M. Janet emprunte ces exemples à Danvin
de saint Augustin étudiant les proportions harmonieuses du corps de l'homme.
Les adaptations apparentes et nuisibles présentent plus de difficultés que les organes rudimentaires. Pourquoi le merle d'eau, qui ne se nourrit qu'en plongeant, n'a-t-il pas les pattes palmées comme les canards ? Pourquoi l'aiguillon de Tabeille est-il armé de petites dentelures qui le retiennent dans la plaie, de sorte que l'insecte ne peut fuir qu'en s'arrachant les entrailles ? Pourquoi les végétaux les plus utiles, le riz, le maïs, la vigne ont-ils des fleurs exposées aux intempéries î
Pour un grand nombre de cas cités par M. Janet, diaprés Darwin, la réponse est aisée. Le dard de l'abeille, par exemple, tient les ennemis en respect, et, si elle ne fuit pas trop précipitamment, elle ne le laisse pas dans la plaie. Mais l'auteur répond d'une manière générale et péremptoire. La page est assez belle pour que nous la citions tout entière :
« Les êtres organisés ne sont pas les seuls « qui existent, et ils n'existent qu'à la*con- « dition de se coordonner à certains milieux, « de se soumettreà certaines forces, qui, consi- « dérées d'une manière générale, sont enhar- « monie avec la destination* de ces êtres, mais <c qui quelquefois peuvent leur être moins « favorables, et jusqu'à un certain point
« contraires. Non seulement la nature en elleoc même n'est pas tenue de s'accommoder en « toutes choses et pour toutes les circons- « tances à la commodité particulière ou à « l'utilité des êtres vivants, mais la structure « même des êtres vivants n'est pas unique- « ment et exclusivement fondée sur l'idée de « la linalité. Là aussi, il y a des causes effi- « cientes, qui agissent conformément à leur « nature, quand il n'en résulterait rien d'utile « pour rêtre vivant, ou même quand il en « résulterait quelque inconvénient particulier; (( là aussi, il y a des lois générales qui peuc( vent accidentellement contrarier ce que <( semblerait exiger la loi de la finalité en- (( tendue comme règle exclusive et absolue. « On peut considérer l'organisation comme (( une moyenne prise entre l'intérêt de l'être <( organisé qui voudrait telle structure, et les (( lois générales des causes et effets qui ren- « dent cette structure possible ; c'est une « résultante du mécanisme et de la finalité. « Or il est impossible au spectateur, qui n'a « pas pu assister à l'élaboration intime de (c l'univers, il lui est impossible, dis-je, de « déterminer d'une manière absolue en quoi « devront consister cette résultante et cette « moyenne dans chaque cas particulier. Pour « suivre ainsi le détail des fins dans leur
c< rapport avec les causes, il faudrait être c< dans le secret de la création : il est des cas « où on le peut, mais on ne le peut pas tf toujours \ »
Ces paroles sont sages et dignes d'un philosophe. Les lois générales qui président au gouvernement du monde semblent parfois porter un certain trouble dans la sphère où se meut l'activité individuelle d'un être en particulier, mais l'harmonie de l'ensemble n'exige-t-elle pas des sacrifices personnels qui concourent à l'ordre et à la beauté du tout ? Pour pouvoir affirmer que tel fait est un désordre absolu, il faudrait comme le dit si bien M. Janet, il faudrait être dans le secret de la création. Nous pourrions alors juger Toeuvre en connaissance de cause et nos reproches seraient fondés. Que savons-nous de Tunivers ? « Presque rien, dit Leibnitz, et ce nous voudrions mesurer la sagesse et la .(( bonté de Dieu par notre connaissance : ce quelle témérité ou plutôt quelle absurdité ! ce Les objections supposent faux ; il est ridic( cule de juger du droit quand on ne connaît ce point le fait 2. » Avant de pouvoir conclure, contre les causes finales, de certans faits