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Pour donner à ses conclusions tous les caractères d'une démonstration rigoureuse, l'auteur étudie la valeur logique de l'analogie. Elle est absolue. Nous savons certainement que nous sommes des êtres intelligents et cette conviction égale en certitude toutes nos autres affirmations. Mais sur quoi repose notre croyance à l'intelligence des autres ? Sur l'analogie. Quand nous passons, de la conscience de l'intelligence personnelle, à la croyance à rintelligence de nos semblables, ce n'est et ce ne peut être que par une induction analogique. Quand donc nous avons établi la finalité de la nature sur l'analogie, nous lui avons donné un fondement inébranlable.
Les traits dirigés contre la philosophie spiritualiste contemporaine sont puisés dans l'arsenal de la science positive ; les coups partent, mais ne portent pas. Le philosophe ne doit pas cependant les dédaigner, quand ce ne serait que pour montrer la faiblesse de ses adversaires: c'est ce que fait M. Janet dans . son chapitre iv. Il prend à partie M. Cl. Bernard et M. Ch. Robin, ce dernier surtout. Le premier, en effet, laisse subsister, à titre S
d'hypothèse, l'explication métaphysique , le
second Técarte sans pitié. Pour M. Ch. Robin il n'y a que des causes et des effets, rien au delà.
Avant d'entamer la discussion, M. Janet juge la méthode qui tend plus en plus à diriger exclusivement les recherches scientifiques. Cette méthode est l'expérimentation. Elle est bonne incontestablement, mais on est en train de la fausser et M. Janet a tort, selon nous, de dire à la science qu'elle a raison de se dégager de plus en plus de la pensée philosophique ^ La question est délicate, nous allons essayer de la préciser.
La science expérimentale n'a pour but que l'étude des faits positifs, palpables ; jusque-là elle est dans son droit et dans son devoir. Mais en vertu de sa méthode même doit-elle (sous peine de n'être plus une science) s'interdire l'accès d'une région plus élevée ? Tout ce qui n'est pas du domaine de l'expérimentation sensible n'est-il pas scientifique ? En quoi la science positive perdrait-elle de sa valeur et de sa dignité en suivant la pente naturelle de Tesprit humain qui ne veut pas et qui ne peut* pas se renfermer dans le cercle un peu étroit de l'expérimentation matérielle ? La science expérimentale, au contraire, ne se
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prive-t-elle pas volontairement d'une lumière qui lui serait d'un grand secours, en s'arrêtant brusquement lorsque l'esprit humain voudrait aller plus loin ? Ce n'est pas notre affaire, disent les partisans de la méthode exclusive que nous combattons, notre domaine, ce sont les faits, toujours les faits et encore les faits. C'est fort bien, mais : premièrement^ pourquoi assignez-vous à l'esprit humain une limite arbitraire et contre laquelle il proteste, car l'intelligence est naturellement curieuse. Quand, elle a étudié un fait, elle veut en connaître la cause et remonter le plus loin possible ; cette curiosité légitime de la raison est un fait d'expérience aussi, et vous en méconnaissez les exigences. Secondement^ quand bien même vous seriez personnellement satisfaits, tous les esprits ne sont pas aussi faciles à contenter, et il en est un grand nombre que vous ne pouvez pas arrêter. Pourquoi, dès lors, leur interdire, au nom de la science, des recherches vers lesquelles ils se sentent poussés. Ne soyez pas si intolérants et ne chassez pas du sanctuaire de la science des hommes qui ont le malheur d'être plus chercheurs que vous. Ce n'est pas de la science, dites-vous; de la science expérimentale, soit, mais la question est précisément de savoir si l'homme scientifique est borné à l'expérimentation :
La question est de savoir si, parce que la science s'est interdite toute recherche autre que celles qui ramènent les effets à leurs causes prochaines, la philosophie et, en général, l'esprit humain doivent se borner à cette recherche, si la pensée doit s'interdire à elle-même de rechercher la signification du spectacle qu'elle a devant les yeux, et, en particulier, quelle est la pensée qui a présidé à la composition des êtres animés, ou du moins si une pensée y a réellement présidé*. »
La méthode qui méconnaît ainsi une des lois primordiales de l'esprit humain, est-elle vraiment scientifique ?Non, M. P. Janet nous permettra donc de ne pas avouer avec lui que la science expérimentale a raison de se dégager de plus en plus de la pensée philosophique.
Mais la science, en écartant les solutions dont elle ne.yeut pas entendre parler, penset-elle les avoir réfutées ou anéanties ? Que les machines, unique objet de ses études, se réduisent à des éléments doués de telles et telles propriétés, s'ensuit-il qu'elles ne soient pas l'œuvre d'une industrie qui tend à un but2?