‹ Les philosophes contemporains IChapitre 107 sur 244 · Page · texte numérisé non relu

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(( En effet il était plus court de contempler le « triangle abstrait. »

C'est le plus court et le plus vrai. L'intelligence perçoit un objet contingent, particulier, éphémère, elle s'empare des données qu'il lui fournit et, à Taide de l'abstraction, elle s'élève à des conceptions absolues, universelles, éternelles. Elle peut ensuite monter plus haut, mais, dans le vésultat premier de l'abstration, elle ne saisit aucun rayon direct de la lumière divine.

M. Taine termine son étude sur M. Cousin philosophe par un plaidoyer en faveur de l'analyse « que le dix-huitième siècle ensei- « gnait, et que, grâce à M. Cousin nous « avons désapprise ^ » M. Taine voudra bien ici nous permettre une question. N'est-ce donc que le xvin® siècle qui a enseigné cette méthode indispensable, féconde, et sans laquelle la raison marche à l'aventure ? Avant le siècle dernier, quelques philosophes n'avaient-ils pas étudié de près les faits psychologiques, démonté pièce à pièce, si l'on peut s'exprimer ainsi, les facultés de l'âme, décrit leurs opérations, et découvert les lois de la pensée? M. Taine est un travailleur trop opiniâtre pour ne pas être tenté d'ouvrir un jour les livres de ces hommes (de saint Thomas

par exemple) qui, malgré Descartes, occupent encore une grande place dans l'histoire de la philosophie. Si pour lui, le talent de ces docteurs consiste « à discuter sans rien prouver, a à raisonner sans rien découvrir*, » c'est qu'il ne les entrevoit qu'à travers les préjugés contemporains. Qu'il s'en rende compte par lui-même, et il se convaincra que, bien avant Condillac, l'analyse était pratiquée par les scolastiques et que, dans leurs puissantes mains, cette méthode a produit autre chose que « les fruits avortés et moisis du moyen « âge, tous aigris par l'hiver féodal ou rancis « par l'air étouffe du cloître 2. »

Dans la première partie de son étude sur M. Joufifroy, M. Taine est visiblement ému en abordant un homme aux « yeux d'un bleu « pâle, profondément enfouis dans l'orbite « flétri, à Tair pensif et mélancolique, portant « dans toute sa personne une expression de « fatigue, de noblesse et de résignation. Il • «' était fier, hautain même, réservé, volontiers « silencieux, ni accueillant, ni familier avec

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