Du Vraij du Beau et du Bieriy 4* leçon
sophes, nous nous contenions de poser des principes incontestables selon nous ^
Les vérités éternelles et nécessaires résident dans l'intelligence divine, cela est très vrai, mais toute la question est de savoir si, lorsque la raison les conçoit, elle entre en comnaunication immédiate avec la lumière de Dieu. Nous sommes intimement convaincu qu'il n'en est pas ainsi.
La raison humaine saisit une vérité nécessaire et éternelle, par exemple ; le tout est plus grand que sa partie; les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits. Y at-il là la plus petite trace d'une communication immédiate avec l'intelligence de Dieu ? Pas le moins du monde. Je cueille une fleur sur un arbre, je vois, sans chercher bien longtemps, que la fleur est plus petite que l'arbre tout entier, je remarque que, ce qui est vrai pour la fleur, est vrai aussi pour la main comparée au corps, pour la roue comparée à la voiture, etc., etc. C'est une vérité nécessaire, car il est impossible que la fleur soit aussi grande que l'arbre, éternelle, car il en a toujours été et il en sera toujours ainsi. Je puis formuler ces propositions élémentaires sans même me
1. Voir dans notre ouvrage : Saint Thomas d'Aquin et la philosophie cartésienne^ tome I, chapitres 2 et 3, — tome II, livre IV, chapitre vi.
douter qu'il y a un Dieu. Si je vais plus loin; et si je me demandé : quel est donc le siège de cette vérité qui était avant et qui sera après moi ? je suis amené à conclure à l'existence d'une intelligence éternelle, j'arrive a cette conclusion par une voie détournée, mais quand j'ai conçu la vérité : le tout est plus grand que sa partie, j'ai compris que l'arbre est plus grand que la fleur et je n'ai surpris dans cette proposition aucun reflet direct de l'intelligence divine.
Les ontologistes objectent en vain qu'on ne peut pas tirer d'une chose ce qu'il n'y a pas, que le nécessaire ne peut pas sortir du contingent, l'absolu du relatif, l'infini du fini ; cette instance ne prouve rien.
Quand, de la comparaison entre l'arbre et la fleur, je conclus que le tout est plus grand que sa partie, et que je vois la nécessité de la proposition, je ne tire cette nécessité ni de l'arbre ni de la fleur, je la puise en moi-même par abstraction de tel ou tel objet en particulier, et je conçois que toujours et partout la partie est plus petite que le tout. Les objets cités m'ont fourni les éléments de la proposition, mais je ne l'en ai pas tirée comme on tire un sou d'un porte-monnaie. Dans ce dernier sens, l'objection des ontologistes serait irréfutable, mais on l'a vu, elle applique à faux
le principe ; oh ne tire pas d'une chose ce qu'il n'y a pas.
Comme toujours, M. Taine donne à sa thèse une forme piquante et originale : « Par « quelle opération, dit-il *, formons-nous ces c( jugements nécessaires et ces idées d'objets « infinis ? Au lieu de faire des raisonnements, « regardons les laits. Formons un de ces « jugements et une de ces idées sous les yeux (c du lecteur ; il saura comment les uns et les « autres se forment en les voyant se former. «Nous allons chez le gros mathématicien qui « fume ; nous le saluons et l'abordons ainsi : <c Monsieur, nous sommes philosophes, c'est- « à-dire fort embarrassés et à court. Il s'agit « des propositions nécessaires. Si vous en con- « naissez, comment les découvrez-vous î — « Messieurs, c'est mon métier, je n'en découvre « pas d'autre ; prenez des chaises ; je vais en « trouver devant vous. Avec de la craie, je <c trace sur le tableau un triangle ABC, « etc. » — Suit la démonstration du théorème: la somme des angles d'un triangle égale deux droits ; vérité éternelle et nécessaire,
— Les philosophes s' adressant au mathématicien : « Ainsi vous n'avez pas contemplé la « pensée de Dieu ? — Pas que je sache. —