‹ Les philosophes contemporains IChapitre 148 sur 244 · Page · texte numérisé non relu

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Cette discussion est-elle bien nécessaire ? Après avoir accumulé une telle abondance de preuves autour d'une thèse, ne peut-on pas, dès maintenant, en déduire une condusîon qui s'impose et qui transpire à toutes les pages ? M. Paul Janet n'a-t-il pas cédé à la tentation bien naturelle, il est vrai, de dire leur fait aux Allemands ? Ils ont conquis une telle réputation, qu'un philosophe aujourd'hui ne croit pas avoir solidement établi sa thèse s'il n'a engagé la lutte avec Kant, Hegel et les autres. S'il n'en parle pas, il craint qu'on ne vienne lui dire : « Vous avez eu peur de vous mesurer avec de tels adversaires. »

Au récit des victoires de Napoléon P"^ les émigrés se disaient : « Nous l'attendons quand il sera aux prises avec les soldats formés par le grand Frédéric. » Napoléon répondit "par la victoire d'Iéna. Tout philosophe veut remporter aujourd'hui sa victoire d'Iéna. Il lui semble que les discussions avec Aristote, Leibnitz ou Descartes ne sont que des escarmouches et que son triomphe ne sera assuré que lorsqu'il aura fait mordre la poussière aux géants d'Allemagne.

Nous ne blâmerons pas M. Janet d'avoir eu cette ambition, nous disons seulement que sa thèse n'a pas besoin de cette nouvelle épreuve.

Dans notre élude sur M. Vacherot, nous avons déjà rencontré Kant et nous avons signalé ses efforts impuissants pour ramener la preuve cosmologique à la preuve ontologique. Nous n'y reviendrons pas ici. M. Janet du reste réfute fort bien le solitaire de Kœnigsberg. Mais, en discutant une conséquence de la théorie kantienne, M. Janet accorde beaucoup trop, infiniment trop au polythéisme et au manichéisme. Est-on en droit aujourd'hui « de conclure au manichéisme et au « polythéisme ? Je demanderai alors pource quoi rhumanité a cessé d'être polythéiste « et manichéiste à mesure qu'elle s'est plus a éclairée. Sans doute le polythéisme a pu être c< historiquement une hypothèse plausible et « relativement légitime ; cette hypothèse est « infiniment supérieure au fétichisme, au <( mécanisme brutal. Sans doute c'est un « premier regard sur la nature, une première <( interprétation des phénomènes, interprétac( lion suffisamment acceptable, eu égard aux « connaissances d^ l'époque. Mais à mesure « qu'on a étudié la naturel. . »

Nous sommes étonnés de rencontrer de semblables paroles chez un philosophe comme M. Paul Janet. Le polythéisme a-t-il été, à aucune époque, une hypothèse relativement

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