Somme théologîque, 1% 2% q. I, a
se produira pas. Je me dispose à aller voir un ami, on m'apprend que mon ami est parti ; il est clair que la série des actes que j'allais émettre dans le but d'aller le voir disparaît en même temps que le but. Avec la cause finale, s'évanouissent donc tous les actes qu'elle aurait provoqués.
Remarquons maintenant que les êtres, dans leur acte ou leur mouvement, tendent vers un but de deux manières : premièrement, en tant qu'ils se meuvent eux-mêmes comme l'homme, par exemple; secondement, en tant qu'ils sont mus par un autre, comme la flèche qui se dirige vers un but en vertu d'une impulsion qu'elle a reçue d'ailleurs. Quelle différence y a-t-il entre l'homme et la flèche? C'est que l'homme connaît la fin et que la flèche l'ignore. Il y a donc des êtres qui se meuvent euxmêmes, ce sont ceux qui voient la fin, c'est-àdire les êtres intelligents, et il y a des êtres qui, ne la connaissant pas, ont besoin, pour y tendre, d'être poussés par un autre, ce sont les êtres privés de raison. Parmi ces derniers, les uns n'ont aucune vue de la fin, la flèche, par exemple; les autres ont une vue confuse, ce sont les animaux.
M. Janet pourra nous objecter que les conclusions de saint Thomas supposent prouvées des vérités qu'il n'a pas démontrées encore ;
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cela est possible, mais toujours valait-il mieux, selon nous, aborder tout de suite ces questions qui jettent une vive lumière sur le problème des causes finales. L'auteur n'eût pas dit alors que l'instinct ne suppose pas une vue, même Imaginative du but. Il faut au contraire que l'animal ait une compréhension Imaginative de la fin qu'il se propose, sans cela il n'agira pas. Si, quand un cheval a soif, il ne sait pas, qu'à peu de distance de son écurie, il y a de l'eau et s'il n'en a aucune représentation, il est évident qu'il n'ira jamais à l'abreuvoir. M. Janet n'eût pas dit, non plus, qu'on peut supposer, même un instant, une cause première inintelligente.
L'auteur pense « que l'affirmation de l'intelligence n'est qu'un corollaire du principe des causes finales \ » Nous croyons, au contraire, que l'affirmation de l'intelligence est l'âme du principe, de telle sorte que, supprimez l'intelligence, le principe n'est plus qu'une proposition inanimée. Quand on dit, en effet, qu'un être a une fin, qu'il tend vers un but, on suppose nécessairement ou qu'il voit le but, ou que la fin est vue par un autre. Car, s'il ne la voyait d'aucune façon ^ comment pourrait-il y tendre?
M. Janet combat, avec raison, l'opinion de