‹ Les philosophes contemporains IChapitre 162 sur 244 · Page · texte numérisé non relu

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que aucunement la prévision, par exemple : la chute des corps, l'instinct des animaux, l'inspiration soudaine des artistes. Il faut donc admettre, dans ces cas, ou l'hypothèse de la finalité immanente et inconsciente, ou Yoccasionnalisme.

Réponse. — Le dilemme est faux, car, entre les deux propositions extrêmes, il y a place pour une troisième qui sera celle-ci : Dieu a donné aux êtres une activité, une énergie qui se développent d'après certaines lois sans qu'on soit obligé de recourir à V occasionnalisnte ou à la finalité inconsciente et immanente : ces lois seront, pour les cas cités, l'attraction, l'instinct lui-même et l'inspiration. Tant qu'on n'aura pas prouvé que le principe premier ne peut pas donner aux êtres le principe des actions internes ou les soumettre à des lois, le dilemme qu'on nous oppose n'aura aucune valeur.

2^ objection, — Les mathématiques nous fournissent de nouveaux exemples d'une finalité atteinte sans prévision de but. Les trois angles du triangle sont toujours égaux à deux droits, c'est un but que le triangle ne manque jamais et cependant personne ne peut soutenir que c'est un but prévu.

Réponse. — Les lois mathématiques ne sont pas un but, elles sont un fait nécessaire. Deux

unités jointes à deux unités n'ont pas pour but d'égaler le nombre quatre; elles l'égalent forcément. Il ne faut donc pas parler de but là où il n'y en a pas, il faut chercher le lieu où résident les lois que l'on nous oppose. Cette question n'a rien de commun avec les thèses de la finalité transcendante ou immanente.

3* objection. — La nature est tellement pauvre au point de vue de la finalité que, lorsque nous voyons une finalité s'accomplir, nous hésitons à en attribuer le mérite à la nature, et nous aimons mieux recourir à un miracle.

Réponse. — Nous nions formellement la pauvreté de la nature au point de vue de la finalité, nous constatons, au contraire, une richesse inépuisable. Tous les estomacs digèrent; s'il y a des aveugles, les hommes qui voient sont la grande majorité, tous les ans la sève circule dans les plantes, etc., etc. Fortloge ne devrait pas se contenter de nous affirmer la misère de la nature, il devrait nous démontrer que l'accomplissement des finalités est la très petite exception.

4* objection. — Celle-ci est un chef-d'œuvre. Considérer la nature comme l'œuvre de Dieu, c'est heurter le sentiment exquis qu'elle fait naître dans l'âme du penseur qui se sent

saintement inspiré quand, au « printemps, les mille créatures se précipitent joyeuses dans la vie. » Si ces créatures ne sont que l'œuvre de Dieu, au lieu d'être Dieu luimême, l'enthousiasme se refroidit et la poésie s'en va.

Réponse. — J'entre dans une cathédrale gothique, je suis saisi d'admiration et je m'écrie : Qu'elle est belle avec ses voûtes hardies, ses ombres mystérieuses, ses vitraux dorés et ses piliers innombrables comme les arbres des forêts. Je me laisse aller doucement à l'émotion qui m'a saisi et voilà qu'un Suisse maladroit s'approche et me dit : Je vois que vous admirez ma cathédrale, permettez-moi de vous donner quelques détails : elle date

du XIII® siècle, elle a été bâtie par — A ces

mots, j'arrête le malheureux qui vient de faire évanouir mes illusions, et l'édifice splendide n'est plus pour moi qu'un amas de pierres, depuis que Ton m'a appris que la cathédrale ne s'est pas faite toute seule ou qu'elle n'est pas l'architecte lui-même.

M. P. Janet réfute toutes ces objections sérieusement et à fond : il leur fait trop d'honneur. Quand une objection a sa raison d'être, le devoir du philosophe est de la combattre ; quand elle n'est que ridicule, on se détourne en haussant les épaules.

Au terme de sa laborieuse carrière et sur le point d'atteindre à cette conclusion si longtemps désirée : la cause finale est une intelligence créatrice, M. Janet s'arrête encore; il se demande si « l'intelligence est la même a chose que la pensée ^ » Ainsi présentée, la difficulté n'est pas grande et l'on pourrait se contenter de dire que la pensée étant l'acte de l'intelligence, elle s'en distingue comme l'acte se distingue de la puissance d'où il émane. Mais cette première question en soulève une autre qui ne sera pas aussi facile à résoudre. La pensée suppose évidemment un objet pensé. Or, nous demandons maintenant si l'objet pensé se confond avec l'intelligence. Admettons un moment que la cause finale soit une intelligence, admettons encore qu'elle ait conçu le monde, la difficulté qui se présente est celle-ci : le monde ne se confond-il pas avec l'intelligence comme tout objet pensé s'identifie avec la raison qui le conçoit ? Nous nous trouvons ici en face de Hegel, dont nous devons réfuter le système avant de poursuivre notre route.

Dégagée de tous les nuages dont il l'entoure, la doctrine de Hegel n'est, au fond, qu'un commentaire faux d'une loi psychologique vraie. La meilleure manière de réfuter le phi-

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