‹ Les philosophes classiques du XIXe siècle en FranceChapitre 36 sur 54 · Préface de sa tiaduction de Duguld Stcwart · texte numérisé non relu

Préface de sa tiaduction de Duguld Stcwart

M. JOUFFROY PSYCHOLOCUE. 233

voir à tout le monde que nous avons connaissance de nos sensations, de nos idées, de nos plaisirs, de nos peines, de nos désirs, de nos résolutions.; que cette connaissance est perpétuelle; qu'elle est commune à tous les hommes ; que ni les yeux, ni les oreilles, ni les mains, ni aucun sens n'y a part; que néanmoins elle est indubitable, et que,lorsque nous mangeons une pèche, nous ae sommes pas plus assurés de la présence de la pêche que de la présence de notre plaisir. Il y a donc des faits intérieurs et non sensibles aussi réels que des faits extérieurs et sensibles. Ily a donc une observation intérieure de conscience aussi véridique que l'observation extérieure des sens. 11 y a donc dans la science de l'âme un objet et un instrument comme dans la science des corps.

Cet instrument, manié maladroitement par le vulgaire, peut être manié adroitement par des hommes spéciaux. L'observation intérieure,comme l'observation extérieure, n'embrasse d'abord que des masses, et n'atteint que tardivement et péniblement les drtails. L'homme ordinaire, apercevant un lis, ne voit qu'une grande fleur blanche dont le calice évasé contient des fils jaunâtres; le botaniste distingue la corolle, les six pétales, Tovaire, le style, le stigmate, les étamines, les anthères, le pollen, les divers changements et les divers rapports de toutes ces parties depuis lour

naissance jusqu'à leur mort. L'homme ordinaire, apercevant un objet beau, rc__ arquera en lui-même une sensation de plaisir, et rien de plus ; le psychologue démôleraqaece plaisir est désintéressé, qu'il est produit par la sympathie, qu'il a pour cause 1? notion d'une force invisible ', qu'en cette force nous nous reconnaissons nous-mêmes; que la matière n'est qu'un symbole ou moyen d'expression ; que notre plaisir est augmenté par la nouveauté de l'objet, ou par son ancienneté, ou par les idées associées. L'observation de conscience, comme l'observation sensible, peut donc, en se perfectionnant, distinguer plusieurs objets là où elle n'en remarquait qu'un seul, changer les notions vagues en notions précises, les notions incomplètes en notions complètes, les notions fausses en notions exactes. La science de l'âme, comme la science des corps, est donc capable de progrès.

Gomme la science des corps, elle est capable de lois Car, de même que dans Tenfance des sciences physiques les hommes savaient quelques règles des phénomènes physiques, de même, dans cette enfance des sciences morales, nous savons quelques règles des phénomènes moraux. Ils savaient que la chaleur fond le plomb, et qu'une pierre abandonnée à elle-même tombe vers la terre; nous

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