‹ Les philosophes contemporains IChapitre 144 sur 244 · Page · texte numérisé non relu

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démontrer. An Deus sit ?? dit saint Thomas d'Aquin au conimencement de la Somme ; et, fidèle au procédé scolastique, il répond d'abord : Dico quod non. Mais qui lui garantit à ce saint théologien qu'il retrouvera à la fin de son argument ce qu'il a nié au commencement? S'il en est sûr d'avance, pourquoi fait-il semblant de le chercher ? N'est-ce donc que pour la forme qu'il raisonne ? qu'il se taise alors, qu'il prie, quMl prêche : mais qu'il laisse cet instrument à double tranchant avec lequel il ne faut pas jouer. »

Voilà une exécution en règle de la méthode et du procédé de la philosophie scolastique ; nous ne pouvons pas la laisser passer sans protester.

La démonstration d'un théologien ou d'un philosophe croyant n'est pas irrespectueuse envers la vérité qu'il s'efforce de prouver, car elle ne suppose pas le doute de la solution cherchée, elle manifeste simplement le désir bien légitime de voir la raison s'accorder avec la foi et la certitude fondée de pouvoir résoudre les objections opposées à la thèse. Si c'est, au contraire, un philosophe incroyant, o\ sédé par des doutes sérieux, qui cherche et qui étudie la vérité, le doute est un malheur, mais Tétude des preuves n'est nullement une

injure faite au problème en question. Bien loin de s'offenser des tentatives d^une intelligence à la recherche de la vérité, Dieu bénit ses efforts en les récompensant par le succès. Mais, dans le cas du théologien et du philosophe croyant, la démonstration ne met pas en question le problème cherché.

Au commencement de la Somme, saint Thomas d'Aquin ne dit pas : Dico quod non, il dit : Videtur quod Deus non sit : ce qui est bien différent. Il n'affirme pas la non existence de Dieu, il propose l'objection. S'il connaît la réponse, pourquoi, demande M. Janet, pourquoi fait-il semblant de la chercher? Il sera donc interdit à saint Thomas de pro-r poser, pour les réfuter, les objections de l'athéisme ? Il ne pourra donc pas exposer une thèse complète ? Le complément nécessaire de la thèse en effet est la solution des objections : toute thèse étant attaquée, la réplique est inévitable. Pour notre compte, nous ne regrettons pas que saint Thomas d'Aquin n'ait pas laissé cet instrument à double ii^anchant avec lequel il ne faut pas jouer% il s'en est assez bien servi, et il l'a manié avec une dextérité qui n'a pas été égalée.

M. P. Janet dit encore « qu'une démons-

' « tration adéquate de la divinité, de son exis-

« tence et de son essence^ supposerait une

ce raison qui luî serait adéquate. La raison « absolue peut seule connaître tel qu'il est « l'être absolu *. «

Les questions soulevées par ces courtes phrases sont fort graves. D'abord Tauteur ne distingue pas la démonstration de l'existence de la divinité avec la démonstration de son essence. On ne démontre pas Tessence de la divinité, on la comprend ou on ne la comprend pas, on dit ce qu'elle doit être, ce qu'elle ne peut pas être, mais on ne la démontre pas. Les preuves ne portent que sur l'existence. Qu'entend-on p^r une preuve adéquate ? Si on entend par là une preuve rigoureusement concluante , il est faux de dire qu'une raison absolue peut seule la donner, car alors ce serait nier la valeur des preuves de l'existence de Dieu, et ce n'est pas la pensée de M. Janet. Si on entend une preuve qui nous dévoilerait tout ce qu'est Dieu , dans ce cas, il est vrai de dire qu'une telle démonstration ne peut être l'œuvre que d'une raison absolue. Mais les arguments dont se servent les philosophes pour prouver l'existence de Dieu ne se rapportent qu'à son existence. Ils démontrent que Dieu est, mais ils ne disent pas ce quil est. Ce sont deux questions bien distinctes. On arrive à la première par voie

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