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crits ou autres qui ont quelque afBnité avec le dix-huitième siècle, et, en particulier, avec la Régence; — cette gracieuseté est assez rare dans les mœurs littéraires de notre siècle, pour que nous lui consacrions une mention spéciale.
Nobiliaire par essence, ayant pris, depuis longtemps, un rang élevé dans la librairie ancienne, la maison Schlesinger porte, avec une désinvolture parfaite, sa vieille réputation; — les chefs de cette maison accueillent les hommes de lettres comme nous souhaiterions qu'ils le fussent partout ; nulle morgue, nul jargon de boutique, nul cliché, — le connaisseur de livres primant les autres qualités, et sachant vider ses rayons au profit d'une recherche historique. Ce caractère nous a paru peu commun ; nous devions le dire, — et nous nous exécutons avec un plaisir que nous ne cherchons pas à dissimuler.
Les vieux livres constituent une branche remarqua-^ ble du commerce parisien ; la bibliographie est aujourd'hui une science exacte; le trésor des Quérard, des Techener, des Renouard, des Brossette, des Peignot, Leber, Brunet, Labitte, Barbier, Aubry, Ambroise Firmin-Didot et les experts spécialistes de nos salles de vente, — ce trésor, disons-nous, s'augmente de jour en jour; de consciencieuses études et de fructueux voyages élargissent le champ de la bibliographie, au profit de l'histoire et de la littérature.
Malheureusement, nos grandes collections publiques sont quelquefois peu soucieuses d'acquérir de véritables
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raretés, des joyaux, qui deviennent introuvables dès que le marteau du commissaire-priseur a donné le signal de l'adjudication.
Nous ne voulons donner de cette coupable indifférence qu'un exemple, choisi entre mille, mais il a sa valeur. Il y a quelques années un volume parut dans une vente; les amateurs avaient eu le loisir de le consulter; des opinions arrêtées s'étaient formées. Or, qu'était ce livre, qui avait ainsi le privilège de mettre en émoi le monde des bibliophiles, à l'ordinaire calme et studieux ?
— C'était le Vieil Testament de la Bible, caraaères gothiques, petit in-folio, — antérieur au Nouveau Testament traduit par J. Macho, à vingt-huit lignes par page, imprimé à Lyon en 1474, par Bartholomieu Buyer; —
— en somme, c'était une occasion unique pour nos collections françaises ! Ce Vieil Testament de la Bible fut enlevé par leBritish Muséum, au prix de 1,615 frsmcs, somme dérisoire, et l'Angleterre le comprenait de cette façon, puisque son agent, M. Thompson, avait reçu, en prévision de brûlantes enchères , une commission presque illimitée.
L'édition gothique, antérieure au Testament de 1474, déjà si précieux,* que la France pouvait garder, éblouir maintenant les yeux des bibliophiles et du public an* glais. Le Vieil Testament, — rara avis! — est perdu pour nous; il fut apprécié d'un cœur et d'un esprit légers par ceux qui avaient mission de sauvegarder les intérêts de la science et de la curiosité.
Q.ue d^ fois la même histoire se réédite à propos de
toiles célèbres ou d'objets d'art ! Ces particularités si navrantes» connues seulement dans la sphère des initiés, avaient ici leur cadre, leur raison d'être ; nous les avons dites sommairetnent sans personnalités, sans fiel, en souhaitant que les déceptions servent de leçon et de stimulant à ceux qui ont conservé le culte de nos collections nationales. La France a pu se trouver accidentellement malheureuse au jeu sanglant des batailles, sans laisser entamer pour cela sa vieille et noble réputation de courage chevaleresque ; — à bien meilleur titre la gloire séculaire qu'elle s^est acquise dans les sciences, les arts, les lettres, doit marcher de front avec l'estime politique de l'Europe.
Il nous semble du devoir de tout collectionneur instruit, sur la piste d'un manuscrit intéressant nos collections, d'avertir les honorables et savants conservateurs de ces éublissements, afin que l'étranger n'enrichisse pas ses musées au détriment de la France.
Le manuscrit des Philippiques mis à notre disposition est bien des commencements du dix-huitième siècle ; il porte la date bibliographique de 1827, sous la signature de FrançaiS'Annibal Destouches; la version diffère singulièrement des autres versions connues ; la ponctuation est à l'état embryonnaire ; les verbes et certains noms propres gardent une orthographe archaïque très-prononcée ; les annotations sont sommaires et ne percent ni le milieu de la Régence, ni l'actioil des personnages en scène ; c'est une copie pure et simple, sans aucun des grands caractères authentiques.
476 LES PHILIPPiaUES.
Avant le titre, se trouve une mention ainsi conçue : « Ces Philipptques ne sont autre chose que des satires violentes contre Philippe d'Orléans, Régent de France, pendant la minorité de Louis ,XV; leur auteur est Joseph de La Grange-Chancel, seigneur d'Antoniat, en Périgord, dont on a quelques tragédies qui eurent une sorte de succès, des opéras et des poésies diverses ; la versification est lâche, froide et entortillée. Il mourut, dit-on, vers 1758; on le jeta à la mer pendant qu'on le transportait d'Avignon aux îles d'Hières. Avant la Révolution de 1789, comme ces Philippiqucs n'avaient jamais été imprimées, on faisait cas des copies que Ton rencontrait écrites, telles que celle annoncée à la vente de Filheul, en 1779, n" 1013 du Catalogue et qui y fut vendue 24 livres 6 sols, -^ sous ce titre :
« Les Philippiqucs par Monsieur de La Grange-djancr! , seigneur d'Antoniat en Périgord en 1720, prises sur Voriginal de l'auteur, avec des notes très-bien écrites au bas de chaque pagCy manuscrit in-S^, encadré, nuiroquin rmige, doublé de tabis, superbe exemplaire. »
(François- Anni bal Destouches, 1827.)
Le manuscrit de la maison Schlesinger émane d'un libre-penseur; la main sacerdotale n'a point passé par là. Nous ne le suivons pas, puisque nos six odes étaient imprimées quand nous l'avons connu ; il n'a modifié notre opinion sur aucun- point. Saint-Simon, Duclos, Lemontey, Mathieu-Marais, le Recueil Maurepas, les copies de Ruelles^ les lardons et les brocards d'antichambre et
iie public, avaient fourni leur contingent, en dehors de la ligne rigoureusement historique; .toutefois, nous sommes appelé à classer ce Manuscrit au nombre des protestations frondeuses, car rien n'est moins établi que les crimes par le poison et l'inceste avec la Duchesse do Berry ; des allégations haineuses ne sont pas des preuves.
Mais où l'obligeance de AfM. Schlesinger nous a rendu un service inappréciable, c'est à la cinquième ode, au moment où le poète satirique place ses personnages principaux sous la sombre domination de Pluton.
Henri-Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, né en 1675, avait quarante ans à la mon de Louis XIV; il fut un des amis du Régent, ami facile^ accommodant, et de mœurs publiques tellement peu farouches qu'elles devaient qualifier, par la suite, une classe de gens; d'où, communément, l'on dit encore, tel procédé est Régence, un tel est Régence, cette femme a des tnœurs Régetîu, etc.
(^. L'ode cinquième du Manuscrit contient une strophe en plus, et une en moins; celle qui manque se trouve dans notre version, nous n'en parlons pas; celle en plus vise directement le Duc de la Force, le concussionnaire, l'homme au monopole, celui qui fut admonesté venement par un Parlement très-doux vis-à-vis les ducs et pairs; cette strophe nouvelle, nous l'avons transcrite, et même italiquée, au début de ce chapitre.
La strophe est bien de La Grange-Chancel; le mouvement prosodique est le même; le rhythme et la métrique ordinaires sont pleinement respectés; au sur-
47^^ LES PMILIPPIQUES.
plus, la haine du poète contre le Duc appelait une attaque de front; on n^a point oublié que La Grange dut son arrestation aux soins trop attentifs et trop persévérants de ce duc véreux ; le poëte, atteint dans sa conservation personnelky se vengea cruellement. Lequel des deux eut torty ou le duc dénonciateur, ou le pocte blessé ? Le duc nous semble avoir joué là un vilain rôle. La mention de 1827, en marge du manuscrit, ne prouve qu'une chose, c'est que le bibliophile Destouches ignorait l'édition hollandaise de 1723, les milliers de versions à la main, la belle édition Didot de 1795, l'édition de 1797, donnée par le fils du poète, à Bor* deaux, et même l'édition de 1738, chez les libraires associés; quoique la critique littéraire n'eût pas atteint alors le degré de perfection et de certitude où nous la voyons, un bibliophile intelligent et lettré n'eût pas rédigé une note sans mentionner les éditions hollandaises, l'édition parisienne, celle de Bordeaux et les œuvres dramatiques mises au jour en 1758. Le tact et la science d'un Âmbroise Firmin-Didot, manquaient ï Tannouteur de 1827.
Édition difinitive^ avons*nous écrit au titire de notre ouvrage; — oui, et voici nos raisons: le rapprochemem destexteSf l'étude attentive des mani^scrits, des versions multiples et contradictoires^ l'acquis historique sur b Régence, acquis puisé aux meilleures sources, le travail de critique et d'exégèse auquel nous avons dû nous livrer, le témoignage autorisé de nos maîtres en littérature el en linguistique, tout a contribué à nous ùirc
illusion sur la valeur de notre édition ; de là ce mot définitive^ que nous maintenons jusqu'à plus ample informé.
Une publication intéressante a remis en vigueur les conditions normales d'une édition bien faite ; nous voulons parler du livre du Bibliophile, dû aux investigations de la maison Lemerre.
Les textes anciens présentent à l'éditeur des difficultés par^ ticuliéres; une nouvelle publication de ces textes universellement connus est vaine quand elle n'est pas a peu près