‹ Les philosophes classiques du XIXe siècle en FranceChapitre 12 sur 54 · Loi de Spinosa rclrouvée par Dugald Slewart. La conccp · texte numérisé non relu

Loi de Spinosa rclrouvée par Dugald Slewart. La conccp

paraît réel ; la forêt intérieure devient extérieure. Vous apercevez des pans de ciel lointain au boi.t des allées, des têtes de biches peureuses, des volées d'oisBàux effarés ; vous entendez des bourdonnements d'insectes, des bruissements de feuilles, les chuchotements du vent arrêté entre les l)ranches. Si une bûche roule, vous sursautez étonné : sur les charbons noircis flottent encore des restes de la vision brisée. Vous vous croyiez parmi les arbres ; la représentation était si vive, que vous Tavez prise pour Toriginal. Et cette nuit, pendant votre sommeil, d'autres représentations semblables et plus puissantes produiront des illusions semblables et plus intenses. Vous ajouterez foi à votre songe. Les objets rêvés vous sembleront aussi réels et aussi consistants que vous-même. Pour achever, allez à la Salpêtrière . là, des hallucinations persistantes, d'une netteté accablante, indestructibles à la conscience la plus éclairée et à la raison la mieux avertie, vous montreront l'idée représentati\e dans toute sa plénitude et dans tout son ascendant.

La perception extérieure est une hallucination vraie. A roccasion d'une sensation naît une idée représentnitive, ou, en d'autres termes, un simulacre que nous prenons pour l'objet, qui, comme

^lon, à l'état naturel et |irimitir, e^t accompagnée d'affirmation et (Je croyance

M. ROYtR-COLLARD. kb

l'objet, nous paraît extérieur et réel, dont la naissance coïncide avec la présence d'un objet réel et extérieur. Malebranche a raison : le soleil qui brille hï-baut nous est invisible. Celui que nous aperce- \ ms est un fantôme do notra esprit. Pourvu que notre nerf opti \ue et notre cerveau soient touchés à l'endroit convenable, ce soleil subsistera en l'absence de l'autre, et nous le verrons luire dans le ciel noir et désert.

La place manque pour énumérer les preuves multipliées d'une vérit4si certaine. Le lecteur nous permettra de ne point écrire ici une psychologie ; j'abrège en quelques mots un demi-volume. L'analyse, le raisonnement, l'expérience, là-dessus tout est d'accord : qu'on me pardonne d'indiquer et d'effleurer ce qu'il faudrait démontrer et établir : — La perception extérieure est précédée d'une sensation; mais toute sensation, maladive ou saine, spontanée ou forcée, née au dedans ou causée par le dehors \ suscite le simulacre d'un objet extérieur qui paraît réel. Donc, dans la perception extérieure, il y a en nous le simulacre d'un objet extérieur qui paraît réel. — Au sortir d'une percept'on extérieure, nous conservons la représentation trèsexacte, très-claire, tiès-complète de l'objet perçu. Mais selon la loi de Diigald St^"\vnrt, l'étal primitif

1. Voyez les traités des maladies sensorielles et des halluci- Dations.

kQ CHAPITRE II.

d'une idée ou représentation, c'est de faire illusion et d'être affirmative ; donc, un instant auparavant, c'est-à-dire dans la perception, cette représentation ou simulacre intérieur nous a fait illusion, et nous est apparue comme un objet extérieur et réel. — Dans un très-grand nombre de cas, par exemple dans toutes les illusions des sens, l'objet apparent dif-^ fère de l'objet réel, et par conséquent s'en distingue *. On conclut, par induction, qu'il s'en distin-^ gue même dans les cas où il n'en diffère pas. Donc, en tous les cas, il y a un objet apparent, c'est-à-dire un simulaf^re qui paraît être l'objet réel et ne l'est pas. — La perception extérieure, selon M. Royer- Gollard lui-même est une conception affirmative; mais une conception est une représentation, et la propriété de l'affirmation est de réaliser les représentations en les projetant dans le dehors. Donc la perception extérieure est une représentation Ju dedans, projetée et réalisée dans le dehors. — De la nature de la perception extérieure, de ses précédents, de ses suites, de ses vérités, de ses erreurs, jaillit cette phrase dix fois répétée et dix fois démontrée : la connaissance sensible est la conscience d'un simulacre intérieur, lequel paraît extérieur, sorte d'hallucination naturelle, ordinairement correspondante à un objet réel, opération qui

Page 1