‹ Les PhilippiquesChapitre 54 sur 121 · Lt sort de Mithridate Roi du Pont, qui · texte numérisé non relu

Lt sort de Mithridate Roi du Pont, qui

ayant conquis presque toute l'Asie, fit égorger dans un

sente la fraction libérale conservatrice; le parti Torie représente la fraction conservatrice libérale.

La nuance est tout entière là : les Wighs sont plus libéraux que conservateurs, et les Tories sont plus conservateurs que libéraux. Néanmoins, et nous le démontrerons un jour si le loisir ne nous fait pas défaut, l'Angleterre est une République constitutionneîUy avec un roi héréditaire au sommet, ce qui la différencie de la République constitutionnelle française, qui possède un Président éUaif.

Les deux chambres sont les mêmes, avec des modes de reautement dissemblables. La chambre des Communes anglaises n'est pas l'émanation pure du suffrage universel direct.

En Angleterre, le Roi régne et ne gouverne pas ; en France, le Président de la République r^ne et gouverne.

Le fameux axiome de science politique énoncé ci-dessus appartient à l'homme supérieur qui a su rendre à son pays de si grands services après la criminelle guerre de 1870, M. Thiers.

Effectivement, Louis-Philippe régnait et ne gouvernait pas; il joua sur un piano parlementaire, pendant dix-huit années, le grand air Guizot, avec force variantes plus ou moins contestables au point de vue de la prosodie politique ; il alterna les basses et les soprani ; cependant, cette musique royale lassa un peu la France, qui changea son répertoire le 24 février 1848 1

3l8 LES PHILIPPiaUES.

même jour et à une même heure, tous les citoyens romains.

Enfin^ ayant su que son propre fils s'était déclaré contre lui, il s'empoisonna pour ne pas tomber entre les mains de ses ennemis, et, voyant que le poison auquel il s'était accoutumé, ne produisait sur lui aucun effet, il se perça le cœur.

L'Édition de 1795, page 105, note 39, rend justice au Régent de France ; elle met en évidence sa bravoure aux combats de Neerwinde et de Steinkerque, à Turin et à Lérida, où le grand Condé lui-même avait échoué ; nous ne la reproduisons pas ici, puisqu'elle se trouve dans notre chapitre traitant de La Grange-Chancel.

Elle prouve,'une fois de plus, —et surabondamment, — que le Régent avait de très-grandes qualités personnellçs; les qualités de prince lui manquaient; on ne saurait trop le regretter, car l'interrègne pouvait encore sauver la monarchie, en évitant les Petits-Soupers et les saturnales de la Muette ; l'interrègne ne servit qu'à précipiter les événements, au lieu de les prévenir; aussi l'homme d'esprit doublé d'un penseur, qui a annoté les Odes en 1795 i*este-t-il muet sur les qualités de prince; cela nous étonne médiocrement^

De deux choses l'une : ou il faut accuser le Régent, ou il faut se taire } et l'annotateur de 1795 a préféré le silence.

Ces sortes de mutisme ne sont point de notre

goût. Les graves accusations de La Grange ne sont pas fondées, du moins en partie; mais les attaques satiriques visant les débauches effrénées, l'arbitraire du pouvoir personnel, restent à la charge de Philippe d'Orléans.

Sans l'atmosphère empoisonnée du Palais-Royal et de la Cour, le jeune Louis XV fût arrivé au Trône avec une perception plus nette du droit et une notion plus lumineuse du devoir; il eût gouverné la France avec plus d'amour pour ses peuples ; et, en définitive, Louis XVI, son infortuné successeur, entraîné, lui aussi» par les intrigants et par la noblesse affolée, n'eût pas inscrit dans notre histoire une page sanglante, le 21 janvier 1793!

Tout cela pouvait être évité par une bonne administration de Philippe d'Orléans; il ne le voulut pas; il nous paraît logique et juste de faire remonter la responsabilité jusqu'à lui. Nul homme sérieux ne récusera notre jugement.

L'histoire impartiale n'a pas deux points de vue ; elle ne saurait en avoir qu'un ; ses affirmations doivent être considérées comme des vérités, en dehors des débats spéculatifs qui occupent les intelligences ; mais certains partis ont voulu posséder un père Loriquet, et, suivant Ces errements, des groupes entiers de citoyens ont appris l'histoire revue, augmentée, ou considérablement diminuée, rédigée par les fortes têtes doctrinales de leur parti.

L'histoire ne craint pas ces mutilations ; elle a son

320 LES PHILIPPiaUES.

sanctuaire dans toutes les consciences droites, — et il en reste encore assez pour faire pâlir les mensonges semi-officiels des hommes en robe longue, qui rédigent les annales du passé avec un sans-gène incomparable.

Lumière ! lumière ! Ce fut le mot d'un grand poète mourant.

Et nous aussi, comme Goethe^ nous appelons la lumière, la discussion, la sincérité, la conviction !

(V annotateur de 187s -)

Fin des Remarques sur la deuxième Ode.

LES PHILIPPiaUES

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Coupable Reine d*Amathonte, Dont les excès impétueux Ne laissent ni remords ni honte Dans un tyran voluptueux ; C'est à toi, source d'infamie, Que ma lyre, ton ennemie, Veut adresser ses nouveaux sons, Pour célébrer une victoire Digne d'éterniser la gloire Du plus cher de tes nourriissond.

324 LES PHILIPPIQ.UES.

En vain l'Espagne s'émancipe 3

De porter trop loin son pouvoir;

Albion se vend à Philippe, " 4

Pour la rangera son devoir.

Après cet exemple authentique,

Fais venir la Prêtresse antique, 5

Les honteux restes de Théra ;

Fais que sa main voluptueuse

Dresse une couche incestueuse 6

Pour joindre Cynire à Myrrha. 7

Suis-le dans cette autre Caprée,

Où, non loin des murs de Paris, 8

Tu te vois bien mieux célébrée

Que dans l'île que tu chéris.

Vers cet impudique Tibère 9

Conduis Sabran et Parabère, 10

Rivales sans dissension;

Et, pour achever Tallégresse,

Mène Priape à la Princesse . i r

Sous la figure de Riom. 12

Que parmi les lascives troupes 1 3

De tes sujets les plus zélés^

Le vin se verse à pleines coupes,

Par la main des enfants ailés ;

Qiie la nature sans nuages

Montre en eux tous ses avantages;

Comme dans nos premiers aïeux ;

Qu'ils tournent leurs mains irritées 14

Contre des modes inventées

Pour le supplice de leurs yeux.

Vainqueur de l'Inde, Dieu d'Eryce, 1 5

Soyez les âmes du festin ;

Faites que tout y renchérisse

Sur Péfronè et sur l'Arétin ; 16

Que plus d'une infâme posture,

Plus d'un outrage à la nature, 17

Excitent d'impudiques ris.

Et que chaque digne convive

Y trouve une peinture vive

De Capoue et de Sybaris, 18

Dans ces saturnales augustes, 19

Mettez au rang de vos égaux

Et vos gardes les plus robustes, 20

Et vos esclaves les plus beaux ;

Que la faveur ni la puissance,

La fonune ni la naissance.

Ne puissent remporter le prix ;

Mais que sur tous autres préside

Quiconque a la vigueur d'Alcide 21

Sous un visage de Paris. 22

Sommeil, donne enfin quelque trêve

A tant d'agréables travaux;

Il faut que la fête s'achève

Par la douceur de tes pavots ;

Que chacun, content de soi-même, 23

Entre les bras de ce qu'il aime,

Se laisse tomber mollement ;

Et que, dans l'un et l'autre sexe,

La fin de cette pièce implexe j2^

Soit digne du commencement.

Rome? tu n'es pas moins en proie

A ton implacable ennemi ;'

Tibère dort, ivre de joie, 24

Mais Séjan n'est pas endormi. 25

Dans ses pareils, ou ses complices, 26

Il sdt aux plus justes supplices

Ravir poisons, vols et duels ;

Et contre les cœurs les plus justes,

Les Busiris et les Procustes 27

N'ont jamais été si cruels.

Sa barbare persévérance

A suivre son cruel penchant,

Dli dernier soleil de la France 28

Avait obscurci le couchant ;

Aujourd'hui, son pouvoir plus vaste

Porte sa fureur et son faste

Dans un excès encor plus grand ;

De tant d'horreurs qu'on lui prodigue.

Le fer serait la seule digue

Qjii pût arrêter ce Torrent,

328 LES PHILIPPIdUES.

Oiioi, Thémis ! ta brillante épée 29

Est inutile dans ta main !

Pourquoi n'est-elle pas trempée Dans le sang de cet inhumain ?

Pourquoi, pour prévenir leur chute, Sous tant de bras qu'il persécute, N'est-il pas encore abattu ?

Entends tout un peuple qui crie :

« Un crime fait pour la patrie « Devient un acte de vertu ! »

La patrie en vain vous implore * /

Vils Français I tremblez que sur vous

Le ciel n'appesantisse encore

Les fers dont vous semblez jaloux.

Qui vit esclave, est m pour l'être.

Armez-vous : dans le sang du traître

Ejfacez votre déshonneur.

Dieu suspend souvent son tonnerre;

Mais il mit le fer dans la terre

Pour en frapper l'usurpateur I 39

Déserteur de ton Evangile, 30

Geai paré des plumes d'autrui,

La Force, oii sera ton asile,

Lorsque tu perdras cet appui ? 3 1

Chez qui pourras-tu t'introduire,

Q.uand tu n'auras pour te conduire

Que le secours de tes clartés? 32

Quelques visions séraphiques,

Peu de campagnes pacifiques.

Et beaucoup de vers empruntés !

Mais, comme dans la Tragédie

Les acteurs muets sont permis,

Ne crains point qu'on te congédie

Du poste où le tyran t'a mis ; 33

Pour s'approcher de sa victime,

Dans un rang encor plus sublime

Il va te créer un emploi ; 34

Tes pareils lui sont nécessaires ;

Qui trahit le Dieu de ses pères

Est digne de trahir son Roi !

330 LES PHILIPPiaUES.

Poursuis, Néron ! De tels ministres 3 5 •

Sont propres à te signaler.

Achève ! Tant de pas sinistres

Ne sont pas faits pour reculer.

Veux-tu t'assurer de l'Espagne?

Cède l'Alsace à TAllemagne *,

Les Trois-Évèchés aux Lorrains ; 36

Et, sourd aux cris de ta patrie.

Rends l'Aquitaine et la Neustrie 37

A leurs antiques souverains.

' Strophe dite de Mirabeau. L'înfàme théorie du crime politique, contenue dans cette strophe, est réfutée dans VEiude^ au chapitre La Grange-Chancel ; voir aux Remarques sur TOde troisième, où nous revenons sur l'incident littéraire qui a rapproché les noms du comte de Mirabeau et de La Grange.

* Philippe d*Orléans ne devait pas céder ainsi FAlsace à l'Allemagne.

Dubois avait tro{\ de génie diplomatique, trop de patriotisme, pour prêter le flanc à l'étranger sur ce point. Les fautes de l'homme privé furent grandes; nous ne voulons pas les pallier, — mais l'imputation de La Grange est criminelle. La satire doit s'arrêter devant la Patrie.

L'Alsace et la Lorraine ont fait retour à l'Allemagne; la France n'oubliera pas que la responsabilité de cette cession doit retomber sur le second et dernier Empire,

Fin de la troisième Od^.

TiEM^liQUES

HISTORiaUES ET BIOGR APH IQ.UES

BDB

O'DE r%OlSIÈVKE

S^aS^SS^S^a^W^^Ra^^aS^a^^SS^S^^S^WS^^

REMARQUES

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