CHAPITRE V
Sous ce titre un peu vague je réunis un ensemble de phénomènes particuliers qui diffèrent sensiblement de ceux que j'ai examinés jusqu'ici. En effet, les laits racontés par moi se rapportent à des manifestations matérielles et ce n'est qu'accessoirement que j'ai indiqué le caractère intelligent que présentaient certaines de ces manifestations. J'aborde maintenant l'exposé des moyens propres à obtenir non plus les phénomènes physiques mais les phénomènes inteilecluels proprement dits, c'est-k-dire ceux qui ne présentent de l'intérêt qu'à raison des idées exprimées ou de la signification des images produites, et nullement à cause des conditions dans lesquelles on les obtient.
Je dois déclarer que j'ai étudié ce genre de phénomènes avec moins d'intérêt que les phénomènes sonores, moteurs ou lumineux. Ces derniers sont d'une observation plus simple : les autres ne peuvent être étudiés qu'indirectement et il faut en général se fier au récit d'une tierce personne pour les constater. Cela me parait être de mauvaises conditions d'observation. Cette réserve faite, je diviserai ces phénomènes en deux grandes classes : i" les automatisims sensoriels ; 2" les automatismes moteurs.
§ I". — Automatisme sensoriel Je désigne sous ce nom les phénomènes produits par
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l'activité spontanée de nos sens et qui ne paraissent pas dus à une excitation extérieure. Ce sont des phénomènes voisins de l'halluciiialion. On les observe dans les différents domaines sensoriels. Je n'examinerai que les sensations olfactives, auditives et visuelles : les impressions tactiles ont été étudiées dans le dernier chapitre. Quant aux sensations gustatives, elles sont très rares et sans intérêt.
I. Sensations olfactives. — Elles consistent en une odeur déterminée. Je n'en ai jamais éprouvé dans les séances auquelles j'ai assisté. Dans une série j'ai cependant vu le médium associer l'odeur du jasmin à la manifestation d'une personnification. Cette sensation m'a paru entièrement subjective, elle était consluiite.
Après les phénomènes lumineux , l'odeur de l'ozone est généralement perçue. J'en ai donné des exemples. Ce fait esta retenir et à rapprocher de l'odeur d'ozone que l'on sent dans le voisinage des fortes machines statiques, qui donnent de l'électricité à un très haut potentiel. Il y a là une analogie qui n'est peut-être pas fortuite : ces faits n'ont d'ailleurs rien d'intelligible.
II. Sensations auditives. — Je ne parle pas des phénomènes sonores. J'aborde directement ici l'élude des phénomènes intellectuels, c'est-à-dire ayant une signification plus ou moins précise et intelligible.
Lesphénomènes auditifs peu vent se diviserendeuxgrandes classes : les automatismes provoqués et les automatismes spontanés ou clairaudience. Les premiers peuvent être considérés comme des sortes d'hallucinations déterminées par divers procédés. Le plus simple consiste dans l'emploi de certains coquillages ou d'une trompe renversée, de tout objet renforçant en un mot les bruits externes ou internes que ne perçoit pas ordinairement l'oreille et eu pcrmellant la perception. C'est ce que l'on constate particulièrement avec certaines coquilles marines. Lorsqu'on les applique contre l'oreille, on enteiul un bruissement ou un
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léger grondement. Cette sensation est commune à tout le monde et les enfants ont coutume d'écouter par jeu « le bruit de la mer dans les coquillages ».
Certaines personnes ne perçoivent pas ce bruit, ou plutôt, il disparaît vite pour elles et fait place à des mots et à phrases. J'ai connu un sujet chez lequel cette faculté existe, mais les circonstances ne m'ont malheureusement pas permis de l'étudier avec soin. Je me bornerai à signaler à l'attention des observateurs l'intérêt que présente cet automatisme ; la rapidité des communications est très grande : on peut par ce moyen obtenir plus de rendement qu'avec l'écriture automatique, et Ion fatigue moins le médium. La seule précaution à prendre est de sténographier les paroles répétées par lui. 11 faut l'habituer à les redire immédiatement parce que les paroles entendues sont très vite oubliées. C'est un caractère qui les rapproche des rêves auxquels cet automatisme ressemble sous d'autres rapports encore que l'amnésie. Il a beaucoup d'analogie avec l'automatisme visuel. Mais il présente sur ce dernier un aA^antage bien intéressant : les images visuelles sont celles qui offrent le plus haut degré de symbolisme : elles sont vagues, imprécises et demandent à être interprétées. Les hallucinations auditives ont au contraire plus de précision. Cela tient peut-être au mode habifuel par lequel les images auditives se révèlent : le langage. D'autre part, elles sont beaucoup moins riches et détaillées.
L'allure des messages est toutefois rarement très nette ; mais il y a des cas où elle l'est beaucoup. Tels sont les principaux caractères des phénomènes d'automatisme auditif provoqué. J'ai trop peu étudié ce genre de manifestation pour me permettre une analyse plus complète.
La clairaudience est plus fréquente ; peut-être est-ce dû à la négligence des expérimentateurs qui ne songent pas à employer les procédés d'induction que je viens de décrire.
J'ai très rarement constaté l'existence d'hallucinations
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auditives isolées : je crois les avoir toujours observées associées à des hallucinations visuelles cl jo les étudierai après celles-ci en examinant les automatismes mixtes.
m. Sensations visuelles. — Les phénomènes observables sont ici très nombreux et ont élé déjà l'objet d'études complètes. Je les distinguerai encore en phénomènes provoqués et phénomènes spontanés. Je parle bien entendu des hallucinations éprouvées par les médiums en dehors des séances. Je remplacerai dans cette partie de mon analyse le mot médium par celui de sensitij qui me paraît mieux définir le caractère distinctif des personnes qui ont les facultés que je vais décrire. Ce mot exprime bien que les faits observés sont du domaine de la sensibilité.
L'un des moyens les plus anciennement connus est 1 emploi d'une boule de cristal. Je n'ai pas besoin de rappeler la pratique des anciennes devineresses, ni l'histoire de John Dec, ni les nombreux récits qui nous ont été faits par les chroniqueurs ou les romanciers. La boule de cristal est le procédé perfectionné, de mcnie que le miroir noir: mais le miroir ordinaire, le verre d'eau, la carafe ronde, la boule des savetiers, l'ongle du doigt, le verre de montre, toute surface polie enhn peut servir à induire l'hallucination. Je ne recommanderai que les premiers procédés : ils sont les meilleurs ; l'ongle, le verre de montre, les surfaces polies comme celles d'une table vernie ou cirée ne sont pas à recommander.
La boule de cristal est je crois le procédé de choix : j'ai étudié avec quelque soin la vision dans le cristal, et bien que j'aie remarqué des dilférences individuelles chez les sujets, je crois pouvoir dire que d'une manière générale je suis arrivé, en ce qui concerne le processus opératoire, aux constatations suivantes :
La mallùre de l'objet n'est pas indillérente. Les boules en crisidl ih; l'oc/ic m'ont donné les meilleurs résultats : j ai vudcspcrsuniics incapables iluNoir tics msious ilans le vciru
ordinaire qui en obtenaient dans une petite boule de cristal naturel. Les objets en cristal de roche ont l'inconvénient d'être très coûteux.
Le verre ordinaire donne de très bons résultats, mais il faut éviter que la boule contienne des bulles d'air ou d'autres défauts. Il faut qu'elle soit aussi homogène que possible.
La forme de la boule peut être sphérique ou ovoïde. Je crois que la forme elliptique est peut-être la meilleure, car elle permet d'éviter plus aisément les reflets.
La dimension de la boule est indifférente, mais je préfère les boules un peu grosses. J'ai cependant obtenu d'excellents résultats avec des boules d'un centimètre aussi bien qu'avec des boules de 6 à 7 centimètres de diamètre.
La boule peut être blanche, bleue, violette, jaunâtre, verte; elle peut être opaline ou transparente, mais je crois que les meilleurs résultats s'obtiennnent avec les boules blanches transparentes, les boules bleues et les boules couleur améthyste. Ces deux dernières fatiguent moins l'œil.
Comme l'étude de la vision dans le cristal me paraît bien l'un des phénomènes les plus curieux à étudier, je me permets d'indiquer que l'on trouvera des boules de cristal bien faites chez Leymarie, [x2, rue Saint-Jacques, à Paris, ou à Londres, au siège de la Society for Psychical Research, 20, llano ver square, London, W., ou chez M" Venman, Sugden road, Lavender hill, London, S. W. Le prix des globes en verre varie de 6 fr. 75 à 11 fr. 25 ; celui des ovoïdes, de 10 fr. à 12 fr. 85. Le mieux serait encore de chercher une boule en cristal de roche, mais le prix varie alors entre 5 et 200 francs. Il faut les faire tailler sur commande, car il est extrêmement dillicile d en trouver de toutes faites. M. Servan, joaillier a Bordeaux, en fournit de bonnes.
Pour regarder dans la boule, il faut la placer à l'abri de tout reflet, de façon qu elle ollre une teinte uiuforme sans points brillants. Pour cela, on peut l'envelopper d'un fou-
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lard ou d un velours loncé, ou la tenir dans le creux de la main, ou même la tenir au bout des doigts pourvu que les conditions indiquées plus haut soient remplies. L'objet doit être place à la distance de la vision normale ; le regard doit être porté non sur la surface de la boule, mais dans la boule elle-même : avec un peu d'habitude on y arrive aisément.
Les miroirs donnent aussi de très bons résultats. Ils peu vent être fait comme les miroirs ordinaires ou être noirs comme les fameux miroirs de Bhatta qui ont une composition spéciale. Je n'ai pas expérimenté avec ces derniers. J'ai remarqué qu'il fallait, au dire des sujets, que le miroir ne reflétât aucun objet et présentât une teinte uniforme, celle du ciel par exemple, bleu ou gris, mais sans mélange de ces couleurs comme l'est par exemple un ciel nuageux, où les vapeurs blanches se détachent sur le fond azuré : dans un appartement on peut faire refléter le plafond s'il est monochrome.
Enfin, un verre d'eau, une carafe d'eau si elle présente une forme globulaire ou cylindrique, un syphon d'eau de seltz, l'ongle du pouce notamment peuvent servir d'inducteurs à l'hallucination : mais ces procédés, sauf les deux premiers ne réunissent qu'avec des sujets très sensibles.
Dans ces conditions d'opération j'ai observé des résultats quelquefois extraordinaires et qui confondent l'imagination. Ils m'ont paru tendre à démontrer la vérité de l'idée kantienne sur la relativité et la contingence du temps et de l'espace. Il est bien diflicile d'admettre que ces deux ordonnées de nos perceptions soient exactement ce qu'elles nous paraissent être, à moins de pousser la théorie des coïncidences jusqu'à l'absurde comme je l'ai vu faire par un professeur de mes amis. C'est alors fermer la porte à toute discussion et à tout examen intelligent du!! (ail en apparoiuo anormal.
Mes observations ont été faites u\cc dilVéi raies priMniius
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et l'on m'en a signalé un grand nombre que je n'ai pas personnellement faites. Les sujets cloués de la faculté de voir dans le crislal (c'est sous cette forme abrégée que je désignerai ce phénomène) ne sont pas rares. L'analyse des faits observés par moi ou que je tiens de première main, c'est-àdire des personnes qui les pnt elles-mêmes observées, permet de ranger ces « hallucinations » (?) dans six catégories d'intérêt croissant :
1° Vision de faits imaginaires, hallucinations ordinaires ;
2° Souvenirs oubliés rappelés à la mémoire sous forme de vision :
3° Faits passés que le sujet affirme avoir toujours ignorés ;
A" Faits actuels certainement inconnus du sujet ;
5° Faits futurs ;
6** Faits d'interprétation douteuse.
Ce groupement montre la curieuse gradation qu'on observe dans les visions. D'abord une activité désordonnée et illogique comme celle du rêve, puis une activité plus coordonnée : connaissance de faits oubliés, connaissance de faits passés ignorés du sujet, connaissance de faits actuels ignorés du sujet, connaissance apparente d'événements futurs. Je n'ai eu l'occasion d'observer nettement que les faits classés sous les numéros i,2, 3, 5et6. Je vais en donner des exemples :
L — La vision de faits imaginaires est de beaucoup la plus fréquente. Ce phénomène est analogue à l'hallucination visuelle ordinaire et me paraît présenter tous les caractères du rêve. Ce n'est pas ici le lieu de discuter l'état de la conscience dans le rêve : la forme que je donne à mon récit ne comporterait pas de longues analyses psychologiques. Je me bornerai à résumer les conclusions de l'analyse détaillée que j'en ai faite dans un autre livre.
La conscience qui fonctionne habituellement chez nous,
celle qui se manifeste clans la vie courante est la conscience personnelle. C'est autour d'elle que se groupent les souvenirs accessibles à notre personnalité, à ce que nous appelons moi. Cette conscience personnelle s'alTirme dans les actes les plus élevés de la vie psychique, dans la comparaison des images entre elles , dan s l'abstraction , le j ugement , la sélection volontaire des actes qui nous paraissent également possibles. Cette sélection est l'expression de notre activité volontaire personnellement consciente, elle se détermine par la comparaison des actes entre eux, par l'examen de leurs conséquences probables avantageuses ou non, par l'appréciation de leur moralité ou de leur immoralité d'après les règles admises par notre société actuelle, etc. La conscience personnelle est le fondement de toute notre vie intelligente : pratiquement elle paraît seule exister et sa disparition nous semble anéantir notre propre personnalité.
En réalité il n'en est rien. Nous pouvons observer chez certains malades des modifications complètes ou partielles de la conscience personnelle. Quelquefois, la notion de la personnalité disparaît. On connaît des malades qui subitement oublient jusqu'à leur nom. Toute leur vie antérieure s efface et ils semblent revenir à l'état où ils étaient au moment de leur naissance. Ils doivent réapj)rehdre à parler, à s'habiller, à manger eux-mêmes. Quelquefois ïamnésie n'est pas aussi complète. J'ai pu observer un malade qui avait oublié tout ce qui avait un lien quelconque avec sa personnalité. Il ignorait absolument tout ce qu'il avait fait, ne savait plus ou il était né, quels étaient ses parents, ne se rappelait pas son nom ni son prénom. Il avait une trentaine d'années.
La mémoire organicjue et les mémoires organisées en dehors de lapersonnahté subsistaient. Il pouvait lire, écrire, dessiner un peu, jouer grossièreuuMil d'un instrument de musique. L amnésie chez lui était limitée à tous les laits connexes à sa personnalité antérieure ; elle préscnlait le In [h*
des pertes de mémoire systématisées. C'est ce qu'en langage médical on appelle l'amnésie de dépersonnalisaiwn.
A un degré moindre, l'amnésie ne porte que sur des périodes limitées de la vie. Les épileptiques et les hystériques présentent souvent de Vecmnésie, terme choisi par l'éminent professeur de clinique médicale de l'Université de Bordeaux, M. Pitres, qui a le premier signalé ce phénomène chez les hystériques. Le malade oublie une partie de sa vie, se croit revenu à lo ans, i5 ans, 3o ans en arrière et vit comme s'il était encore à l'âge auquel il croit être. Les souvenirs de sa vie ultérieure cessent d'être accessibles à sa personnalité consciente qui se trouve ramenée exclusivement aux éléments qui la constituaient à l'époque où l'ecmnésie reporte le malade. Toute idée étrangère à cette personnalité diminuée lui demeure inintelligible. Pour que le malade comprenne, il faut ne lui parler que de ce qu'il connaissait à l'époque où il est ramené.
A côté de ces disparitions ou de ces amoindrissements de la. personnalité, de la conscience personnelle, qui peuvent être permanentes ou passagères, on observe aussi des altérations qualitatives et non plus quantitatives de la conscience personnelle.. Ce sont les changements ou variations de la personnalité qui ont été bien étudiés chez les hystériques, mais qui existent chez d'autres malades, notamment chez les épileptiques et certains intoxiqués. Ces faits sont trop connus pour que je les décrive. Les lecteurs curieux en trouveront l'analyse complète dans le célèbre ouvrage d'Azam [Hypnotisme et double conscience, i vol., F. Alcan); dans le livre de Pitres {Leçons sur l'hystérie, 2 vol., F. Alcan) et dans celui de Janet (^L'automatisme psychologique, 1 vol., F. Alcan). Ces trois livres au moins sont essentiels à connaître si l'on veut observer avec fruit les délicats phénomènes, dont j'aborde ici l'exposé.
En résumé, la conscience personnelle est susceptible de disparaître en totalité ou en partie, ou d'être remplacée par
une autre conscience, qui peut être absolument étrangère à la conscience personnelle normale ou conserver avec elle des rapports plus ou moins étroits : par exemple, le malade qui change de personnalité peut avoir tous les souvenirs de la personnalité normale A et ceux de la personnalité nouvelle B. Mais d'une manière presque absolue, la personnalité normale A, ignore tout ce qui touche à B. C'est le type de V amnésie périodique.
Tels sont les faits que l'étude cHnique des maladies de la personnalité permet d'observer. Je dois dire qu'ils ne présentent pas la simplicité, en pratique, du schéma que je viens d'en donner. De curieux problèmes se posent sur la nature mcme de l'amnésie, sur son degré, sur son mécanisme, questions qu'il n'est pas possible de traiter ici.
Mais, les faits que je viens d'exposer sommairement révèlent déjà cette chose importante à retenir, que les amnésies passagères, curables, temporaires, démontrent clairement: c'est que les souvenirs peuvent exister à l'état latent dans la conscience générale, et être inaccessibles à la conscience personnelle. Supposez que A oublie les 10 dernières années de sa vie à la suite d'une chute ou d'une crise nerveuse. Cette amnésie durera six mois pendant lesquels il se croira revenu à i5 ans alors qu'il en a 25. Tous les événements de sa vie entre i5 et 2 5 ans auront entièrement disparu de sa mémoire, pendant six mois, puis il reparaîtront plus ou moins brusquement. Leur disparition temporaire montre bien que ces souvenirs ont été conservés quelque part et qu ils n'étaient pas perdus. On ne peut pas toujours alïirmer qu'ils étaient accessibles à la conscience générale et impersonnelle, dans tous les cas : mais cependant on peut l'affîrmcr pour l'hystérie d'après les ohservations de Pitres, de Janet et d'autres, et pour certaines intoxications d'après Régis. Les faits éludiés par ces savants montrent que les souvenirs inaccessibles à la personnalité normale, étaient connus de la conscience générale. Vm
exemple, un malade amnésique peut retrouver tous ses souvenirs quand on l'endort : c'est ce que Régis a démontré même pour certaines amnésies toxiques. Janet a de son côté établi que ces souvenirs oubliés de la conscience personnelle normale étaient évocables par certains automatismes (l'écriture automatique notamment) et étaient par suite à la disposition de la conscience impersonnelle, c'est-à-dire à cette conscience générale dont la conscience personnelle ne paraît être qu'une partie.
Ce fait, que l'élude de la pathologie nerveuse a démontré, est certainement général. Les troubles de l'hystérie et des autres névroses ne font qu'exagérer un phénomène normal. Notre personnalité ne s'encombre pas de tous les souvenirs que notre conscience générale paraît posséder : la plus grande partie des choses que nous avons vues, apprises, entendues, etc., s'oublie, mais cet oubli est probablement relatif et ne s'étend qu'à la conscience personnelle. Il est aussi variable, et suivant les circonstances, les souvenirs accumulés dans la conscience générale, sont tantôt plus accessibles à la conscience personnelle, et tantôt le sont moins. Si la mémoire personnelle est exaltée on a de Vhypermnésie. Les faits qui surgissent dans la conscience personnelle ont été si bien oubliés par elle qu'ils paraissent quelquefois nouveaux ; les souvenirs se présentent à la conscience sans être identifiés par elle et l'on commet des erreurs sur la localisation de l'image mnésique dans le temps ou dans l'espace : ce sont des paramnésies .
Les variations de la conscience personnelle relativement à la mémoire, dont le rôle dans la constitution de la personnalité, du moi, est prépondérant, se traduisent donc cliniquement par des amnésies, des hypermnésies, des paramnésies, mais, les variations signalées ne se limitent pas à la mémoire : elles s'étendent aux autres opérations de l'esprit.
J'ai indique tout à 1 heure que la conscience personnelle
n'était qu'une facette de cette conscience plus générale existant en nous-mêmes, conscience où tous les souvenirs s'accumulent, où toutes les expériences passées s'entassent, où toutes nos sensations s'enregistrent, que notre conscience personnelle les ait perçues (aperceptions) ou les ait ignorées (perceptions). Cette conscience générale est par elle-même impersonnelle par rapport tout au moins à notre personnalité normale. Celle-ci n'est qu'un des courants qui circulent dans cette conscience : sa prépondérance, comme l'a indiqué Myers, n'est probablement qu'une conséquence de son utilité pratique plus grande dans la vie quotidienne, et non un indice de sa supériorité absolue ; mais il y a une chose à constater, c'est que nous sommes habitués à rattacher ù cette conscience personnelle toutes les opérations de notre intelligence usuelle. Nos raisonnements, nos volitions, nos jugements quelconques se groupent autour de notre personnalité consciente ou plutôt se fondent sur son activité apparente. 11 en résulte cette conséquence importante que, toutes les fois que le sentiment de la personnalité dans la conscience variera, nos raisonnements, nos volitions, nos jugements varieront dans la môme proportion. Les pensées qui se présenteront à nous cesseront d'être choisies par nous et viendront en apparence d'elles-mêmes : leurs associations échapperont à toute logique, leur succession sera rapide et incohérente pour notre personnalité qui assistera, impuissante à la diriger, à leur évolution. L'airaiblissement du sentiment de la participation personnelle aux actes de la vie psychique se traduit donc par la diminution de notre faculté de choisir les images évoquées dans la conscience, par la diminution de notre pouvoir de contrôle sur leur évolution, par l'impuissance où nous sommes non seulement de les juger suivant les règles de la raison, mais encore de rejeter les interprétations les plus illogiques qui s' offrent ou s'imposent à nous. En un mot, l'allaiblissemcnt de la volonté, du jugement s'associ^'nt à celui de la conscience personnelle.
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On constate aussi une atténuation correspondante dans la faculté d'abstraire. Les idées s'accompagnent de leur représentation imagée ou motrice ; quelquefois elles ne s'expriment que par des images et se présentent sous une forme symbolique ou se dramatisent. L'idée de la mort d'un parent par exemple ne s'exprimera pas avec précision comme elle l'est quelquefois dans les hallucinations verbales ou dans celles du langage écrit, mais par un tableau représentant le parent dans un cercueil, ou peignant son enterrement.
Telles sont les expressions psychologiques de l'aflaiblissement de l'élément personnel dans la conscience.
11 ne faut pas en conclure que la conscience impersonnelle soit incapable de toute opération intelligente. Il n'en est rien, et les événements montrent que la conscience impersonnelle ou subconscience, comme on l'appelle ordinairement, est capable d'accomplir avec une grande perfection les actes intellectuels les plus compliqués sans que la conscience personnelle en soit avertie. Dans ces cas, lorsque le résultat de l'opération est transmis à la conscience personnelle, celle-ci la perçoit sous la forme symbolique ou dramatique que j'ai signalée.
L'observation montre que tous les caractères, que je viens de décrire comme se rencontrant dans les cas où la participation de la conscience personnelle à noire activité mentale ou physique est diminuée, se trouvent dans l'hallucination et le rêve. Les lecteurs curieux de connaître mes idées sur ce point les trouveront plus complètement développées dans mon livre : L'Amnésie et les troubles de la conscience dans Vépilepsie. Je ne puis songer à les reprendre ici en détail et me borne à indiquer les principaux résultats auxquels conduit l'analyse des états de conscience pathologiques ou simplement oniriques.
Je m'excuse d'avoir fait cette digression : elle était indispensable pour que je puisse développer d'une manière compréhensible les analogies que présentent les hallucinations
provoquées par la vision dans le crisfal avec le :ove, et le caractère Iranscentlanlal que ces visions peuvent présenter sans être pour cela surnaturelles. Ces considérations exposées, j'aborde le récifrdes faits observés par moi.
La fa^on dont les hallucinations parement imaginaires s'induisent chez la plupart des sujets que j'ai examinés est à peu près la même. Je la décrirai en faisant remarquer que la formation de l'image hallucinatoire est la même dans tous les cas : que l'impression visuelle soit imaginaire ou qu'elle contienne l'expression d'un fait vrai, passé, présent ou futur.
J'ai dit comment il fallait orienter la boule et la regarder. Le sujet, après avoir fixé le globe pendant quelques instants, — le temps varie beaucoup suivant les sensitifs, — voit une teinte opaline et laiteuse envahir la boule. J'ai trouvé un sujet, dame du meilleur monde, intelligente et instruite, qui compare cette impression à celle que font sur l'œil, des brouillards ou des nuages blancs qui passent rapidement sur le ciel. Pour elle la teinte laiteuse serait en mouvement. Elle se déchirerait comme une nuée ou comme un brouillard pour laisser voir l'image hallucinatoire toute formée. Un autre sujet, également instruit voit le brouillard immobile d'abord, se condenser en formes grises puis peu à peu colorées et mobiles. Ce sensitif entre tellement dans l'hallucination qu'il lui arrive ordinairement de se croire transporté dans le paysage qu'il voit et il a non seulement une hallucination delà vue, mais une hallucination de toutes les sensibilités. La plupart des autres voient l'image dans le globe, mais croient la voir de grandeur naturelle. La dimension de la boule n'a aucune inlluence sur la dimension apparente de l'image : c'est du moins ce que j'ai presque toujours remarqué.
Ce que je dis du mode d'induction de l'image dans les boules de cristal s'applique à tous les autres modes d induction, miroir, verre d'eau, carafe, etc.
La vision a quelquefois pour cause une association d'idées ou d'images aisément perceptible. En voici un exemple : je me trouvais dans un groupe spirite et parmi lés assistants se trouvaient divers médiums, à automatismes nettement subconscients ou paraconscients et présentant les caractères du somnambulisme ordinaire. Je priai une jeune fille d'environ i5 à iG ans de regarder dans une boule de cristal blanc de [\ centimètres de diamètre. Elle vit, presque sans transition des poissons rouges dans la boule. Tout le monde connaît les coupes sphériques ou l'on enferme des cyprins ; il y avait justement une boule de ce genre dansla salle où nous étions. L'idée de boule transparente s'associait naturellement à celle de poissons rouges : cette association subconsciente a provoqué l'image visuelle des poissons. Les faits de ce genre sont les plus simples ; leur mécanisme psychologique est facile à pénétrer : les associations d'images sont presque logiques et leur caractère onirique est à peine marqué. Dans le cas cité, l'impossibilité déplacer des poissons dans une boule de cristal pleine nest pas perçue par la conscience ; elle subit la succession des images associées empiriquement: le globe plein d'eau où se trouvaient les poissons ressemblant par sa forme et son aspect à la boule de verre transparent, celle-ci a évoqué l'image de celle-là et des poissons quelle contient. Cette association est très intelligible.
Voici un autre exemple, emprunté à des expériences faites avec un seusitif remarquable. Ce sujet est celui chez lequel l'hallucination se généralise. Cette personne aperçut une gare de chemin de fer, et vit des valises dans la salle des bagages. Elle entra alors dans le rêve et s'imagina qu'elle allait retirer sa valise ; elle pénétra dans la salle des bagages, prit sa malle et l'ouvrit. Elle contenait un cadavre particulièrement horrible qui sauta hors de la valise et se plaignit amèrement d'être ainsi dérangé. Il se précipita sur le sensitifqui prit aussitôt la fuite, poursuivi parle cadavre;
Maxwell. 13
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après une poursuite acharnée, le sensitif se lança dans une route qui traversait un parc. Ce parc en réalité est situé à plus de mille kilomètres de la gare où elle croyait avoir vu les valises. Cette distance disparut dans la vision. Le cadavre prit une route symétrique : ces deux routes se rejoignaient au milieu d'un coteau et le sensitif s'aperçut que son persécuteur arrivait sur lui à fond de train ; il tomba elle cadavre s'arrêta et se baissa pour le frapper. Le visionnaire lui donna alors un violent coup de pied dans le ventre, et retendit sur le sol. L'hallucination cessa brusquement alors et le sensitif se retrouva dans sa chambre, en face de son cristal. La vision avait eu une telle intensité qu'il était encore ému de sa frayeur et haletant de sa course.
Cette hallucination est de nature onirique et rappelle certains délires. J'ai interrogé avec soin le sensitif pour essayer de reconstituer les éléments psychologiques de ses hallucinations et, pour celle-ci, puisque je la raconte, j'indiquerai les résultats de mon enquête :
1° Le sensitif a eu souvent l'occasion de voir des cadavres. 11 n'en a pas peur; il n'éprouve pas de répugnance même à les toucher;
2° Il a beaucoup voyagé, mais n'a aucun souvenir d'une relation quelconque entre sa valise et des cadavres, sauf les associations que peuvent évoquer les histoires du genre de l'a liai re Goufi'é ;
S" La poursuite a eu lieu dans un site déterminé, connu du sensitif, qui avait, justement là, fait un jour une course avec un de ses amis dans des conditions rappelant celles de l'hallucination, notamment le choix par à chacun des coureurs d'une route dilïérenle ; les deux i routes étant d'ailleurs symétriques et se réunissant comme .1 dans la vision ; -i
4" 11 n'est pas tombé, et n'a aucun souvenir conscient| pouvant expliquer sa lutte avec le cadavre. 9
Celle hallucination cuiiouse nous montre un nul.uigc
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d'images vraies et d'images fantastiques, celles-ci composées toutefois d'éléments réels. La durée de cette hallucination si remplie d'événements paraît avoir été très courte. C'est un caractère que l'on constate dans le rêve. On. voit dans le récit que j'ai fait la trace d'associations bizarres, les unes explicables, les autres non. L'idée de gare et de valises s'enchaînent. — Celle de cadavre dans une valise est déjà anormale, mais compréhensible, le sujet étant assez au courant de la littérature criminelle contemporaine pour être informé de l'affaire GoufFé. Le saut du cadavre hors delà valise, la fuite du sujet et sa poursuite par le cadavre sont des associations anormales. La première est difficilement explicable. La fuite et la poursuite s'expliquent mieux : la première de ces idées évoquant naturellement la seconde. L'idée de poursuite éveille l'idée de course, celle-ci éveille ridée du paysage dans lequel le sensitif a réellement fait une course, et malgré son illogisme cette association est acceptée, bien que la gare où la scène commence soit à plus de I 000 kilomètres du parc où la poursuite a lieu.
Toutes ces associations portent l'empreinte caractéristique du rêve.
IL — La vision de faits passés et oubliés présente une apparence différente. En voici un exemple : le sensitif dans la conversation fut prié de chanter une chansonnette de Delmet. Il ne put se rappeler deux vers d'un des couplets, et dut les passer. J'eus alors la curiosité d'improviser une expérience et je priai le sensitif de regarder dans une boule de cristal. Les deux vers oubliés furent lus par lui dans le globe. On s'explique encore très bien les faits de ce genre — ils sont très nombreux dans la littérature spéciale — par l'action de la conscience impersonnelle ou subliminale. Le souvenir oublié par la conscience personnelle existe dans la conscience générale et celle-ci a besoin d'une mise en scène pour transmettre son message à la conscience personnelle ; de là l'activité sensorielle automatique visuelle, et la lecture
lOO LES PllKNOMÈNKS PSYCHIQUES
des mois oiil)li('s qui paraissent iin])riinés. Je n'insisleiai pas sur les lails de ce geuie qui sont hien eoiiruis.
•III. — La troisième catégorie des visions comprend laper, ceplion des faits passés que le sujet aflirme avoir toujours ignorés. Il est bien évident que ces fails peuvent, dans le plus grand nombre des cas, rentrer dans la catégorie précédente et n'être que des souvenirs oubliés. J'ai toutefois lieu de penser qu'il n'en est pas toujours ainsi et qu'il existe un certain nombre de cas dans lesquels la connaissance du passé paraît acquise d'une manière supranormale. Ce n'est là qu'une impression que je tire de la réalité des faits de prévision observés par moi.
Comme exemple des faits que je décris présentement, je citerai les suiAants :
Un sensifif regardait un jour dans une boule de cristal : il vit tout à coup les lettres suivantes « Salon de i885 » et vit défiler sous ses yeux une série de tableaux, annoncés par leur titre. Les tableaux ainsi vus par lui ont bien réellement figuré au salon de i885. Le sujet n'a certainement pas eu une connaissance personnelle du Salon de 1 885, il était trop jeune à cette époque, mais rien n'est plus facile que de lire des descriptions des Salons anciens ou de se procurer des reproductions des tableaux y ayant été exposés. Le sujet, dont je n'ai pas lieu de suspecter la bonne foi, affirme n'avoir aucun souvenir conscient d'une lecture de ce genre. Il croit n'avoir jamais rien vu ou lu concernant le Salon de i885, mais il se borne à aHinner l'inexistence d'un souvenir conscient. Il est possible cependant, il le reconnaît, qu'il ait parcouru un ancien catalogue ou un article de critique sans se le rappeler.
Les laits de ce genre ne sont jamais probants, car il est très difficile de savoir exactement si le scnsilif n'a jamais eu connaissance du fait qui émerge dans la vision. Je cite le cas ci-dessus raconté à titre d'exenq)le et sans me piononcer sur sa sl<i;niriculion.
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IV. — Je n'ai pas eu roccasion d'observer d'hallucination induite représentant une scène se passant réellement. En tous cas, je n'ai jamais pu le constater d'une manière satisfaisante.
V. — Les faits de prémonition sont au contraire relativement nombreux en ce sens que j'ai observé quelques-uns d'entre eux et que j'ai obtenu de première main le récit de certains autres.
Voici les cas les plus intéressants :
J'avais donné une boule de cristal à M. X..., homme honorable qui s'intéresse beaucoup aux recherches psychiques. M'^^X... a la faculté devoir dans le cristal, mais je n'ai jamais eu l'occasion de l'interroger sur ses visions. Le fait que son mari m'a raconté concerne une dame qui est caissière dans un des grands restaurants de Bordeaux. M. X..., qui déjeunait quelquefois dans ce restaurant, montra un jour la boule de cristal à cette dame : celle-ci regarda dans le globe et y vit la figure d'un petit chien. Ce chien lui était absolument inconnu et la vision ne parut avoir aucun intérêt.
Quelque temps après, M. X... revint déjeuner au restaurant. La caissière l'interpella et lui dit qu'elle était très étonnée. On venait de lui faire cadeau d'un petit chien pareil à celui qu'elle avait vu dans le cristal.
Une autre dame aurait eu certaines visions dans le miroir: ces visions se forment sur la glace de son armoire : celle-ci est placée en face d'une fenêtre et satisfait en partie aux conditions que j'ai indiquées plus haut. Le récit qui ma été fait de ces visions m'a été confirmé par la dame ellemême.
Elle vit une fois un homme assis sur le trottoir d'une rue déterminée ; cet homme portait au front une blessure d'une forme également déterminée ; un lambeau de peau était arraché et retombait sur l'œil. L'homme avait entre autres détails de costume, un sac enroulé autour du cou : sur ce
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sac étaient imprimés deux initiales V. L. La dame se vit dans sa vision aborder le blessé, le conduire à l'hôpital cl l'y faire panser.
Le lendemain, elle sortit dans la matinée, elle rencontra le blessé à l'endroit où elle l'avait vu la veille et sa vision se réalisa intégralement, jusqu'au détail du sac autour du cou et des lettres qui y étaient imprimées.
Une autre fois, cette dame aperçut, toujours dans les mêmes conditions, c'est-à-dire dans la glace de son armoire, une de ses amies mariée à un fonctionnaire qui réside à l'étranger, où il est consul d'une puissance voisine de la France. Cette dame, dans la vision, paraissait remonter le cours de Tourny à Bordeaux, à l'endroit où cette belle voie débouche dans le square Gambetta. Les détails du costume de cette dame furent notés par l'observatrice : c'était un léger mantelet, une blouse écossaise avec un galon d'or brodé autour du cou.
Deux ou trois jours après, la percipiente se trouvait en tramway. Au moment où la voiture arrivait à la jonction du cours de Tourny et du square Gainbctla, elle aperçut son amie dans les conditions exactes de la vision antérieure.
Voici un dernier exemple encore plus significatif que les précédents, car la vision m'a été racontée huit jours avant que l'événement se réalisât et j'en ai fait moi-même le récit à diverses personnes avant cette réalisation. Un sensilif aperçut dans un globe de cristal la scène suivante : un grand steamer, ayant un pavillon à trois bandes horizontales, noire, blanche et rouge, et portant le nom Leutsch- Idiid, naviguait en pleine mer ; le bateau fut soudain entouré de fumée ; des marins, des passagers et des gens en uniforme coururent en grand nombre sur le pont et il vit le bateau sombrer.
Huit jours après, les journaux annonçaient l'accident du Dculsc/i((i/i(l, dont une chaudière éclata, obligeant ce paquebot à lairc lelàche, je crois. Gclle vision est très curieuse
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et comme les détails m'en ont été donnés avant l'accjîdent, je l'analyserai avec quelque soin.
En premier lieu une chose frappe : c'est que la prémonition ne s'est pas exactement accomplie. Le Deutschland a bien éprouvé un accident, il a du être entouré de vapeur, l'équipage et les passagers ont dû courir effrayés sur le pont, mais heureusement ce magnifique paquebot n'a pas sombré. D'autre part, le sensitif a lu LeaLschland et non Deutschland, mais ce détail n'a pas grande importance, le mot étranger ayant pu être mal lu. Enfin, une chose digne de remarque c'est l'absence complète d'intérêt que cette vision pouvait présenter au sensitif qui n'a aucune relation avec l'Allemagne et ignorait, au moins consciemment, l'existence de ce bateau, bien qu'il en ait certainement eu des images sous les yeux. Il ne faut pas évidemment attacher trop d'importance à cette prévision, mais ce sensitif m'en a donné quelques autres exemples curieux : ces cas rapprochés de ceux que j'ai observés par ailleurs ou dont j'ai eu le récit de première main rendent très improbable l'hypothèse d'une coïncidence sans cependant l'exclure d'une manière absolue. Tels qu'ils sont, ces faits sont assez intéressants, il me semble, pour que l'observation systématique des phénomènes visuels que je signale soit entreprise par des gens compétents et avec des sensitifs véritables, non avec des hystériques qui donnent rarement de bonnes observations.
Je terminerai ce paragraphe en signalant une vision qui s'est reproduite déjà deux ou trois fois depuis quelques semaines. C est encore la vision d'un accident en mer et j'espère que la prévision ne s accomplira pas plus complètement que celle de l'accident du Deutschland. Je ne nommerai m le bateau ni la Compagnie à laquelle il appartient, mais j'ai contidentiellement écrit sur carte postale le nom du paquebot à deux de mes amis, gens d'une grande notoriété et d'une honorabilité reconnue. Le sensitif voit un grand sLcuincr dans les mers d'Australie, avec le lluuc lar-
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gement ouvert. Il a été sans doute abordé par un autre paquebot qu'il voit auprès du navire abordé. Les canots des vaisseaux sont mis à l'eau, passagers et marins s'y jettent. Le commandant du paquebot entrouvert reste sur sa passerelle et s'enfonce avec le bateau. La mer est houleuse. Cette vision à la date où j'écris (6 avril 1908) ne s'est pas encore réalisée et j'ai heureusement assez de familiarité avec les phénomènes psychiques pour avoir de bonnes raisons d'espérer que cette prémonition ne se vérifiera pas. Je le souhaite en tous cas vivement.
Les faits de prémonition que j'ai observés ou contrôlés et dont je viens d'indiquer quelques exemples ne sauraient raisonnablement, il me semble, être de pures coïncidences. J'ai déjà dit que cette hypothèse, sans être inadmissible, n'était pas suffisante. Songez à l'immense proportion des probabilités qui s'accumulent en faveur de la réalité d'un fait dès que les détails s'accumulent eux-mêmes. Les visions relatives à la dame étrangère et au blessé sont instructives à ce point de vue, étant donné le grand nombre des circonstances vues à l'avance : localité exacte, détails exacts de la blessure, du costume, etc. Il est fâcheux que ces faits n'aient pas été observés dans de bonnes conditions. Celui du Deutschland est beaucoup moins démonstratif à cause de l'inexactitude de l'issue prévue.
Si l'on rapproche ces faits de ceux qui ont été déjà enregistrés par la Sociétés des recherches psychiques, on arrive à une conclusion qui confirme la simple impression que mes propres observations ont fait naître dans mon esprit. Quelle peut être la cause de ces prévisions ? Quelle signification ont-elles à l'égard de la réalité du temps ? Pourquoi ces visions s'adressent-elles à des gens qui n'ont souvent aucune espèce d'intérêt à les avoir ? Autant de questions que je pose sans me permettre d'en indiquer la solution. Il faut observer avec le plus grand soin les faits qui se présentent, les accumuler en aussi grand nombre que possible,
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et avant de raisonner sur leurs causes être d'abord bien certains de leur réalité.
J'ai indiqué plus haut l'analogie de la plupart de ces visions avec le rêve : j'en signalerai en dernier lieu une nouvelle, qui n'est peut-être pas la moins intéressante. C'est que ces visions s'oublient rapidement. Il faut obtenir des sensitifs observés qu'ils écrivent immédiatement leurs visions : dans la plupart des cas, une rapide amnésie en brouille les détails et les fait disparaître. Ces visions réagissent donc sur la mémoire comme les songes.
VI. — Certaines visions sont d'un caractère douteux. En voici des exemples : un sençitif a vu à plusieurs reprises dans le cristal une longue procession de personnages vêtus de blanc qui entrent dans une sorte de crypte ayant l'apparence de l'entrée d'un tunnel. La vision ne présente aucune incohérence, mais ne paraît avoir aucune signification, soit comme souvenir évoqué inconsciemment, soit comme image subconsciente symbolique comportant une interprétation.
Enfin, je vais raconter une dernière vision qui intéressera sans doute plus particulièrement les occultistes. J'opérais avec un sensitif qui ignorait, je crois, leurs théories et celles des spirites et n'avait aucune notion sur les larves et les formes que leur prête la littérature spéciale des sciences occultes. Or, le sensitif eut à deux reprises la vision d'un arbre qui était isolé dans une forêt. La terre semblait blanche, l'arbre lui-même était blanc et paraissait couvert de poires blanches suspendues aux branches. Dans sa vision, le sensitif s'approcha et constata que les poires étaient en réalité des bêtes à l'apparence hideuse, blanches ; c'étaient comme des têtes sans corps, se terminant en queues allongées. Ces êtres étaient suspendus aux branches par la queue. Cette vision me paraît être purement imaginaire, mais je l'ai contée parce que les curieuses formes décrites concordent avec ce qui est, je crois, l'aspect prêté aux larves par
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les écrivains occultistes. Je ne puis évidemment pas, je dois le dire pour être exact, alFiriner l'ignorance absolue du scnsitif en matière de littérature mystique, mais j'ai les plus sérieuses raisons de l'admettre. Faut-il simplement voir une association morphologique entre les dilïérentcs formes des larves, des larmes brodées sur les appareils funéraires et des poires ! Cette explication serait possible au cas où le sensitif connaissait la si^niflcation du mot larve et la forme prêtée à ces êtres fabuleux.
J'abrège le récit de ces observations et je me borne a résumer la conclusion à laquelle je suis arrivé : c'est que les automatismes sensoriels et spécialement les hallucinations de la vue ont les caractères du rêve : même afifaiblissement du pouvoir de contrôle de la volonté et du jugement sur la sélection des images, sur leur cohérence, sur leur vraisemblance, même amnésie rapide. Ce sont là des traits caractéristiques qu'on observe dans tous les cas où le sentiment delà personnalité s'alVaiblit. On le constate aussi bien dans les hallucinations purement imaginaires que dans celles qui paraissent avoir un fondement réel. Cette constatation me paraît avoir une grande importance, car elle permet de penser que l'une des conditions de la perception transcendantale des faits présents, passés ou mciuc futurs est la disparition de l'activité volontaire et personnelle de la conscience. Moins apte, à agir activement elle serait mieux disposée à être passivement impressionnée par des inlluences indéterminables encore; la transmission à la conscience normale de ces impressions perçues par la conscience impersonnelle parait se faire de la même manière que dans le rêve, c'est-à-dire par une dramatisation, une mise en scène, un tableau qui exprime l'idée d'une manière concrète et symbolique.
Je rapprocherai donc de ces automatismes sensoriels le rêve et la télépathie. J'ai eu l occasion d'enlciidre raconlrr dos rêves prémonitoires survenus à des personnes d'une
bonne foi parfaite et je vais en donner deux exemples que des magistrats m'ont contés. Le premier concerne un haut magistrat. Il avait vendu une coupe de bois à un prix assez avantageux, mais le marché n'était pas définitif et devait être conclu dans une entrevue fixée entre le propriétaire et l'acquéreur. La veille du jour oii le magistrat devait aller à la campagne, sa femme rêva qu'elle assistait à la visite du marchand de bois : celui-ci olïVait un prix inférieur au prix convenu primitivement et entourait son manque de bonne foi de toutes sortes de périphrases, essayant de prouver que le marché restait excellent pour le propriétaire. Il se tourna en finissant vers M"'' X... qui assistait à l'entrevue et lui dit : N'est-ce pas, Madame, que ce sont là de belles paroles ? M"* X... raconta le rêve à son mari en lui disant que le marché ne se réaliserait pas. Son rêve s'accomplit exactement et la phrase entendue en rêve fut dite parle marchand. Je tiens le' récit du magistrat lui-même, homme éminent et l'un des plus brillants esprits que j'aie connus.
Le second rêve est peut-être plus curieux encore et je le tiens d'un de mes collègues, homme calme, positif, n'ayant aucune espèce de tendance au mysticisme et s'occupant, à ses heures de loisir, de chasse plutôt que de métaphysique. C'est d'ailleurs un magistrat expérimenté et il occupe de hautes fonctions dans une Cour du centre de la France. A l'époque oii il fit le rêve que je vais raconter, il était juge d'instruction dans une petite ville près de laquelle se trouvent d'importantes usines. Il était intimement lié avec un grand industriel et avait l'habitude d'aller le voir presque tous les jours. Il connaissait le personnel de l'usine et notamment un contremaître, originaire du JXord, qui, après de longues années de bons services, désira rentrer dans son pays et quitta son patron, dans les meilleurs termes d'ailleurs.
Quelques mois après, mon collègue rêva qu'il faisait sa promenade habituelle et sa visite ù son ami ; qu'il apercevait le contremaître et manifestait sa surprise de le voir; que ce
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dernier lui répondail : « Oui, Monsieur, c'est moi. Je n'ai pas trouvé de travail au pays et, ma loi, je suis revenu ici. » Mon collègue n'attacha aucune importance à ce rêve; le lendemain, il alla, selon sa coutume, voir son ami et trouva dans la fabrique le contremaître qu'il avait vu en songe. Il échangea- avec lui à peu près les mêmes propos que dans son rêve.
Les faits de ce genre sont très nombreux. Ils peuvent n'être que de simples coïncidences, mais, comme pour les automatismes sensoriels déjà décrits, je ne puis m'empêcher de penser que la coïncidence n'explique pas tout. Les détails concordants sont souvent si nombreux que les probabilités sont, dans une proportion extrêmement grande, contre le pur liasard. Hichel a étudié avec soin cette question des probabilités et je n'ai pas à la discuter. J'indique mon impression, persuadé que tous ceux qui étudieront sans parti pris ces faits constateront comme moi que le hasard n'explique pas tout.
Les deux rêves que j'ai pris pour exemple nous offrent des cas de télépathie, c est-à-dire d'impression perçue d'une manière que les sens ordinaires n'expliquent pas. La télépathie a été étudiée avec soin par Myers, Gurney et Podniore, Sidgwick, Ermacora, et il n'est pas permis de discuter celte question si l'on n'a pas étudié l'œuvre de ces savants. Elle me paraît établie d'une manière définitive, mais je n'ai pas d'exemple personnel à citer. J'ai cependant entendu un très grand nombre de récits faits par les personnes qui avaient éprouvé l'impression télépathique. Le nombre des faits de ce genre est très considérable et je connais une quantité de gens qui ont eu des hallucinations véridiques, pendant leur sommeil ou à l'état de veille. En voici des exemples empruntés au cercle de mes parents ou de mes amis.
Un de mes grands oncles avait épousé à la Martinique une femme de couleur. Clclle dame, d'une très grande honorabilité, fut victime du préjugé tenace des familles blanches
PHÉNOMÈNES PSYCHOSENSORIELS ET INTELLECTUELS I Sq
créoles et le mariage de mon grand oncle lut mal vu de sa famille. 11 quitta Saint-Pierre et vint habiter Bordeaux. Sa femme fut atteinte d'aliénation mentale ; elle avait des accès de fureur dangereux, mais l'union entre mon grand oncle et sa femme était trop étroite et leur alTection réciproque trop vive pour que mon parent consentit à se séparer de sa femme et à la faire soigner dans une maison de santé. 11 fut victime de son dévouement, sa femme le tua dans un accès de fièvre chaude. Une de mes grandes tantes habitant Paris, scèur du mort, fut éveillée au miilieu de la nuit par la voix de son frère qui l'appelait. Cette hallucination coïncidait avec la mort de mon grand oncle.
Une amie intime de ma mère, créole habitant Bordeaux, avait assisté à l'embarquement d'une famille de la Martinique qui rentrait à Saint-Pierre. Quelque temps après elle vit en songe un navire qui sombrait ; la poupe du vaisseau s'éleva au-dessus des flots et elle put y lire le nom du bateau ; c'était celui sur lequel ses amis s'étaient embarqués. Ce navire s'est perdu corps et biens.
Voici encore un fait intéressant, dans lequel : i° un sentiment d'anxiété, de cause inconnue à la personnalité consciente, correspond avec la maladie grave d'une proche parente ; 2° l'hallucination télépathique prémojiitoire d'un appel téléphonique précéda de 2 heures et demie l'appel réel. Ce fait mest communiqué par un de mes amis, homme d'une culture et d'une intelligence supérieures :
(( Voici très, très exactement la relation du fait que je vous ai signalé.
« Je me couchai le soir du 17 octobre 1901, un peu troublé et angoissé par une cause non définie, étant en parfait état de santé. Ce trouble jjersista et mon sommeil fut hanté de cauchemars douloureux.
((A4 heures et demie très exactement, je me réveillai en sursaut, ayant nettement perçu le son de la sonnerie de mon téléphone. Je courus à l'appareil et répondis à l'appel.
L'opérateur de nuit me répondit (pi'il n'avait |)as attaqué mon domicile et qu'il ne se passait rien d'anormal. J'avais donc été sous le coup d'une hallucination provoquée par une hantise spéciale.
« A 7 heures du matin, la sonnette retentit de nouveau et je his mis en communication téléphonique avec mon beauh-ère résidant à Biarritz. Il m'apprit que ma sœur, M"* V..., avait été, la nuit, frappée de congestion cérébrale et me signalait son état très grave. »
Tous ces faits peuvent être considérés comme des coïncidences: seules, leur étude attentive, leur analyse approfondie et leur comparaison rélléchie jieuvent faire soupçonner que le hasard n'est pour rien dans leur production.
J'assimilerai à ces cas de télépathie les faits d'extériorisation de la sensibilité et de vision à distance. J'ai peu étudié ces faits, qui ne rentrent pas dans le cadre habituel de mes recherches ; il m'est quelquefois arrivé de les observer dans des conditions qui, je le reconnais toutefois, ne sont pas satisfaisantes pour moi. Mes observations, pour incomplètes qu'elles soient, tendent cependant à me faire penser que le phénomène décrit par de Rochas sous le nom d'extériorisation de la sensibilité est réel. J'ai rencontré deux sujets qui l'ont présenté d'une façon assez nette à l'état de veille. J'ai été amené £i faire l'expérience suivante avec l'un d'eux, sensitive remarquable. Dès qu'elle arrivait dans la salle des séances et qu'elle ôtait son manteau, je m'emparais de ce vêtement et en pinçais la doublure. La sensitive accusait une sensation, assez faible d'ailleurs, dans la partie du corps que recouvrait le vêtement. La première fois que j'ai essayé cette expérience, le sujet n'était pas prévenu el fut fort surpris de la sensation qu'il éprouvait. Inutile d'ajouter que je prenais mes précautions pour que cette dame ne remarquât pas la partie de la doublure que je pinçais. J'ai constaté (|ue celte sensibilité particulière disnaraissail très
rapidement ; au bout de quarante ou cinquante secondes, elle n'existait plus.
J'ai prié une dame, amie du sujet, d'essayer la même expérience avec des vêtements en contact plus intime avec le corps, notamment avec le corset. La sensibilité serait plus grande.
Je crois que l'observation de ce fait, que je n'indique qu'avec réserve, ne l'ayant pas soumis à une étude suivie, est plus facile qu'on ne pense en employant la méthode que j'indique, c'est-à-dire en pinçant ou piquant un vêtement que le sujet vient d'ôter.
J'ai eu l'occasion de constater également ce phénomène dans les conditions techniques indiquées par celui qui l'a découvert, le colonel de Rochas. Peu de sujets le présentent nettement et il m'a semblé qu'il était nécessaire de pousser le sommeil artificiel assez loin. Cette expression peut paraître bien démodée à ceux qui ont fréquenté nos savantes cliniques neurologiques ; je ne puis cependant m'empecher de penser qu'il existe une dillerence réelle entre les différents somnambulismes que l'on peut observer. Je parle d'une différence de degré. 11 m'a semblé que l'action répétée des passes, une fois le sujet endormi, déterminait un état particulier, signalé par les anciens magnétiseurs et exposé en détail par de Rochas, dans lequel le sujet paraît perdre la notion de sa personnalité et être sous la dépendance étroite de son « magnétiseur ». J'ai peu expérimenté dans cet ordre de recherches et je ne puis me permettre de donner que des indications sans pouvoir affirmer personnellement une conviction ; mais les expériences peu nombreuses que j'ai faites me portent à croire que de Rochas a parfaitement raison de décrire des états superficiels et profonds. Je ne suis pas convaincu que le passage des uns aux autres se fusse avec la régularité que mon éminent ami aurait observée, mais le fait signalé par lui est, il me semble, vrai d'une manière générale. Je vais appuyer mon opinion d'un exemple.
iga LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES
J'ai déjà pailé de M'"* Agullana, sujcL très sensible. Ceux qui n'ont assiste qu'à ses séances ordinaires ne sauraient se rendre compte des facultés curieuses que présente cette dame. Un manipulateur un peu expérimenté peut obtenir d'elle, à condition d'opérer avec tranquillité et en petit comité, des phénomènes très intéressants dans le domaine de ce que l'on appelle le magnétisme animal. J'eus l'occasion de me trouver un soir chez elle avec M. B... Nous attendions un instituteur, médium dont on m'avait raconté des merveilles. Cet instituteur, que des préjugés particuliers retiennent, ne vint pas, mais, en Taltendant, j'endormis M'"' Agullana et je voulus faire voir à M. B..., qui ne paraissait pas les connaître, les effets du sommeil profond. Je prolongeai mes passes, faites longitudinalement, du front à l'épigaslre, pendant plus de vingt-cinq minutes. Je demandai de temps en temps à M™" A..., toutes les 7 ou 8 minutes, comment elle s'appelait. Elle me disait son nom. Vint enfin un moment où elle parut ne plus s'en souvenir et avoir perdu la conscience de sa personnalité. Je fis quelques passes encore et fis remarquer à M. B... que si M'"'' A... paraissait avoir de l'anestliésie cutanée, elle semblait percevoir les piqûres à deux ou trois centimètres au delà de la peau. Les passes furent continuées encore pendant assez longtemps, un quart d'heure environ; à ce moment, M'"" A... parut présenter les deux particularités suivantes: ï° Sa sensibilité semblait localisée derrière elle, à environ un mètre en arrière d'elle et à soixante centimètres au-dessus du niveau de sa tête. Elle tressaillait quand, précaution prise pour qu'elle ne s'en aperçût pas, on pinçait l'air à l'endroit ci-dessus indiqué. 2° Seules les personnes en rapport avec elles, — dans le sens donné à ce mot par de Rochas, — pouvaient l'impressionner; le contact et le pincement des autres personnes n'étaient pas perçus. Ces deux particularités n'ont pas été observées par moi dans des conditions assez précises pour que je puisse, je le répète, affirmer que
PHÉNOMÈNES PSYCHOSENSORIËLS ET INTELLECTUELS IQ^
mon observation est bonne; mais je les indique, car elles m'ont paru probables : puis les phénomènes se développe-' rent; M"* Agullana prétendait être hors de la maison. Je lui dis alors d'aller voir ce que faisait un de mes amis, M. B..., bien connu d'elle. Il était io'',20 du soir. Le médium, à notre grande surprise, nous dit qu'elle voyait (( M. B... à demi déshabillé, se promener pieds nus sur de la pierre ». Cela ne nous parut avoir aucun sens. Cependant j'eus l'occasion de voir mon ami le lendemain. Bien qu'il soit très au courant des phénomènes du spiritisme, M. B.,. se montra fort étonné et me dit textuellement : a Hier soir, je n'étais pas bien ; un de mes amis, M. S..., qui habite chez moi, me conseilla d'essayer la méthode Kneipp et me pressa avec tant d'insistance, que pour lui donner satisfaction j'essayai pour la première fois hier soir de me promener nu-pieds sur la pierre froide. J'étais en effet à demi déshabillé quand j'ai fait ce premier essai ; il était io'',20 et je me suis promené quelque temps sur les premières marches de l'escalier qui est en pierre. »
Peut-être est-ce encore une coïncidence ; mais ce fait qui a eu divers témoins, en présente de bien étranges toutefois. L'heure, le costume, l'opération insolite, sont des circonstances trop spéciales pour que le simple hasard suffise, il me semble, aies expliquer. J'ai cité ce cas, parce qu'il a été observé par moi, et qu'il montre une variété des phénomènes de télépathie ; c'est ce que les anciens magnétiseurs appelaient la lucidité, la clairvoyance, ou plus exactement la vision à distance. Il me paraît être un développement des faits signalés par de Rochas ; les choses se passent comme si la sensibilité tout entière était extériorisée à des distances variables. C'est la télesthésie, pliénomène analogue dans le domaine sensilivo-sensoiiel à la télékinésie motrice.
Les expérimentateurs qui seraient désireux de contrôler ces faits ne devront pas oublier: i" qu'il faut un sujet sou- Maxwell. i3
vent mar/nélisé — je ne dis pas hypnotisé; — 2" qu'il faut pousser le sommeil très loin, et continuer les passes plus d'une (iLMui-heui'c après que le somnambulisme s'est déclaré. Ce tenq)s se réduit pour les sujets très entraînés.
Il serait d'ailleurs lacile de multiplier les exemples de ce genre, particulièrement ceux des cas de télépathie bien observés.
Les publications de la Société des recherches psychiques, de Londres, le livre de Flammarion sur L'inconnu et les problèmes psychiques, les Annales des Sciences psyc/iiques de Dariex en contiennent un grand nombre. On trouvera toujours ce symbolisme, cette mise en scène que j'ai indiqués comme les procédés ordinaires par lesquels la conscience générale transmet ses informations à la conscience personnelle. Ces faits me paraissent rendre très probable l'assimilation que je fais des automatismes sensoriels entre eux, rêve, télépathie, vision dans le cristal. Ces phénomènes sont du même ordre et ont vraisemblablement pour siège les mêmes strates de la conscience. Ils paraissent étrangers à la conscience personnelle ordinaire.
Je n'essaierai pas d'en rechercher la cause : je dois redire encore ce que j'ai déjà souvent répété, la question est encore trop peu connue pour que l'on puisse utilement aborder l'étude de la cause apparente des faits psychiques examinés dans le présent chapitre. Il faut multiplier les observations, constater l'existence indiscutable des faits, avant de tenter de les interpréter.
§ 2. — Automatisme moteur.
Les observations que je viens d'exposer sont relatives à des faits survenant dans le domaine de la sensibihté ; les centres moteurs n'échappent pas à l'automatisme et l'on [>eul constater toute une série ilautomalismes moteurs suu-
PHENOMENES PSVCHOSENSORIELS ET INTELLECTUELS IqS
pies OU mixtes. Je les diviserai pour plus de clarté en quatre classes :
1° Automatisme musculaire simple. Typtologie. Planchettes alphabétiques diverses. Ouija, etc.
2° Automatisme musculaire graphique. Ecriture et dessins automatiques. Planchettes, corbeilles, guéridons, boule à manches.
3" Automatisme phonétique. Discours automatiques.
4° Automatismes mixtes. Incarnations.
Je ferai tout d'abord remarquer que le mot automatisme que j'emprunte à la terminologie de Myers n'est pas tout à lait exact. On ne peut parler d'automatisme en effet que lorsque l'on est en présence d'actes mécaniques, excluant l'intervention de toute volonté. En réalité il n'en est pas ainsi ; ces actes, qui semblent automatiques si l'on envisage uniquement l'intervention de la conscience personnelle, sont en réalité déterminés par une conscience quelconque, parasitaire ou non et offrent tous les caractères des actes volontaires. Ces réserves faites, je continuerai, faute de mieux, à me servir du mot consacré par lusage.
I. Automatisme musculaire simple. — Je désigne ainsi les actes qui ne demandent aucune association de mouvements compliqués comme l'exigent les mouvements de l'écriture ou du langage. Le moyen le plus simple de provoquer cet automatisme est le procédé spirite ordinaire de la typtologie.
Les assistants se groupent autour d'une table et appuient légèrement les mains sur le plateau. Au bout d'un temps plus ou moins long la table frémit, oscille, s'agite, tourne quelquefois, mais le plus souvent lève un de ses pieds et Irappe des coups sur le plancher. On convient de signaux pour oui, non, douteux (trois, deux et quatre coups par exemple) : on convient encore de la manière de désigner les lettres de l alphabet, soit que la table frappe autant de coups que le rang de la lettre le comporte, i pour A,
iqG les phénomènes psychiques
9 pour B, i5 pour O, 90 pour T, etc., soil qu'elle ne frappe qu'un coup lorsque la lettre choisie apparaît au cours de la récitation de l'alphabet.
Je range ce phénomène dans les automatismes parce que presque toujours il me paraît dû à des mouvements involontaires et inconscients. Je n'aime pas ce genre d expériences, car il me paraît très peu probant. Gasparin et après lui Chevreul en ont donné l'interprétation exacte.
Il ne prend un certain intérêt que lorsque le contenu des communications obtenues révèle des faits en apparence inconnus des expérimentateurs. Le phénomène n'est plus explicable par une action automatique pure : les mouvements musculaires sont déterminés par la conscience impersonnelle des assistants ou du médium et deviennent le mode de transmission des messages que celle-ci adresse ii la conscience personnelle. On conçoit enfin, que si, ce que j ai dit de la parakinésie est exact comme j'ai lieu de le croire, les mouvements de la table peuvent être quelquefois parakinétiques. J'ai assisté à beaucoup de séances de typtologie, mais je n'ai jamais constaté de faits intéressants sauf celui que j ai déjà raconté relatif à To«/o/i la Pipe. Quand les expériences se font dans les conditions que j( juge indispensables, je prends soin de ne pas encourageai les manifestations typtologiques.
11 existe d'autres moyens d'induire l'automatisme musculaire simple. Les meilleurs sont des instruments di genre du psychographe. Les lettres de l'alphabet, les chil fres, les mots oui, non, je ne sais pas, sont inscrits sur u^ cadran au centre duquel est placé une aiguille. Les dcph céments de l'index indiquent les lettres comme le faa l'aiguille du cadran d'un télégraphe Bréguct. On fabriqi de ces cadrans de différentes dimensions et en difl'érenlei substances. Il vaut mieux cependant les construire de 1^ manière suivante : on prend une planche carrée de bou blanc non résineux, de cinquante à soixante cenlimèlrej
PHENOMENES PSYCIIOSENSORIELS ET INTELLECTUELS If)7
décote. On y trace une circonférence de 20 centimètres de diamètre et on inscrit autour les lettres de l'alphabet, les chiffres, les mots oui, non, je ne sais pas et toutes autres indications. On place au centre du cercle un pivot d'os ou d'ivoire, axe autour duquel se mouvra l'aiguille. On fabrique celle-ci en bois, et on lui donne assez d'épaisseur et de solidité pour que les mains puissent s'appuyer sur elle. Il n'est pas nécessaire de donner une très grande mobilité à l'aiguille si on doit y appuyer les mains : dans ce cas il suffit de la percer d'un trou par lequel passera le pivot d'ivoire.
Les cadrans en métal ne sont pas à recommander. On trouve tous les instruments de ce genre : à Paris, chez Leymarie ; à Londres, Office of Light, iio S' Martin's lane, W. G.
J'ai entendu dire que l'aiguille pouvait se mouvoir toute seule, mais je n'ai jamais constaté ce fait. Si l'on voulait essayer d'obtenir ces mouvements sans contact il conviendrait de donner à l'aiguille une suspension plus parfaite : on y arrive en la soutenant sur de petites roulettes mobiles en tous sens comme celles dont sont munies les planchettes à écriture automatique.
J'ai très rarement expérimenté avec des psychographes, pour les raisons qui m'ont fait écarter la typtologie.
J'en dirai autant d'un autre genre d'appareil : le ouija fabriqué en Angleterre et dont le nom est composé des mots oui etja, l'un et l'autre équivalents français et allemand de yes, oui. C'est une planche sur laquelle sont inscrites les lettres de l'alphabet et diverses autres mentions. Une petite planchette mobile montée sur trois ou quatre pieds se place sur la première ; les assistants posent la main sur la planchette mobile qui vient marquer avec un pied la lettre ou le chiffre qui convient. Ce procédé est fastidieux.
Il existe d'autres moyens encore d'induire l'automatisme
198 LES niKNOMfvNFS PSYCHIQUES
musculaire. J'iii(li(|ucrai, par cxeinplc, le procédé si ancien de divination par l'anneau. On suspend une l)ague en métal, ou mieux un anneau d'ivoire à un lil de soie, un cheveu, im fil léger quelcon([ue. On prend le bout du i\[ ou du cheveu dans les doigts et l'on tient ainsi l'anneau suspendu au centre d'un petit cercle de 10 à 12 centimètres de diamètre sur la lace interne dui^uel sont inscrites les lettres de l'alphabet.
Au bout d'un certain temps l'anneau se balance et vient frapper les lettres de l'alphabet construisant quelquefois ainsi des mots. En plaçant l'anneau dans un verre on obtient des coups frappés sur le verre. Je n'ai employé qu'une fois ou deux ce procédé qui ne ma paru présenter qu'un intérêt médiocre. C'est le pendule explorateur de Chevreul.
II. Ecriture automatique. — L'écriture automatique est un des phénomènes les plus intéressants et je n'ai pas besoin de rappeler les études importantes que Myers, Hodgson, Hyslop, Sidgwick et d'autres y ont consacrées. J'ai eu l'occasion de faire des observations d'un très grand intérêt, mais les limites de ce livre ne me permettent pas d'en donner le compte rendu détaillé. L'examen très complet que j'ai fait d'un cas, assez fruste d'ailleurs, d'écriture automatique m'a clairement révélé le jeu des souvenirs inconscients de l'écrivain.
Les procédés qui permettent d'obtenir l'écriture automa-. tique sont très nombreux. On peut faire écrire un guéridon en allachant un crayon à l'un de ses pieds ; on fait écrire un chapeau, une corbeille, un tamis en fixant un crayon à ces objets. Mais il existe des procédés plus perfectionnés; voici les meilleurs.
D'abord la planchette: Instrument en forme de planchette ovale, montée sur trois roulettes d'ivoire très niobdes et portant à l'une de ses extrémités une petite moulure en cuivre oîi l'on peut insérer un crayon, qu'on iixe avec une
PHÉNOMÈINES PSYCHOSENSORIBLS ET INTELLECTUELS IQf)
vis. Avec la planchette deux ou trois personnes peuvent écrire en môiTie temps.
Un autre moyen, également bon, est le suivant. On fixe deux, trois ou quatre manches dans une grosse boule en bois, de lo centimètres de diamètre environ, selon le nombre de personnes qui veulent essayer d'obtenir ensemble récriture automatique. On fixe un crayon dans un trou foré dans cette boule, dont chaque expérimentateur tient un manche. On place une feuille de papier sous le crayon et celui-ci se meut fréquemment en écrivant des mots et des phrases.
Enfin le procédé de choix est d'écrire naturellement sans aucun instrument. Le médium s installe comme il en a l'habitude et attend.
11 est rare, quel que soit le procédé employé, que l'écriture automatique se manifeste d'emblée. Généralement une ou plusieurs séances se passent en griffonnages illisibles, en la confection de bâtons, de zigzags, en répétitions indéfinies de la même lettre. Il ne faut pas se décourager, il faut au contraire continuer à expérimenter pendant un certain temps avant de se persuader de l'impossibilité du succès. Que l'on essaie d'obtenir l'écriture collective ou l'écriture ordinaire, il est bon de consacrer chaque jour dix ou quinze minutes, toujours à la même heure, à ces essais. Le phénomène est très long à évoluer et des gens qui ont obtenu de très curieux résultats avec l'écriture automatique ont mis des mois à développer chez eux cette faculté.
Gomme je l'ai dit, j'ai surtout dirigé mes expériences vers l'observation des mouvements sans contact: j'ai donc peu cherché à obtenir avec mes sujets l'écriture automatique. La plupart des cas qui se sont présentés à mon observation ollrent peu d'intérêt si on les compare aux curieuses hallucinations visuelles que j'ai racontées tout à l heure. J'en excepterai un que je suis entrain d'étudier, actuel-
300 LES PHEiNOMENES TSYCHIQUES
Jemcnl et qui me fait concevoir quelques espérances, le sujet ayant écrit en anglais, langue qu'il ne connaît pas, j'en suis certain. Ce médium, comme beaucoup de ceux que j'ai rencontrés, se prête mal aux expériences et n'a pas encore consenti à s'entraîner régulièrement à l'écriture automatique. Puissé-je réussir à l'y décider.
Malgré le peu d'intérêt relatif que mes observations présentent, je vais donner quelques exemples des résultats auxquels je suis arrivé. Je les donnerai à titre d'indication seulement, car je le répète, aucun des faits observés par moi, n'a présenté jusqu'ici un intérêt véritable, sauf celui que j'ai pu analyser et qui n'a rien de transcendantal.
J'ai, notamment, souvent essayé d'écrire avec la planchette. J'ai facilement obtenu des mots et des phrases cohérentes, mais d'une banalité désolante. L'écriture a été obtenue par moi seul ou avec d'autres personnes ; seul je l'obtiens de la main droite comme de la main gauche. Celle-ci ne me donne pas toujours l'écriture renversée (en miroir, spiegelschrift) ; avec la planchette, elle produit même plutôt l'écriture ordinaire de gauche à droite. Un] trait à noter de l'écriture avec la planchette, c'est la dissociation des éléments graphiques qu'on y constate. Les lettres sont assez grandes en général, variant d'un demi à deux et' même trois centimètres. C'est surtout dans les grandes lettres que la dissociation signalée est curieuse. Les caractères graphiques de mon écriture ne sont pas altérés. J'ajouterai que cette manifestation ne présente pas beaucoup d'intérêt, car j'ai parfaitement conscience de ce que j'écris seul, et quand j'écris avec une autre personne, le mouvement de la planchette m'indique les lettres qui se forment.
Avec la boule à manches doni j'ai donné la description, il m'est arrivé d'observer un fail plus curieux. J'ex])érimentais avec une dame et son mari, gens d'une grande honorabilité. Cette dame est d'ailleurs un médium dont
les facultés dépassent la moyenne. L'écriture annonça pour le lendemain l'arrivée d'une lettre de Hendaye. La lettre arriva en eftet ; mais pour me démontrer le caractère prémonitoire de ce fait, je nai que l'ailirmation de mes coexpérimentateurs : c'est insuffisant pour établir dune manière certaine, la réalité de la prévision. Aussi ne donnéje ce fait que comme spécimen de ceux que l'on peut obtenir avec l'écriture automatique.
L'écriture ordinaire a été très souvent observée par moi, mais je n'ai jamais constaté de fait vraiment paranormal. J'ai, comme je l'ai dit, étudié un cas d'écriture semi-automatique, dont j'ai pu analyser complètement les caractères psychologiques. L'écrivain était ce que les spirites appellent un méduim intuitif, c'est-à-dire ayant conscience de ce qu'il écrit. Il était âgé de 35 ans et ne s'était jamais adonné antérieurement aux pratiques du spiritisme, bien qu'il en connut la littérature, notamment les livres d'Allan Kardec. Au moment où le phénomène s'est manifesté chez lui, il était cérébralement surmené, ayant travaillé avec excès. Il passait pour instruit et intelligent, et occupait une situation importante. Pas de tares nerveuses apparentes : santé bonne, sauf des céphalées fréquentes. Je n'ai pas pu étudier ses réflexes ni procéder à son examen somatique.
Il a commencé à écrire avec la planchette : il éprouvait la sensation d'être guidé, mais avait la connaissance des mots qu'il écrivait et de ceux qu'il allait écrire. Il y avait donc un commencement de dissociation entre les images mentales proprement dites et leur action motrice. C'est un fait à noter, car il me paraît avoir une signification intéressante en ce sens qu'il démontrerait que limage idéomotrice n'est pas simple, mais que ses éléments sont complexes, que notamment les cléments purement idéaux et les éléments moteurs peuvent se dissocier. Dans l'exemple cité, le sujet avait la conscience complète des idées qui se formaient dans sa conscience ou qui s'y présentaient. Il
202 {.KS PHE.NOIMKNES l'SYCIIKjUFS
n'avait au contraire qu'une conscience incomplète des mouvements que sa main opérait. La perception stéréognoslique et le sens nuisculaire étaient intacts, seule la conscience de l'origine du mouvement accompli était obnubilée: l'affaiblissement de cette conscience se traduisait par l'impression que la main suivait une impulsion étrangère ; il n'y avait donc, dans la conscience personnelle, que la sphère de la motricité volontaire qui commençât à être atteinte.
Les premières manifestations de l'écriture pseudo-automalique, prétendirent émaner d'un parent mort. Ce parent se montra disposé à communiquer les faits connus du sujet, mais manifesta peu d'empressement à satisfaire aux questions dont la conscience de l'écrivain ne pouvait donner la réponse. Invitée à justifier son identité, la personnalité se montra incapable de donner la moindre preuve.
Sur ces entrefaites, le sujet essaya l'écriture ordinaire et l'obtint. Elle présenta les mêmes caractères que l'écriture avec la planchette. Au parent défunt, s adjoignit bientôt une personnification nouvelle qui n'était rien moins qu'un mahatma de l'Inde. Vérilication faite, le sujet lisait les œuvres de M"'' Blavatsky et de M. Sinnett, notamment le livre de ce dernier aOccult World ». Les communications étaient signées Hynialadar. Ce mahatma n'avait rien de transcendanlal et fut prodigue de promesses. Il déclara être prêt à entreprendre l'éducation ésotérique du sujet, qui eut la naïveté de se soumettre aux conseils du mahatma. Ce dernier devait le transporter astralement dans l'Inde, précipiter des lettres, etc. Les promesses ne furent jamais tenues.
D'autres personnes se manifestèrent ; le sujet essaya d'obtenir quelques juslilicalions. 11 n'en obtint aucune. Vax revanche, sur les tlièmes généraux, les personniiications se montraient verbeuses, cl faisaient preuve d'une vive imagination. Voici (pielques spécimens de leur style et de leurs idées.
PHÉNOMÈINES PSYCHOSE.NSORIELS ET INTELLECTUELS 2o3
Sur un livre mystique, un guide signant Memnon, s'exprime ainsi :
«... Ne vous laissez pas séduire par les descriptions qu'il fait : elles s'appliquent à tous ceux qui, dans n'importe quelle religion, se vouent à la vie contemplative, qui est assurément un bien, mais qu'il faut conquérir par la patience et l'effort après avoir rempli les devoirs qui sont communs à tout homme né(?) de l'œuvre de chair. L'abstention de l'impérieux devoir de la procréation peut — et réellement il le fait — favoriser les facultés de projection de l'âme et rend l'extase plus aisée, mais c'est une chose condamnable et un développement artificiel que d'arriver à cette vie contemplative, sans avoir fondé une famille conformément à la loi imprescriptible de la nature. De là le vice originel de toutes les communautés religieuses qui froissent les vues de la création et dont il suffît de généraliser les doctrines pour en découvrir immédiatement la fausseté. L'homme a des devoirs physiques comme il en a de moraux : il est composé d'un corps et d'une âme ; il est coupable lorsqu'il subordonne entièrement lun de ses composants à l'autre. Les sens n'ont pas plus le droit de commander au corps que l'âme seule n a celui de faire souffrir le corps dans ses fonctions physiques. La suppression de toute fonction naturelle est criminelle et tous les ordres religieux le font. Là est leur erreur capitale. Il appartient à celui qui a élevé des enfants et satisfait à l'évolution physique de se retirer dans la vie contemplative lorsque le corps, usé par la vieillesse, a fini son rôle actif ici-bas. La préparation n'est utile qu'alors. »
Le crayon paraît avoir été prolixe toutes les fois qu'il s'agit d'idées générales et de lieux communs. Chaque fois que l'écrivain le presse sur un point déterminé, il se dérobe au contraire. On s'en rend d'autant mieux compte que les demandes sont écrites aussi bien que les réponses. Il y a des conversations amusantes : l'esprit y joue un rôle autre
204 LES PIIETSOMKNFS PSYCIIIOUES
que celui (riiilerlocuteur. Par exemple je lis le dialogue suivant :
D. — Me voyez- vous ?
H. — Oui, mais mal, nous ne voyons pas claireinenl le MATÉuiKL ; il nous faut un apprentissage assez long et nous ne travaillons avec la matière que depuis peu de temps.
D. — Y a-t-il longtemps que vous avez quitté nolic plan ?
R. — Il y a liuit ans.
D. — Qui donc êtes-vous ?
D. — Et ?
R. — Et Manie Beaupuyat.
D. — Vous m'avez connu ?
R. — Oui, je suis un de vos amis de collège.
D. — Où P
i?. — AN...
D. — Quel collège .^^
R. — Collège de Z.
D. — Voulez-vous écrire encore votre nom ?
R. — Maurice B, (ici un nom de rue).
D. — Je ne me rappelle pas vous avoir connu mon ami. llemarquez que vous me donnez deux noms dilFércnls. Beaupuyat et B.
R. — Au PARADIS on oublie bien des détails {sic).
D. — 0 ambassadeur étrange ! Vous venez mo voir j^aiis lettres de créances !
R. — Adieu.
D. — Bonsoir.
L'excuse subconsciente de la contradiction relevée ne manque pas d'bumour.
En voici un autre exemple :
D. — Est-ce vous mes guides ^
R, — Nous sommes toujours prêts à vous aider, toujours.
PHÉNOMÈNES PSYCHOSENSORIELS ET INTELLECTUELS 2o5
D. — Vous montrerez-YOus à moi ?
R. — Devez-vous nous demander quelque chose sans nous donner d'abord des gages ?
D. — Est-ce X... qui m influence ?
R. — Oui.
D. — ■ Mais il esl mort ?
R. — Oui.
D. — Mais vous me défendez d'évoquer les morts?
R. — Nous sommes des esprits de morts.
D. — Mais vous vous êtes dits Maliatmas?
R. — Nous sommes des mahalmas, mais les mahalmas ne sont pas vivants.
D. — Encore un tour de mon subliminal ^
R. — Oui, votre subliminal est la volonté.
D. — Oui c'est vrai, mais la volonté est surtout supraliminale.
R. — Vous avez raison.
D. — Pourquoi toujours vous moquer de moi !
R. — Nous le faisons pour être agréables à notre Seigneur.
D. — C'est dur. Je suis de bonne foi et votre seigneur, s'il est juste, sera sévère pour vos farces.
R. — Oui, il nous donnera le fouet.
D. — Je n'aime pas ces plaisanteries, laissez-moi,
R. — Toujours... (illisible).
D. — Quoi ^
R. — Magicien.
D. — Suis-je magicien ?
R. — Oui.^
D. — Je ne m'en doutais pas.
R. — Faites toujours votre bien et vous serez heureux.
D. — Le bonheur n'est pas si facile à obtenir.
R. — Adieu.
D. — Qui éles-vous.»^
/?. — Un ami.
Cola n'a pas le sens commun. J'ai cité ces trois exemples pour montrer l'analogie croissante que l'on y trouve avec [ le délire onirique. Il est à peine visible dans la première citation. Tout est cohérent et logique, la forme est môme élégante. Mais, vérilication faite, les idées qui y sont exprimées ont leurs sources dans des souvenirs subconscients : on les trouvera dans Spiril ieachings, H'ujiier aspects of spiritnalism, Occult World et Esoleric Baddhism.
La seconde citation révèle des associations nettement oniriques. Le nom Beaupuyat n'éveille aucun souvenir ; un nom de rue ayant à peu près la même assonance, y est alors substitué : il y a là une association illogique, formée par des éléments phonétiques. L'explication de la contradiction entre les noms donnés successivement est très illogique, mais c est ce que les Anglais appellent (( a good hit )). C'est une raison de la nature de celles que nous avons coutume de nous donner dans le rêve.
La troisième citation nous montre un degré d'incohérence plus marqué encore. Les premières réponses sont des essais de conciliation de contradictions impossibles à faire disparaître : ce sont des affirmations qui ne sont guère que l'écho des questions posées. Je ne me rends pas compte du lien associatif entre subliminal et volonté : mais l'émergence de l'idée de volonté donne lieu à un phénomène curieux, l'évolution d'une association parasitaire d'idées rappelant le phénomène psychologique que A. Pick décrit sous le nom de « Vorbeidenken ». On a les stades non exprimés, de volonté à volonté de Dieu, mots souvent associés dans le langage religieux : faire la volonté de Dieu, être agréable à Dieu. La réponse incohérente qui consiste à dire que les mahatmas se moquent du sujet pour être agréables à Dieu, est donc la dernière série d'une chaîne d'associations latentes : ce dernier terme est seul exprimé. De même l'idée incongrue d'êtres qui se disent des esprits et des sages
PHÉNOMÈNES PSYCHOSENSOKlELS ET INTELLECTUELS 2O7
et qui déclarent devoir être fouettés, est le résultat d'une association évidente entre l'idée d'être sévère, consciemment exprimée et l'idée de sévérité, châtiment, fouet, les termes moyens restant latents. L'analyse psychologique nous révèle donc des processus mentaux connus et classés. Elle nous montre que le caractère onirique des messages subsconscients ne diffère pas de celui qu'on observe dans les opérations mentales de la conscience dès que l'activité personnelle et volontaire de celle-ci s'affaiblit et cède progressivement la place à l'idéation spontanée. Les trois exemples que j'ai choisis montrent bien, il me semble, cet afTaiblissement progressif, et l'accentuation correspondante des caractères oniriques dans les messages obtenus. Le cas que j'ai examiné est à la limite des faits paranormaux ; mais, le lecteur curieux pourra se reporter aux volumineuses analyses des cas transcendantaux que donnent les Proceediiujs oj Ihe Society jor psycldcal Research (résumés dans le bon livre de Sage : M*"^ Piper et la Société angloaméricaine des Recherches psychiques) pour constater l'exactitude de ma conclusion, et voir que les processus mentaux dans les cas simples, comme dans les cas les plus complexes, sont identiques.
Je reviens à l'histoire du cas observé par moi. L'obstination de ces personnalités, même les plus bienveillantes et les plus morales à ne jamais s'exposer k un contrôle quelconque, quelques mensonges qu'elles eurent l'imprudence de laisser passer, l'esprit critique du sujet lui-même, mirent ce dernier en défiance. Il s'observa et le premier résultat de son observation des conditions dans lesquelles l'écriture se produisait, fut de faire disparaître petit à petit la sensation d'entraînement qu'il éprouvait : son crayon, m'a-t-il dit, semblait suivre un aimant ; en môme temps que cette sensation s'atténuait et disparaissait, les personniiications devinrent, les unes tristement susceptibles, les autres dignes et froides, d'autres franchement insolentes ; toutes déploraient
2o8 LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES
riiicrcdulilc (lu sujet. Le parent lui dit adieu et ne reparut plus; ll^uudadar lui-même cessa de s'intéressera soncliéla. Ce dernier se rendit compte bientôt de la futilité de ses essais et l'écriture cessa complètement de présenter la curieuse particularité qu'elle avait ofi'erte pendant quelques semaines.
Ce cas a été instructif parce qu'il est à la frontière des phénomènes conscients et inconscients. J'ai pu, grâce aux indications claires et complètes du sujet, reconstituer la genèse de toutes les personnalités qui sont surveniies. Celle des parents s'explique aisément, mais llymaladai- était plus rebelle à l'analyse. Recherches faites, il m'a paru être la synthèse des mots Hymalaya et Damodar. L'un, qui évoque tout naturellement la pensée de l'Inde : c'est le séjour des sages qui président d'une manière très secrète, paraît-il, à l'évolution du mouvement théosophique ; le disciple ou le chela de l'un d'eux fut le gourou, le maître de Blavatsky. C'est Damodar. Ces idées associées, Blavatsky,*^Inde, Hymalaya, Damodar, ont amené le mot Hymalaiya. Damo)t/tt/' dont la genèse est ainsi aisément compréhensible.
J'observe en ce moment un cas plus complexe et dans lequel des phénomènes paranormaux accompagnent l'écriture automatique. Le sujet, qui est en voie de développement, se prête malheureusement mal à l'observation. Il ne connaît pas l'anglais et cependant il a automatiquement écrit certaines phrases en anglais. Il ne faut pas en conclure que ces messages sont d'origine transcendantale. Ce scnsilif est un esprit cultivé et a une instruction générale supérieure à la moyenne. Il est très probable qu'il a eu des textes anglais sous les yeux et l'irruption de phrases anglaises dans les messages qu'il obtient peut s'expliquer j)ar l'émergence de souvenirs subsconcients. Le contenu des messages est encore vague : l'écriture est souvent diilicile à lire : aucun fait précis et susceptible d'être analysé et contrôlé ne s'est encore indiqué. Il me paraît inutile, en
PHENOMENES PSYCHOSENSORIELS Et INTELLECTUELS 9 00
l'état, de donner des exemples de ces messages, mais je signalerai une particularité intéressante que je n'ai observée qu'avec ce sujet. C'est la coexistence des raps et de l'écriture automatique. J'ai étudié avec le plus grand soin ces raps et ils m'ont paru éclater au niveau de la pointe du crayon. Le phénomène se produit en plein jour et dans d'excellentes conditions d'observation. Il résulte d'un examen attentif que la pointe du crayon ne quitte pas le papier. Les raps se produisent même quand je mets le doigt sur l'extrémité supérieure du crayon et que j'en presse la pointe contre le papier. On sent vibrer le crayon, mais il ne se déplace pas. Comme ces raps sont très sonores, j'ai calculé qu'il fallait donner un coup assez fort pour les reproduire artificiellement : le mouvement nécessaire exige un soulèvement de la pointe de 2 à 5 millimètres suivant l'intensité des raps. Or, la pointe ne paraît pas se déplacer. Déplus, quand l'écriture est courante, ces raps se succèdent avec une grande rapidité et l'examen de l'écriture ne manifeste aucun temps d'arrêt : le texte est continu, aucune marque de coup n'y est perceptible, aucun épaississement des traits ne se laisse apercevoir. Les conditions d'observations me paraissent exclure la possibilité d'une fraude. J'ajouterai que pendant l'écriture automatique, le bras et la main du sujet sont anesthésiés.
IIL Automatismes phonétique et mixte.' — Je réunis ces deux catégories d'automatismes parce qu'il est rare que l'automatisme soit purement phonétique. Le médium fait toujours quelques gestes appropriés au personnage qu'il représente et l'automatisme est compliqué : les muscles qui règlent l'émission de la voix ne sont pas seuls en activité.
Ce genre d'automatisme est très facile à observer : il fait le fond des séances spirites ordinaires : c'est 1' (( incarnation » et le médium qui produit ce genre de phénomènes est dit « médium à incarnations ».
Maxwell. l4
2 10 LES PIIÉXOMKNRS PSYCHIOUES
Sa condition nécessaire est la Irance ou le somnambulisme. Le médium sendorl sponlaiiémcnt, ou est eiuloiiui artificiellement par des passes. Au bout d'un temps plus ou moins long et après des mouvements divers dont les plus ordinaires me paraissent être quelques contractions des muscles de la face et des muscles pharyngiens, le sujet entre en somnambulisme et passe à l'état second. Chez certains sujets, le sommeil est très prompt. Il n'est pas rare, dans les séances spirites, de voir deux ou trois personnes entrer en somnambulisme à la fois. La perlection du jeu des médiums qui personnifient des individuahtés diverses est frappante lorsqu'ils ont connu les personnes qu'ils imitent. L'observation en est extrêmement intéressante. Dans les séances de spiritisme, ces personnalités représentent naturellement toujours des esprits.
Je n'ai rien vu, dans ce genre de phénomène, qui m'ait paru digne d'être noté. Tout s'explique aisément par le jeu de la mémoire impersonnelle et par l'imitation. Beaucoup de faits transcendantaux mont été racontés : je n'en ai observé personnellement aucun. J'ai très rarement d'ailleurs provoqué moi-même les phénomènes d'incarnation. Ils ne me paraissent pas présenter le même intérêt que les phénomènes physiques. Les plus intéressants que j'aie vus m'ont été donnés par M"" Agullana, mais dans des séances privées. La personnalité la plus curieuse est celle d'un médecin mort il y a 80 ou 100 ans : il n'a jamais voulu donner de renseignements sur son identité : la raison qu'il donne, — l'existence de sa famille dont les membres vivent dans le midi de la France — pour garder l'incognito ne me satisfait pas, je soupçonne qu il tait la meilleure. Son langage médical est archaïque : Il donne aux plantes leurs noms médici- ? iiaux anciens ; son diagnostic, accompagné d'explications m extraordinaires, est généralement exact, mais la description des symptômes internes qu'il aperçoit est bien laile pour étonner un inédecia du x.x" siècle. Les humours, le
PHENOMENES PSYGHOSENSORIELS ET INTELLECTUELS 2 I ï
fluide, les molécules du sang y dansent une étrange sarabande. Pourtant mon confrère d'outre-tombe, peu loquace d'ailleurs, garde une sérénité que rien ne peut troubler et reconnaît avec modestie qu'il y a beaucoup de choses qu'il ignore. Depuis dix ans que je l'observe, il n'a pas varié et présente une continuité logique frappante. Les personnes peu au courant des caractères des personnalités secondes peuvent aisément s'y tromper et croire à sa réalité objective. Qu'il soit ce qu il dit ou qu'il soit ce qu'il me semble être, c'est-à-dire une personnalité seconde du médium, mon confrère HijDpolyte est un intéressant interlocuteur et l'on ferait, avec sa conversation, un livre peu ordinaire de clinique hypermédicale. Ce n'est pas ici le lieu de l'étudier, car son examen ne soulève que des problèmes de psychologie pure. Dansées phénomènes d'automatisme mixte, d'incarnation, on observe le développement complet des personnifications. Ces personnifications sont le trait commun de tous les phénomènes psychiques. Les raps se prétendent faits par une personnalité déterminée, les mouvements paranormaux ont la même prétention, l'écriture automatique assure en provenir : l'incarnation affirme être la personnalité elle-même qui s'empare du corps du médium et le dirige à son gré.
Le problème posé par ces personnifications est peutêtre le plus intéressant de ceux que l'on rencontre dans le genre d'étude auquel ce livre est consacré. J'ai indiqué que le caractère général de ces personnifications est de figurer un être humain vivant, ou plus ordinairement mort. Mes observations ne me portent pas à penser que cette prétention soit exacte. 11 n'entre pas dans le plan de mon travail d'analyser les différentes hypothèses qui ont été émises par les différentes écoles mystiques. Les occultistes y voient des coques astrales, débris, organisés encore, du double astral du corps que les principes supérieurs ont abandonné. Les théosophes ont à peu près la même théorie et désignent sous le nom d'élémentaires ces débris. Les
2Iâ LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES
spiriles allribuent leurs plu'nomèncs aux esprits des morts. Les catholiques y voient rinterventiou du diable ; la plupart des savants n'y voient que fraude ou chimère. Toutes ces opinions sont trop absolues. Il y a quelque chose, mais ce ne sont pas, il me semble, des esprits, des coques, des élémentaires ou des démons. Je n'ai pas à formuler en détail ma manière de voir : je n'en ai pas à proprement parler. J'observe sans préjugé, sans parli pris et la seule indication que je puisse donner est la suivante : dans la presque totahté des cas étudiés par moi, j'ai cru trouver la mcntahté des assistants et du médium dans la personnification. Il y a des cas que je n'explique pas complètement ainsi, c'est vrai : mais l'hypothèse spirite les explique encore moins complètement. Il faut chercher.
Les exemples que j'ai donnés des phénomènes intellectuels montrent que dans tous les cas dont j'ai pu faire l'analyse complète, on retrouve l'action de la conscience impersonnelle. Cela s'explique naturellement puisque la conscience personnelle et volontaire exclut par définition la coexistence d'une personnahté seconde. Cependant cela n'est pas absolument vrai. Le médium, dont j'ai déjà parlé, écrit automatiquement en parlant d'autre chose. Il n'écrit même bien qu'à la condition de distraire son attention et de ne pas s'occuper de sa main. Dès qu'il a conscience du mouvement exécuté, celui-ci cesse. Les choses se passent comme si la conscience normale perdait tout contact avec les centres moteurs du bras et de la main. Une conscience spéciale se développerait dans ces centres.
§ 3. — La psychologie de l'automatisme.
La dilTiculté que soulève l'interprétation des faits du genre de ceux exposés ci-dessus, est considérable. Notez que le sujet dont je viens do parler ne paraît subir aucune
diminution de sa personnalité normale : il cause avec facilité, conserve l'intégralité de ses souvenirs personnels normaux et de son intelligence. Seul, le bras et la main, celleci spécialement, sont soustraits à la conscience aussi bien dans la sphère sensitive que dans la sphère motrice. Janet voit dans ces faits une désagrégation psychologique et dans beaucoup de cas son explication est vraie. Elle est inexacte dans le cas que je cite, car on ne constate aucune diminution dans la mémoire, l'intelligence, la vivacité d'esprit du sujet. D'ailleurs, Janet me semble n'avoir aperçu qu'une des faces du curieux phénomène qu'on peut observer. J'attache trop d'importance à l'établissement du point de fait pour ne pas, avant toute analyse, le préciser au fur et à mesure de la discussion.
La première circonstance de fait que l'observation du cas que j'examine révèle est celle que je viens d'indiquer : c'est une dissociation apparente de la personnalité normale, à la conscience cénesthésique de laquelle une partie du corps est soustraite. La seconde circonstance est la connaissance relative de l'anglais — avec orthographe correcte sauf une faute unique — que montre le membre en apparence autonome. Notez que j ai la persuasion que cette connaissance de l'anglais est probablement subconsciente et que j'ai supposé, bien que cela ne soit pas démontré, que l'écrivain a eu des textes anglais, contenant les phrases écrites par lui, sous les yeux. Ces deux circonstances sont pour moi des faits observés.
Il en résulte ce troisième fait, conséquence des deux premiers, que la conscience qui dirige le membre soustrait à la personnalité parait avoir des ressources plus considérables, au point de vue de la mémoire tout au moins, que la conscience normale. S'il est exact de parler de désagrégation apparente en ce qui concerne la personnalité normale consciente, il me semble que cette expression cesse de représenter les faits dès qu'il est permis de constater que la con-
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science manifestée par rautomatismc a une étendue plus grande que la conscience normale. Si l'on doit attacher un sens précis au langage, — et celui de Janet est trop clair et trop net pour que l'on se permettre d'accuser cet élégant et remarquable écrivain d'imprécision, — l'idée de désagrégation implique la division de la conscience personnelle en parties élémentaires, par définition moins grandes que le tout. Ce phénomène s'observe fréquemment : l'écriture automatique se montrant incapable de coordination logique. J'en ai donné des exemples. Quelquefois il n'y a aucune trace de pensée proprement dite, lorsque le médium se borne à répéter indéfiniment la même lettre ou ne trace que des lignes, des barres ou des ronds. Mais peut-on, je le répète, considérer comme une désagrégation véritable le cas où la main soustraite à la consciente normale paraît disposer d'une masse de souvenirs plus considérable ?
Janet lui-même a vérifié le lait et en donne des exemples dans le livre qu'il a publié sous ce titre : Névroses et idées fixes, vol. I. Dès lors, n'est-il pas contradictoire de dire [Aulomatisme psychologique, p. A52) : (( Nos études ont eu pour résultat de ramener les phénomènes si variés de l'automatisme à leurs conditions essentielles : la plupart dépendent d'un état d'aneslhésie ou de distraction. Cet état se rattache au rétrécissement du champ de la conscience et ce rétrécissement lui-même est du à la faiblesse de synthèse et à la désagrégation du composé mental en divers groupes plus petits qu'ils ne devraient l'être normalement. Ces divers points sont faciles à vérifiei- ; l'état de distraction, d'incohérence, de désagrégation en un mot des mdividus suggestibles a été bien souvent constaté. » Comment un groupe plus petit que le composé mental dont il forme une des parties peut-il être plus considérable que ce composé? C'est cependant un fait très facile à vérifier dans le domaine de la mémoire, et quchpiefois dans celui de l'intelligence. La théorie de Janet n'explique qu Une partie des laits obser-
PHÉNOMÈNES PSYGHOSENSORIELS ET INTELLECTUELS 2l5
vables : elle n'est que partiellement vraie. Il suffit de comparer la citation que je viens de faire avec ce qu'il écrit luimême dans son livre Névroses et idées fixes, t. I, p. 187 : « Le souvenir n'existe, même pendant le somnambulisme que si la malade ne se rend compte de rien et répond automatiquement aux questions par association mécanique des idées sans réfléchir, sans avoir la perception personnelle de ce qu'elle fait.
(( ... Le souvenir en un mot ne se manifeste qu'à l'insu de la personne : il disparaît quand la personne doit parler ou écrire en son propre nom en sachant elle-même ce qu'elle fait. )) Pour Janet c'est le signe de la désagrégation de l'esprit.
Les citations que je viens de faire précisent la pensée de Janet et montrent bien son erreur et sa contradiction . Ce qui se désagrège, c'est la personnalité, c'est la conscience personnelle. Mais elle ne se résout pas en groupes plus petits qu'ils ne devraient l'être normalement, puisque ces groupes se montrent souvent plus compréhensifs que le composé mental. Il est donc illogique de les considérer comme une partie qui s'en serait dissociée.
J'ai eu l'occasion d'exprimer déjà ma manière de voir dans d'autres écrits : qu'on me permettre cependant d'indiquer la voie dans laquelle l'interprétation psychologique doit s'engager pour n'être pas démentie par les faits.
La conscience personnelle n'est qu'une des modalités de la conscience générale. L'observation clinique révèle que dans un grand nombre de cas, il a été constaté que les souvenirs emmagasinés dans la conscience générale sont iniiniment plus nombreux que ceux dont la conscience personnelle a la libre disposition. Myers a très heureusement exposé les idées suivantes dans des termes que je traduis mot à mot (The subhminal consciousness, ProceeiVuKjs S.J. Ps. Res., YII, 3oi) : (( Je propose déconsidérer, dit-il, le courant do conscience dans lequel nous
Ciji\ LKS PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES
vivons d'habitude comme n'étant pas l'unique conscience ([ui soit en relation avec notre organisme. Notre conscience habituelle ou empirique peut ne résulter que d une sélection entre une multitude de pensées et de sensations, dont quelques-unes, au moins, sont aussi conscientes que celles dont l'expérience nous révèle l'existence. Je n'accorde aucune supériorité à ma personnalité ordinaire, sauf qu'elle s'est montrée plus apte à satisfaire aux besoins ordinaires de la vie que mes autres personnalités potentielles. Je pense quelle n'a pas d'autres titres ; qu'il est possible que d'autres pensées, d'autres sentiments, d'autres souvenirs, soit isolés, soit en association continue, peuvent être actuellement conscients, comme nous le disons, «au dedans de moi, » ordonnés d'une manière quelconque, selon mon organisme, et former une partie de mon individualité totale. Je conçois qu'il puisse survenir dans l'avenir des conditions nouvelles qui me permettront de tout me rappeler. Je pourrai réunir ces personnalités variées dans une conscience unique, conscience définitive et ultime dont la conscience empirique, qui dirige aujourd'hui ma main, peut n'être qu'un des nombreux éléments. »
Il me paraît plus près de la vérité que Janet : je ne sais si nous arriverons jamais à cette conscience unique qu'il espère, mais ce qui me paraît probable c'est que notre conscience personnelle n'est qu'un élément de notre conscience générale. Celle-ci se concrète, se précise, mais s'amoindrit en devenant personnelle. La suprématie apparente de la conscience personnelle peut n'être qu'un effet des circonstance dans lesquelles nous évoluons : si les idées de Darwin sont vraies, on comprend que les nécessités de la vie aient favorisé le développement de la conscience active, volontaire, personnelle : on peut imaginer d'autres conditions — que la vie monastique réalise quelquefois — où les faces actives et volontaires de la conscience générale soient moins évoluées que ses ft\ces réceptives et passives.
Aussi, l'étude de l'hagiographie est-elle féconde en enseignements pour le psychologue.
La désagrégation de Janet n'est que l'affaiblissement du sentiment de l'activité personnelle consciente et volontaire, de ce quej'ai appelé le sentiment de la participation personnelle aux phénomènes psychologiques intercurrents . Ce n'est pas une désagrégation véritable c'est la disparition d une modalité de la conscience, d'une de ses expressions limitées si je puis ainsi parler. Je reconnais toutefois avec Janet que ce mode d'expression de la conscience est le fondement nécessaire de notre activité dans la vie ordinaire et qu'il est légitime de considérer comme des malades ceux chez lesquels il manque normalement. Mais, le fait même de sa disparition a plutôt les caractères d'une intégration que d'une désintégration, puisque la conscience personnelle se révèle à un examen attentif comme une limitation et une détermination spéciale de la conscience générale, dont elle est en quelque sorte un démembrement. Si j'osais employer le langage de la métaj)hysique, je dirais que l'activité rationnelle et volontaire est en réalité une désagrégation : la personnalité n'est qu'une manifestation contingente et limitée de l'être ou plutôt de l'individualité. Celle-ci, pour employer l'expression d'un éminent philosophe de mes amis serait supérieure à la raison elle-même et d'essence irrationnelle. C'est là une idée qui contient en germe toute une philosophie. Je ne fais cette incursion dans la métaphysique que pour montrer cornbien les théories de Janet sont étroites et quelles différentes conséquences entraîne une manière de voir aussi spéciale que la sienne et une conception plus générale dont cette manière de voir n'est qu'un cas particulier.
Les faits d'ailleurs la condamnent. J'ai trop de considération pour l'homme distingué dont je critique les idées mais dont j'admire sincèrement les travaux pour ne pas être convaincu qu'il n'a observé que des sujets incomplets.
2l8 LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES
Ce qui le démon Ire à mes yeux, c'est son affirmation timide pourtant, que « presque toujours (je ne dis pas toujours pour ne pas préjuger une question importante) ces médiums sont des névropathes quand ce ne sont pas franchement des hystériques ». 11 est dilBcile de combattre une opinion exprimée avec autant de réserve, et je ne puis que louer Janet de sa circonspection, car mes observations personnelles contredisent les siennes. J'ai vu beaucoup de de médiums : les meilleurs n'étaient pas des névropathes au sens médical du mot. Les plus belles expériences que j'ai faites ont été obtenues avec des personnes ne paraissant présenter aucun des stigmates de l'hystérie. Janet ne semble avoir jusqu'ici opéré qu'avec des malades et je ne suis pas surpris qu'il assimile les phénomènes automatiques des médiums à ceux de ses sujets hystériques. Il serait surprenant qu'il en fût autrement. Je n'ai pas à prendre la défense des médiums spirites qui m'ont paru présenter un intérêt médiocre, au moins dans les séances ordinaires, mais j'ai le devoir de protester contre la généralité du jugement que porte Janet sur les phénomènes automatiques. Les faits dignes d'être observés avec soin dilTèrent essentiellement de ceux que présentent les hystériques ordinaires. Ils n'indiquent pas une misère psychologique, au contraire ; voici pourquoi :
La discussion, pour être claire, doit être divisée.
i" Les phénomènes observables avec de bons médiums ne sont pas ceux que l'on constate chez les hystériques. J'ai dit que j'avais obtenu des raps et des mouvements sans contact dans des conditions de contrôle qui m'ont paru convaincantes. J'ai ajouté que j'avais obtenu par raps, ou par coups frappés par une table, sans contact, des mots cl des phrases très cohérentes. Ce n'est pas le genre de faits auxquels les sujets des hôpitaux nous ont accoutumés. Que dit Janet à cet égard : « Le point essentiel du spiiilisme c est bien, croyons-nous, la désagrégation îles |>hênomèiu^s
psychologiques et la formation en dehors de la perception personnelle d'une seconde série de pensées non rattachée à la première. Quant aux moyens que la seconde personnalité emploie pour se manifester à l'insu de la première, mouvement des tables, écriture ou parole automatique etc., c'est une question secondaire [sic). D'où proviennent les bruits entendus dans les tables ou dans les murs et réjDondant à des questions ? Est-ce d'un mouvement des orteils, de cette contraction du tendon péronier supposée par Jobert de Lamballe... Est-ce dune contraction de l'estomac et d'une véritable ventriloquie comme Gros-Jean le suppose ou bien dune autre action physique encore inconnue ? Sont-ils produits par des mouvements automatiques du médium lui-même, ou bien comme cela me paraît probable dans certains cas, aa milieu de l'obscurité réclamée par les spirites Ci) par des actions subconscientes de quelqu'un des assistants qui trompe les autres et se trompe lui-même et qui devient compère sans le savoir. Gela importe peu maintenant. » Je ne saurais partager l'avis de Janet et je trouve au contraire que cela importe beaucoup. Je suis sûr que tout expérimentateur sincère et patient observera comme je l'ai fait en plein jour, en pleine lumière et non dans l'obscurité, des bruits et des mouvements qui ne paraîtront explicables par aucune cause connue. Geux qui auront constaté comme moi ces faits ne pourront songer à les attribuer à des mouvements inconscients et involontaires, au claquement d'un tendon, à de la ventriloquie. Les cas observés par moi ne comportent pas cette explication. Les choses se passent comme si une force quelconque était produite par le médium et les assistants et pouvait agir en dehors des limites du corps. Si ce fait est exact, peut-on le considérer comme secondaire et sans importance ;' JX'ouvre-t-il pas au contraire à la psychologie future la voie de l'observation directe et de l'expérimentation, si comme je l'ai constaté cette force conserve
'J.'IO T.i:S PHENOMIvNKS PSYCIIIIQUES
certaines relations avec notre conscience générale ? Gela ne fait-il pas penser à cette sentence de Proclus disant des anics : ï^ivf\ ^k aùratç Trapeanv 'ri /.y.zà xr,v ioiy.v uviy.oîity èvepyeta, '/.lyftXiycn i^èv iiTxxpyoMaoï. twv tpuaei érepoxtvy/Tcov. Les âmes ont une troisième force inhérente à leur essence, celle de mouvoir les choses qui par leur nature sont mises en mouvement par une énergie étrangère à elles-mêmes.
ÎS est-ce i^as une singulière façon de raisonner que celle de Janet ? 11 fait une réserve sur l'existence d'une « autre action physique encore inconnue » mais l'oublie vite et raisonne comme si cette action était parfaitement connue. (( Cette action quelle qu'elle soit est toujours une action involontaire et inconsciente de l'un ou de l'autre ; la parole involontaire des intestins (!) n'est pas plus miraculeuse que la parole involontaire de la bouche ; c'est le côté psychologique du phénomène qui est le plus intéressant et qui doit être étudié davantage. » J'ai la persuasion que ceux de mes lecteurs, dont la patience n'aura pas été rebutée par ma longue analyse de faits observés, ne trouveront pus acceptable la conclusion de mon distingué confrère. Le côté le plus intéressant du phénomène est, il me semble, celui qui nous révèle un mode d'action, en apparence nouveau, de l'inilux nerveux sur la matière.
2" Ces phénomènes ne sont pas l'indice d'une misère psychologique, comme le pense Janet :
Raisonnons sur les cas observés par moi après bien d'autres. Pour suivre mon raisonnement, il faut être familier avec les travaux de Gurney, Podmore, Sidgwick, Myers, Barrett, Hodgson, Lodge, Hyslop, (Ui Prel, Perty, Hellcnbach, Aksakow, Richet, de Rochas. 11 n'est plus possible aujourd'hui de ne pas tenir compte de l'œuvre de pareils savants français ou étrangers et de Iraiter inie question de la nature de celle qui préoccupait Janet en disant simplement comme lui a qu'il n'a pas eu l'occasion de lire la Philosophie der Myslik » d'un homme comme du Prel. Il aurait dû
lire ce livre... et bien d'aulres. Il me paraît établi aujourd'hui que la conscience imjiersonnelle est susceptible de percevoir des impressions exactes indépendamment des sens. Elle traduit ces impressions de diverses façons pour les transmettre à la conscience personnelle, mais ces traductions sont concrètes et symboliques. C'est une hallucination visuelle, auditive, tactile. La forme de ces messages sabUminaux, pour employer l'expression de Myers, est toujours la même, que le fait transmis ainsi soit vrai ou faux, qu'il soit une réminiscence ou une prémonition. C'est déjà une constatation psychologique d'une grande importance, car elle nous met sur la voie qu'il faut suivre pour découvrir le processus mental de ce phénomène psychologique. Mais il y a autre chose. L'hystérique qui simulera automatiquement un ivrogne, un général, un enfant, nous donne un spectacle bien différent de celui que nous offre un sujet qui verra télépathiquement un événement éloigné ou aura la prémonition d'un événement futur, ou révélera des faits inconnus du sujet et des assistants. On en a des milliers d'exemples et j'en ai cité quelques-uns observés ou recueilHs par moi de première main.
Est-il possible de considérer comme une (( désagrégation » cette faculté extraordinaire ? Est-il possible de ramener les cas de ce genre aux phénomènes banaux de somnambulisme et d'incarnation que Janetaseuls observés ."^11 suffît de poser la question pour que la réponse s'offre immédiatement à l'esprit. Le mécanisme psychologique de ces faits si dissemblables entre eux est probablement le même, mais la cause de l'automatisme apparent, moteur ou sensoriel, n'est certainement pas la même. Le sujet, dont j'ai conté l'histoire, qui voit dans un miroir vingt-quatre heures à l'avance des scènes qu'elle vivra exactement le lendemain, nous présente un phénomène d'une importance considérable. Il permet de pressentir que le temps et l'espace sont des (ormes de la conscience et de la pensée personnelles, mais
qu'elles n'oiU pas peut-elie, pour la conscience impersonnelle, la nirnic signification. Il démontre expérimentalement, s'il est vrai, que la théorie kantienne sur la contingence de ces « catégories » nécessaires de loute perception consciente et personnelle est exacte.
Je sais bien d'ailleurs ce que l'on me répondra. J'ai mal observé : et ceux qui ont afiirmé avant moi les mômes faits se sont également trompés. Cela simplifie la discussion. L'histoire de la science nous offre maint exemple de la manière dont on accueille les faits qui contredisent les idées reçues. Ka.nt (^Trailme eines Geisiersehers, I, i), a dit il y a plus de cent ans : « Das methodische Geschwâtz der hohcn Schulen ist oftmals nur ein Einversliindniss durcli
veranderliche AVortbedeutunffen einc schwer zu losenden
Frage auszuweichen, weil das bequeme und melirentheils verniinftige (( Icli weiss nicht », auf Akademien nicht leichtlichgehôrtwird. » (Le babillage méthodique deshautes écoles n'est souvent qu'une entente pour esquiver, par des mots d acception variable, une question difficile à résoudre, car on n'entend pas facilement dans les académies ces mots commodes et ordinairement intelligents « Jcne sais pas »). La discussion de Janet m'a rajDpelé la phrase de Kant. Son expression « misère psychologique » est un de ces mots à double entente, vrai si l'on ne considère qu'une partie des faits et qu'un aspect du phénomène, celui qui concerne la conscience personnelle; inexact si l'on étudie les faits dans leur totalité et le phénomène qu'ils révèlent dans sa généralité. L'être qui serait capable de percevoir à distance, dans lespace et dans le temps, aurait des facultés supérieures à la normale; ce ne serait pas l'être inférieur qu'imagine Janet.
' Une observation attentive et patiente lui montrera, j'en suis sur, la réalité des faits que je signale : qu'il n en nie pas la possibilité sans s'être placé dans les conditions requises pour les observer.
11 appartient d'ailleurs à l'avenir de décider la question : je n'ai pas de doute sur le sens de son verdict.
Que Ion me permette encore une incursion sur le terrain scientifique ; il est nécessaire de répondre aux objections qui sont faites, de bonne foi sans doute, mais par des savants mal ou incomplètement informés. Le P' Grasset, homme pour le talent et la sincérité duquel j'ai le plus grand respect, vient de publier danfe le dernier volume de ses Leçons de clinique médicale (t. IV, igo^, p. 374) une longue leçon sur Le spiritisme et la science. Il débute par déclarer qu'il prendra Janet pour guide parce que ses idées lumineuses « sont et restent pour lui la seule base scientifique actuelle de toutes ces questions ». On croit rêver enlisant cela et c'est cependant imprimé. Grasset va donc prendre pour guide Janet qui n'a rien vu. Cela fait songer à la fable de La Fontaine, mais cette fois c'est laveugle qui grimpera sur le paralytique. De sorte que Grasset va traiter un sujet aussi grave, aussi fécond en conséquences imprévues et nouvelles, sans avoir consulté ceux qui ont décrit les phénomènes qu'il va étudier ! 11 en cite cependant ! C'est Jules Bois, Papus, Péladan, M'"'= de Thèbes et Léo Taxil ; le lecteur informé peut prévoir l'argumentation facile du professeur. Qu'il permette à un écrivain indépendant, qui l'admire beaucoup et très sincèrement, de lui dire que son devoir de maître était de ne pas donner des idées aussi incomplètes k ses élèves. 11 commet d'abord une erreur préliminaire qui montre combien il est peu au courant de la question. Parlant des phénomènes de hantise, il classe leurs explications en trois groupes ; la sceptique, qui n'y voit que jonglerie; la mystique qui admet l'évocation des morts, des anges ou des démons, et la spirite, acceptant des émanations extériorisées de force, « qui deviennent pour elle l'objet d'une vraie science spéciale ». Or, les spirites, s'ils admettent l'existence de ce qu'ils appellent le Jluide, attribuent aux esprits
92/i LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES
presque Ions les phénomènes soi-disant occulles. C'est la caractéristique de leur doctrine, c'est ce caractère qui sert même à la désigner et non pas celui qu'indique Grasset. Il oublie en outre qu'il y a des gens, qui sans parli pris se demandent si tant de récits concordants sont faux et s'il n'y a pas quelque chose à en retenir. Je signale l'erreur et l'omission du savant professeur pour montrer simplement combien il est mal informé.
Sa clinique porte, je le répète, sur un fait de hantise. Tout homme un peu au courant de la question verra que les faits sont incomplètement observés et que, d'après le récit qu'en donne Grasset, la supercherie paraît établie. S'il avait lu de Rochas, Extériorisation de la motricité, il aurait pu comparer son cas avec celui que j'ai donné à mon éminent ami ; l'observation de de Rochas — la maison hantée dObjat — est très détaillée et donne le récit des témoins oculaires des mouvements qui se sont produits sous leurs yeux. Mais pour Grasset, de Rochas est sans doute un auteur moins recommandable que Léo Taxil ou le sarPéladan.
Je fais grâce au lecteur de la théorie du polygone que Grasset expose dans sa leçon ; c'est une ingénieuse hypothèse sur l'action réciproque des centres nerveux supérieurs et inférieurs : mais ce n'estqu'une hypothèse. R y a cependant quelque saveur, pour l'humoriste, îi voir l'éminent professeur de Montpellier se défendre contre l'accusation infamante de mysticisme que Wundt porte contre les partisans de la théorie du double psychisme et justifier son centre O des insinuations malveillantes dont il a été l'objet. Serait-on toujours le mystique de quelqu'un?
Pour résumer les idées de Grasset, je me bornerai a dire qu'il distingue dans les centres corticaux :
1° Les centres supérieurs, le centre 0, présidant à l'i^itellectualité supérieure, «à la volonté libre et responsable, à la conscience entière ; c'est le centre aperceplionnel, Appcrceptionscentrum de NVundt»;
2° Les autres polygonaux présidant aux actes automatiques supérieurs ou psychisme inférieur. « Ce sont les centres de la conscience subliminale de Myers » (qu'il ne cite que d'après Mangin).
Je relève là encore une erreur de citation. Myers dit expressément (Ilamaii Personality, I, iqA): « Iliave cliosen ihis point in my argument for a brief analysis of tlie intelligence involved in tlie vasomotor effccts of suggestion, just because Ave are noAV going on to suggestions more direclly affecting central faculty and in which, as I hâve said, hig hest-Ievel cenlves begin tobe involved... » et page y^t (( automatic script, for instance, may represent liigbestlevel subliminal centres, even when no extraneous spirit but tlie automatist's OAvn mind, is alone concerned. It "will then give us... messages of bigb moral import surpassing the automatist's conscious powers. » Je traduis ces mots: (c Je choisis ce point de ma discussion pour analyser sommairement l'intelligence impliquée dans les effets vaso-moteurs de la suggestion parce que nous allons arriver à des suggestions affectant directement les facultés centrales et dans lesquelles, comme je l'ai dit, les centres les plus élevés commencent à être en jeu. » ... (( L'écriture automatique peut représenter les centres subliminaux les plus élevés, même lorsque aucun esprit autre que celui de l'écrivain n'entre en activité. Elle nous donnera alors des messages d'une haute valeur morale surpassant ce que peuvent donner les facultés conscientes de l'automatiste. » Myers établit entre les centres conscients et les centres subliminaux la même hiérarchie, qu'il emprunte à Huglilings Jackson : il se garde bien de limiter aux centres psychiques inférieurs l'activité subliminale. J'espère que mes citations démontreront à M. Grasset lui-même qu'il a mal interprété les idées de Myers. Voy. aussi Proceedings, VU, 3o6, etc.
Telle est la conception de Grasset; elle donne la conscience entière aux centres supérieurs, et n'accorde
Maxwell. i5
22 G LliS PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES >
que le psychisme inférieur aux centres polygonaux ou intérieurs.
Ce que j'ai déjà dit montre combien je suis éloigné d admettre dans ces termes les idées de Grasset qui sont cependant très justes à certains points de vue. Pour moi, comme pour Myers d'ailleurs, la conscience volontaire et personnelle, loin dètre la conscience entière n'en est qu'une partie spécialisée.
J'aborde la partie la plus intéressante de 1 œuvre de Grasset: c'est lapplication aux phénomènes, qu'il appelle spirites, de ses théories personnelles.
11 raconte ses expériences avec des tables tournantes : elles sont iailes avec contact et ne signifient absolument rien, comme je l'ai dit, au point de vue télékinétique , car quelquefois l'analyse interne des messages typtologiques peut avoir un grand intérêt, si des événements inconnus aux assistants sont indiqués. C'est une question de fait à établir : mais dans ce cas, le problème est reculé. Si ce sont bien les mouvements des assistants qui font remuer le meuble, pourquoi leurs mouvemenls combinent-ils des réponses logiques, exactes et témoignant d'une information supérieure à la IcurP Ce côté de la question a échappé complètement à Chevreul comme à Janet.
11 en est de même du pendule explorateur et de la baguette divinatoire. Grasset cite Janet « qui se demande si l usage de la baguette ne peisiste pas encore {[uelque part (sic) ». Encore ce manque dinformalions exactes. Barrelt, professeur de physique expérimentale au Collège royal des sciences pour l'Irlande, a publié dans les Proceedings of the Sociely Jor Psychical Research (t. XIII, p. 2-282 ; t. XV, p. i3o-3i5) un long rapport sur ce sujet qu'il a étudié en homme compétent et sincère. Il reconnaît le caractère probablement automatique des mouvements de la baguette — dont l'usage est très répandu eu France, eu Angleterre et ailleurs — ■ mais ajoute que ses expériences le
portent à penser (t. XIII, p. 255) « qu il paraît y avoir des preuves que l'art du chercheur de sources est en connexion avec la couche la plus profonde de notre personnalité, fait dont nous trouvons des indications dans d'autres parties de nos Proceedings : cette dernière circonstance semble fournir un nouvel et frappant exemple que des informations obtenues par des moyens automatiques sont souvent plus sûres que celles dues à l'observation consciente et à l'inférence : qu'elles sont inaccessibles à celles-ci ». Je ne trouve pas trace du rapport de Barrett dans le livre de Grasset, qui s'en tient à une théorie vieillie et indéfendable aujourd'hui, si l'on tient compte des faits — ce qui paraît chose plus difficile qu'on ne croit.
La vision dans le cristal, que Grasset trouve admirablement analysée par Janet, est encore une hallucination polygonale. Je l'admets, mais comment expliquer le caractère prémonitoire de cet automatisme sensoriel ? Là est le problème ; comment expliquer que le « polygone » donnera des hallucinations véridiques, montrera une mémoire supérieure à celle du centre sus-polygonal, de la conscience entière? Singulière partie qui est plus vaste que le tout.
Enfin, Grasset, amené à examiner le contenu des messages automatiques, aborde les célèbres expériences de M™" Piper. Croyez-vous qu'il les analysera ? Qu'il se donnera la peine de discuter les énormes rapports de Hodgson — pour ne parler que des derniers, Proceedings, VI, p. 430- G5o; VIII, 1-1G7; XIII, 284-582 ; de Hyslop, id., XVI, 1-043;' Xon, il se bornera à citer M. Mangin et à dire : « Quatre mois après sa mort, M'"" Piper, étant en trance chez un ami intime de ce Robinson (inexact, la séance eut lieu chez M'"" Piper), P... (la personnalité seconde) déclara que Georges Robinson était prêt à communiquer. A partir de ce moment, cet esprit assista à la plupart des séances de M"" Piper comme un second esprit fainiher. Cet exemple nous montre bien comment se l'ont les incarnations poly-
gonales chez le médium en trance. » Pas un mol des patientes observations de Hodgson et de Hyslop. On peut combatlre les conclusions de ces savants, mais paraître ignorer leur œuvre quand on en parle est un procédé de discussion trop facile quand on a la valeur de Grasset. Hodgson et Hyslop citent des faits : ils sont résumés très clairement dans un livre de M. Sage, A/"" Piper et la Société anglo-américaine des recherches psychiques (Paris, Leyinarie, 1902). Ils tendent à démontrer que le médium a connaissance de faits que seul le défunt savait. Voilà le problème. Le mode de constitution de la personnalité seconde lui est accessoire.
Je laisse de côté le cas de M"'' Smilh que Flournoy a admirablement étudié sans 1 expliquer complètement, car en voulant écarter l'explication supranormale, il pousse à l'extrême invraisemblance Ihypollièse de la mémoire subconsciente [Des Indes à la planète Mars et Nouvelles observations sur un cas de somnambulisme avec glossolalie , Genève et Paris, 1902). 11 explique, insuffisamment il me semble, l'intervention du sanscrit, les signatures du curé Burnicr et du syndic Chaumontet.
En résumé, on ne trouve pas chez Grasset la discussion d'un fait sérieusement observé et posant nettement le problème d'une force nouvelle à étudier ou de modes do connaissance supranormaux à élucider. Les phénomènes de télépathie ne lui paraissent pas démontrés, la léiékinésie ne lui paraît pas davantage établie et il conclut :
(( Le spiritisme est une question dont le médecin n'a pas le droit de se désintéresser. \\ appartient à la biologie humaine en fait et en droit. En laissant de cuLé tout ce qui a trait à la jonglerie et au supranalurel, il y a une grosse partie du spiritisme qui rentre dans un chapitre aujourd'hui bien connu de physiopathologie des centres nerveux : le chapitre du psychisme inlérieur ou automatique, de l'aulomatisme supérieur, de l'aclivité polygonale.
PHENOM?:XES rSYCHOSEKSORTELS ET INTELLECTUELS 2 2 0)
(( Le spiritisme scientifique est à la fois une application de cette doctrine biologique et le point de départ de nouvelles études dans ce domaine. 11 appartient donc bien à la biologie.
(( Celte élude scientifique laisse de côté certaines questions intéressantes dont 1 existence n'est pas encore scientifiquement démontrée comme la suggestion mentale, la clairvoyance, la télépathie et lexlériorisation de la motricité.
(( Ce sont là des terrains livrés aux investigations de la science de l'avenir. »
Si j'ai bien compris la pensée de l'éminent professeur, il ne considère comme scientifique dans le spiritisme que ce qui en constitue les phénomènes frauduleux conscients ou inconscients, c'est-à-dire ce qui en forme la partie non spirite. Ce qui constitue l'essence même du spiritisme, n'est pas scientifique. Mais alors pourquoi étudier sous ce nom des faits connus et classés et qui ne sont pas du tout ceux que le spiritisme affirme .►^
Et puis, pourquoi parler de spiritisme ? Le spiritisme est une hypothèse, non une science. C'est Vexplicalion systématique de tout un ensemble de faits encore mal connus, mais ce n'est pas l'affirmation simple de ces faits. Il y a, dans le langage de Grasset, et dans celui de Janet lui-même, une confusion fâcheuse entre le vrai senbs du mot spiritisme et celui qui lui est prêté. Les faits allégués sont-il vrais .î^ Telle est fa question que les sciences biologiques doivent examiner. — Le spiritisme, au contraire, c'est-à-dire l'ensemble de doctrines métaphysiques fondées sur les révélations des esprits, ne saurait, actuellement au moins, être considéré comme appartenant à la biologie.
M. Grasset me pardonnera la vivacité de ma critique : je considère ce savant comme un des esprits les plus ouverts et les plus élevés que la médecine française possède et je le conjure d'opérer comme je l'ai indiqué, avec les précau-
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lions que je recommande. 11 constatera ce que j'ai constaté, ce que tant d'autres ont constaté. Mais qu il se renseigne, qu'il ne cite pas de cas mal étudiés par lui, comme le cas Piper, comme le cas d'Eusapia elle-même. . Qu'il ne fasse pas comme je ne me rappelle plus quel médecin étranger qui, critiquant dans une revue illustrée les expériences de l'Agnélas, nous reprochait d'opérer toujours dans l'obscurité ! Il n'avait pas lu les expériences dont il parlait. De telles imprudences, pardonnables chez un jeune médecin, sont indignes de Grasset. Qu il ne confonde pas surtout avec le spiritisme, la recherche impartiale et sans parti pris de la vérité scientifique.
Le peu d'influence que les critiques des savants les plus respectables ont eue sur la pensée contemporaine, dont elles n'ont pas arrêté les recherches sur le domaine des sciences psychiques, tient justement à l'absence d'informations exactes de ces savants. Us ont toujours raisonné à coté de la question : n'analysant que très imparfaitement les faits, n admettant que ceux qu'ils peuvent aisément expliquer et rejetant les autres comme frauduleux ou douteux. Pour ceux qui les ont étudiés personnellement, ces faits ne sont ni douteux, ni frauduleux et les dénégations obstinées de certains savants n'ont qu'un effet : ôter à l'expression de la pensée de ceux-ci toute valeur et toute influence sérieuse. C'est fâcheux pour ces savants d abord et pour le public ensuite qui, mal éclairé, devient la proie des charlatans ou la victime d'illuminés.
En résumé, une observation attentive des faits montre que dans les phénomènes psychiques on constate l'émergence de personnifications qui peuvent être des personnalités secondes, mais qui, dans les cas véritablement nets, préscnlciit des caractères particuliers et semblent avoir des inloniialiuns inaccessibles à lu personnahté normale. Elles peuvent coexister avec celle-ci sans qu'aucun trouble ne se manifeste dans les sphères sensilive ou motrice ; dans
d'autres cas, elles empièlcMl sur la personnalité normale qui peut soit ne perdre que T usage et la sensation d'un membre, soit être dépossédée de plusieurs. Enfin, la personnification peut envaliir tout l'organisme et aboutir à l'incarnation qui est un phénomène d'apparente possession. Quand elle atteint ce développement maximum, la personnification manifeste une autonomie remarquable et paraît beaucoup moins suggeslible que dans les stades intermédiaires de son évolution.
Que sont exactement ces personnifications? Je n'en sais rien. Le problème qu'elles soulèvent dans certains cas est extrêmement difficile à résoudre. Elles ne me paraissent pas être ce qu'elles se prétendent être. Est-ce une conscience collective ? Est-ce une illusion ? Est-ce un esprit ? Tout est possilde, rien n'est certain pour moi, sauf cependant une chose, c'est qu'il ne faut pas s'y fier.
Je dis ceci pour les spirites qui ont une tendance à croire aveuglément tout ce que disent certains de leurs bons esprits. Ils peuvent se tromper s'ils ne nous trompent pas. Il ne faut jamais s'abandonner à leur direction : il faut toujours ne se laisser guider que par la raison et le jugement critique. Il ne faut pas être trop crédule. Je dois à l'obligeance de M. Braunschweig une histoire bien instructive à cet égard. Les phénomènes dont se porte garant l'auteur de ce récit, homme connu, cultivé, intelligent, rompu aux alTaires, n'ont pas été observés par moi; mais les conséquences lunestes de sa trop grande confiance dans (( l'esprit » comportent une leçon si sérieuse et si utile qu'il me parait bon de la faire connaître. Je ne la donne que dans ce but, car je ne saurais attester personnellement les faits extraordinaires dont on va lire l'intéressant récit. Que M. braunschweig et M. Vergniat, dans la famille dcs(|uels les laits se sont passés, et qui m'autorisent à les publier, reçoivent ici mes remercîmsnts. Je donne ce récit in extenso, sans y rien changer, pour n'en pas altérer la physionomie :
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Ces notes écrites à la hâte, on quelque sorte au courant de la plume, n'ont d'autre prétention que de rapporter des faits étranges, tout en laissant à chacun le soin de les apprécier.
Un instant, une préoccupation m'a dominé. J'hésitais, en présence de rinrrédiilité qui repousse systématiquement tout ce qui n'est ni chiffre, ni matière, à dévoiler des phénomènes que les deMirville, les G. Lamotte,les Alex. Bellemare et tant d'autres ont déjà constatés ; mais le devoir de préserver mes enfants des épreuves que j'ai suhies l'emporte, et je dirai la vérité sans crainte qu'eux du moins soupçonnent leur père d'avoir menti.