Théodicée, !!• partie
partiels dont nous ne voyons qu'un côté, il faudrait connaître l'ensemble, la proportion des parties, et Tharmonie du tour. « S'il y en a a qui en jugent autrement, tant pis pour (( eux, dit encore Leibnitz (ibid). »
L'erreur se venge de la stérilité du fond par la prodigieuse variété des formes : vous lui arrachez un masque, elle se présente sous un autre pour recommencer la lutte. Depuis Démocrite, la thèse antifinaliste est, au fond, toujours la même. Elle apparaît tantôt avec un habit à grelots et une marotte à la main, tantôt elle endosse la toge solennelle de la science, c'est toujours le même personnage, répétant la même formule sur des tons différents. De nos jours, la défroque de Démocrite s'appelle « l'évolution. »
La doctrine de l'évolution nous apprend : « Qu'aucune chose de la nature ne se pro- « duit tout d'abord d'une manière complète i< et achevée; rien ne commence par l'état « adulte; tout, au contraire, commence par a l'état naissant ou rudimentaire et passe par « une succession de degrés, par une infinité « de phénomènes infiniment petits, jusqu'à « ce qu'il apparaisse enfin sous sa forme pré-
ce cise et déterminée, qu'elle-même, à son « tour, se dissout de la même manière par ce une régression de phénomènes analogues ce au progrès qui Ta amené, c'est ce qu'on apce pelle la loi à' intégration et de dissolution^. » L'univers entier; géologie, physiologie, astronomie, zoologie, histoire, politique, tout leur est soumis, rien ne leur échappe.
Les adversaires des causes finales qui cherchent partout des armes pour attaquer la thèse qui les gêne, se sont saisis avec empressement de la théorie de l'évolution et ils l'ont regardée comme irrésistible. Ils l'interprètent dans un sens hostile, mais recherchons si, en ellemême et dans ses données premières, elle rend les causes finales impossibles ou inutiles. L'argumentation de M. P. Janet est sans réplique.Oui, l'évolution est une loi : tout commence, se développe, grandit et atteint peu à peu l'état adulte. Pas plus qu'une machine, un chêne ne se fait du premier coup. Nous ne voyons dans ce fait rien qui contredise la doctrine des causes finales. Qu'un peintre commence par tracer sur la toile quelques lignes informes, que le dessin avance lentement, très lentement, que l'artiste mette trente ans pour peindre son tableau; il ne suit pas de là que le tableau se soit faittout seul, que ladisposition
des couleurs soit fortuite et que le peintre n'ait eu aucun but. En elle-même, la doctrine de révolution n'est donc pas contraire à la thèse des causes finales*. Reste à savoir comment on l'entend! Entend-on le. développement de l'être par l'action des forces purement mécaniques? On tombe alors dans l'hypothèse du mécanisme déjà réfutée. Si on l'entend dans le sens du développement intrinsèque opéré en venu de l'essence de l'être, on revient à la finalité, car chaque instant du développement est un pas vers le but qui est la formation de l'être complet.
Pour adopter le premier sens, les adversaires des causes finales ont modifié la doctrine de V évolution et ils en ont fait le transformisme que Darwin a mis en vogue, maïs dont le véritable fondateur est Lamarck.
Lamarck invoque trois principes : le milieu^ Yhabitudey le besoin. Avçc ces trois conditions, il explique l'appropriation des organes et le développement de l'animal.
C'est un fait incontestable que tout être, pour se développer, doit se trouver placé dans son milieu. Si, par exemple, je laisse un grain de blé sur ma table, il est évident qu'il ne germera pas. Mais si le milieu est la condition du
1. Quelques partisans de révolution admettent, en effet, sans difficulté, la thèse des causes finales.
développement, en est-il la cause ? est-il surtout la cause de l'appropriation des organes ? Est-ce Tair qui a disposé les poumons des mammifères, Teau a-t-elle arrangé les branchies des poissons? Si c'est l'air qui a fait les . poumons, par quoi respiraient les mammifères avant que le milieu eût approprié l'organe?
Si vous dites que l'appropriation a été instantanée, cela revient à dire, au fond, que l'animal a reçu tout ce qui lui était nécessaire pour vivre et se développer dans son milieu. Le principe du milieu est d'une insuffisance telle que Lamarck le reconnaît lui-même et qu'il appelle à son secours le pouvoir de U vie^ Ce pouvoir de la vie n'est pas autre chose que l'ensemble des conditions requises pour que l'animal vive et se développe. Mais alors revient toujours la même question : Comment une force aveugle a-t-elle trouvé les conditions si compliquées qui permettent à l'animal de vivre et de se développer?
Lamarck n'est pas plus heureux avec ses hypothèses du besoin et de Vhabitude. D'après lui, le besoin produit les organes, l'habitude les fortifie.
Un animal éprouve le besoin de voler pour échapper à de» ennemis, il fera des efforts, et