‹ Les philosophes classiques du XIXe siècle en FranceChapitre 28 sur 54 · Le r. André, p · texte numérisé non relu

Le r. André, p

vert au dix-septième siècle, toute une littérature féminine et toute une galerie de femmes illustres. M. Sainte-Beuve, dans une autre préface, se souvint qu'il avait écrit lui-même l'histoire de Port-Royal et de ses religieuses, et qu'en outre il avait fait le portrait de plusieurs grandes dames du temps. Il le dit, et en style piquant. Le public comita les piqûres et jugea que la province littéraire disputée était assez grande pour recevoir deux habitants.

D'autres traits, quoique singuliers, t'ont plaisir; toute passion vraie est aimable. Celle de M. Cousin pour les textes inédits ressemble à l'amour d'un chevalier pour sa dame. Le chevalier, pour délivrer sa dame, tuait les monstres, rompait les enchantements, abattait les géants, escaladait les murailles. M. Cousin pénètre dans les couvents, bouleverse les bibliothèques, séduit les bibliotliécaires, dépense des trésors d'amabilité, d'éloquence et de patience, pour conquérir les précieux documents. Sur un simple portrait, Amadis devint amoureux d'Oriane; sur un simple soupçon, M. Cousin devient amoureux d'un texte; épris du manuscrit qu'il devine, il se met en campagne, il écrit à l'un, fait écrire à l'autre, et poursuit une lettre de Descartes ou un fragment de Malebranche avec une opiniâtreté et un enthousiasme que personne n'a plus. « Le catalogue imprimé des ma-

nuscrits de la bibliothèque de Leyde m'avait donné des espérances qui, grâce à Dieu, n'ont pas été vaines.... Là fai vu de mes yeux, touché de mes mains une foule de lettres de Leibnitz, de cette écriture ferme et serrée qui est de son pa3's plus que de son siècle.... Cependant je ne pouvais me persuader qu'il n'y eût pas h Leyde quelques lettres inédites de Descartes lui-même. » Là-dessus il fouille plusieurs gros paquets de lettres non cataloguées, et y découvre un billet de Descartes à son horloger, avec deux autres. « Ce sont là les seules petites découvertes cartésiennes que j'ai faites en Hollande. » Un peu plus tard il apprend que la Bibliothèque royale de Paris contient la correspondance de l'abbé Nicaise et de Leibnitz. Transcrivons cette page; le lecteur y verra ce que c'est qu'aimer et chercher des documents inédits. .

Dès que j'appris que cette précieuse collection était à la Bibliothèque royale de Paris, on conçoit avec quel empressement j'y recherchai tout ce qui pouvait s'y rapporter à l'histoire de la philosophie du dix-septième siècle. La correspondance de Leibnitz attira particulièrement mon attention. Dutens s'était procuré quelques fragments de cette correspondance, et ces fragments avaient déjà paru bien précieux. J'eus le plaisir de rencontrer dans le manuscrit de la Bibliothèque royale les autographes de ces lettres, au nombre de six, écrites pour la plupart de la main de Leibnitz ou corrigées et signées par lui. Mais une étude un peu attentive me fit aisément reconnaître

qu'il devait manquer un bon nombre de lettres. Cela se voit particulièrement par la correspondance de Huet, où le savant évêque d'Avranches remercie son ami de Dijon de lui envoyer des extraits des lettres de Leibnitz, lesquelles ne se retrouvent pas dans notre manuscrit. Que sont-elles devenues? Ont- elles péri, oun'ont-elies fait que s'égarer entre des mains qui les retiennent au détriment du public? Un des amis de Bourgogne termina mes doutes et mon embarras en m'apportant une revue de mon pays, intitulée Revue des deux Bourgognes^ année 1836, où sont imprimées les six lettres de Leibnitz du manuscrit de Paris, et celles dont je déplorais la perte, en tout dix-huit lettres parfaitement authentiques, adressées à l'abbé Nicaise par l'auteur de la Théodicée.

Chemin faisant, il conseille des éditions et fait des recrues d'antiquaires.

On ne peut comprendre, dit-il, pourquoi les éditeurs ont si mal copié et tant défiguré les lettres de la Rochefoucauld, bien faciles à lire pourtant avec leur longue et grande écriture à la Louis XIV. Ces lettres si bien tournées, souvent si intéressantes, attendent encore un éditeur intelligent et soigneux. Si nous étions plus jeune, nous tâcherions d'être cet éditeur-là, d'autant que nous pourrions joindre aux lettres déjà connues bien des lettres nouvelles, parmi lesquelles il en est de fort importantes.

Ailleurs il souhaite qu'un élève de TÉcole des chartes veuille bien employer quelques années de sa vie à faire l'histoire de la place Royale*. Il offre ses notes, extraits et copies, à « l'ami de la re-

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