Est-ce Jephté? Neuvième juge hébreu; il
marcha contre les Ammonites, qui accablaient le peuple de Dieu, l'an du monde 284^^ et fit vœu, s'il remportait la victoire, de sacrifier la première chose qu'il rencontrerait en retournant chez lui ; il défit les Ammonites. Mais il eut bientôt sujet de se repentir de la témérité de son vœu, car la première chose qu'il rencontra, ce fut sa fille unique, nommée Seïla, qui venait au-devant de son père, toute transportée de joie.
Jephté lui dit son vœu; elle l'exhorta de l'accomplir.
388 LES PHILIPPIQ.UES.
ce qu'il fit aux dépens de la vie de cette fille, au bou: de deux mois qu'elle lui avait demandés pour pleurer sa virginité avec ses compagnes.
Le guerrier vainqueur décima sa famille, pour accomplir un vœu fait au Très-Haut et puissant Jéhovah. Cette religion parlait aux consciences un langage plus impératif que les cultes modernes ; elle commandait Vimmolation !
(L'Annotaietir de 18/ J.)
20. — Est-ce Joas,., . Joas, roi de Juda, l'an du monde )iS7' Il était fils d'Ochosias. Athalie, son aïeule, s' étant saisie du gouvernement, fit égorger tous ceux qui étaient de la maison royale. Joas, heureusement au berceau, fut le seul qui échappa à sa fureur, grâce aux soins de Josabeth, femme du grand prêtre Joïada ; — celui-ci mit le jeune Prince sur le Trône à l'âge de sept ans, et fit mourir la cruelle Athalie, coupable de plusieurs crimes*. 1
Puisque nous venons de parler du sacre du jeune
* Les chiens dévorants se disputèrent ses chairs pantelantes, aithi périt ce tyran-femelle, odieux au peuple et à VEiernel,
Notre grand Racine s'est inspiré de cet épisode biblique dans son Athalie, chef-d'osuvrè de notre scène.
Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.
Ce langage, imposant par sa noblesse, sortant d'un cœur simple, imbu de sa foi, ne dut pas trouver beaucoup d'échos dans h cour de Louis XIV. Le Roi retira sts grâces à Racine, qui eut le tort d'en mourir. On n'en meurt plus, Jxurcusimcnt f
ODE aUATRiÈME. 389
Louis XV et de Villeroy, nous laissons la parole à l'Édition Poulet-Malassis :
a Ix Régent avait toujours témoigné au maréchal de ViU leroy une considération à laquelle celui-ci ne répondait qu'avec la morgue d'une haine difficilement contenue, et souvent la manifestait par les précautions qu'il affectait de prendre pour la conservation du Roi contre de prétendus mauvais desseins du Régent, et s'était rendu par là le point de ralliement des frondeurs, la dérision des gens sensés et l'idole de la populace... Il avait quelquefois craint sa disgrâce et passait alors de l'audcue à la frayeur. Cependant^ à force de succès dans ses sottises, il en était venu à se croire inatta^
quable.
(Duclos.)
« A la suite d'une scène scandaleuse où il couvrit Dubois de ses mépris, et d'une altercation avec le Régent lui-même, il devint impossible de le tolérer davantage. Il fut arrêté par La Fare, capitaine des Gardes du Régent, jeté dans une chaise à porteurs, de là dans un carrosse, et conduit à Lyon, où il trouva un ordre d'exil. (Voir Duclos, édition Michaud, 594, 595 et 596; Lemontey, tome II, page 69; Barbier, tome I, page 223, et surtout Saint-Simon.) Le jeune roi, à la nouvelle de cet enlèvement dont il avait pourtant signé l'ordre, « se mit à pleurer et ne proféra pas une parole » .
(Duclos.)
« Selon Barbier : « Le jour du départ du maréchal, le roi monta deux fois tout au haut du Louvre, pour regarder
marcher son ^oui'cnieur avec une lunette, et le soir, au souper, il dit d'un air triste qu'il l'avait, vu de loin. Saint- Simon et Lemontey conviennent aussi d'une douleur réelle, quoique passagère, car le premier acte de Louis XV, roi (i6 février 1723), fut de signer Texil de son gouverneur. Mathieu Marais rapporte cependant, qu'à la date d'août 1722, il n'était pas encore oublié. On a apporté des figues au Roi; il en a envoyé à Madame de Ventadour, il a dit : « J'en veux envoyer aussi au pauvre duc de Villeroy. » Le peuple, lui, vit comme toujours de funèbres présages dans l'éloignement du vieux serviteur :
« Villeroy, ton exil met le comble ù nos maux.
« Pour nous en consoler, je demande aux échos
« Qui plaindrons-nous le plus ? TÉtat ou Villeroy ?
« De leurs mourantes voix, ils répondent : le Roy ! 1