‹ Les philosophes classiques du XIXe siècle en FranceChapitre 39 sur 54 · Mélanges, p · texte numérisé non relu

Mélanges, p

M. JOUFFROY PSYCHOLOGUE. 2kh

celles-là sont des choses, car c'est Dieu qui gouverne en elles. Il est la personne des choses, comme l'ouvrier est la personne de la mont: e.... Quoique la plante manifeste une foule d'effets qui dérivent des capacités de son organisation, ces capacités ne sont dans toute langue que des propriétés (et non des facultés)^ parce qu'il n'y a point en elle de pouvoir personnel qui s'approprie ces capacités et les gouverne. La nature règne dans la plante, et non point la plante elle-même. Elle est le théâtre, et non le principe des phénomènes qu'elle manifeste.

S'emparer de ses capacités, se saisir de soi-même, avoir part en ce qui se fait en soi, s'approprier ses capacités, autant de métaphores. Jamais de faits, partout des comparaisons. Bien plus et bien pis, voilà que la volonté en nous devient la personne, le moi lui-même, être et principe distinct, lequel est à nos facultés ce que Dieu est à l'univers, et ce que l'ouvrier est à la montre. Ceci peut s'appeler la métaphysique des métaphores; des fautes de style font ici des fautes de science; le langage faux produit la pensée fausse ; en comparant des qualités et des pouvoirs à des êtres, on les change en êtres ; l'expression pervertie pervertit la vérité.

Traduisons. Qu'est-ce qu'un homme maître de lui-même ? C'est un homme qui, mourant de soif, s'abstient d'avaler une carafe d'eau glacée et y trempe seulement ses lèvres; qui, publiquement insulté, reste calme en calculant la plus utile vengeance ; qui, dans une bataille, les nerfs exaltés

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par une charge, conçoit une manœuvre compliquée, la sonde, l'écrit au crayon sous les balles et l'envoie à ses colonels. En d'autres termes, c'est un homme chez qui l'idée froide et abstraite du plus grand bien est plus forte que les autres idées et que les sensations elles-mêmes. Le plus grand bien étant conçu, toutes les répugnances, toutes les paraisses, toutes les craintes, toutes les séductions, toutes les agitations se trouvent faibles. La tendance excitée par l'idée du plus grand bien l'emporte continuellement sur les autres, et détermine toutes les actions. Voilà des faits ; car les tendances et les idées sont des faits ou événements observables. Le lec eur voit que le pouvoir personnel n'e.^t que la force prédominante d'une idée ; que bien loin d'être une chose distincte et une personne réelle, il n'est que la qualité périssable d'une idée périssable; que si M. Jouffroy m' t en lui l'âme, le moi, la substance, c'est par abus du style littéraire ; que toutes les métaphores par lesquelles on l'exprime désignent simplement la prépondérance habituelle de la tendance qui le constitue. Quand les notations sont si inexactes, tout est à refaire. La science est comme si elle n'était pas *.

1. L'histoire de la volonté est l'histoire de l'idée abstraite du plus grand bien. Pour la laire d'une manière utile ; il faudrait chercher les causes qui fortifient cette idée, par exemple lor-

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Les suites du mal sont plus graves que le mal même; manquant de précision comme M. de Biran, M. Jouffroy est tombé dans la métaphysique de M. de Biran. L'ornière étnit inévitable ; accoutumé à considérer des généralités vagues comme des faits précis, il prenait les pouvoirs et les facultés pour des faits observables '. Naturellement il les transformait en êtres et dévouait la psychologie à l'étude de ces êtres imaginaires, au lieu de l'appliquer à l'analyse des laits Exposons et discutons le raisonnement qui l'a perdu :

« Je cherche, dit-il, l'essentiel, la cause.

— Et nous aussi.

— L'essentiel, ce n'est pas telle idée, telle sensation, telle résolution, qui passera tout à l'heure, qui aurait pu ne pas être, qui ne s'est p -s produite d'elle-même.

— Nous l'accordons.

— L'essentiel, c'est la cause ou vertu produc-

gueil (Anglais), le m^inque d'imagination (Hollandais), l'habitude du péril (Sauvages), ia n' flexion habituelle et intense, la vie solitaire, etc; la volonté n'est qu'un effet.

1. Mélanges, p. 319. « Ce fait est la liherté, ou, si l'on aime mieux, le pouvoir personnel. »

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trice et durable dont les faits particuliers et passagers sont les effets.

— Rien de plus vrai.

— Cette cause, c'est le moi et ses facultés. « Il y « a dans le monde interne, il y a dans l'objet com- « plexe saisi à chaque instant par la conscience, « deux éléments distincts : Fun qui est nous, Fau- « tre qui n'est pas nous ; Félément qui est nous est « simple dans chaque moment, identique à lui- « même dans tous les moments, tandis que Félé- (f ment qui n'est pas nous est multiple dans chaque ï cas et variable d'un moment à Fautre. » Ce second élément se compose de nos actions et de nos opérations. « Le moi ne se reconnaît pas dans les a modifications inétendues et sans forme qu'il « éprouve. » — « Le monde interne renferme a donc une réalité simple et identique à elle- « même, qui est nous, et qui subsiste et persiste c par elle-même ; et, de plus, une phénoménalité « multiple et changeante, qui dépend de la réalité « d'où elle émane et qu'elle modifie *. »

— J'entends : vous croyez au bâton d'ambre de M. de Biran^ 11 y a en nous un être solide, une substance, une chose distincte et durable : c'estle bâton d'ambre; puis des idées, des sensations, des peines, des plaisirs : ce sont les petites plumes cadu-

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