‹ Les philosophes contemporains IChapitre 108 sur 244 · Voir : Voyage en Italie, tome II · texte numérisé non relu

Voir : Voyage en Italie, tome II

(( ses élèves. Tandis que M. Cousin, emporté « par l'assaut intérieur de la verve et par la « surabondance de la vie animale, causait, « s'ouvrait, s'épanchait, dissertait, plaidait <( avec les gestes et l'appareil oratoire, dans un « jardin public, dans son cabinet, n'importe « où, devant n'importe qui, jusque devant ce « pauvre petit personnage qu'on appelait son « secrétaire, M. Jouffroy, même en chaire, pa- « raissait froid et contenu. Il n'avait point « l'air de se douter qu'on fût là. Son geste « était rare, son corps immobile; on eût dit « qu'il lisait un livre intérieur, uniquement « attentif à le comprendre et à se convaincre; (( il réfléchissait tout haut..... Cependant, dès (c le premier jour, tout esprit attentif fléchis- « sait sous son esprit. Dès l'abord, on dé- « couvrait en lui un foyer secret d'ardeur (( inextinguible, plus violente et plus puisce santé que l'éblouissante illumination de « M. Cousin. Moins il s'épanchait, plus on le a sentait brûler*. »

C'est bien là le portrait de cet homme, qui a raconté, dans une page immortelle : « Je « n'oublierai jamais la soirée de décembre.., » les angoisses et les terreurs de son âme quand il vit s'écrouler l'édifice de ses anciennes croyances. Le vide qu'elles laissèrent dans son

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esprit ne se combla jamais ; ce fut la torture de toute sa vie, et la plaie était toujours saignante.Quand, du fond de l'abîme où le doute l'avait précipité, M. Jouffroy voyait passer sur son front quelques lueurs fugitives de la foi antique, il laissait échapper ces plaintes mélancoliques dont ses écrits ont gardé les échos, notamment l'admirable péroraison du discours au lycée Charlemagne. « Ayant « quitté la religion parce qu'elle manque de « preuves, dit M. Taine, son premier besoin « en philosophie fut la certitude *. »

A propos d'une assertion semblable de M. Vacherot, nous avons combattu ce déplorable préjugé de quelques philosophes contemporains. D'après eux, la foi est la nuit et la raison est le jour, la foi est l'esclavage et la raison est la liberté, la foi est la complète ab • dication de la dignité humaine et les croyants sont des hommes qui, par habitude, par étroitesse d'esprit ou par peur, se résignent à vivre dans un obscur cachot et s'y trouvent à l'aise. Nous ne voulons pas renouveler la discussion, — mais qu'on nous permette de le répéter ici : peut-on supposer sérieusement que des hommes, aussi intelligents que d'autres, après tout, acceptent sans preuves une doctrine à laquelle ils ne comprennent rien ?

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