‹ Les philosophes classiques du XIXe siècle en FranceChapitre 35 sur 54 · Nouveaux mélanges, p · texte numérisé non relu

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en Angleterre, si la littérature y a choisi pour objet l'histoire du cœur, la cause en est dans le caractère réfléchi et concentré de la nation.

Une autre force le poussait dans cette voie. Logicien sévère, par nécessité et pour sortir du doute, il trouvait, en cherchant les dépendances mutuelles des questions philosophiques, qu'elles dépendent toutes de la psychologie, et que pour définir le beau, le bien, le vrai, pour conjecturer la cause, l'avenir, le passé, les devoirs et les espérances de l'homme, il faut d'abord observer l'homme. Il ramena ainsi toute la philosophie à la psychologie Une fois enfermé dans cette enceinte, il ne voulut plus en sortir. Il laissa M. Cousin naviguer dans la métaphysique, refusa de spéculer sur la nature de l'univers, sur la création, sur l'essence de Dieu, n'admit point que la philosophie fût une science universelle, chargée de découvrir le système du monde. M. Cousin, à ce moment, entendait la philosophie à la façon des Allemands et la présentait comme une sorte d'architecte, ayant pour maçons les autres sciences , et occupée à construire un édifice unique avec les pierres qu'elles lui taillent. M. Jouffroy entendit toujours la philosophie à la manière anglaise, et la présenta comme une science particuHère, opposée aux sciences physiques, ayant pour objet non le tout, mais un fragment du tout, et restreinte aux phénomènes moraux et spirituels.

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comme les sciences physiques sont restreintes aux phénomènes sensibles et matériels.

Son caractère, qui l'avait poussé et enfermé clans !a psychologie, l'y guida. Le mal, le bien, le vrai, le faux, les découvertes, les erreurs, tout vient chez lui de la même source, et dans l'homme que nous avons décrit, on pouvait prévoir le philosophe que nous décrivons.

Il s'appliqua en premier lieu « à organiser » la psychologie. Passionné pour la méthode, parce qu'il était passionné pour la vérité, il employa la meilleure partie de ses meilleurs écrits à marquer les préliminaires de la science, à définir son objet, à marquer ses divisions, à indiquer ses conséquences, à reconnaître son instrument, à mesurer sa certitude. Il restait toujours à la ])orte, et semblait ne pas vouloir entrer. Il souffrait les reproches des gens pressés qui le blâmaient « de ne point sortir des questions de méthode, et de ne jamais arriver à la science elle-même *. « Il s'en embarrassait peu, croyant qu'après deux mille ans de disputes, cette lenteur est le seul moyen d'établir quelque vérité fixe. « Quand bien même quelques vies de philosophes se consumeraient à ce travail, ce ne serait pas trop, et il ne faudrait pas les regretter, si ce but était atteint. » C'est qu'à son avis, toute espé-

i. Préface de la trad. de Heid, i). 217.

rance reposait désormais sur les progrès de la psychologie. Selon lui, Reid et Stewart, pour la première fois, avaient fait d'elle une science indépendante, importante en elle-même, digne d'étude non seulement pour les découvertes qu'elle prépare, mais encore pour les vérités qu'elle contient Avant eux, on l'avait étudiée en accessoire, la consultant par occasion, par intérêt, en vue d'un objet étranger, pour y chercher les preuves d'une opinion logique ou métaphysique, légèrement, irrégulièrement, sans préparation, sans découvertes, sans attention et sans fruit. Elle avait été maltraitée comme toutes les servantes. Dorénavant les psychologues, n'ayant pas Fesprit prévenu par des questions préconçues, cesseraient de mutiler ou défigurer les faits, et en donneraient des descriptions complètes et exactes. On pouvait donc reprendre avec confiance les recherches et les expériences. Les Écossais avaient trouvé la cause du mal et le moyen de guérison.

Ayant montré que la psychologie est utile, il voulut prouver qu'elle est possible \ et mit dans cette preuve une abondance d'explications, une rigueur de raisonnement, un entraînement de passion et une force de conviction, qui renversèrent toute résistance et parurent lever toute difficulté. Il fit

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