépare. Il y aurait là quelque chose d'analogue à l'agrandissement des images claires sur fond sombre par irradiation.

Mais d'autres raisons me font écarler celle nouvelle hypothèse. En premier lieu, pourquoi certaines personnes voient-elles la fausse image colorée vivement et non blanche? En second lieu, si le phénomène est d'origine purement rétinienne, pourquoi l'image ne reproduit-elle pas la forme du doigt mais est- elle plus mince P Pourquoi est-elle grisbleuàlre au lieu d'être noire comme devrait l'être 1 image complémentaire du doigt qui paraît blanc .^

Pourquoi ce phénomène ne se produit-il pas avec certains objets colorés en blanc ? on a beau les éloigner l'un de l'autre comme on le fait des mains, ils ne laissent entre eux aucun ellluve. 11 faut ici opérer d'ailleurs avec prudence : si l'on se sert de linge ou de bois tenu dans les mains, on aura souvent Vejjluve. On ne l'a jjas, .autant que j'en ai pu juger, avec des objets en métal. Il semble résulter de ce fait, que je nallirme d'ailleurs pas, car je n'ai pas fait d'expériences 1res concluantes sur ce jioint, que le bois cl le linge conduiraient l'ellluve comme la chair elle-même, delà me paraît probable pour le linge: en tenant dans la main un mouchoir chiU'oimé et en le présentant sur un fond sombre comme j ai recommandé île le faire pour les doigls,

PHKNOMKMiS LUMINEUX

on constate autour du linge une buée très légère qui en estompe les contours.

Enfin, une raison plus sérieuse encore me porte à considérer comme probablement objectives les apparences de l'efïluA'^e décrit ci-dessus. C'est l'absence fréquente de parallélisme entre les effluves des différents doigts. J'ai souvent observé des convergences déterminées : il m'a même semblé quelquefois que la volonté pouvait, dans une certaine mesure, influer sur la direction des effluves et en amener la convergence. Lorsque l'on observe ces eflluves convergents il arrive ordinairement que les expérimentateurs les voient sous le même as|)ect. Le phénomène peut avoir une grande variabilité d'apparence, le médius ou l'annulaire d'une main, par exemple, se trouvant reliés avec deux, trois ou quatre doigts de la main opposée.

Comme l'aspect des effluves paraît ordinairement le même aux observateurs, il y a lieu de présumer que leur existence et leur direction ne sont pas des phénomènes illusoires. Il faudrait dans le cas contraire supposer une hallucination collective ou une transmission d'impression bien improbables et que mes observations personnelles ne me disposent pas à admettre.

Le phénomène que j'ai appelé visibilité de l'effluve digital pour le bénéfice de mon récit est très facile à observer. Je fais, je le répète, toutes réserves sur son objectivité, bien que je croie que sa réalité soit plus probable que son inexistence. Il serait très désirable que des expérimentateurs compétents contrôlassent mes observations que je ne présente que comme incertaines.

Je n'aurais pas de doutes si les personnes avec qui j ai expérimenté avaient toujours vu les elfluves se diriger de la même manière au cas où elles convergent ou divergent ; mais il n'en est pas ainsi. J'ai souvent observé des contradictions entre les descriptions qui m'étaient faites. Cependant, elles sont beaucoup plus fréquemment concordantes.

l'i/| I,KS PIlKNOAlftlNKS PSYCHIQUES

Bien que l'einuYe digital ne me paraisse pas encore démonlré, il me paraît intéressant de signaler les analogies qu'il présente avec les phénomènes signalés par divers auteurs, notamment par Ueiclienbach et de Rochas. Ces deux expérimentateurs ont opéré dans des conditions très différentes de celles ou je me suis mis ; l'un plaçait ses sujets dans une obscurité profonde et les y laissait un certain temps ; il leur faisait ensuite observer des êtres vivants, des fleurs, des aimants, l'extrémité de cordes ou de fds métaUiques dont l'autre bout était au soleil. Ses sensilifs voyaient une buée lumineuse ou une sorte de flamme entourer les objets ou en sortir, notamment des mains humaines, des cristaux, des pôles d'un aimant. De Rochas a surtout expérimenté avec des sujets plongés dans le sommeil hypnotique : tout le monde connaît le récit de ses expériences, la coloration bleue et rouge que ses sujets prêtent à la lueur qu'émettent les pôles de l'aimant ou les côtés droit ou gauche du corps. J'ai expérimenté avec les premières personnes venues, en plein jour, et par conséquent dans des conditions très différentes de celles où s'étaient placés Reichenbach et mon ami M. de Rochas ; cependant mes observations tendent à confirmer les leurs au moins en ce qui concerne la radiation de quelque chose par l'extrémité des doigts de la main.

Une autre observation non moins intéressante est à faire encore à ce sujet. J'ai indiqué que le linge très probablement, et peut-être le bois s'imprégnaient facilement de la chose qui constituerait l'eflluve. Ce fait est à rap[)rocher de ceux que j'ai déjà signalés à l'occasion des moinenienls télékinétiques, notamment le rapprochement d'une pelilo table que touchait la nappe de la lable où je déjeunais avec un médium; le rapprochement de la chaise ([ik» louchait un porte-journal en bois placé sur ime lable, cl en lin le curieux gonflement de la robe des médiums (|in vieni frôler les pieds delà lable dans certains cas de lélékinésio.

PHÉiXOMÈlNES LUMINEUX 125

Sans faire d'hypothèses prématurées, il est permis de considérer l'effluve digital comme ayant quelque connexion avec l'agent qui détermine les mouvements sans contact.

L'effluve est visible dans d'autres conditions qui méritent d'être signalées en passant. Il arrive quelquefois qu'il est perceptible lorsque l'on fait des passes sur une personne ou sur un objet. L'apparence est semblable à celle que je viens de décrire : c'est un buée grisâtre qui paraît prolonger les doigts de celui qui fait les passes.

L'effluve, dans les circonstances ci-dessus résumées, n'est pas lumineux : je l'ai décrit pour être complet, et pour ne pas omettre un fait intéressant à plus d'un titre. Il peut cependant devenir visible dans l'obscurité pour beaucoup de sujets. Voici une intéressante expérience que j'ai quelquefois réalisée, mais qui présente quelques difficultés.

Un des médiums avec qui j'expérimentais paraissait avoir une acuité visuelle très grande relativement à l'effluve. Il le voyait sur la table d'expériences sortir des doigts des assistants et s'étendre sur le plateau. Désireux de me rendre compte de ce que verrait ce médium dans l'obscurité, je fis éteindre toutes les lumières et invitai le médium à toucher ma main si elle la voyait. L'expérience, sans réussir à tout coup, donna une proportion de succès supérieure aux probabilités ; mais comme le médium pouvait se guider par d'autres sens que la vue, par l'oreille notamment, j'imaginai de toucher la table. Le sujet reconnaissait facilement l'extrémité du doigt prétendant apercevoir une sorte de phosphorescence laiteuse à l'endroit où était la main. Pour rendre l'expérience plus probante, je formai des lettres sur la table avec l'extrémité de l'index, en prenant la précaution de ne faire aucun bruit. Le médium lut les lettres ou presque toutes les lettres que je dessinai. J'écrivis alors des mots : il les lut encore. Je pus ainsi lui faire lire des mots de cinq caractères : il ne put pas lire des mots plus longs ; il reconnaissait les dernières lettres, mais déclarait que les

I2(j LES PHÉNOMÈNKS PSYCHIQUES

premières étaient effacées. Presque tous les mots de trois à quatre lettres furent lus correctement et les erreurs commises lurent quelquefois significatives. Par exemple, le motyotfut lu loi. Dans l'écriture cursive anglaise il sullil de supprimer la partie inférieure de ÏJ pour que la lettre ainsi amputée prenne l'aspect d'un /. Je ne puis dire si le sujet voyait réellement ce qu'il prétendait voir ou s il se guidait par le bruit de mon doigt : je suis obligé de me lier à sa sincérité sur ce point ; mais j'ai lieu de penser que ce médium est sincère. Ce n'est pas un professionnel, il est intelligent, instruit, exerce une profession libérale et ne veut pas être connu. J'ai pour lui beaucoup d'estime. D'autre part, il aurait fallu que ses sens aient une sensibilité extraordinaire pour lui permettre de reconnaître le mouvement de mon doigt au bruit qu'il faisait. J'ai indiqué qu'aucun bruit ne me paraissait perceptible. J'écrivais sur un guéridon en bois noir verni sur lequel le doigt glissait facilement et silencieusement. Enfin, l'erreur du médium lisant loi au lieu de loi semble indiquer qu'il voyait les lettres et ne se guidait pas sur un bruit perceptible pour lui seul.

Il arrive quelquefois que ce n'est plus l'effluve qui s'aperçoit, mais que la main devienne, en apparence, pbosphorescente ; quelquefois ce sont des lueurs rapides qui se montrent sur le dos de la main, ou sur les doigts : très rarement sur la figure ou sur le corps des assistants. Ces pliénomènes me paraissent du même ordre. Le plus Ircquemment ce sont de courtes lueurs qui se montrent au bout des doigts lorsque les mains sont appuyées sur la table. J'ai souvent constaté cette apparence, et ceux qui expérimentent avec moi l'ont aussi constatée, mais j'ai des doutes sur sa réalité ; dans l'obscurité, l'œil se fatigue vite et despbosplicnes apparaissent : cepentlant, il m'est presque toujours arrivé de constater que les lueurs étaient aperçues par les autres personnes à l'endroit où je les avais vues.

Les lueurs qui apparaissent sur les vêtements ou la figure dos expérimentateurs m'ont été souvent signalées, mais personnellement je les ai rarement observées.

La phosphorescence (les mains, clans les séances ordinaires, n"a jamais été constatée par moi d'une manière certaine, bien que des observateurs en qui j'ai confiance m'assurent l'avoir remarquée : il faut tenir compte de la Fatigue des yeux : lorsque l'obscurité n'est pas complète, on aperçoit vaguement les mains blanches qui reposent sur la table plus foncée. L'œil lassé accentue le contraste entre les deux teintes et la plus claire a une tendance à paraître un peu lumineuse.

Quelquefois, mais bien rarement, il m'a été donné d'observer des sortes d'étincelles coïncidant avec les raps. Ce phénomène m'a paru avoir une réalité objective. Je n'élais pas seul à voir ces rapides lueurs que les autres expérimentateurs observaient aussi : leur apparition au moment des raps était constante. Ces circonstances nous ont permis de penser qu'il devait y avoir un substratum quelconque objectif à ce phénomène.

J'ai d'ailleurs observé des phénomènes lumineux certainement objectifs. A Choisy nous en avons obtenu dans des conditions particulières que de Rochas a indicpiées et qui sont assez significatives. Ces lueurs, très brillantes ont présenté l'aspect de grosses gouttes phosphorescentes glissant sur le corsage d Eusapia après avoir flotté dans l'air cjuelques instants. Ce phénomène m'avait paru peu probant, parce qu'une forte odeur de phosphore s'était répandue dans l'appartement. Après le départ d'Eusapia, je revins dans la salle des séances où je retrouvai MM. de Gramont et de Watteville c[ui étaient aussi curieux que moi. Nous ne trouvâmes rien sur le plancher.

iNos soupçons avaient été éveillés par l'odeur phosphoréc ([ui s'était répandue. Je l'ai remarquée depuis, dans des séances cjui m'ont paru dillicilement fraudables ; cette odeur

ia8 LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

est moins celle chi phosphore que celle de l'ozone : elle ressemble à 1 otleur ozouée qu on respire près des machines d'électricité statique en activité. Cette odeur est caractéristique.

Les rapides lueurs qui se montrent ainsi peuvent elrc aisément imitées : un expérimentateur prudent ne doit jamais perdre de vue qu'il est possible d'employer diverses substances pour obtenir des effets de phosphorescence. L'huile phosphorée, par exemple, permet des imitations frauduleuses de phénomènes lumineux. Je me rappelle avoir assisté à une séance où se trouvait létudiant en mé decine dont j ai parlé. Je remarquai que l'extrémité de l'un de ses doigts brilla un instant. Je sus que ce jeune homme avait un flacon d'huile phosphorée dans les poches. Dans une autre occasion, des lueurs étroites et allongées se montrèrent de temps en temps sur ce jeune homme. Elles étaient produites, je crois, par des allumettes ou des brins de paille plongés dans le liquide lumineux. Les préparations phosphorées présenteiit l'avantage de ne devenir bien lumineuses que lorsqu'on les agite à l'air, caries lueurs que répand le phosphore qu'elles contiennent ne se produisent que lorsqu'il y a des phénomènes d'oxydation.

Les objets enduits de sulfure de calcium, de strontium ou de baryum deviennent lumineux dans l'obscurité lorsqu'ils ont été exposés un certain temps à la lumière. C'est le principe des cadrans de montre, des boîtes d'allumettes, des bougeoirs lumineux. Il y a d'autres substances encore qui permettent la fraude.

J'ai assisté à des séances très curieuses au point de vue des phénomènes lumineux que j'ai observés. Ces séances faisaient partie de la série dont j'ai déjà parlé : les deux jeunes fraudeurs dont j'ai raconté quelques méfaits y assistaient et comme l'un d'eux est un excellent chimiste il est possible que les superbes phénomènes que j'ai observés soient douteux. En tout cas, je ne vois pas connnent la

fraude aurait été commise ; mais, étant données les conditions dans lesquelles j'ai expérimenté, je crois devoir ni'abstenir de porter un jugement sur la réalité des faits observés. Je les décrirai sommairement en indiquant les phénomènes que l'on peut imiter et ceux qui ne m'ont pas paru tels.

Le médium est un jeune homme de 2^ ans, d'une bonne famille, ayant fait ses classes jusqu'à la seconde : il est très bien élevé et ses manières sont aisées. Il est employé de commerce. Physiquement il est de haute taille, bien pris, fort et paraît jouir d'une bonne santé. Il est inteUigent, mais ne paraît pas avoir une volonté bien forte : il subit facilement l'influence de ses camarades. Il en était particulièrement ainsi du jeune étudiant en médecine dont j'ai signalé l'irrépressible tendance à la tromperie. Cet étudiant avait pris un grand ascendant sur le médium et malgré mes conseils, lui faisait faire des expériences trop fréquentes, presque quotidiennes. Le résultat en était facile à prévoir : l'étudiant et le médium imprudents présentèrent au bout de quelques semaines des troubles nerveux visibles. Les séances se faisaient le soir autour d'une table ronde à double plateau. On les commençait avec de la lumière, mais sur la demande de la table on arrivait vite à une obscurité presque complète. J'ai toujours pensé que l'obscurité était demandée par les deux fraudeurs qui pouvaient s'en donner à cœur joie dans le milieu trop confiant oia ils opéraient. Je ne raconterai pas les mouvements désordonnés de la table et des meubles une fois l'obscurité faite : ces mouvements gagnaient jusqu'aux meubles d'une alcôve contiguë et je ne pouvais me défendre contre un sentiment d'amusement à voir le zèle malfaisant de ces deux jeunes gens. Ils avaient convié à ces séances quelques-uns de leurs amis, étudiants ou médecins, et j'étais fort peu content de voir à quelles séances suspectes on faisait assister ces nouveaux venus.

Je dois dire pour être exact que si j'ai eu la conviction

Maxwell, y

l3o LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

de la fraude, je ne l'ai pas toujours directement constatée. Je me plaçais d'ordinaire à côté du plus turbulent des deux et sa main que je tenais n'a pas bougé. Mais l'autre main et l'autre fraudeur avaient plus de liberté. Certains de nos coexpérimentateurs ont constaté la fraude.

Je la soupçonnais d'ailleurs à cause de l'allure des pliénomèncs qui étaient d'une grande brutalité. La table, soulevée de sol, était quelquefois lancée contre les observateurs avec tant de force qu'elle leur a quelquefois fait mal ce qui n'arrive presque jamais avec les phénomènes vrais. Le mince plateau de la table a été brisé, ce qui n'a pu être amené que par une pression exagérée ou des coups de poing violents destinés à imiter des raps retentissants. Jamais les raps ne brisent la table ; les pieds de celle-ci se démolissent quelquefois lorsque la tabîe soulevée retombe brusquement : mais c est l'unique dommage que les séances sérieusement faites m'aient laissé constater.

Malgré les conditions plus que suspectes dans lesquelles nous opérions, je ne suis pas sûr que tous les phénomènes aient été imités. 11 m'a paru y avoir dans ces séances un mélange de beaucoup de faux et d un peu de vrai. Une observation plus longue m'aurait permis d avoir une opinion certaine, mais les séances durent être interrompues.

Parmi les phénomènes dont l'authenticité m'a paru probable, je signalerai les raps. Beaucoup d'entre eux, obtenus à la lumière et sans contact apparent avaient l'aspect des raps authentiques que j'ai souvent observés. Mais le contrôle insuffisant ne me permet pas d'affirmer leur réalité. jjj

Quant aux phénomènes lumineux j'en suis à me demander comment certains d'entre eux ont pu être imités. Pour donner une physionomie précise des conditions dans lesquelles on les observait, je vais raconter sommairement une des séances les plus curieuses de cette série.

11 y avait une douzaine d'assistants environ ; cinq ou six

PHÉNOMÈNES LtTMINEUX l3l

se mirent à la table et l'on obtint des raps, tantôt sur la table, tantôt sur le plancher. L'obscurité fut demandée et on l'amena progressivement. Les phénomènes augmentèrent d'intensité à mesure que l'obscurité devint plus grande : quand on n'y vit plus, les lévitations habituelles, les coups frappés violemment, les déplacements de meubles suivirent leur cours ordinaire. On suspendit la séance quelques minutes et on le reprit vers onze heures du soir. La table demanda que le médium fût placé dans le cabinet qui était formé dans un coin de la pièce avec des rideaux blancs. Le médium fut installé dans un fauteuil ; la table demanda aux assistants de s'éloigner du cabinet. Elle paraissait frapper toute seule le plancher : elle nous fit placer à deux mètres au moins du réduit oii se trouvait le médium et nous demanda de chanter. On psalmodia l'air de « frère Jacques, dormez-vous ». Au bout de dix à quinze minutes des lueurs laiteuses et phosphorescentes se montrèrent sur les rideaux du cabinet : puis des mains lumineuses apparurent. Une main très lumineuse monta rapidement à l'extérieur des rideaux et alla saisir une sonnette qui avait été accrochée à un clou à environ 2'",5o de hauteur. Cette main fut visible pour tous les assistants.

Puis les lueurs laiteuses se montrèrent de nouveau, plus grandes et plus brillantes. L'une d'elles, aux contours très indistincts, se promena dans la chambre et s'éloigna du cabinet d'environ 3 mètres, le long du mur opposé à celui près duquel les assistants étaient groupés. Cette lueur semblait être à i ",50 au-dessus du sol; elle pouvait avoir I mètre environ de hauteur sur 25 à 3o centimètres de large, et paraissait flotter dans l'air. Elle resta visible plusieurs secondes.

Ensuite, d'autres lueurs se montrèrent près du cabinet : enfin, l'une d'elles extrêmement brillante, apparut au dessus du cabinet, près du plafond. Cette lueur pouvait avoir 5o centimètres de hauteur sur 4o de largeur. Les contours

iSa LES l'IlÉ.NoMKNES PSYCHIQUES

parurent plus ncUcuioiil ilédnis que ceux de la lueur cpii s'était promenée dans l'appartement.

Ces phénomènes étaient nettement visibles pour tout le monde. Certains d'entre nous crurent y voir des formes l'antômatiques. Je n'y distinguai pour ma part aucune apparence humaine. La première de celles que j'ai décrites me fit l'effet d'une colonne lumineuse: la seconde, plus précise dans ses contours, n'éveilla l'idée d'aucune forme définie. Nous cessjimes nos expériences bientôt après ces phénomènes.

Sont-ils réels .'^ Je n'en suis pas sûr, mais je me demande comment ils auraient pu être imités. Il y a des distinctions à faire entre ces apparences dont je n'ai décrit que les principales. La main lumineuse qui décrocha la sonnette avait des contours très nets : elle était très brillante et très reconnaissable. Je comprends que l'on puisse soupçonner le médium, dont la taille est élevée, de s'être enduit la main d'une substance phosphorescente et d'avoir lui-même décroché la sonnette. Il reste à trouver quelle est la substance qu'il aurait pu employer. Il faut écarter je crois l'huile phosphorée. Elle aurait laissé des traces sur la main, les vêtements ou le linge du médium, ou sur les rideaux du cabinet, ou sur la sonnette, ou sur la tapisserie de la muraille à l'endroit où la sonnette fut décrochée : or rien de pareil n'existait. Les mains et les vêtements du médium ne portaient aucune trace d'huile. D'ailleurs la lumière que produisent les préparations à base de phosphore n'a ni la durée ni l'uniformité de celles que j'ai observées. S

Est-ce une préparation à base de sulfures alcalino-terrcux ? ». Les sulfures pour être phosphorescents doivent être à l'état sec. Habituellement on les réduit en poudre et on colle, cette poudre sur la substancequ'on veut rendre lumineuse.^ L'apparence d'une main pourrait être produite par un gant^" enduit de poudre de sulfure de strontium ou de calcium. Mais je n'ai pas à indicjuer combien il serait dillicile de

mettre ce gant. Il est vrai que le gant peut être bourré de cnn, trempé dans la colle et saupoudré de sulfure dans la position voulue ; le phénomène cjue j'ai observé 2)ourrait s'expliquer de la manière suivante : le médium aurait promené le gant lumineux d'une main et aurait pris la sonnette de l'autre. C'est possible : cependant cela ne me paraît pas probable.

En tous cas cette explication cesse d'être satisfaisante dès qu'on envisage le cas des lumières flottant dans l'appartement. Je ne connais aucun procédé permettant d'imiter avec une substance phosphorescente l'apparence légère, diaphane, immatérielle de ces curieuses lueurs. Mes connaissances chimiques, il est vrai, sont très rudimentaires et l'un des deux jeunes gens dont j'ai parlé est un habile chimiste: peut-être connaît-il des procédés plus parfaits que ceux décrits ci-dessus pour produire la phosphorescence : il me semble cependant qu'une étoffe enduite dune préparation lumineuse n'aurait pas eu l'aspect de la lueur qui a flotté dans la chambre. Il est très dilïicile il me semble de reproduire ces clartés vagues et mal limitées qui ressemblent plus à une nuée lumineuse qu'à un objet matériel phosphorescent.

La dernière apparence que j'ai décrite avait des contours plus précis, rappelant les plis d'une étoffe dans sa partie supérieure. Certains de mes compagnons d'expérience ont cru y reconnaître une tête masculine barbue, couverte d'une sorte de turban ou de burnous. Si nous avions été en présence d'un phénomène truqué, l'aspect de l'objet lumineux aurait été le même pour tous les observateurs. Il n'en a pas été ainsi dans la réalité puisque certains d'entre nous n'ont distingué aucune forme reconnaissable dans la lueur. Je sais que l'imagination peut être la cause de beaucoup d'illusions visuelles. Elle nous fait compléter des images imparfaites et voir des figures et des formes dans des jeux d'ombre et de lumière qui ne rappellent que de loin ces

l3/4 11^^ l'HKNOM£.\ES PSYCHIQUES

formes cl ces figures. Je n'ai pas observé, dans des conditions assez précises pour en adirinerrobjcclivilé, les curieux phénomènes que je décris et ne puis que répéter ce que je disais loul-à-riicure c'est que leur réalité m'a paru probable malgré les fraudes que je connaissais et celles que je soupçonnais ; malgré la prévention de mon esprit, j'ai été favorablement impressionné.

J'ajouterai que la luminosité qui a flotté dans l'appartement s'est déplacée de long en large et a duré plusieurs secondes. La partie de la pièce oii elle flottait était encombrée de chaises abandonnées, des meubles qui avaient clé traînés de l'alcôve voisine à la salle d'expériences et de la table elle-même. Tous les assistants étaient groupés dans une partie de l'appartement ; seul le médium aurait pu sortir du cabinet et faire flotter lobjet lumineux dans l'endroit oi!i nous l'apercevions : mais il aurait dû se déplacer pour cela cl il aurait heurté les meubles épars. Nous faisions silence au moment où ce phénomène lumineux se produisait et nous eussions entendu les mouvements du médium en marche ; or nous n'entendîmes aucun bruit, pas plus celui des pas qu'aurait dû faire le sujet que celui des meubles qu'il aurait dû heurter, k moins d'être remarquablement nyctalope.

Telles sont les observations que j'avais à présenter sur cette curieuse séance. Un de mes amis, savant éminent et familier avec ce genre de phénomènes, a eu comme moi l'impression que ceux que j'ai dépeints étaient réels.

Dans d'autre séances d'ailleurs ce médium nous a montré des luminosités semblables. J'indiquerai même que l'un des expérimentateurs suspects ayant été éliminé et les expériences ayant lieu chez un médecin de mes amis, nous observâmes des lueurs rondes sur les rideaux du cabinet où se trouvaille médium. Ces lueurs étaient beaucoup plus petites que celles que je viens de décrire, elles avaient la grosseur d'une noix mais étaient bien observables.

PHÉNOMÈNES LUMINEUX l35

J'espère pouvoir reprendre mes expériences avec le médium dont je viens de parler. Car il me paraît être l'un des plus puissants que j'aie jamais vus. Il est vraiment regrettable qu'il soit tombé entre les mains de jeunes gens ignorants et imprudents qui ont abusé des séances, l'ont fatigué et rendu malade. Bien dirigé il aurait été extraordinaire : il reste à savoir si les conditions mauvaises dans lesquelles il s'est développé n'ont pas eu pour efïet de détruire chez lui la rare faculté qu'il possédait. J'aurai d'ailleurs à revenir encore sur ces considérations.

Les lumières produites par ce jeune homme étaient les plus brillantes que j'aie observées. Leur couleur a été très justement comparée par l'un de mes compagnons d'expérience, astronome amateur distingué, à la lueur des nébuleuses. Cet expérimentateur avait un bon spectroscope. mais il n'a jamais pu réussir à analyser speclroscopiquenient les lumières que nous avons vues. Elles étaient trop mobiles et trop fugitives.

J'arrive maintenant à des phénomènes visuels qui n'ont plus le caractère de luminosité de ceux que je viens de rappeler mais qui en présentent un bien curieux : celui d être des représentations de formes humaines ou d'objets.

Je n'ai pas vu de formes humaines phosphorescentes comme certains observateurs affirment en avoir vu. J'ai dit que le médium bordelais en présence duquel j'ai vu les beaux phénomènes lumineux ci-dessus décrits, nous avait fait voir une fois une main lumineuse. J'ai vu à Choisy avec Eusapia la même apparence. Il y avait une lumière assez grande dans la pièce pour que les mains d'Eusapia fussent visibles. Dans ces conditions, les mains du médium étant non seulement tenues par ses voisins mais visibles sur la table, nous aperçûmes au-dessus de la tête d'Eusapia et à environ 60 à 75 centimètres, une main légèrement phosphorescente qui s'agita dans l'ouverture des rideaux. Cette apparence était très nette et fut aperçue par la plupart

l36 LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

des observateurs qui étaient en mesure, par leur position, de l'apercevoir à leur aise.

Ce n'était pas la première fois que je voyais la forme d'une main. En iSgS, à l'Agnélas, j'avais vu une main et un bras nu jusqu'au niveau du coude, se profiler au-dessus de iM. Sabatier qui était en face de moi et lui toucher le sommet de la tête. M. Sabatier accusa au même moment un attouchement à la tcte. Ma perception avait été très nette et j'étais certain d'avoir vu ce que j'indiquais. Je me souviens que mes co-expérimentateurs, deux d'entre eux au moins hésitaient à admettre mon observation parce que j'avais été seul à la faire. Je n'avais j)as en 1896 l'habitude des expériences que j'ai plus lard acquise à force d'en faire et j'étais tout disposé à écouter avec déférence les remarques de mes aînés, mais j'étais si certain de la réalité de mon observation qu'elle fut insérée au procès-verbal. Les expériences ultérieures ont multiplié les observations du même genre. Elles rappellent d'ailleurs la tête ronde vue à Carqueyranne chez Riche t.

La main et le bras que j'ai vus à l'Agnélas étaient opaques et noirs. Ils se projetaient sur le fond éclairé de la pièce où nous expérimentions et j'étais placé de telle sorte que seul je pouvais les apercevoir.

A Clioisy, en 1896, je n'ai rien vu de semblable, mais nous avons vu autre chose. Je me souviens qu'un jour, M. de Gramont étant dans le cabinet derrière Eusapia, celleci nous dit de souffler : à ce moment M. de Gramont vit dans l'air la forme d'un soufflet.

A Bordeaux, en 1897, nous revîmes les formes opaques et noires dans des conditions excellentes. On trouvera, vers la fin de ce livre, quelques extraits du compte rendu de nos séances ; je m'y réfère pour le détaildes conditions matérielles dans lesquelles nous opérions : je me bornerai à indiquer ici que la pièce où nous tenions nos séances est éclairée par une très large fenêtre à trois corps. Les contrevents, à

PHÉNOMÈNES LUMINEUX iS']

claire-voie, en étaient fermés, mais quand le gaz était allumé au rez de-chaussée, dans une dépendance de la cuisine en retour d'équerre sur le jardin, une lumière faible pénétrait dans la pièce et éclairait les vitres de la fenêtre. Celle-ci constituait de la sorte un fonds clair sur lequel, pour une moitié des expérimentateurs, se profdaient certaines formes noires.

Nous avons tous vu ces formes, ou plutôtcette forme, car c'est toujours la même qui s'est montrée : un profd allongé, barbu, aves un nez fortement busqué. Cette apparence disait être la tête de John, qui est la personnification habituelle avec Eusapia. C'est un phénomène très extraordinaire. La première idée qui se présente à l'esprit est celle d'une hallucination collective. 11 resterait à dire pourquoi elle se manifestait dans les conditions très spéciales que j'ai indiquées. D'ailleurs le soin avec lequel nous observions ce curieux phénomène — etil me paraîtinutile d'ajouter le calme avec lequel nous expérimentions — rend bien invraisemblable l'hypothèse d'une hallucination.

Celle d'une fraude est encore moins admissible. La tête que nous apercevions était de grandeur naturelle, et atteignait une quarantaine de centimètres du front à l'extrémité de la barbe. On ne s'explique pas comment Eusapia aurait pu cacher dans ses poches ou sous ses vêtements un carton quelconque découpé. On ne s'explique pas davantage comment elle aurait pu extraire à notre insu cette découpure, la monter sur un bâtorj ou sur un fd de fer et la faire manœuvrer. Eusapia n'était pas endormie, elle voyait quelquefois elle-même le profil qui se montrait et manifestait sa satisfaction d'assister, éveillée et consciente, pour la première fois je crois, aux phénomènes qu'elle produisait. La faible clarté que répandait la fenêtre éclairée était sufïlsante pour que l'on aperçût les mains d'Eusapia : je n'ai pas besoin d'ajouter que ces mains étaient d'ailleurs tenues avec soin parles con-

Irôleurs de droite et de gauche. Il lui était impossible de faire manœuvrer ces profils s'ils eussent été fabriqués par elle. En efiet, le profil observé paraissait se former au sommet du cabinet, aune hauteur de i"',25 environ au-dessus de la tète d'Eusapia; il descendait assez lentement et venait se placer au-dessus et en avant d'elle ; au bout de quelques secondes il disparaissait pour reparaître quelque temps après dans les mêmes conditions. Nous nous sommes toujours assuré avec soin de l'immobilité relative des mains et des bras du médium et létrange phénomène que je relate est l'un des plus certains que j'aie jamais constatés, tant l'hypothèse de la fraude était incompatible avec les conditions dans lesquelles nous observions.

Deux ou trois fois seulement le phénomène a paru légèrement lumineux : il s'est formé le long des rideaux, du côté oii se trouvaient un de mes amis. M, de Pontaudetmoi, une tache blanchâtre, laiteuse, visible pour tout le monde, au moins pour ceux qui étaient placés de manière à pouvoir commodément l'apercevoir. Cette tache a paru s'abaisser assez rapidement et s'est évanouie au niveau de nos têtes.

Je n'ai évidemment aucune explication à donner. L'apparition de ces formes humaines soulève un problème beaucoup plus compliqué que les raps et les mouvements sans contact et j'estime qu'on ne peut pas en aborder avec fruit l'étude actuellement. Rien ne m'autorise à considérer ces curieux phénomènes comme démontrant l'exactitude de l'hypothèse spirite : je leur soupçonne une cause autre que l'intervention de l'esprit d'un mort, mais je ne suis pas encore en état de formuler une opinion raisonnce à cet égard : je signalerai toutefois les relations étroites qui me paraissent exister entre la production de ces formes et celles des mouvenicnls sans contact et des raps. Ces rapports tendent à me persuader que tous ces phénomènes sont du même ordre et dépendent d'un agent unique et

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d'une cause semblable : avant d'analyser sommairement les observations sur lesquelles je fonde cette opinion, je dois cependant décrire une série d'expériences qui m'a donné les plus curieux résultats. Ces expériences ont été faites avec un médium instruit, intelligent, appartenant à un milieu social cultivé.

J'ai obtenu avec lui : i° des raps faibles mais très nets et bien contrôlés, avec et sans contact ; 2°desmouvemenlssans contact de faible amplitude mais très bien observés ; 3" des phénomènes lumineux très faibles ; /i" enfin la production de lormes diverses. Je ne décrirai que ces deux dernières catégories de faits, les seuls qui confirment dans une certaine mesure les expériences racontées dans le présent chapitre.

La première fois que des phénomènes lumineux se sont montrés, nous n'étions pas autour de la table. Les expérimentateurs étaient assis : la pièce où ils se trouvaient avec moi était de petite dimension. Le médium aperçut diverses lueurs et même des visages sur la muraille en face de lui. Ces lueurs et ces formes n'étaient pas visibles pour moi. Dans d'autres circonstances j'ai cru apercevoir des lueurs, mais extrêmement faibles et à la limite de la visibilité. J'ai tout lieu de penser que ces lueurs sont subjectives, et cependant il m'est souvent, mais pas toujours, arrivé de demander au sujet l'endroit où la lueur était vue par lui ; la forme qu'elle avait, la direction qu'elle suivait, au cas oîi elle était en mouvement et j'ai constaté que les indications du médium concordaient avec mes propres observations ; mais chose curieuse et qu'il est de mon devoir de témoin de signaler, ces lueurs se montraient souvent à moi dans les mêmes conditions lorsque j'avais les yeux fermés. Celte considération me paraît décisive et me détermine à penser que ces lueurs sont subjectives. Je ne crois pas en eflet que l'on puisse admettre que la lumière émise par elles soient de telle nature que les rayons en traversent les paupières

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fermées. Cette visibilité de la lueur devrait exister dans tous les cas ; or il n'en est pas ainsi, et je n'ai observé cette visibilité interne qu'avec le médium dont je parle. Je l'ai cependant une ou deux fois soupçonnée dans une série d'expériences antérieures.

,1c ne puis d'un autre côté tenir ces visions comme hallucinatoires, à moins d'admettre encore que cette halluciniation cnloptiquc est collective. Mais alors, pourquoi ces illusions ne se rencontrent-elles pas dans toutes les séances ? Pourquoi la manifestation des lueurs ou des formes s accompagne-t-elle d'abondants raps sans contact sur une table .^ Ces raps précèdent immédiatement l'apparition de la forme et se comportent comme des signaux destinés à attirer l'attention des observateurs. 11 y a là une coïncidence qui n'est pas fortuite car elle est presque constante.

La première fois que j'ai vu des formes définies avec ce médium, nous n'étions pas en séance. Le médium vit sur la muraille une apparition connue et vit le mot rideaux se dessiner en lettres brillantes sur le mur. Le médium ne comprenait pas la signification de ce mot, car il n'avait jamais assisté à des séances de spiritisme. Je lui dis de continuer à observer car je croyais comprendre le sens de ce message. J'organisai immédiatement alors avec des rideaux noirs une sorte de cabinet dans un coin de la pièce et nous fîmes une obscurité complète après nous être assis autour d'une table, le médium tournant le dos aux rideaux. Au bout de quelques temps, nous entendîmes des raps sur la table, sur la chaise du sujet, sur le plancher et sur la muraille dans le cabinet. Intéressé, le médium s'était à demi retourné vers les rideaux. Tout à coup, après la production de quelques lueurs très faibles et très mobiles, j'aperçus une ravissante figure de femme, pâle, les yeux levés au ciel dans l'attitude de la prière. Les yeux et les cheveux étaient noirs ; la coilTure était formée par deux bandeaux égaux, dans le genre de celle qui était à la mode

il y a cinquante ou soixante ans. La figure était enveloppée d'un voile blanc qui recouvrait la tête et l'encadrait complètement. La pliysionomie était très douce et d'une rare beauté. L'apparition paraissait légèrement lumineuse, d'un ton blanc laiteux. Elle se produisit au-dessus et à gauche du médium, à une assez grande hauteur près du plafond. La durée de cette apparition a été extrêmement courte. Interrogé prudemment par moi, le médium me donna le signalement exact de la figure que je venais d'apercevoir. Les détails concordèrent de la manière la plus complète. Les raps indiquèrent que c'était la figure d'une fée.

Je n'ai pas souvent eu de vision aussi nette : je n'ai que très rarement obtenu ce curieux phénomène, mais cependant je l'ai observé nettement trois fois avec le médium dont je parle. La seconde fois les figures se sont incomplètement formées pour moi : je n'ai vu que des portions de faces inconnues. Le médium a reconnu l'une de ces figures. La troisième fois, nous n'étions pas à la table. Le médium voyait des apparitions : je ne voyais que des lueurs quand brusquement je vis un front, des yeux et un nez qui représentaient les traits d'un ami très cher que j'avais perdu récemment. Le médium vit la figure complète. Elle ne connaissait pas l'homme de son vivant mais elle en avait eu de curieuses et très étranges apparitions posthumes dans des conditions qui seraient intéressantes à indiquer. Malheureusement je ne suis pas autorisé à le faire complètement.

Ce n'est pas seulement des figures humaines que j'ai vues dans des conditions semblables, j'ai aperçu quelquefois des figures d'animaux plus ou moins extraordinaires et que je ne puis m'empêcher de considérer comme

imaçrinaires. Le fait curieux est la concordance entre les

visions du médium et les apparences perçues par les assistants.

Enfin j'ai vu, toujours dans les mêmes conditions, une fois, une lanterne de cuivre, d'une forme déterminée, dans

1^3 LES imil:>omkm;s psychiques

une position spéciale; celte vision lut également perçue de la même manière par le médium.

Je ne puis, ici encore, formuler aucune opinion qui me satisfasse. Je suis disposé à croire que j'ai été victime d'illusions, bien que les circonstances se prêtent mal à cette liypotlièse. La vision d'une lanterne est à rapprocher de celle du soulllet vu par M. de Gramont avec Eusapia. Je me réfère à ce que j'ai dit plus haut de la concordance entre les raps et l'apparition : cette simultanéité existait pour les apparitions de formes animales ou d'objets matériels, comme pour celles de figures humaines. C'est une constatation qui est de nature à faire écarter l'hypothèse d'une illusion pure. Mais alors ?

J'ai indiqué ces expériences étranges pour être sincère et complet. Je ne cacherai pas qu'il m'en coûte beaucouj), car je n'y trouve pas les conditions de précision que mes expériences de télékinésie par exemple m'ont paru présenter. J'ajouterai que je ne cherche pas à obtenir ces phénomènes de matérialisations plus ou moins complètes. Je les subis car les faits ne se dirigent pas au gré des expérimentateurs. Je ne puis dire que ces apparitions me laissent indifférents : elles m'intéressent au contraire beaucoup, mais j'ai l'impression d'être devant un fait trop compliqué pour être utilement observé. 11 n'en est pas de même des raps et de la télékinésie : je fais tous mes eflbrls pour cantonner à leur étude les recherches que je continue et j'ai le sentiment que l'on peut espérer d'arrriver à déterminer les conditions de leur production. Je m'imagine, à tort peut-être, que l'on peut dès à présent les soumettre à la discipline scientifique ; je pense que leur étude est le préliminaire nécessaire de l'étude des autres faits moins compréhensibles, aussi est-ce à leur observationque je m'attache presque exclusivement : mais je n'ai jias cru pouvoir me dispenser de dire tout ce que j'avais vu. J'ignore entièrement la signification de ces apparences diverses, j ai pu me tronquer.

quoique je ne le pense pas, mais je n'ai pas, il me semble, le droit de faire un choix dans mes expériences, de taire les unes et de raconter les autres. Il appartient à ceux qui me liront de se placer dans les conditions oii je me suis moimême placé et d'observer à leur tour. Je me borne à dire ce que j'ai vu : j'ajoute que certains faits m'ont paru plus certains que les autres : mon rôle de témoin ne va pas au-delà.

Les constatations que j'ai faites en ce qui concerne les phénomènes lumineux me permettent toutefois de donner quelques indications utiles. Les premières sont relatives aux procédés opératoires : les autres aux conclusions que j'ai tirées de mes expériences.

Lorsqu'on cherche les phénomènes lumineux simples, on procède comme je l'ai indiqué pour les mouvements paraki né tiques ou télékinéliques. Les assistants se groupent autour de la table, en appuyant les mains sur le plateau, ou bien formant la chaîne autour de la table, sans la toucher. Il est inutile d'ajouter que l'obscurité doit être aussi complète que possible. Dans ces conditions on peut obtenir des lumières : c'est ainsi que j'ai observé la figure féminine que j'ai décrite.

Les belles lueurs que j'ai vues avec le jeune médium bordelais ont été obtenues d'une autre manière qui me paraît meilleure encore. C'est du reste le procédé adopté par les médiums professionnels, peut-être parce qu'il favorise la fraude encore plus peut-être que le phénomène. Ce procédé consiste à placer le médium dans le cabinet et à former la chaîne soit autour de la table, soit en s'asseyant en demicercle ; dans ce cas la chaîne n'est pas fermée.

J'ai remarqué que le chant en commun et la musique avaient une action favorable à la production du phénomène. Cette circonstance est cependant aussi une cause de suspicion parce que le bruit du chant ou de la musique peut couvrir celui que le médium fait en sagitant.

l(\[\ LES phénomi;m:s psychiques

Quoique je ne puisse considérer la réalité des phénomènes luniineuv observés par mol comme aussi bien établie que celle de certains autres phénomènes, je n'en donnerai pas moins le résultat des constatations que j'ai cru faire. Je ne les indique ici que sous réserves, mais l'analogie qu'elles présentent avec les constatations faites par moi relativement aux raps et aux mouvements sans contact me paraît utile à signaler. C'est une des raisons qui me font croire à leur probabilité d'abord, et ensuite c'est lindlcatlon de l'existence présumable de quelque loi générale régissant tous ces phénomènes si dlirérenls en apparence.

Les constatations les plus Importantes sont encore ici : le synchronisme entre l'action musculaire et le phénomène; la tendance à la personnification ; la fatigue physique qu'une séance réussie cause aux assistants.

Les raisons pour lesquelles je conclus à l'existence de ce synchronisme sont établies sur un grand nombre d'observations faites avec Eusapla et avec d'autres médiums. 11 m'a semblé, dans mes expériences avec M™" Paladino que celle-ci préférait le souffle aux autres mouvements pour la production des lueurs. Cette conclusion est incertaine parce que je n'ai pas eu l'occasion d'observer beaucoup de phénomènes lumineux avec le médium napolitain.

Mes observations ont été plus précises avec le médium bordelais. Le frottement des mains, celui des pieds sur le sol, le souffle, le fait de se serrer les mains fortement quand la chaîne était formée déterminaient l'apparition des curieuses luminosités que j'ai signalées ; celles-ci se produisaient aussi spontanément, mais les mouvements que nous exécutions m'ont paru avoir une action sur leur manifestation.

Ici encore, la relation avec la contraction musculaire plutôt qu'avec le mouvement lui-même m'a semblé exister, mais je n'ai pu vérifier ce point avec la même certitude que pour les raps ou les mouvements sans contact.

En tous cas, réserves faites d une fraude que je reconnais possible quoique improbable, le cliant en commun m'a paru avoir une influence favorable sur le phénomène. J'ai eu Toccasion de constater cet effet de la parole chantée : je ne puis songera en donner l'explication, bien qu'on puisse soupçonner quelle elle peut tire. Je me bornerai à faire remarquer le rôle que le chant joue dans les cérémonies religieuses et celui qu on lui prêtait dans les opérations magiques : les inot incantation, enchantement sont à cet égard très significatifs. Les lettrés se rappelleront les chants magiques de la IP Eglogue de Théocrite et de la VHP de Virgile. Les magiciens indous chantent leurs men trams. Rien n'est plus répandu que cette croyance à la vertu surnaturelle du chant, de la parole cadencée et modulée. Comme les faits supranormaux que je raconte me paraissent avoir été de tout temps connus, quoique mal interprétés, je suis disposé à croire que les superstitions relatives à la puissance magique du chant ne sont pas complètement fausses : elles doivent comme beaucoup de croyances, reposer sur un fonds de vérité. Cela paraît invraisemblable et personne n est plus étonné que moi-même de me voir admettre cette possibilité. Je l'admets cependant : je suis disposé à penser que la plupart des croyances populaires ont quelque fondement : cette part de vérité quelles contiennent est souvent très faible parce que l'ignorance, la crainte, l'imagination la masquent sous des croyances accessoires déraisonnables qui l'étouflent. Il y aurait d'intéressants rapprochements à signaler sur ce sujet si je ne m'étais pas systématiquement interdit toute espèce de commentaire théorique. Je ferai toutefois remarquer que les spirites les plus dignes de foi recommandent de chanter ou de faire de la musique pendant les séances. Je m'arrête, car je ne pourrais que répéter ici les considérations que j'ai présentées déjà au sujet de la relation entre l'énergie nerveuse quelle qu'elle soit et les phénomènes

Maxwell. io

l^G LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

lumineux. Ceux-ci paraissent a\oir une élroite connexilé avec elle.

L'allure de ces phénomènes est la même que celle des phénomènes sonores ou moteurs : ils tendent à la personnification et il me paraît probable que les apparences lumineuses imparfaites ne sont que les ébauches d'une forme. Cette forme n'est j^as toujours humaine bien qu'elle paraisse l'être généralement. J'ai donné des exemples ofi l'apparence était celle d'un animal ou d'un objet. Je n'ai jamais pu converser avec la forme elle-même lorsqu'elle était humaine : j'ai cependant expérimenté avec des médiums qui croyaient converser avec les formes. Toutes ont prétendu être des esprits humains. Ce qui rend cette unanimité particulièrement intéressante, c'est que l'un des médiums avec qui j'ai obtenu les plus beaux phénomènes d'apparences humaines n'est pas spirite le moins du monde.

Est-il victime d'une hallucination .^^ C'est possible, mais alors comment expliquer le fonds de vérité qui existe dans ses hallucinations? Je sais bien que la mémoire impersonnelle est une source inépuisable de renseignements inconnus de la personnalité normale, mais il y a des cas où l'IiYpothèse d'une hyper mnésie est peu acceptable. En voici un exemple. Le médium dont je parlais tout à l'heure a eu à diverses reprises l'impression qu'une personne décédée, inconnue d'elle mais bien connue de moi, pénétrait dans sa chambre. L'apparition était précédée d'un bruit de pas se rapprochant, la porte paraissait s'ouvrir et la forme entrait. Elle s'asseyait au pied du lit, caressait le bras du médium et lui prenait la main. Le sujet a été très elfrayé de ces visions qu'il considère comme hallucinatoires et il a fait son possible pour s'en débarrasser : au bout de deux ou trois visites la forme a cessé de se montrer, à mon grand regret, car j'avais là l'occasion d'une observation du plus haut intérêt ; je n'ai malheureusement pas assez d'aulorité et d iniluence sur ce sujet remanjuable pour obtenir de lui

qu'il prête la main au développement de ce phénomène. Je l'ai beaucoup regretté je le répète, parce que certains détails de ses visions mont paru inléi'essants. La personne qui était censée apparaître avait une démarche très caractéristique ; il me sulFirait de la décrire pour qu'elle soit reconnue par ceux qui ont approché cette personne. D'autre part elle portait la barbe rasée d'une façon spéciale. La vision s'est montrée avec une courte barbe ; vérification faite auprès du médecin qui a soigné mon ami, sa barbe n'avait pas été rasée dans les derniers temps de sa vie.

Le médium habitant la même ville a pu connaître cette personne; mais s'il l'a connue, comment l'a-t-il vue avec une coupe de barbe diOerente de celle qu'avait adoptée la personne apparue.^ Détail intéressant, puisque l'apparition portait la barbe telle que le défunt l'avait au moment de son décès.

Enfin, l'apparition manifestait le désir de dire quelque chose. Elle essaya de rassurer le médium effrayé, mais celui-ci se levait et allumait l'électricité avant que le fantôme pût s expliquer. Or, à ce moment, un événement que j'avais intérêt à connaître se préparait. Cet événement s'est réalisé et l'apparition ne s'est plus montrée. C'est là un ensemble de circonstances de nature à éveiller l'attention. Je n'ai pas pu soumettre le cas à une analyse complète et je ne le donne qu'avec réserves. C'est un des cas les plus approchés du spiritisme classique qu'il m'ait été donné de rencontrer, mais il ne me semble pas probant dans les conditions où je l'ai observé. Le fait lui-même que j'avais intérêt à connaître pouvait être facilement prévu par le médium.

D'autres personnifications se sont manifestées mais avec un caractère d'identité apparente moins certain. L'une d'elles s'est affirmée avec une curieuse énergie. C'est celle d'un savant du s.ècle dernier ; son nom figure dans le dic- ■iionnaire de Larousse. C'est Chappe dAuteroche qui a

l^S LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

indicjiir exactement son nom. la date et le lieu de sa mort. 11 a indiqué un prénom qui ne figure pas dans Larousse. Adhémar au lieu de Jt'«/t que donne le dictionnaire. Il serait curieux de rechercher si ce prénom est mentionné dans d'autres dictionnaires. J'ajouterai que l'apparition s'exprime en vieux français et a l'accent normand : le médium l'entend dire moue pour moi, étoué pour était, etc. Or, Chappe est né à Mauriac en Auvergne. Je ne m'explique pas son accent normand. Je n'ai d'ailleurs pas analysé avec soin cette personnification.

J'aurais désiré pouvoir expérimenter plus que je ne l'ai fait avec le médium qui m'a permis d'observer ces faits curieux. Peut-être la publication de ce livre l'intéressera-t-il elle décidera à se prêter avec plus de régularité à un examen attentif.

Il ne faut pas conclure de ce que je viens de raconter que l'intervention de mon ami et celle de Chappe d'Auteroche me paraissent réelles. Rien dans mes expériences ne m'autorise à avoir cette opinion. Je n'ai pas pu soumettre à une discussion sérieuse ces faits que je n'ai pas observés moimême et que je ne tiens que de la confidence d'un tiers. Je les ai racontés parce que l'émergence de ces deux personnifications s'est produite à l'occasion de séances auxquelles je prenais part et qu'elles se sont étroitement associées à des phénomènes observés directement par moi. Mais, une première constatation me paraît pouvoir être faite : on remarque dans la manière dont se produisent ces visions certains traits qui rappellent le symbolisme et la dramatisation du rêve. Cette indication n'est que provisoire et je n'ai pas assez d éléments d'appréciation pour la formuler avec quelque certitude, mais je signale ce trait aux expérimentateurs qui, plus heureux que moi, auraient l'occasion d'observer avec plus de commodité et pendant plus de temps des phénomènes analogues.

Je terminerai ces remarques pai- le récit d'un autre lait

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du même genre dont j'ai été le témoin chez M™' Agullana. J'assistais à une séance dans l'après-midi, chez elle. Elle était assise les mains sur un guéridon avec deux ou trois personnes que je ne connaissais pas. L'une de celles-ci est un propriétaire aisé habitant une commune voisine de Bordeaux!; ce visiteur venait pour la première fois chez le médium ; il avait été accompagné par un garde-champêtre ancien gendarme, que je connaissais. M™* A... dit tout à coup au visiteur nouveau : Je vois quelqu'un qui dit être votre oncle : il est coiffé d'un béret, a la figure colorée, porte toute la barbe, il est roux, il fume une courte pipe. Il a l'air d'être infirme du bras droit : il le porte replié sur la poitrine. Elle donna encore quelques détails. Le visiteur ne parlait pas, ainsi que j'ai eu soin de m'en assurer. Ces détails une fois donnés, le visiteur prit la parole et dit que si l'apparition vue par le médium se prétendait son oncle, il lui demandait d'indiquer comment on l'appelait en famille. La table se mit alors à dicter typtologiquement (( Touton-L.-P, )). L'étranger fit alors connaître que M™® A... lui avait donné le signalement exact d'un oncle à la mode de Bretagne mort depuis quelques mois, qu'à cause de ses habitudes de fumeur invétérées on appelait Toulon la Pipe. Je connais quelques récits du même genre, et j'ai vu plusieurs personnes sincères qui ont été l'objet de faits semblables produits par M™' Agullana. Il y a notamment l'histoire de la découverte d'une obligation perdue qui est bien curieuse et qui m'a vivement intéressé car j'ai assisté aux différentes phases de cette découverte. L'indication paraissait émaner du mari défunt de la propriétaire du titre. Je ne puis, malgré l'intérêt que présentent ces observations, les analyser sérieusement car elles sont insuffisamment prouvées. Le caractère du médium m'a toujours paru respectaljle et sa bonne foi me semble à l'abri du soupçon, mais ces circonstances ne sauraient permettre un jugement exact. Je ne puis en aucune façon me croire auto-

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lise à penser que la personnalité de a Toulon la Pipe » fut inconnue du médium. La découverte de l'obligation est peut-être elle-même l'clfet d'une coïncidence. J'ai toutefois raconté ces faits pour indiquer la possibilité d'un ordre de recherches d'une nature particulièrement suggestive. Les membres les plus inlluenls de la Société anglaise de recherclies psychiques, Myers, Sidgwick, Lodge, Hodgson, liyslop, M"* Johnson ont abordé ces études dans d'excellentes conditions d'observation et considèrent qu'ils ont été en communication avec leurs amis prédécédés. Je n'ai pas eu la même fortune et mes propres expériences tendent à me faire adopter une manière de voir dilFérente. Il est très possible que ce soient mes collègues qui aient raison et moi qui aie tort.

Enfin la troisième constatation que mes observations me permettent de faire c'est que la production des phénomènes lumineux et des formes s'accompagne de beaucoup de fatigue chez la plupart des assistants. J'ai déjà signalé cette circonstance à diverses reprises. J'ai remarqué à l'occasion des faits décrits dans le présent chapitre certaines particularités que je signale à l'attention des expérimentateurs. La latigue n'est pas également ressentie par tous les assistants. Certains semblent n'en éprouver aucune. Ceux-ci, en général, ne sont pas de bons auxiliaires. On dirait que les choses se passent comme si quelques personnes n'étaient pas capables de dégager la force employée. D'autres au contraire l'émettent avec une grande facilité et se lassent vite. Je n'ai pas pu étudier le rapport qui peut exister entre le tempérament des uns et des autres et la production des phénomènes, mais j'ai l'impression que ce rapport doit exister, il me paraît en fonction de l'organisme plulùt qu'en rapport avec l'étal mental ou les dispositions d'esprit. Cela fait songer à cette croyance que les spirites prolesscnt '' l'égard des incrédules. Dans plusieurs groupes spirites ou attribue l'échec des séances à la présence d'incrédules ; je

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suis persuadé que les croyances des expérimentateurs n'ont rien à voir avec la production des phénomènes observés ; il est cependant nécessaire d'expérimenter sérieusement et sans parti pris. J'ai déjà mentionné le résultat de mes remarques à cet égard en parlant de l'harmonie du cercle. L'influence du parti pris s'expliquerait si la conscience apparente de la personnification pouvait être considérée comme composée par les consciences élémentaires des assistants. Cette hypothèse ne me paraît pas démontrée mais certaines expériences m'ont fait songer à sa possibilité et elle me paraît devoir être soumise à la vérification. Les choses semblent se passer comme si l'influx nerveux des assistants créait une sorte de champ de force autour des expérimentateurs et plus spécialement du médium : chaque expérimentateur se comporterait comme un élément dynamogénique et entrerait, pour une part variable, dans la production de l'énergie libérée. Cotte énergie agirait au delà des limites apparentes du corps, dans des conditions analogues à celles qui régissent son action intracorporelle ; c'est-à-dire qu'elle demeurerait dans une certaine mesure en connexion avec les centres nerveux supérieurs ou inférieurs, conscients ou non. On comprendrait, dans ce cas, comment elle paraît dépendre dans une certaine mesure de la volonté des assistants et du médium ; on s expliquerait même qu'elle parût manifester un volonté indépendante si sa production était due à l'activité des centres nerveux dont l'action est ordinairement inconsciente. Dans cetle hypothèse, aucun des assistants ne reconnaîtrait la trace de sa personnalité normale dans l'évolution des phénomènes ; c'est ce qui se passe généralement. Quelquefois cependant le médium ou un des assistants a la conscience plus ou moins précise qu'un phénomène va se produire. Eusapia annonce par exemple souvent celui qui se prépare. L'énergie nerveuse employée à le réaliser serait alors en relation avec les centres nerveux conscienls du médium seul ; elle paraîtrait aux assistants

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soumise à une volonté personnelle étrangère. T^c médiinn lui-même lu rapporte à l'action de « John » qui [)araît avoir les caractères d une personnalilé seconde. Telle me parait être la genèse des pcrsonnillcalions dans le plus grand nombre des cas observés par moi : il y en a d'autres cependant où cette explication est moins satisfaisante.

Je ne me dissimule pas combien l'hypothèse que je viens de formuler est diflîcile à admettre. JNous sommes mal préparés à considérer la force psychicjue comn>e identique, dans son essence au moins, avec celle qui circule dans nos nerfs; nous ne sommes pas mieux préparés à croire que cette force puisse servir de véhicule à une partie de notre conscience personnelle ou subliminale, ou à penser qu'elle puisse tout au moins conserver quelque connexion avec nos centres psychiques alors qu'elle agit au delà des limites du corps. Les choses pourtant semblent se passer comme s'il en était ainsi dans la plupart des cas.

Ces données suffisent pour faire comprendre le mécanisme possible des raps et des mouvements d'objets. Il n'est même pas nécessaire de supposer que la force nerveuse agit au delà des limites du corps si nous admettons que les expérimentateurs arrivent à créer autour d'eux une sorte de champ analogue à un champ magnétique. La force nerveuse atteindrait un maximum de potentiel dans les expérimentateurs ou dans le médium; les objets placés dans le champ auraient un potentiel différent: suivant les conditions, on aurait des phénomènes d allraction ou de répulsion.

On se rendrait compte ainsi des phénomènes moteurs. Les raps sont moins aisément explicables à moins de les concc\oir comme des faits analogues aux décharges électriques. Le rap serait l'équivalent du bruit de lélincellc : celle-ci serait invisible bien ipic dans certains cas elle puisse être aperçue.

Les lueurs et les formes soulèvent des problèmes plus ardus. Une des explications dont ils seraient susceptibles

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est la suivante: des particules d'une substance très ténue, l'éther par exemple, ou toute autre malière très raréfiée, seraient en état de subir l'influence de la force nerveuse. Elles se chargeraient et se disperseraient suivant les lignes de force. Ces lignes seraient déterminées par l'action des centres nerveux et présenteraient des formes en relation avec ces centres; elles auraient une certaine plasticité si je puis m'exprimer ainsi, et cette plasticité serait en connexion avec les centres dont l'activité physiologique serait prépondérante. Si cette connexion existe avec les centres supérieurs idéogènes. on aurait des formes intelligibles et définies, figures d'hommes, d'animaux, d'objets ; si la connexion s'élabht surtout avec les centres inférieurs on aurait des formes non définies.

Leur luminosité dépendrait de l'état de condensation de cette matière raréfiée qui les constitue. Les moins condensées seraient les plus lumineuses; il peut arriver que la forme plus condensée soit entourée d'une atmosphère lumineuse moins condensée.

On s'expliquerait ainsi l'indépendance relativedela forme et de la phosphorescence des images.

Telles sont les fiypothèses que l'on peut faire. Je les indique avec les plus grandes réserves et simplement pour montrer la voie théorique dans laquelle mes expériences tendraient à m'engager. Je ne les énonce que très sommairement, sans les discuter en détail. Je ne me dissimule pas que mes idées sont encore mal définies et que l'hypothèse que j'exprime timidement résisterait mal à une analyse rigoureuse. Je n'en ai pas trouvé de meilleure et j'ai l'impression que celle que j'indique doit contenir une part de vérité.

Je m'excuse d'avoir encore une fois enfreint la règle que je m'étais imposée et d'avoir présenté des considérations purement théoriques, alors que je suis le premier à les tenir pour prématurées. Qu'on me pardonne de m'êtrc

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laissé entraînera exprimer mes idées personnelles. Je n'ai pas vu les faits curieux que je raconte sans m'elforcer d'en pénétrer la cause et je n'ai pas su résister au désir de faire connaître, non ce qui est une opinion définitive, mais ce qui est pour moi une hypothèse méritant examen.

A côté des phénomènes décrits jusqu'ici dans les précédents chapitres, j'en ai ohservé d'autres qui peuvent en être rapprochés, car ils me paraissent avoir avec eux une certaine connexion. Je veux parler des sensations tactiles, contacts, attouchements, empreintes. Je les décrirai brièvement.

I. — Les sensations tactiles n'ont été éprouvées par moi d'une façon certaine qu'avec Eusapia. Avec ce médium, certains assistants, et plus spécialement ceux qui sont assis à côté de lui, éprouvent l'impression d'attouchements divers, sur la Il'Ic, sur le tronc et généralement dans le dos, sur les bras et les mains. Le phénomène se produit d'ordinaire dans les conditions suivantes : les mains d'Eusapia étant, ou paraissant être, tenues par ses voisins ceux-ci voient le rideau s'approcher d'eux et se sentent touchés. L'attouchement a quelquefois lieu sans mouvement du rideau. La sensation d'attouchement est très variable c'est tantôt celle d'un doigt qui s'enfonce dans le ilanc, tantôt celle d'une large main qui s'appuie sur le dos, tantôt enfin celle de doigts qui vous pincent ou vous saisissent ù la tête, au cou, à la nuque, au menton. On trouvera de nombreux exemples de ces faits dans le compte rendu des expériences de l'Agnélas (^Annales des Sciences psychiques, année 1896).

Dans nos séances à Choisy en octobre 1896, le même fait s'est très souvent reproduit. Nous avons eu soin, dans cette série, d'avoir autant de lumière que possible et nous nous étions arrangés pour pou voir obtenir divers éclairages colorés. L'une des lumière qui nous a donné les meilleurs résultats était celle d'une lanterne dont le verre était remplacé par 1 du parchemin. La lumière était jaunâtre et tamisée. J'extrais

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du compte rendu privé de ces séances les indications suivantes : séance du 8 octobre : « Les deux mains d'Eusapia sont encore tenues et vues sur la table. Le colonel perçoit alors à son tour de nombreux attouchements et. une grosse main vient lui frotter le dessus de la tcte à travers le rideau, » Un fait plus curieux s'était produit auparavant, mais l'une des mains du médium était seule visible : « Sur la demande du médium on tourne un peu la lampe de manière à diminaer la lumière qui reste suffisante pour distinguer les têtes et les mains par leur blancheur. M. de Rochas et M. de Gramont changent de place. Les deux mains d'Eusapia sont alors tenues séparées et vues par le général ïhomassin à gauche et le comte de Gramont à droite. Eusapia dégage un instant sa main gauche, amène sur la table un pan des rideaux et glisse dessous pour la mettre à l'abri de la lumière cette main que le général tient de nouveau et n abandonne plus ; l'autre main, tenue par M. de Gramont reste visible pour tout le monde. Presque aussitôt le général perçoit à hauteur des flancs et à travers le rideau qui se gontle en conséquence, des contacts d'abord flous puis donnant la sensation d'une pince; ensuite il dislingue le contact d'une petite main de femme puis dune grosse main d'homme. Après cela, il est frappé hors du rideau, avec force, soit sur les épaules, soit sur la tête par une grosse main. Tous nous entendons également le bruit des coups, mais la vision de la main n'est pas la même pour chacun de nous. M. de Rochas la distingue à peine ; le général Thomassin la voit vert grisâtre, MM. de Watteville et de Gramont, grisâtre, M. Maxwell, gris jaune. Eusapia détermine les divers mouvements de la main Jluidique en les mimant avec sa main droite tenue par M. de Gramont et vue de tous )>.

Cette observation est intéressante mais elle parait au premier abord suspecte à cause du soin pris par le médium d'abriter sa main gauche sous le rideau. Le général Tho-

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massin a hleii lenu une main. Je ne doute pas que ce soiJ celle d Eusapia, mais acceptons un instant l'ii^potlièsed une fansse main artificielle qu'Eusapia aurait adroitemenl donju'e à tenir au général. C'est l'explicalion de M. Ilodgson. Dans ce cas, comment la main qui a touché le général Tliomassin a-t-elle pu se promener sur son dos et sur sa tête et le frapper sans qu'aucun mouvement du bras gauche ait élé perçu i' Il est à noter qu'il y avait une lumière suffisante et que la main qui produisait les attouchements a été vue par presque tous les observateurs. Elle était hors du rideau. Enfin, je me souviens d'une séance, tenue dans l'aprèsmidi, au cours de laquelle les attouchements furent prodigués à tous les expérimentateurs, même ceux les plus éloignés du médium.

J'ai eu, dans les trois séries d'expériences faites en i8()5, 1896 et 1897 avec Eusapia l'occasion de constater maintes fois le phénomène des attouchements. Il m'a paru dans un grand nombre de cas certain ; mais il prête à la suspicion, car il est extrêmement facile à frauder.

Je me souviens d'une série d'expériences frauduleuses au cours de laquelle divers attouchements se sont produits. Les premiers faits à travers le rideau rappelaient les contacts obtenus avec Eusapia, mais l'obscurité était complète et celui qui m'a probablement touché était le voisin de gauche du médium ou peut-être mon voisin de droite. J'ai élé touché également au genou, mais c'était par une main bien naturelle, qui appartenait à l'un des expérimentateurs, de mentalité inférieure d'ailleurs. Il est à remarquer que les gens inexpérimentés se laissent facilement tromper: cependant, quand on a l'habitude de ces phénomènes, on perçoit vite la différence marquée qui existe entre les phénomènes frauduleux et les autres. Je ne conseille pas aux expérimentateurs de se placer dans les conditions où ces laits s'observent, car elles sont très défavorables à l'examen du phénomène. Ces conditions, autant que j'iil pu les déter-

miner, sont : i° La Ibrmation de la chaîne autour de la table, le médium étant placé le dos tourné aux rideaux. 2° Une lumière extrêmement faible ou l'obscurité. Ce n'est qu'avec Eusapia que j'ai obtenu ces attouchements avec un peu de lumière.

Ces contacts, outre qu'ils ont l'inconvénient d'être peu probants dans les conditions oii on les obtient, ont encore le désavantage d'imjiressionner les personnes faciles à l'émotion et à la peur. J'ai vu des personnes très courageuses être très désagréablement affectées 23ar ces attouchements. Il ne faut donc essayer de les avoir que lorsque l'on est déjà familiarisé avec l'observation des phénomènes psychiques.

Il est à remarquer d'ailleurs qu'ils présentent les caractères signalés dans ceux que j'ai déjà examinés. C'est d'abord la corrélation qiii existe entre les mouvements du médium et le contact perçu. J'en ai donné un exemple tout à l'heure en racontant les phénomènes dont le général Thomassin a été l'objet. Les mouvements de la main droite qui le touchaient étaient mimés par la main droite d'Eusapia qui était visible et vue de tous.

En voici un autre exemple, dans lequel les mouvements synchroniques furent exécutés par l'un des expérimentateurs. (( John (la personnalité seconde) dit alors à M. de Rochas qui tient avec sa main droite la main gauche d'Eusapia, déposer sa main gauche sur le cou de celle-ci, les doigts étendus comme pour magnétiser ; puis il lui dit de baisser les doigts. M. de Rochas exécute le mouvement à diverses reprises, et à chaque fois M. Maxwell qui tient la main droite du médium, perçoit sur l'épaule, à cinquante centimètres de distance, des attouchements synchrones. » On trouvera de nombreux exemples de ce genre dans les comptes rendus de séances tenues avec Eusapia. Ce fait est à rapprocher de ceux que j'ai indiqués déjà pour les raps et les phénomènes moteurs ou lumineux. On aperçoit

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combien la relation qne j'ai signalée, après bien d'autres et notamment après Uicliet, entre les mouvement du médium et les phénomènes, est constante : il y a là une première constatation générale ; si j'osais employer l'expression, je dirais que nous sommes en présence d'une première loi de ces phénomènes paranormaux. Je ne les ai pas observés assez souvent pour pouvoir indiquer que la relation indiquée existe entre la contraction musculaire et les phénomènes plutôt qu'entre celui-ci et le mouvement exécuté; mais, quelques laits trop peu nombreux encore me permettent de penser qu'il en est ainsi.

Enfin, la fatigue des assistants et celle surtout du médium s'observent après les attouchements décrits.

Liniluence de la lumière paraît très défavorable. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer des attouchements en plein jour comme je l'ai si souvent lait pour les raps ou les mouvements sans contact ; avec Eusapia, une demi-obscurité étaitnécessaire. Cette circonstance rapproche le phénomène des attouchements de celui desjormes. Elle est intéressante, car si les attouchements sont dus à des condensations d'une matière quelconque, comme les formes, il y a lieu de penser que les deux phénomènes sont étroitement connexes et que c'est la même substance qui en se condensant produit les uns et les autres. C'est ce que j'ai observé, notamment à l'Agnélas où j'ai vu une main et un bras toucher la tète de M. Sabatier au moment où ce dernier accusait un contact à la tète. J'ai donné un exemple de ce lait observé à Choisy par MM. de Gramont, de \\alleville et moi.

On voit combien l'examen calme et impartial des faits révèle de conditions communes pour leur produclion et de similitudes entre certains d'entre eux.

il. — Les empreintes nous mettent en présence d une catégorie de phénomènes du même genre. La pression parait • exercée sur une substance matérielle et non surlesassislanls.

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Si la substance est sulfisammenl molle, l'empreinte de la forme qui a exercé la pression peut s'y imprimer. Je n'ai observé que deux fois ce phénomène avec Eusapia : c'est à Ghoisy, en 1896. La première fois nous obtînmes l'empreinte de la pulpe de doigts sur du noir de fumée. Les conditions d'observation n'étaient pas bonnes. La seconde fois, l'empreinte fut marquée dans l'argile. (( On apporte, dit notre compte rendu, au milieu de la table le plat contenant l'argile plastique. Presque immédiatement le plat qui pèse près de deux kilogrammes est soulevé et posé en équilibre sur le bras gauche de M. de Rochas dont la main gauche continue à tenir la main droite d'Eusapia. M. de Rochas sent trois pressions successives et bien nettes du plat sur son avant-bras, puis une pression amicale sur son arrière-bras semble le prévenir que le phénomène est accompli. Aussiôt on emporte le plat et on constate au jour, des empreintes de doigts comme enveloppés d'un tissu fin dont la trame se distingue sur l'argile. » Je n'ai pas observé ce fait avec assez de précision pour pouvoir le retenir comme démontré : je le signale cependant 23arce qu'il permet de conserver la trace matérielle du phénomène. D'autres observateurs ont obtenu de meilleures empreintes avec Eusapia. J'en ai qui représentent, très défigurée, la face de ce médium. Je considère que ce phénomène doit être observé avec soin si on a l'occasion de rencontrer des médiums susceptibles de le produire. Je signalerai à l'attention des observateurs éventuels : 1° La présence presque constante d'une sorte de trame sur l'empreinte comme si l'objet qui la formait était entouré d'une gaze légère. Cette circonstance est déprime abord suspecte : mais, ici encore, comme toutes les fois que nous sommes en présence de ces manifestations peu familières, il ne laut pas se hâter de conclure à la fraude et de dire que le médmm se met ujie gaze humide sur la figure ou les mains pour éviter de se souiller de glaise et déporter les traces évidentes de sa tromperie. C'est là, je le reconnais

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|)(niilaiit, l'explicalion qui doit se présciiler la première à l'ospril ol il lie faut l écarter que si on a de justes raisons de le laire ; mais l'unique raison de conclure à la fraude ne doit pas être tirée du fait curieux que je signale. Il y a (juelque chose d'intéressant dans la présence de cette gaze légère signalée autour des formes observées. Les figures que j'ai vues étaient toutes encadrées d'une sorte de voile laiteux: j'ai très rarement vu des figures dépouillées de ce léger tissu. Je ne l'ai pas observé autour des objets matériels ni autour des figures d'animaux. Je ne l'observe pas davantage dans certaines formes qui se rattachent à l'illusion hypnagogiquc. Je signalerai à ce sujet l'observation suivante du baron Brincard et de M. Béchade : « M. de Rochas se sent toucher à la figure comme par une barbe et voit se détacher en noir sur le fond de la pièce le mieux éclairé par la fenêtre, une longue mèche ondulée. MM. Brincard el Béchade ont la sensation d'une gaze noire très légère et transparente qui envelopperait leur tête et tomberait jusqu'aux épaules; elle se dissipe avant qu'ils aient pu la saisir. »

Je n'ai pas remarqué cette trace de tissu sur des empreintes certainement frauduleuses qui m'ont été montrées ou qui ont été faites en ma présence. Je vais donner un exemple de chaque pour montrer comment un examen attentif peut révéler la fraude. Dans un groupe, il me fut montré un jour une petite tête de mort imprimée sur une substance plastique : un jeune homme l'avait présentée comme une empreinte authentique. Cela me paraissait anormal, car une tête de mort n'est pas une chose commune dans les séances et pour ma part je n'ai jamais vu de plié- | nomène répugnant ou impressionnant dans les séances sérieuses auxquelles j'ai assisté. Un examen attentif me montra la trace de l'extrémité des doigts qui avaient tenu fobjet pendant qu'on l'imprimait sur la matière plastique.

Une autre fois j'assistai à une séance où l'un des expéri-

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mentateurs prépara des assiettes de mastic. Il les plaça luimême sur le haut d'une armoire. A la fin de la séance on y constata des empreintes de doigts. Ces empreintes avaient été faites pendant que l'expérimentateur plaçait l'assiette et bien entendu faites par lui très normalement. Dans ces cas l'empreinte était nette et ne portait aucune trace de tissu. Ces traces ne sont donc pas nécessairement liées à la fraude, puisque les fraudeurs ne se servent généralement pas d'un tissu quelconque pour se préserver de toute tache au moment où ils font l'empreinte frauduleuse.

Quant aux photographies, je n'en ai jamais obtenu de paranormales. Il est a rai de dire que je ne me suis pas occupé de ce genre d'expériences. Je n'en dirai donc rien puisque je n'ai aucun fait personnel intéressant à signaler. L'existence de photographies paranormales est affirmée par des hommes sincères et respectables et leurs expériences méritent d'être reproduites. Le procédé opératoire est simple. On photographie le médium en trance à la lumière du jour; les photographies au magnésium ne sont pas à recommander pour diverses raisons. Plus que toutes autres elles rendent la fraude aisée. Je n'ai pas besoin de recommander les précautions à prendre. Ne jamais employer que ses propres plaques, ne pas s'en dessaisir un instant, charger les châssis, les exposer et les développer soi-même.

Je me rappelle qu'un de mes amis, officier supérieur, me montra un jour des photographies extraordinaires sur lesquelles se voyaient des formes anormales, figures étranges, ou formes humaines à coté du médium. Je déclarai à mon ami qu'il avait été trompé : trop honnête pour admettre qu'il avait été victime d'une tromperie déloyale, l'officier n'ajouta pas foi à mes critiques et m'assura que la photographie avait été prise par lui, avec son appareil et me déclara qu il n'avait pas perdu celui-ci de vue un instant. Ses affirmations ne modifièrent pas mon sentiment. Plus tard, en discutant avec soin les conditions de l'expérience,

Maxwell. ii

Ga

ij:s i'in;NOMKNF.s psyciiioues

r officier reconnut qu'il avait interrompu la séance pour aller déjermer et avait laissé son appareil chez le médium. Celui-ci en avait prolitc soit pour changer les plaques et y substituer des plaques exposées, soit pour faire sur les plaques mêmes de mon luni injc première exposition frauduleuse.

L'auteur de la fraude dut d'ailleurs la reconnaître. Je me demande à quel mobile a pu obéir ce jeune homme en trompant. Je crois qu'il agissait par enfantillage : il a d'ailleurs une tendance à l'hystérie.

Il y a plusieurs procédés de fraude : le plus usité est la double exposition. L'emploi sagace du sulfate de quinine permet certaines opérations curieuses, paraît-il. Je n'ai pas vérifié ce fait.

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